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Le Blog de Cyrille BORNE

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Pauvre France

jeudi 21 janvier 2016 à 08:00

La loi sur l'informatique dans le sens large actuellement débattue est en train de tourner au grand n'importe quoi comme d'habitude. Je peux vous dire la seule chose qu'on aura peut être, un clavier adapté à la langue française pour montrer qu'on est capable de faire un minimum de protectionnisme. Cela ne sera pas imposé bien sûr, mais peut être que quelques industriels, certainement pas français car on ne fabrique rien en France, s'en empareront pour essayer de vendre un produit innovant, on se félicitera d'avoir fait quelque chose pour la France. Avec les débats revient nécessairement le logiciel libre où certains députés proposent une imposition claire et nette. Forcément en face, les "professionnels" s'agitent en rappelant que s'ils étaient écartés de façon systématique au profit d'une offre libre, ce serait une concurrence déloyale, que le marché est de 50 milliards et j'en passe.

C'est pourtant ici que tout se joue, il y a une vraie décision courageuse à prendre. L'OS souverain fait marrer tout le monde, et pourtant cela va devenir une nécessité, la même nécessité de ne pas dépendre d'un autre pays pour manger quand nous avons déjà tout le savoir faire en France. La mise en place pour ses propres infrastructures d'un fork quelconque d'une distribution Linux permettrait d'avoir une véritable neutralité vis à vis d'un quelconque prestataire de service, donner du travail aux petites mains comme Philippe Scoffoni. Car en effet, en imaginant que le cahier des charges se ramènerait à poser des serveurs debian avec des owncloud, des postes clients encore sous debian ou sous le fork FranceOS, mettre les imprimantes qui vont bien et choisies au niveau national, on pourrait reprendre l'analogie avec la voiture. C'est comme amener sa voiture pour faire une vidange, il y a un protocole, on l'applique, on a le même résultat théorique partout en France, quel que soit le garagiste. Je l'ai déjà assez rappelé, mais je le redis encore car j'aime me répéter, être maître de son système d'exploitation dans l'éducation, ou même dans les administrations, ce serait l'occasion d'avoir quelque chose de complètement homogène au niveau des logiciels, d'économique, et surtout cela permettrait enfin de faire souffler tout le monde. Cela permettrait accessoirement de donner du travail à pas mal de monde sur le sol national, et de faire quelques économies, vous balancez une enveloppe de 1 million à des projets libres ils sont fous de joie et c'est dérisoire par rapport à ce qu'on paye aujourd'hui.

Poussons même le raisonnement jusqu'au bout. Donner la priorité au logiciel libre, ne signifie pas nécessairement du logiciel libre partout, car pour cela il faut que le logiciel puisse répondre à un besoin. A l'heure actuelle au niveau des logiciels de gestion d'établissement, aucun logiciel libre ne parviendrait à combler correctement le besoin, il faut une solution propriétaire. On pourrait toutefois imaginer un prestataire un peu plus malin que les autres, qui libérerait son code pour passer devant les autres. Avec en effet, des programmes qui sont de plus en plus dans les nuages, la libération du code n'est une gêne en rien, libérer le code ne rend pas forcément le programme plus facile à installer, ne donne pas accès à la maintenance et j'en passe. Alors pourquoi pas aller dans l'air du temps ? Enfin, ce n'est pas parce qu'un programme a un code libre qu'il est meilleur qu'un autre, la liberté n'est pas synonyme de qualité.

Pauvre France. On pourrait être malin, lancer une véritable révolution informatique dans notre pays, porter une autre vision, on va batailler pour virer les claviers AZERTY. Pendant ce temps là des enseignants continuent d'inscrire leurs élèves sur Twitter, parce que c'est super de faire bosser des gosses dans des environnements violents, non réglementés, qu'ils ne maîtrisent pas et accessoirement faire tourner des sociétés pour qui payer l'impôt en France, ne fait pas trop mal. En même temps, quelles sont les alternatives proposées aux enseignants, enseignants qui de plus ont une véritable méconnaissance des technologies informatiques, de la culture informatique et qui transposent dans leurs cours ce qu'ils appliquent dans leur quotidien sans réaliser qu'utiliser Facebook à titre personnel n'est pas la même chose que d'utiliser Facebook dans un cadre pédagogique, avec tout ce que cela implique au niveau de la protection des données des gamins et accessoirement à l'encontre de ce qu'on peut lire dans le B2I.

Prioriser le logiciel libre ce serait mettre un grand coup dans la fourmilière des gens qui vivent tranquillement du propriétaire, ce serait pousser les petites mains qui constituent le maillage du réseau national à imaginer que d'autres solutions existent, ce serait certainement créer des vocations pour de nouveaux entrepreneurs. Il est bien que des députés s'emparent de ces problématiques, néanmoins il ne faut rien espérer car personne ne comprend réellement le coeur du problème, il faut malheureusement être informaticien pour comprendre tout ce que cela représente. Avec des commerciaux qui doivent jouer les pères Noël, des tablettes plein la hotte ou des smartphones, le logiciel libre n'a que des représentants symboliques pour l'idéologie mais pas de représentants commerciaux et c'est certainement une des parties du problème.