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Le Blog de Cyrille BORNE

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Cultures, épisode 12

lundi 12 mars 2018 à 09:00

J’ai joué à King’s Quest Premier du nom, c’est un jeu qui m’a passionné, et je peux même écrire sans honte que cela aura été mon meilleur prof d’Anglais. Je vous montre pour les plus jeunes d’entre vous à quoi ça rassemblait à l’époque, ça n’envoie pas vraiment du rêve.

même avec scratch on fait plus joli

Alors effectivement c’est assez sale, en 16 couleurs, et sachez que contrairement à d’autres je ne regrette pas cette époque, je note toutefois quelque chose d’important, c’est le pied qu’on prenait avec rien. Quand on vieillit, qu’on tombe dans le vieuxconnisme, on a souvent tendance à expliquer aux gosses qu’avant on s’amusait avec rien, je nuancerai en écrivant que ce n’est pas nécessairement le nombre de pixels qui fait vraiment la différence même si aujourd’hui je refuserai certainement de jouer à quelque chose d’aussi moche. Rien de péjoratif, mais sur le même principe que si vous donnez un briquet à un homme des cavernes, il y a de bonnes chances qu’il arrête de faire du feu avec ses deux cailloux et son bois sec. Le véritable kif à l’époque c’est qu’on est dans du semi textuel et en Anglais. En gros vous rentrez dans la bibliothèque, vous faites un « push book », et dans un sentiment d’extase vous voyez une animation pour ainsi dire inexistante vous dévoiler le passage secret. A cette époque la série de jeux est amusante, pousse à la réflexion, elle perdra son intérêt à la disparition du texte, enfin pour moi, et à l’arrivée d’une concurrence pour le moins rude avec Lucas Art qui s’impose à l’époque comme la véritable référence du point and click. La série des King’s Quest aura mangé à tous les râteliers jusqu’au jeu à l’univers pseudo ouvert en vue à la troisième personne.

Le nouveau King’s Quest est arrivé quand on ne l’attendait pas, son architecture se présente en épisodes à acheter, mais pas indépendants les uns des autres. On y découvre un Graham âgé qui raconte à sa petite fille ses aventures. L’épisode 1 : Graham participe au concours de chevaliers et remporte le trône, L’épisode 2 : Graham est devenu roi et se fait kidnapper par les gobelins. Dans l’épisode 3, Graham ressent le besoin de fonder une famille et va se retrouver à choisir entre deux princesses prisonnières d’une même tour. Dans l’épisode 4, c’est l’épisode que je n’ai pas fini, on y reviendra, Graham est adulte son fils a été kidnappé et il le retrouve 18 ans plus tard. La petite famille part en vacances qui tournent au cauchemar. Dans l’épisode 5, le dernier je suppose, Graham devra certainement mener sa dernière aventure en tant que vieillard.

Le jeu est réalisé en cell shading, si bien qu’on a la sensation de jouer à un dessin animé. Le jeu sur le principe est particulièrement simple, soit on exécute une action, soit on utilise un objet collecté au préalable. La narration est franchement agréable, les allers retours entre le vieux Graham qui raconte sa jeunesse et l’époque passée nous tient en haleine car on sent bien qu’il se passe quelque chose quant à la succession du vieil homme. Les personnages sont particulièrement attachants, et le jeu n’est pas prise de tête, sans être passif, c’est du casual qui ne demande pas trop de compétences et de réflexion. Il est aussi intéressant de voir que certains choix ont une répercussion sur l’ensemble du jeu, pas trop mais un peu quand même. Dans le deuxième épisode par exemple, on n’aura pas le même déroulement selon le personnage qu’on aide à s’évader. On se régale parce que c’est franchement sympa, avec la vieille sorcière qui attendait le prince charmant qui n’est jamais venu et qui enferme d’autres princesses pour espérer appâter plus de princes, les trolls de pont qui se montent en syndicats car ils en ont marre de se faire marcher dessus par les bottes pointues des gardes, muet le chevalier le plus prétentieux du monde, un univers riche, bien fait, dans lequel on prend plaisir à revenir à chaque nouvel opus jusqu’au drame, l’épisode 4. L’épisode 4 est intégralement constitué d’énigmes et casse complètement le rythme de ce jeu d’aventure. Je reste donc pour ma part bloqué sur une forme d’échiquier, j’ai essayé de gagner la partie une dizaine de fois sans succès, j’arrête. On voit ici de façon claire dans cet épisode une façon de prolonger la durée de vie de ce jeu qui était un jeu d’aventure et pas un jeu de puzzle, tant pis. Si vous avez plus de patience que moi c’est un must have pour les nostalgiques des jeux d’aventures.

Le graphisme a bien changé en 35 ans.

Carbone est le dernier film d’Olivier Marchal et comme vous pouvez vous y attendre, il ne s’agit pas d’une comédie romantique mais bien d’un film avec des gangsters. Benoit Magimel est un homme d’affaire, issu du petit peuple qui a fait un gros mariage avec la fille de Gérard Depardieu, un homme puissant, les deux hommes se détestent. Alors que son entreprise est en train de vaciller, Benoit Magimel détourne une taxe pour en faire une escroquerie, une taxe sur le carbone. Pour trouver des fonds, il va s’associer avec les mauvaises personnes, à commencer par Gringe et son frère. Gringe, le Gringe d’Orelsan, on notera d’ailleurs qu’on a la chanson suicide social dans le film. Forcément quand on s’associe avec les mauvaises personnes, qu’on fait de l’argent, ça rend les gens jaloux et comme c’est un film d’Olivier Marchal, il faut nécessairement que ça finisse dans un bain de sang. On ne peut pas dire que c’est mauvais, par contre on peut dire que ça manque franchement d’originalité. Les personnages qui flambent, les tueries, la drogue, l’alcool, les filles faciles, c’est du déjà vu. Bon en même temps c’est du Olivier Marchal, on ne peut pas non plus lui demander de faire autre chose. Au niveau des acteurs, tout le monde joue juste, Gringe passe très bien, Magimel est tout simplement parfait, si vous n’êtes pas lassés des films de ce genre, vous pouvez regarder Carbone. Céline Sallette est une DRH qui a pour mission particulière de conduire le personnel vers la sortie sans licenciement. Pression psychologique, mauvaise notation, mutation loin des proches, tous les moyens sont bons pour faire craquer le salarié, sauf qu’un jour ça craque trop fort, un employé se défenestre. Nécessairement elle se sent coupable, mais avant tout elle sait comment fonctionne sa société, elle sait qu’elle sera le fusible qui sera utilisé pour dissimuler les pratiques de la société. Je ferai à Corporate le même reproche qu’à Carbone, à savoir qu’il joue dans des terres qu’on connaît trop bien, la dénonciation du capital, la position de celui qui broyait les hommes et qui se retrouve à son tour confronté à la machine. Comme pour Carbone, c’est bien joué, on regarde avec « plaisir ». Difficile avec ce film de ne pas penser à la bande dessinée une épaisse couche de sentiments qui quant à elle joue sur le plan social avec un humour particulièrement noir, bien lourd, totalement assumé. L’action se déroule dans une entreprise leader du marché du gras, qui malgré les bénéfices dégraisse encore. On suit le quotidien de deux DRH qui utilisent les techniques les plus abjectes pour annoncer le licenciement. On notera la volonté de l’absurdité de la bande dessinée, les discussions entre époux le soir pouvant se résumer à « alors tu as bien licencié mon chéri ? ». Contrairement à Corporate qui essaie d’apporter une moralité, une porte de sortie, une épaisse couche de sentiment quant à lui ne fait pas dans la dentelle et ne fait aucun compromis quant à la rédemption des DRH.

J’ai à nouveau regardé la crise, je pense que c’est un film à voir et à revoir, malgré le coup de vieux, l’aspect sur-joué, c’est certainement l’un des films les plus intelligents de ces trente dernières années. Vincent Lindon dans une même journée perd son travail, sa femme lui annonce qu’elle le quitte. Il va chez ses connaissances, ses amis, sa famille, pour trouver une épaule sur qui pleurer mais sans succès. Tout le monde est tellement pris par ses problèmes personnels, que chacun se livre à de véritables monologues. C’est Facebook avant Facebook en quelque sorte. Il va croiser le chemin de Patrick Timsit, un individu qui profite de lui pour se faire acheter à boire et à manger, un gars simple, presque simplet qui va lui causer quelques problèmes mais surtout lui faire réaliser le véritable sens de la vie. Je vais vous spoiler un peu ce film, qui est certainement à diffuser dans toutes les écoles, comme une ôde à la lutte contre l’égoïsme. Il y a une scène que je trouve magnifique, c’est celle où Lindon va écouter jouer du violon la meilleure amie de sa femme, et se met à pleurer, ému par la musique. Il lui dit « j’ai compris, j’ai compris ce que cela représentait pour toi ». Le jour où on s’arrêtera pour écouter l’autre jouer du violon ou pour simplement l’écouter parler, on risquerait de sauver l’univers. Cela dit rassurez-vous, le nez dans le smartphone, on n’a pas trop de souci à se faire. Dans un hôtel débarque un homme étrange, il est hypnotiseur, c’est aussi le titre de la bande dessinée. Le one shot de 80 pages est cassé en affaires avec une trame centrale qui tourne autour de notre homme qui a totalement perdu le sommeil. C’est bien mené, avec un dessin intéressant malgré la disproportion des formes, presque caricatural comme on le voit sur la couverture qui ne rend pas hommage à l’œuvre alors que c’est particulièrement bien fait. Au fur et à mesure des histoires, on en découvre un petit peu plus sur le personnage, d’où vient son insomnie et bien sûr la résolution de son problème. Un très bon album.

Utilisation de la calculatrice NumWorks : exemple 3

jeudi 8 mars 2018 à 09:00

On fait le point Numworks.

Le problème du jour est un problème sur les suites, un souvenir mémorable de correction. Il est noté dans l’énoncé que tous les modes de calcul sont acceptés. Le problème des suites c’est que les élèves ne maîtrisent pas les formules de la somme, les formules tout simplement et nombreux s’étaient aventurés sur la somme de vingt termes à la main. Du fait de devoir faire des arrondis, la question pour les correcteurs c’était de savoir jusqu’à combien d’écart on acceptait.

On notera qu’aujourd’hui je donne de façon exceptionnelle le formulaire, ça va nous permettre de faire un peu de pédagogie.

Les formules sont données en fonction de U0 et c’est perturbant parce que selon les bouquins, les profs, on travaille en fonction de U1. Cela veut dire que le gamin doit avoir la capacité de gérer U0 ou U1, et ça c’est le minimum syndical de réflexion qu’on doit demander à un gosse.

1) augmentation de 2.5%, vu la présentation de l’énoncé on va faire du 7500+7500*2.5/100=7 687,5 €

2) on continue avec le troisième terme, ça nous donne 7687.5+7687.5*2.5/100=7879,6875 €

3) vous remarquerez qu’on est vraiment dans le basique mais ça nécessite que le gosse fasse appel à ses connaissances. Pour prouver qu’elle est géométrique, il va faire du u2/u1=7879,6875/7 687,5=1.025 et du u1/u0=7 687,5/7500=1.025, la suite est donc géométrique, de premier terme u0=7500 et de raison 1.025

4)

4.1) Si je ne me trompe pas en comptant sur les doigts on arrive à 2032

4.2) La calculatrice n’a servi à rien à part pour faire du pourcentage et des divisions, on va en avoir besoin maintenant pour faire le calcul de la somme. A l’instar de l’intégrale, c’est sur le graphique qu’on trouvera la réponse pour la somme, la réponse en images. On va dans le menu suites, on tape la suite de façon naturelle, on a le choix avec les suites récurrentes et ce genre de choses, pour nous en BAC PRO on reste dans l’explicite.

Je vous montre juste un passage par le tableau, c’est important pour le gamin qui va visualiser de façon claire que sa suite commence en 0, par conséquent le vingtième terme c’est le 19. On aura des erreurs, c’est presque un passage obligé, mais on est quand même sur un niveau BAC, faut pas abuser non plus. On revient dans le graphique, on fait OK, on va dans somme.

On choisit le premier terme et le dernier, puis c’est fini, le résultat a l’air cohérent, pour une somme de 150.000 € empruntés il finit par en rembourser environ 41000 de plus.

Une fois de plus, la calculatrice fait le job facilement, tout le monde applaudit bien fort.

Utilisation de la calculatrice NumWorks : exemple 1

lundi 26 février 2018 à 09:00

Allez c’est parti je me lance, je commence à prendre un peu en main la calculatrice Numworks, une série de billets va être consacrée à mon nouveau jouet. L’idée est simple, prendre un exercice de BAC PRO et voir ce qu’on peut faire dire à la calculatrice pour obtenir le plus de choses possibles. Avant d’aller plus loin, je tiens à signaler que je n’ai aucun intérêt ici, que j’ai eu droit à une calculatrice gratuite et ce n’est pas parce qu’on m’a donné une calculatrice gratuite que ça me rend moins objectif.

Je pense que c’est important de le préciser, parce que les rageux et les fan-boys sont partout, même chez les utilisateurs de calculatrice, j’ai vu dans des forums Ti ou Casio des gens aux propos très durs. Je rappelle enfin que je dois être l’un des seuls enseignants qui se moque de la partie python, je cherche une interface simple pour des élèves de l’enseignement professionnel qui peinent à utiliser les calculatrices actuelles. A l’heure actuelle j’en suis aux balbutiements et je note déjà trois choses qui me paraissent gênantes :

1) On vérifie si le gamin est capable de remplacer dans la calculatrice.

2) La calculatrice ne sait pas faire la dérivée, c’est donc au gamin d’utiliser le formulaire que je n’ai pas mis, mais on lui donne la dérivée de ln(x) si bien qu’il n’a même pas besoin de se faire violence f'(x)=144/x

3) et 4) 144 est positif, x est positif sur l’intervalle, la dérivée est positive, la fonction est donc croissante sur l’intervalle. Du fait qu’il s’agit d’une épidémie, ce n’est pas totalement anormal.

5) Dans la calculatrice, on va dans fonctions, on tape la fonction,

Avec les touches fléchées on se déplace vite fait dans tableau pour obtenir les valeurs

6) je me déplace dans graphique, on voit qu’il me propose d’appuyer sur la touche OK, ce que je fais, il me propose d’avoir le nombre dérivé, ce que je fais. Va apparaître en bas du graphique, la valeur de f(x) et de f'(x). Je me déplace avec la touche du curseur en x=20 pour trouver f'(20)=7.2 qu’on pouvait trouver en faisant 144/20=7.2

7) l’équation de la tangente est donnée dans le formulaire, soit y=f'(20)(x-20)+f(20)=7.2(x-20)+512 environ pour f(20) que je récupère du tableau de valeurs. Soit y=7.2x-144+512=7.2x+368. Dans l’énoncé on nous donne 7x+370, on est pas trop mal.

8) On trace la tangente. Pour se faire on retourne dans graphique, on met dans g(x) l’équation de la droite. On joue sur le zoom, il propose du plus ou du moins pour zoomer ou dézoomer. Je me déplace sur le 550, on peut en déduire qu’au 26ème jour on a 550 personnes contaminées. La question c) n’est pas très claire, je ne crois pas que j’étais aux corrections du BAC pour savoir la réponse qui a été acceptée. Du fait que les valeurs sont quasiment équivalentes pour g(50) et f(50), du fait que la droite et la courbe sont quasiment confondues entre 20 et 50, je dirais que c’est acceptable.

9) On retourne dans le graphique, on fait OK, puis calculer puis intégrale, la valeur de la borne minimale, la valeur de la borne maximale, l’intégrale apparaît.

On notera ici qu’on n’a pas de possibilité de faire l’arrondi à 10^-3. 12866.17/(30-1)=443.6611 soit pas loin des 440 de l’énoncé.

Conclusion. Facile d’utilisation, le gros œuvre peut être réalisé avec la calculatrice sans grosses difficultés pour l’élève.

Cultures, épisode 11

dimanche 25 février 2018 à 09:00

Je n’ai pas vraiment de souvenir des précédents Thor ce qui montre que soit j’ai la mémoire qui flanche, soit la surproduction de films de type comics fait qu’ils ne sont plus inoubliables comme c’était le cas il y a 15 ans. Puis avec les quarante films qui sont prévus sur les prochaines années, quelque chose me fait dire que ce ne sera pas gagné pour marquer les esprits. De l’histoire de Thor, je me rappelle un gars plutôt arrogant avec son frère adoptif Loki qui cherche à le tuer. L’ambiance est plutôt drôle, décomplexée, sans prise de tête, Thor Ragnarok est totalement dans cet esprit, presque parodique. Thor a bien des problèmes, son papa vient de rendre l’âme. C’est déjà beaucoup, mais bien pire encore, sa sœur la déesse de la mort qui était bannie, profite de l’opportunité pour venir reprendre Asgard, et le problème c’est qu’elle est vraiment trop forte au point de lui casser son marteau. Thor va se retrouver sur une planète inconnue, il devra s’évader et marave sa sœur comme il se doit. Plus de deux heures de films pour le moins classique, mais j’ai bien adhéré. C’est drôle, ça ne se prend vraiment pas au sérieux, ça frappe dans tous les coins, l’idéal pour passer un bon moment de détente. On va rester dans le nord avec la saga de Grimr, l’autre côté du nord en Islande. Grimr est un gamin qui démarre mal dans la vie, ses parents sont tués, il est embarqué pour être vendu comme esclave. En grandissant, il apparaît que Grimr est une force de la nature, un garçon colérique, mais avec un grand cœur à l’intérieur, un gars un peu incompris. Il serait difficile d’aller plus loin sans trop spoiler, mais disons que l’histoire de Grimr se résume à une succession de malheurs. Sachez que la bande dessinée vient de gagner le grand prix d’Angoulême et cela me laisse perplexe. Pour moi le grand prix d’Angoulême, c’est le combat ordinaire, le truc qui vous prend aux tripes, une espèce de révélation surtout quand vous avez le même âge que l’auteur, l’idée que quelqu’un quelque part vit plus ou moins les mêmes choses que vous, les mêmes angoisses. Grimr est long, descriptif, et n’a d’intérêt pour moi que dans ses dix dernières pages. L’ensemble fait quand même penser à Shrek avec la théorie des peaux d’oignon, un message moraliste qui rappelle en permanence que ce qui compte ce n’est pas ce qu’on représente mais ce qu’on a à l’intérieur. Vous me trouverez certainement dur, mais je pense que c’est une bande dessinée trop classique pour décrocher la palme.

Quittons l’univers des guerriers pour de la tranche de vie, les gens honnêtes. C’est l’histoire de Philippe, 53 ans, qui apprend le jour de son anniversaire qu’il n’a plus de travail. Sa femme le quitte bien sûr, il se retrouve à boire, la grande dépression. Trois cents pages sur quatre volumes, sans vraiment d’histoire, on suit les rencontres de Philippe avec ces fameux gens honnêtes. Son ami de toujours le médecin qui va lui permettre de remonter la pente, sa fille qui le fait sortir de sa torpeur quand elle lui apprend qu’il va devenir grand-père, cet homme qui va lui donner sa librairie en héritage, et Camille, la barmaid du train trop jeune pour lui dont il va tomber amoureux. La bande dessinée francophone est un luxe, la littérature de façon générale, car elle propulse au devant de la scène des anti-héros, chauves avec un penchant pour la bibine et la dépression, ce que n’autoriserait pas le cinéma où tout le monde doit être beau. Les gens honnêtes nous entraîne dans cette tranche de vie, on suit parce qu’il n’y a pas d’autre choix, ne sachant absolument pas où les auteurs veulent nous emmener. Une bande dessinée évidente pour ceux qui ont aimé le combat ordinaire, dans une variante quand même franchement plus gaie et plus optimiste. Madeleine est une vieille dame aveugle qui vit seule avec son chat dans une maison en haut de la falaise. Son mari est parti en mer, elle ne le reverra plus au sens propre comme au sens figuré, mais elle continue à lui préparer son repas, l’air de rien, comme s’il était encore présent. Cette routine pourrait continuer encore pendant de nombreuses années, Madeleine étant une dame de fer, mais il se trouve que la falaise a tendance à s’effriter de plus en plus. La maison est menacée mais jamais Madeleine ne quittera son domicile. Un one shot agréable à lire malgré ses personnages qui frisent la caricature, un hommage bien senti pour toutes les grands mères du monde, un dessin classique mais adapté.

Peppo et Sylvio sont deux adolescents qui passent leurs vacances sur la même île, comme chaque été. Si Sylvio conserve son attrait pour les jeux de l’enfance, Peppo tombe amoureux de la nouvelle voisine qui vient d’arriver, qui ne va pas rester insensible à son charme. Peppo est totalement absorbé par sa relation avec la jeune femme, découvrant les plaisirs de la chair, Sylvio peste de ne plus partager les parties de pêche avec son frère. Le couple est observé par un étrange indien et lorsqu’Edwige se retrouve assassinée, les soupçons se portent naturellement sur lui. On va un peu spoiler mais pas trop. Avec un titre comme je suis un autre, avec une couverture qui montre la part d’ombre et de lumière, on imagine qu’il y a un problème avec le frère jumeau, reste à savoir lequel. Je laisse planer le mystère en vous conseillant de lire cette très bonne bande dessinée. Prends soin de toi, c’est le dernier message d’une femme pour un homme. Ils se sont aimés, c’est terminé, c’est surtout terminé pour elle, lui est malheureux à en crever. Nouvelle vie, il achète un appartement et pendant les travaux il découvre sous la moquette une lettre de 1976, une lettre d’amour d’un homme pour la femme qui habitait ici. Une femme morte dans la solitude, il imagine naturellement qu’elle attendait cette lettre et que sans elle tout aurait été différent. Il prend la route en vespa pour aller rendre la lettre à son auteur, Paris – Marseille. L’accroche est classique, facile, mais c’est franchement bien mené. Ce one shot est très graphique, ça parle peu, et c’est ce qu’il faut, ça sonne juste, un homme qui voit les images de son passé s’effacer au profit des magnifiques territoires qu’il croise. L’un de mes coups de cœur du moment.

Jean-Pierre Bacri est organisateur d’événements, c’est sur son dernier mariage qu’on va le suivre, un mariage qui tourne à la catastrophe, il cherche en effet à se séparer de son entreprise, il est las. Le sens de la fête est le dernier film de Toledano et Nakache, les réalisateurs d’intouchables, forcément, les gars on les attend au tournant et pourtant ce serait injuste. Intouchable c’est un très bon film, c’est une bonne comédie, mais ce n’est pas un film si original que cela. Le sens de la fête c’est un peu pareil, on jongle avec tous les clichés d’un mariage et des gros lourds qui vont avec, ça ferait presque penser à la chanson défaite de famille d’Orelsan. Le marié prétentieux, Gilles Lellouche en animateur de soirée version Patrick Sébastien, Vincent Macaigne qu’on trouve enfin dans un film normal en beau-frère ancien enseignant dépressif, Jean-Paul Rouve en photographe imbu de lui-même, pique assiette et mauvais dragueur. Les personnages sont des classiques, l’histoire est classique, mais l’ensemble est plaisant, le fait que ce soit soutenu par d’excellents acteurs y contribue pas mal. Jean-Paul est un vieux garçon et ça peut se comprendre, il est écrasé par sa mère qui fait office de 38 tonnes, par son quotidien. Jean-Paul c’est le garçon gentil, il dit oui à tout parce qu’il ne sait pas faire autrement. Et puis un jour, il s’échappe. On l’attend et c’est la première fois qu’il ne répond pas présent, Jean-Paul s’est embarqué sur une croisière pour célibataire, les cœurs solitaires. A l’instar du sens de la fête, on retrouve un peu toutes les caricatures, à commencer par Jean-Paul en garçon coincé qui va tomber amoureux de l’animatrice, un peu nymphomane. Agréable à lire, Cyril Pedrosa croque avec justesse l’un des maux du siècle : la solitude.

Elfes, nains, orcs et gobelins l’univers de Jean-Luc Istin

samedi 3 février 2018 à 09:00

V1 du mois de février 2018

La bande dessinée elfes est actuellement composée de vingt tomes et ce n’est pas fini, et c’est presque dommage, on a une première fin au tome 17. Le concept est le suivant, plusieurs scénaristes, plusieurs dessinateurs, les tandems prenant en charge chacun un univers de la bande dessinée, cinq univers. En gros, les albums 1, 6, 11 etc … sont en lien avec les elfes bleu, les elfes de l’eau. Les albums 2, 7, 12 avec les elfes verts, ceux des forêts. 3,8,13 pour les elfes blancs, 4,9,14 pour les demi-elfes et les multiples de 5 pour les elfes noirs. Ce qu’il faut déjà préciser c’est que le scénario est certainement l’un des mieux ficelés que j’ai eu l’occasion de lire dans le domaine de la fantasy et que la bande dessinée se hisse au niveau des meilleurs bouquins de fantasy, pulvérisant au passage une série comme les chroniques de la lune noire qui était un peu la référence de la « grande bataille ». Le dessin n’est pas mis de côté, les albums sont de grande qualité, pour un univers parfaitement cohérent car c’est l’illusion de cinq univers, tout finit par se rejoindre, la différence se faisant du point de vue de la narration, la même histoire focalisée sur telle ou telle couleur. Les cinq premiers tomes sont cruciaux ils plantent le décor, avec les elfes bleus on a une enquête policière sur un village elfe qui a été entièrement massacré. On va découvrir rapidement qu’il y a de la nécromancie là dessous. Avec les elfes verts, c’est l’union entre les hommes et les elfes dont il est question, les vieilles alliances du passé qu’on aimerait faire ressurgir. Pour les elfes blancs, on ne va s’intéresser principalement ou presque qu’à un chasseur qui parvient à dompter un dragon blanc. Les semi-elfes sont des êtres qui sont rejetés de tous et qui cherchent la terre promise. Enfin pour les elfes noirs, le traitement est innovant, être un elfe noir c’est une tare génétique dans les différentes espèces, des enfants de toutes les races elfes qui finissent par devenir des psychopathes et qui sont envoyés dans la cité des elfes noirs pour devenir des assassins. Passé un certain nombre d’albums, le monde est envahi par les goules dirigées par une nécromancienne qui cherche à se venger, on ne sait pas trop de quoi. Il est difficile dans le traitement de ne pas penser à un savant mélange de walking dead pour le comportement des zombis et de game of thrones pour les interactions politiques.

Comme je l’ai précisé plus haut, il est assez étonnant d’avoir une telle cohérence scénaristique, artistique, alors que tant d’auteurs différents interviennent. Les albums sont prenants, les personnages sont très bien travaillés, on finit même par s’étonner alors que c’est la maladie de la bande dessinée francophone de ne pas tomber dans l’allongement inutile de l’histoire pour vendre davantage d’album. A part un album sur le destin d’une cité demi-elfe qui n’apporte vraiment rien à l’histoire mais qui reste très bien écrit, chaque tome apporte sa pierre à l’édifice. Au tome 17 une partie de l’histoire se finit avec une grande bataille très épique et on part vers de nouvelles aventures, on en continue certaines qui n’avaient pas trouvées d’issue. Je suis moins convaincu, mais il paraît complètement évident qu’il faut laisser leur chance aux auteurs. En effet, au départ je pensais que chaque série était parfaitement isolée dans un même univers, quelle surprise de voir tout ce beau monde se réunir, si bien qu’il n’est pas impossible que dans dix tomes, on redémarre sur un tronc commun. Elfes est indiscutablement le renouveau de la bande dessinée fantasy francophone.

Forcément quand vous avez une bande dessinée qui cartonne, il est plus que tentant de faire des séries parallèles, le premier exemple qui me vient en tête c’est Lanfeust et tous les petits qu’il a laissé derrière lui : les conquérants de Troy, Trolls de Troy, Gnome de Troy. Il se trouve que finalement cette deuxième série est meilleure que la première, ce qui est tout de même assez exceptionnel. On va retrouver cette même notion de cycle, à savoir cette fois, les nains assassins, les nains de la forge, les nains errants qui ont été déchus, les nains soldats, les nains un peu magicien. Pour moi, avec les deux albums sortis autour de Redwin de la Forge, et plus précisément le tome 6 Jorun de la forge qui fait intervenir son fils on a certainement le meilleur album de Fantasy que j’ai eu l’occasion de lire depuis une décennie, et certainement l’un des albums les plus forts pour expliquer les relations père fils. Redwin est d’ailleurs un personnage tellement charismatique qu’il fait partie des héros de la série Elfe. La force de la série Nains est encore une fois scénaristique, dans la maîtrise de l’univers par ses auteurs, mais surtout le travail réalisé autour des personnages. Alors que les elfes sont des êtres qui ont l’éternité devant eux qui sont détachés du matériel, une certaine noblesse, du mépris pour les hommes, les nains sont cupides, revanchards, calculateurs, déterminés, toute la bande dessinée est construite autour de ces préceptes. Chaque album, on est face à des nains qui veulent gravir l’échelle sociale, se venger, ou comme c’est le cas pour les errants, qui payent le prix de leur cupidité. Un nain qui trahit son roi pour lui voler son argent et qui finit par perdre tous ses avantages. C’est une véritable réussite car chaque personnage de nains n’est pas franchement bon, n’est pas franchement beau, le glamour par exemple même s’il est présent est plus difficile à amener du fait de la forme des personnages. Ce que j’essaie d’exprimer c’est qu’il faut ramer deux fois plus fort, car finalement un nain n’est pas vraiment le personnage qui fait rêver, auquel on aimerait, on voudrait, on pourrait s’identifier. La performance est donc remarquable, dans le tome dix un premier rapprochement apparaît entre deux personnages qui interviennent dans des cycles différents, on s’attend donc à une fusion de l’ensemble ou peut-être pas, tant les surprises sont nombreuses sur ces séries.

J’aurai pu rajouter orcs et gobelins, mais déjà à 10 tomes pour nains, on n’a pas vraiment de certitudes pour savoir où on va, à deux tomes, il serait pour moi malvenu d’écrire. Il s’agira donc d’un billet que je mettrai à jour, on va laisser le temps aux auteurs très prolixes de sortir la suite.

V2 à venir