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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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L’acceptation ou la dernière phase du deuil

samedi 9 janvier 2021 à 17:09

Il est assez intéressant quand vous discutez d’un sujet avec certaines personnes de constater que le ressenti est le même, le renoncement, le rien à foutre, quelque part l’acceptation. Notre salle des profs c’est triste. Bien sûr le contexte COVID y est pour beaucoup, mais j’ai envie de penser que le COVID n’est qu’un catalyseur, un révélateur de ce qui devait arriver tôt ou tard. Notre salle des profs c’est triste, car désormais plus personne ne projette, ne pense, n’a envie, je crois que le mot est fort, l’envie n’y est plus. Nous avons tous, enfin beaucoup, les moins visionnaires, aimé notre métier passionnément, à la folie, aujourd’hui tout le monde calcule à rentrer le plus rapidement chez lui, à en faire le moins possible, ne prévoit rien.

Oui, c’est sûr, le contexte COVID pour prévoir n’aide pas, en France tout va bien quand tout le monde ferme boutique, quand je vois que le piège se referme autour de moi, je n’ai pas l’impression que ça s’arrange. Les contaminations autour de moi se multiplient, le COVID est à ma porte. Nous nous orientons vers un confinement version trois qui sera certainement similaire au confinement V1, devant l’écran. Sauf que je dois vous avouer que ce sera davantage pour jouer à la PS4 ou au PC que pour m’échiner 70 heures par semaine à tenter de mettre tour le monde au travail.

Il faut reconnaître que nos élèves nous le rendent bien, dire que tout le monde ne fout rien est un euphémisme. Ici encore, je ne jette pas particulièrement la pierre à cette génération catalysée, elle s’est contentée d’entrer dans notre histoire professionnelle comme la génération ultime de la glandouille. Sans me tromper, je peux vous dire qu’on va prendre très cher dans quelques années, la réforme du BAC illustre largement cette recherche de la facilité, plus personne ne veut faire de sciences, parce que les sciences c’est compliqué. Nous combattons au quotidien la fainéantise, l’inculture, et l’illettrisme. La fainéantise est certainement à moduler, mais force est de constater que la paresse intellectuelle est bien présente. À une époque j’aimais bien le discours qui disait qu’on ne pouvait pas former que des ingénieurs, un discours pour valoriser l’enseignement professionnel, il va bien falloir dire qu’il est urgent de former des ingénieurs.

Lorsque je suis arrivé dans mon établissement, je crois que cela fait six ans, on m’a collé la seconde générale, je n’étais pas particulièrement chaud. Il y avait un problème d’enseignant à gérer dans cette classe, on m’a dit que je ferai bien l’affaire. Il faut comprendre que je suis titulaire d’une maîtrise de sciences physique et que je suis un mauvais matheux comme tous les physico-chimites qui manquent de rigueur. Les réformes dans l’enseignement agricole sont allées quelque part dans le bon sens, à savoir que pour enseigner dans une matière il faut être titulaire d’un diplôme dans la matière. S’il est évident que pour enseigner en collège ou même en BAC PRO une maîtrise de sciences physiques c’est largement suffisant, ce n’est pas tomber dans le syndrome de l’imposteur, que de dire qu’il vaut mieux un vrai prof de maths quand il s’agit d’enseigner en général. Les vrais matheux ont une rigueur très largement supérieure aux physiciens qui se contentent de peu.

C’est donc une classe dans laquelle j’ai enseigné à contre-cœur, ne me sentant pas légitime, il est apparu que plus que ma légitimité, c’est le niveau des élèves qui n’est pas bon, pas assez bon dans le sens où je l’entends. La problématique d’une classe de seconde générale, c’est que potentiellement vous devez maintenir le niveau suffisamment élevé pour que si un gamin présent dans la pièce veuille suivre le cursus scientifique, maths hardcore, il puisse le faire. Comme on l’a compris dans mon introduction cela ne pose plus vraiment de problème, encore plus dans un établissement comme le mien où on ne vient pas par hasard. Mon lycée est agricole, nous faisons le BAC Technologique STAV, sciences et technologies de l’agronomie et du vivant, un BAC Techno très ouvert, assez intéressant dans ses contenus presque écolo. Le deal c’est donc de me mettre à la portée des enfants qui sont face à moi, et de les préparer à un BAC Techno. Par conséquent, mes contrôles en classe sont légers, dans le sens où je ne mets pas de problème de la mort pour permettre à l’illuminé qui voudrait poursuivre en maths hardcore de se sentir épanoui et surtout d’envisager sereinement sa poursuite d’étude. Le deal de la mesure, qui permet d’éviter de se prendre quatre de moyenne c’est un travail soutenu à la maison, des DM avec des exercices de réflexion.

Et là forcément vous le voyez venir gros comme une maison. Cinq exercices mesurés, quatre semaines pour les faire, dont deux semaines pris sur le temps des vacances. Je réponds sur Teams, j’ai même répondu à une élève le jour de Noël. Je me suis retrouvé avec un exercice similaire sur une dizaine de copies, et un exercice identique sur trois copies d’élèves. Seulement ce coup-ci, je me suis dit qu’il y avait un problème car les deux enfants ne se fréquentent pas plus que ça. L’an dernier j’avais le problème des élèves qui travaillaient en équipe, ici la vérité est ailleurs, elle se trouve sur le site nosdevoirs.

C’est ici que tu réalises que tu as pris un coup de vieux, que tu n’es plus à la page, que tu aimerais par contre être à la fin du livre.

Sachez que je ne suis pas contre l’aide, bien au contraire. J’aide mes propres élèves, mes gosses, la différence c’est que me demander de l’aide c’est laborieux parce que je ne donne pas les réponses. J’avais écrit un article à ce sujet que vous pouvez relire, où j’explique que mine de rien prof c’était un métier. Alors forcément pourquoi demander de l’aide au vieux qui va te poser des questions du genre : tes segments de droite ça correspond à quel type de fonction ? Comment on fait pour calculer la pente ou le coefficient directeur ? quand il suffit de Googler l’intitulé de l’exercice.

On va essayer de rentrer quatre secondes dans le monde des Bisounours. Mes élèves sont totalement impardonnables pas pour avoir cherché la solution sur l’internet mais pour ne pas avoir compris, pour ne pas avoir adapté. Dans certaines copies j’ai trouvé le / à la place du trait de fraction parce que réfléchir qu’un / c’est un trait de fraction c’est encore trop demander. Dans un exercice, il était demandé d’étudier le signe d’une fonction, la réponse était donnée sous forme d’intervalle, des élèves qui ont certainement fait un tour sur le site l’ont transcrite sous forme de tableau. C’est bien, car je fais travailler les élèves avec des tableaux de signes. Le DM, le devoir maison, est par essence inégalitaire car certains sont aidés par des membres de la famille ou ont les moyens de se payer des profs particuliers. On peut donc dire que ce site est positif sauf que les gens qui sont certainement pétris de bonnes intentions ne réalisent pas qu’ils ne rendent service ni à l’élève, ni à l’enseignant, ni aux familles et encore moins au système.

Je ne suis pas allé regarder dans les conditions générales, mais il y a de fortes chances que quelque part le site internet gagne de l’argent. Je ne jette pas la pierre, c’est le jeu de l’internet. Ces structures, comme les réseaux sociaux sont construits sur les contenus des usagers. Je pense que les gens qui s’y prennent particulièrement mal et qui donnent la réponse directement veulent certainement bien faire et que lorsqu’ils ont des petites étoiles ou des mercis, ils ont la sensation d’avoir accompli quelque chose de bien, d’avoir aidé un petit jeune dans la difficulté. Sauf qu’ici, si je prends l’exercice plus haut, l’aidant n’a même pas demandé ce que le jeune avait fait, qui aurait certainement répondu rien parce qu’il n’a pas compris sans lire l’énoncé. Et la problématique est bien ici, le jeune vient trouver sa solution sans effort, la personne d’en face a l’impression de faire une bonne action, le site se gave, le prof est dépité parce qu’il réalise qu’il est désormais impossible de demander du travail personnel. Nous réfléchissons désormais à nos DM, qui seront certainement non notés avec des exercices du DM demandés en contrôle.

J’ai mis un abatage dans les règles à ma classe, en rappelant quelques bricoles : la notion d’engagement, la notion de respect. J’ai écrit aux parents pour dire que l’enseignement professionnel ce n’était pas sale et que si on va en général c’est parce qu’on est prêt à étudier, à se la donner avec des matières générales. Si on n’est pas prêt à fournir cet effort, il faut peut-être envisager une autre voie. Nous savons que ce genre de discours doit être fait pour soulager l’enseignant qui évitera un ulcère, pour sauver la moralité mais qu’il ne sert absolument à rien. À une époque on pouvait avoir quelque chose à l’affect. J’entends par là qu’expliquer que c’est irrespectueux pour un enseignant qui se la donne pour ses élèves d’aller pomper comme un sagouin sans effort, ça aurait pu trouver son chemin il y a quelques années. Aujourd’hui c’est totalement peine perdue et pour preuve c’est la seconde fois que je tiens ce discours depuis le début de l’année, la fois d’avant c’était le devoir collectif.

La pédagogie ça a franchement ses limites, je pense que lorsqu’en face on vous prend pour un con c’est la limite. Personnellement le discours, on le fera plus monsieur, ne m’intéresse pas, seuls les actes comptent. Les enfants sont capables de vous dire ce que vous avez envie d’entendre sans avoir la moindre envie d’infléchir leur comportement. À une époque j’aurais laissé une chance de plus, je sais désormais que la solution passe par l’échec. Comme je l’ai écrit dans un précédent billet, ces enfants qui étaient tellement protégés qu’ils n’ont jamais vraiment mangé leur pain noir, il est désormais nécessaire, indispensable qu’ils mangent le mur et tant pis si j’ai cinq de moyenne. Ils sont au courant, à partir du moment où ils ne sont pas capables de faire le travail attendu à domicile parce qu’il y a mieux à faire, parce que c’est trop difficile, les tâches complexes seront réalisées en classe. Le prochain contrôle sera douloureux, mais c’est ainsi, faut assumer.

C’est donc une déception de plus, mais comme je l’ai écrit plus haut cette situation est un catalyseur. J’avais signé une année de plus pour la GT pour voir si on pouvait faire mieux en Python, pour voir si avec la SNT on pouvait réussir à intéresser, à motiver, à passionner, ça ne fonctionne pas. J’ai vu ma cheffe, j’ai dit que je faisais l’année de trop et que l’an prochain je voulais partir ailleurs. J’ai bien sûr demandé des collégiens, je risque certainement de me retrouver dans la partie lycée PRO, j’y ai enseigné pendant des années, je suis parfaitement rodé à l’exercice que j’apprécie.

Certains de mes collègues refusent de façon systématique d’aller enseigner en collège. Le collège, il faut le reconnaître c’est assez particulier, cela nécessite une énergie extraordinaire pour régler les problèmes de discipline. La différence fondamentale que vous avez entre un cours de collège et un cours de seconde générale, c’est qu’une mauvaise séance au collège c’est la normalité. Par contre quand vous avez réussi à faire une bonne heure avec des 14 ans qui sont dans l’amusement permanent, vous sortez de la classe, vous tombez à terre, vous pleurez, buvez le champagne en jetant des cotillons. De la même manière, j’apprécie d’enseigner en classe de BAC PRO car on sait que l’enjeu est totalement différent. J’ai beaucoup travaillé avec des élèves de SAPAT, qui correspond à la filière sanitaire et social de l’éducation nationale. Il est certain que face à ces jeunes, qui travaillent dans les maisons de retraite, faire des intégrales, c’est trouver les moyens de faire passer des concepts mathématiques qui ne leur seront d’aucune utilité dans leur vie future mais totalement indispensable pour la réussite à l’examen.

La déception dans la vie se mesure aux attentes. Il me paraît évident face à des élèves de l’enseignement général d’être particulièrement déçu quand il n’y a pas l’envie de comprendre, de faire fonctionner son cerveau, de s’intéresser, de s’ouvrir. Réciproquement, je vois mes collègues devenir hystériques quand nos terminales ne sont pas foutues de porter correctement leur masque alors qu’elles doivent bosser dans des EHPAD.

Des enfants qui s’en foutent, difficile de réellement les blâmer, on n’imagine pas la souffrance psychologique, les problèmes dans les familles et le reste, le métier est compliqué. J’ai eu souvenir il n’y a pas si longtemps d’avoir des enfants qui étaient contents d’avoir appris quelque chose. Aujourd’hui nous enseignons de force, tout apprentissage est considéré comme une torture pour les enfants, même des choses parfois essentielles comme calculer un pourcentage. Une institution qui nous rappelle à tout moment quelle est notre place. J’évoquais l’histoire des mille euros qu’on nous a versé par erreur, on vient d’apprendre que le temps qu’on a pu ajouter de façon officielle, pas les 70 heures non officielles qui ne peuvent pas être quantifiées ne seront pas payées. Concrètement, mon temps de travail est annualisé car il tient compte du temps que les élèves passent en stage. Il se trouve que mes élèves auraient dû être en stage pendant que nous étions confinés, le ministère me doit donc 15 heures effectuées en distanciel, que je ne verrais jamais. Alors effectivement, je n’ai pas compté mes heures dans cette période, mais tout est une question de principe, nous sommes quelques-uns à avoir beaucoup donné pendant le premier confinement, on sait qu’on fera le minimum syndical pour le prochain.

Pour faire renaître la passion quand de nombreuses personnes de mon entourage en sont à la phase d’acceptation, le deuil du métier, il va falloir envoyer du rêve et ça passera par deux voies : une véritable considération de la profession et de l’argent. J’ai envie de dire que le second est inhérent au premier, si on nous respectait un peu on nous paierait plus et surtout on nous paierait ce qu’on nous doit.

J’entends bien sûr et je suis le premier à le souligner que lorsqu’on n’est pas content on s’en va. J’y pense, mais la question c’est pour quoi faire ? Alors plutôt que de fournir des efforts supplémentaires pour changer de métier, autant faire celui qu’on pratique déjà mais sans une once de zèle. Après tout, le contrôleur des impôts ne reste pas travailler des heures le week-end ou ne répond pas le jour de Noël aux usagers pour les aider à remplir leur déclaration quand on attend de l’enseignant une disponibilité et un engagement permanent.

Le retour de Hardware.Cyrille

samedi 2 janvier 2021 à 16:33

Les vacances s’achèvent, des vacances où j’ai continué de courir après le temps, à en disperser à tous les étages, comme si j’étais Chronos. J’aime bien cette image de gars qui au lieu de lâcher des billets verts dans la rue, lâche des grains de sable de son sablier géant. J’évoquais dans ce billet d’ailleurs, mon engagement auprès de ma vieille voisine. Je passe chez elle le 31 pour faire le point et je lui montre l’application SFR, pour suivre l’évolution de sa commande. Je vous rappelle que la crainte dans son histoire c’est qu’un technicien essaie de raccorder dans le village à côté un hangar qui porte le même nom que sa rue. Sur son téléphone, pas d’Internet, je lui dis, elle me répond qu’elle était dessus dix minutes avant … Elle a le carton avec la box, je prends, je branche ça marche. Et là forcément tu te dis qu’avec moi c’est trop facile, et que ça va être forcément compliqué, ben même pas, un peu quand même. Je reconfigure le Wifi de la maison, je change le mot de passe pour mettre un truc d’accessible, je suis forcé de reconfigurer l’intégralité des appareils de la maison, je rame un petit peu sur une imprimante laser qui se configure depuis un menu façon Nokia 3310. J’appelle Bouygues pour demander les étiquettes de retour, je devrais repasser lundi pour le téléphone portable. La dernière étape sera de récupérer la dernière facture de Bouygues pour l’envoyer chez Red de façon à se faire rembourser les 49 € de résiliation.

C’est d’ailleurs assez catastrophique, la demande de résiliation ne peut se faire par internet, on vous rappelle, et ici on n’est pas sur une ligne qui crépite avec un type qui vous répète le même message en boucle, on fait face à quelqu’un qui vous explique qu’il regrette votre départ mais comme la bascule est déjà faite, il ne peut même pas me proposer une contre offre commerciale. C’est certainement la cinquante-quatrième fois que je le répète, on vit dans un triste monde où l’on vous apprend l’infidélité. La fidélité ne paye pas, elle bascule actuellement chez Red quand je vais devoir trouver un forfait ailleurs pour ma belle mère. Mes beaux-parents sont fidèles à SFR depuis deux décennies facilement, peut-être même à l’époque de Neuf Telecom, le forfait de ma belle mère vient de passer de 10 € à 13 €, la grogne monte contre SFR mais on sait qu’à la sortie personne ne reviendra sur cette politique pourrie, on se contentera de mettre des embûches pour ceux qui veulent se lancer dans le jeu des chaises musicales. Il faut savoir que ma voisine n’aurait pas franchi le pas si je n’avais pas été présent, trop compliqué, c’est moche de vieillir.

Il faut quand même réaliser que le service fait n’a pas de prix. Je fais en gros un accompagnement d’environ six heures qui est allé de la commande jusqu’à la demande de remboursement des frais, en passant bien sûr par le paramétrage et l’installation du matériel. En fait ce qui m’inquiète le plus là-dedans, ce n’est pas tant de le faire mais qui le fera pour moi quand je serai trop vieux pour le faire. Comprenez que la véritable inquiétude c’est celle-ci, ce n’est pas une volonté de rester dans le coup comme des blogueurs qui se lancent sur tiktok à quarante ans, mais se dire que mes gosses n’entravent rien, ne s’y intéressent pas et que ce sera certainement à moi de le faire quand j’aurais 70 ans. J’ai réalisé ma première vente sur Vinted, les baskets de ma fille, qu’elle a porté quatre fois. C’est ici l’illustration de ce que je raconte, pour créer des comptes à la con et poster des photos sur Insta ou faire des flammes, y a du monde dans la place, avoir une utilisation raisonnée des outils, y a plus personne. Je profite de cette parenthèse pour évoquer que je comprends désormais le succès de cette plateforme. Une tentative d’arnaque mais pas plus, quand leboncoin c’est l’enfer pour tout, de la plateforme qui a dix ans de retard technologique aux gens incapables de tenir des engagements, ici on est très accompagné, l’objet est acheté, le contact est facile comme l’accès au profil, tout est fait pour être mis en confiance. Comme quoi il y a toujours de la place pour la concurrence, encore faut-il avoir envie d’être compétitif.

Généreux en temps, généreux en mots, 700 mots qui n’ont pas de rapport avec ce qui suit.

Quelques explications sur la photo ci-dessus. Il s’agit de quelques ordinateurs portables récalcitrants dont un Toughbook CF-C2. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, c’est un ordinateur portable de Panasonic en version blindée, tactile, qui peut prendre un coup de karsher et ça passe. L’ordinateur au démarrage demande l’empreinte digitale. D’accord. On rentre dans le bios, on se rend compte qu’il n’y a pas de possibilité de faire un retour en arrière, de façon à supprimer ce paramètre. Admettons. Je flashe le bios, on pourrait imaginer que dans le monde merveilleux de Cyrille BORNE, ça réinitialise le bios. Même pas. Il apparaît en fait dans le monde merveilleux de l’informatique pour modifier des paramètres du Bios, il faut utiliser un logiciel du nom de WMI Provider GUI de Panasonic. J’ai passé deux heures à trouver l’archive, autant pour trouver une procédure d’installation qui ne fonctionne pas, un problème d’encodage de caractères. Le pire ici c’est que l’ordinateur finit par booter sur Windows à force de faire échouer à l’empreinte digitale.

Pour le reste il s’agit d’ordinateurs Dell et HP avec le bios bloqué sur le mot de passe. Les techniques à l’ancienne ne fonctionnent plus, à savoir le classique flash du bios ou le retrait de la pile pendant des heures. Il doit certainement y avoir la possibilité de flasher de façon physique le bios avec un pont, tant pis. En fait j’étais chez Tony mon revendeur pour une autre raison, la tour que vous voyez. Il s’agit d’un Serveur HP ProLiant ML110 Gen9. Il s’agit d’une tour avec 32 Go, 2 To de disque dur mais on s’en fout, et d’un Xeon E5 2603v3 pour 150 €. Mon fils qui a trop de temps se cherche une machine pour jouer, vous vous doutez du cheminement, un SSD, une carte graphique à 100 ou 150 € et on a une machine pas inintéressante pour faire du gaming.

Pour ceux que ça intéresse, il en a quelques-uns à vendre, ce sont des machines qui sont excellentes mais je ne pousserai pas l’expérience à en faire autre chose que des serveurs, c’est fait pour ça. J’ai galéré comme un malade pour arriver à un début de quelque chose et c’est ma responsabilité, ma méconnaissance des serveurs. En fait, vous avez tout un environnement à l’intérieur qui fait que les disques étaient paramétrés en RAID, il faut démarrer sur le logiciel propre à HP, virer le paramétrage, basculer dans le bios en AHCI, virer la protection sur le système d’exploitation, tenter de mettre Windows 10. C’est ici que j’ai échoué, Windows 10 me dit que le disque est plein, même si le disque est vide, quel que soit le disque. J’aurais pu persister mais ce qui m’a freiné c’est l’alimentation à 350 W, son prix dans le commerce quand on la trouve, 350 €. Se rater sur la carte graphique, claquer l’alimentation, se retrouver avec une machine qui ne sert à rien, c’est ballot.

J’ai un X230 qui traîne à la maison, puis j’ai ma tour même si je ne joue plus sur PC depuis désormais un moment. Le X230 est un core i5 troisième génération avec 8 Go de RAM, mon PC est un core i3 première ou deuxième génération, j’ai une Sapphire Radeon R7 250 – 2 Go (DDR5) qui date de 2016 dessus, et quand même 16 Go de RAM. Sur le X230 avec un simple chipset Intel vidéo, on fait tourner pas mal de choses notamment les Sims 4. Pas de commentaire, il est fou des Sims 4 et de ses jeux bizarres. Il faut comprendre que lorsqu’on regarde sur le bon coin, sur les sites de vente professionnels, de l’occasion à 1200 € ou du PC neuf à 3000 € c’est normal. Je suis pour ma part perplexe quant au besoin couvert par ces configurations, mais aussi par les jeux qui vont avec.

J’ai fait le test de Hadès sur ma configuration, c’est un jeu que je voulais voir tourner parce que partout où tu vas sur la toile, même chez Numerama, on te dit que c’est le jeu de l’année et je donnerai presque raison, il faut que j’arrive à la fin pour avoir un avis plus définitif

Le pitch de Hadès est assez sympa et correspond parfaitement à l’esprit d’un rogue-like, à savoir recommencer en boucle encore et encore le jeu. Le fils de Hadès, prince des enfers en a marre. Il décide de partir des enfers, et d’aller voir sa famille les dieux de l’Olympe. Le principe est celui d’un hack and slash, vous allez devoir traverser toutes les régions des enfers et marave tout ce qui bouge. Bien sûr, on se fait massacrer assez rapidement et on va donc recommencer à chaque fois au point de départ, de l’expérience et des possibilités en plus avec votre père qui gère les enfers qui se moque de vous. Dans le hub central, vous pouvez débloquer de nouvelles armes, de nouveaux pouvoirs mais aussi échanger avec les différents personnages présents. C’est très bien écrit, c’est très joliment dessiné et ça tourne sans aucun problème sur ma config dont l’élément le plus récent est ma carte graphique, cinq ans, pour une machine qui en a plus de dix. On ne s’étonnera pas non plus de savoir que ça tourne sans problème sur Switch et que pour faire rager les autres consoleux qui ont des machines de guerre comme la PS5, le jeu n’est pas sorti sur les autres plateformes.

Les moralités sont particulièrement nombreuses :

Le dernier facteur et pas des moindres, le plus important c’est de n’être pressé de rien. À l’époque c’est la sortie de Dark Souls 3 qui m’a poussé à l’achat de la PS4. Rien pour l’instant ne me pousserait à changer la configuration de mon PC à part une véritable bonne affaire ou prendre la Next Gen chez Sony. Avoir le temps, c’est finalement le luxe sur beaucoup de points.

C’était le premier billet de l’année 2021, avec la masse de contamination qui se produit autour de moi et avant une rentrée où j’imagine déjà des centaines de gamins se faire la bise, sans compter mes enfants qui en feront de même devant leur bahut, j’espère que ce ne sera pas le dernier. Les quinze prochains jours seront déterminants dans l’évolution de la maladie en France, je pense qu’on va vers un confinement V1.

Nous nous quittons sur du RAP à l’ancienne parce que je voudrais pas que des gens croient que 2021 soit différent de 2020, une bonne année pourrie qu’on va essayer de passer le moins mal possible sur des vieux sons.

Cultures, épisode 68

lundi 28 décembre 2020 à 22:54

Le cinéma de François Ozon c’est quand même assez particulier et ça finit quand même souvent au lit. J’avais trouvé plutôt pas mal le jeune et jolie, parce que la jeune qui était jolie se prostituait sans raison apparente, ne manquant pas d’argent, ne manquant de rien en fait. Avec été 85, on se retrouve à nouveau avec des jeunes face à l’amour, cette fois-ci c’est un garçon qui découvre l’amour avec un autre garçon de son âge. Le film se situe après un événement qu’on comprend plutôt grave, au point que l’un des jeunes se retrouve au tribunal. On ne peut pas dire que le film ne soit pas plaisant, ça se laisse regarder pourtant une fois arrivé à la fin, on se rend compte qu’on a regardé un truc qui pouvait se raconter en cinq minutes, comme une chanson de Joe Dassin, on s’est aimé, n’en parlons plus, et la vie continue. Un film qui se regarde, mais en faisant quand même quelque chose à côté pour ne pas avoir l’impression d’avoir perdu tout son temps.

Flavia est une gosse des favelas, son père meurt assez rapidement, une balle perdue. Sa maman pour trouver un peu d’argent fait des ménages, et dans ses clients un vieil homme en fauteuil roulant, passionné de musique qui va lui apprendre les bases du piano. Persévérante, talentueuse, elle va poursuivre sa passion, obtenir une bourse pour Paris afin de devenir concertiste. Forté est une bande dessinée qui manque de toute évidence d’originalité, avec sa construction façon Dragon Ball où son héroïne franchit les étapes dans les concours de musique et les difficultés financières. Trop de clichés sur les gens, trop gnangnan, c’est une bande dessinée qui cumule les défauts et pourtant ça marche bien. La volonté de transmettre la passion du classique est bien présente, la sensibilité, la rigueur, c’est réussi.

Hector le boucher est un one shot qui aurait pu être écrit par Jean-Pierre Jeunet (Amélie Poulain). Une histoire étrange, des personnages caricaturaux, des passages oniriques, des événements un peu délirants. Hector vit heureux avec son père et sa mère, sa maman meurt dans un accident domestique, Hector vit toutefois heureux avec son père qui lui enseigne les ficelles du métier : boucher. Malheureusement c’est au tour du père de Hector de décéder, il sera éduqué par ses grand-parents avec pour seul espoir, monter sa propre boucherie. Derrière cette bande dessinée rocambolesque, l’auteur explique l’origine de l’histoire : un véritable boucher, un peu d’histoire personnelle, et la volonté d’illustrer l’opposition entre la grande distribution et l’artisanat.

L’histoire de chambre obscure se déroule au début du XX° siècle, il s’agit d’un diptyque où l’auteur explique qu’il cherche à rendre hommage aux séries comme Arsène Lupin. On est donc dans une histoire qui tient de la pièce de théâtre, avec des personnages hauts en couleurs, des emphases. L’histoire démarre avec le retour d’une tante aventurière qui revient dans la demeure familiale, celle du frère qui a repris l’entreprise du père, un père devenu sénile. De mystérieuses lettres d’amour, un cambriolage, des secrets du passé, tous les éléments sont réunis pour faire une bonne histoire et c’est le cas. Des personnages attachants, de bons mots, un récit dynamique, une bande dessinée plaisante à lire.

Chaque jour la gamine attend son père, un homme âgé, suffisamment pour être son grand-père. Parfois il vient, parfois il ne vient pas, la fille qui vit seule avec sa mère, une femme jeune, belle, qui aime faire la fête, est dans cette attente. À chaque fois, c’est pour elle le festival, l’homme l’emmène au musée, lui fait partager la culture, les livres, son érudition. Et pourtant la sensation d’un lourd secret de famille est bien présent, cet homme qui ne partage pas vraiment leur vie et qui a une autre famille. Dans son ombre est un one shot dont je retiendrai plus les qualités graphiques, que l’histoire. Tout en noir et blanc, le dessin est magnifique, largement plus que l’histoire pas très bien inspirée. On comprend que l’homme a une double vie mais les contours sont assez mal définis, la relation entre son père et sa mère pas vraiment claire. L’histoire reste suffisamment prenante pour nous faire tenir le livre jusqu’à la fin.

L’histoire sans fin, ce film où Bill Murray revit en boucle le jour de la marmotte a inspiré quelques films, mais pas tant que ça, il faut dire que l’idée est tellement excellente, tellement connue, qu’on aurait forcément l’idée du plagiat. Palm spring fait le choix de ne pas faire dans la demi-mesure mais dans l’excessif, le graveleux, un dépoussiérage un peu trash. L’histoire se passe sur une scène de mariage qui se rejoue tous les jours, la différence c’est que notre héros entraîne avec lui une jeune femme dans la boucle temporelle. Ils vont, comme on peut s’en douter, faire beaucoup d’excès, et tomber amoureux. C’est assez drôle, c’est prévisible, ça se laisse voir par ces temps de disette cinématographique.

J’avais écrit que le chanteur perdu était indiscutablement l’une des meilleures bd que j’ai pu lire, cette histoire où Tronchet est à la recherche du chanteur dont les textes ont accompagné sa vie. Quelle surprise de retrouver dans « sur la vie de ma mère », à nouveau Jean-Claude Rémy, le fameux chanteur mais sous un autre angle, celui de son fils. L’histoire démarre à Nîmes devant la statue des arènes, une signification particulière pour moi qui suis Nîmois, sur un décès, celui de la mère de Alain Rémy alias Gaston. Il va raconter sur plus de 300 pages la vie de sa maman, de sa famille, une femme atypique qui les a fait vivre dans le monde entier, enseignante de mathématiques qui a désiré quitter son Jura natal pour enseigner dans tous les pays possibles, une bougeotte assez incroyable. Travail très personnel, qui vise à décrire la famille, les expatriés, mais aussi une certaine forme de liberté sexuelle qui n’existe plus vraiment aujourd’hui. Comme je l’ai précisé en introduction, c’est assez étonnant de voir cet homme apparaître dans deux bandes dessinées, j’ai essayé de trouver une interview, une explication, des auteurs, rien. Sacré coïncidence, qui tient désormais du mystère.

La licorne est une bande dessinée qui avait rencontré un certain succès à l’époque, fantastique, enquête policière, dessin qui claque. C’est l’une des rares bandes dessinées que j’ai dû relire plusieurs fois pour comprendre. C’est sans aucune surprise quand j’ai commencé à perdre le fil du bourreau (le), que j’ai compris qu’il s’agissait du même auteur, Gabella. Et c’est pourtant dommage, l’histoire démarre super bien, une sorte de Batman au Moyen-Âge. Le principe de la bande dessinée est le suivant : le bourreau est une espèce de super héros vengeur, si on lui donne un objet il est capable de retrouver le meurtrier de son propriétaire et de le tuer à l’heure qu’il a choisie. Totalement indestructible, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, si une enquête ne tournait pas mal, un enfant à tuer et un bouffon aux supers pouvoirs qui le fait disparaître sous ses yeux ébahis. Il n’avait jamais rencontré quelqu’un comme lui, ni connu l’échec. Trois tomes pour une bande dessinée finie qui pour ma part méritait mieux, le même défaut que la licorne, un scénario qui finit par devenir complexe, et je pense que c’est impardonnable pour une bd. La bd c’est avant tout l’expression par le dessin et la parole conjugués, faire court pour tout dire, ou faire long pour montrer le maximum de détails mais en aucun cas perdre le lecteur. Je trouve dommage que ce garçon qui a vraiment de bonnes idées, n’arrive pas à raconter ses histoires plus clairement.

Je suis un grand fan de la bande dessinée donjon, qui réalise la performance de reprendre parfaitement les codes de l’héroic fantasy mais à la française, en y rajoutant une énorme dose d’absurdité dans un univers qui réussit à rester cohérent. Après de très nombreux tomes, plusieurs époques, on pensait la série terminée. Antipodes relance la série en plaçant des événements 1000 ans avant et 1000 après l’histoire principale du donjon. Cette première histoire qui se déroule dans un lointain passé, présente une bataille avec des orcs contre des elfes, les orcs finissant par se faire massacrer. On va suivre les aventures d’un chien à la recherche du cadavre de son maître. L’esprit y est c’est indéniable mais c’est décevant. Ce qui fait le charme de donjon c’est de retrouver des éléments du passé qui vont influencer le futur et réciproquement. En jouant la carte d’une histoire si distante, c’est une forme de reboot que s’offrent les scénaristes, quelque part une facilité, celle de pouvoir écrire des histoires farfelues en s’éloignant du contexte du donjon. Pas vraiment déçu parce qu’on s’y retrouve, néanmoins on est en droit de s’interroger sur la motivation des auteurs, s’ils avaient encore des choses à raconter, il suffisait de l’intercaler avec le reste comme ils ont su le faire avec talent pendant de nombreuses années. (Spoil : syndrome d’Arleston ou de la poule aux œufs d’or).

J’ai une affection assez particulière pour la saga des Dark Siders que j’ai commencée si j’en crois Wikipedia en 2010, il y a plus de 10 ans. À l’époque, le jeu sorti sur PC qui était ma plateforme de jeu, lorgnait largement du côté de God Of War. Boucherie à volonté, monstres gigantesques. C’était franchement sympa, le fait de se promener entre les enfers, l’humanité détruite et le paradis à arracher les ailes des anges, entre les différents complots, franchement grande classe. Le second opus, beaucoup plus laborieux avec Death qui n’en finissait plus de faire trois fois la même mission, m’avait moins convaincu et j’avais dû me faire violence pour arriver à la fin. THQ, l’éditeur du jeu a connu des déboires assez importants, la saga s’est arrêtée pendant pas mal de temps pour revenir avec l’épisode trois aux commandes de Fury, j’avais consacré un billet complet pour écrire que c’était vraiment chouette, et que le côté emprunté aux souls était plutôt séduisant.

Je n’attendais pas ce Dark Siders Genesis et encore moins sous cette forme, à savoir un hack and slash à la diablo. Il faut reconnaître que quand tu n’as pas d’argent, tu peux avoir des idées, et force est de constater que le hack and slash c’est franchement moins cher à réaliser qu’un jeu en 3D où ça bouge dans tous les sens. Les quatre cavaliers, il manquait Discorde mais c’est finalement à deux que va se faire l’aventure puisque Guerre est de la partie. L’histoire se déroule avant les événements que l’on connaît, à savoir l’apocalypse qui se déclenche dans le premier épisode. Discorde et Guerre sont en mission pour le conseil, ils doivent enquêter sur ce qui se passe dans les enfers, des monstres se tapent encore plus dessus qu’à l’habitude. Il apparaît que Lucifer a filé des super pouvoirs à certains démons. Vous allez faire affaire avec Samael, qui est un habitué, avec pour hub central sa cachette dans laquelle se trouve Vulgrim le vendeur d’objets.

D’un point de vue gameplay on ne va pas se mentir, c’est un hack and slash. L’intérêt c’est de varier entre les deux personnages, Guerre qui est le gros bourrin de base et dont on récupère tous les artefacts bien connus comme le shuriken géant ou le point, Discorde dans le combat à distance avec d’autres possibilités comme créer des portails de téléportation. La moralité c’est qu’on tue, on tue beaucoup, c’est très agréable quand on aime le genre. Si je ne devais mettre que deux bémols, à part les problèmes de collision liés à la vue de dessus, c’est le doublage français catastrophique et la gamification poussée qui ne donne pas envie de s’investir. Petite explication sur ce dernier point, fléau du jeu vidéo actuel. Dark Siders Genesis est riche, il est généreux, non seulement vous avez dix-sept chapitres de tripailles, mais en plus vous avez des arènes pour en remettre une couche, il y en a aussi dix-sept, et après un mode infini. Si bien sûr on fait les arènes pour le plaisir de la boucherie, on le fait pour les bonus mais aussi pour faire un 100%. J’ai fini Dark Siders Genesis, j’ai fait pas mal de missions annexes, de bonus tout ça pour finir à 21% du jeu dans le monde du Playstation Store. La moralité c’est que lorsqu’on a fini le jeu, l’aventure principale, faire les arènes n’a plus vraiment d’intérêt et tenter de platiner un jeu c’est vraiment une histoire de perversion.

Bien sûr, on n’est pas obligé de participer au « game » mais il faut reconnaître que la gamification, le bonus, c’est toujours sympa, un peu comme un like.

À la recherche du temps encore perdu

dimanche 27 décembre 2020 à 16:28

Le jeune

Mes enfants qui m’ont bien gonflé sont privés de téléphones portables, ils sont en fait privés de smartphone, ils sont de retour à l’ancienne, téléphone à touches. Pour mon fils la privation n’est pas si importante, il s’agit principalement pour lui de consulter les cinquante réseaux sociaux sur lesquels il est inscrit, faire ses cinquante jeux qu’il a téléchargés, disons qu’il se disperse comme il peut avec un appareil supplémentaire. Le positionnement est alors simple, il commence tout, ne finit rien. Et là forcément, à ce jeu, c’est plutôt mauvais quand tu commences à grandir.

Le serveur de parcoursup est ouvert, il doit démarcher des BTS pour savoir s’ils font le BTS qui l’intéresse en apprentissage, les moyens d’hébergement. Bien évidemment, il faut appeler toutes les entreprises du secteur en électricité pour savoir si elles sont intéressées par un gars qui fait BTS en alternance. Parallèlement à ça il faut écrire lettre de motivation et CV, pas évident quand on n’a jamais fait l’effort de se mettre sérieusement au français. Il faut aussi s’inscrire sur les listes électorales parce que t’as 18 ans, et postuler pour les jobs d’été. Rattrapé un peu par le temps présent, le jeune doit se mettre à étudier pour les CCF de la rentrée. CCF, contrôles certificatifs de formation, sont les gros contrôles donnés par les profs dans l’enseignement professionnel, et qui ont valeur d’examen, ceux que tu ne peux pas te permettre de rater, encore moins dans une année COVID. Selon la rumeur, il aurait commencé quelque chose, mais rien n’est sûr.

Par contre pour passer du temps sur Youtube, regarder toutes les merdes qui passent à la télé, je peux vous garantir qu’il ne compte pas ses heures, quand on aime on ne compte pas.

J’ai décidé de le laisser se casser la gueule, ou pas. Cette génération est parfois assez surprenante, mon gamin après neuf mois à ne rien foutre on lui a fait passer le code pour le bouger, il l’a eu sans aucune faute, de la même manière il nous a fait le plan du torticolis le jour du permis pour le réussir. Ils ont parfois une faculté à tout faire au dernier moment assez surprenante dans un contexte qu’il faut toutefois resituer.

Comprenez que mes gosses, ceux que je suis à même de croiser dans l’entourage sont souvent des équilibristes à un mètre du sol avec genouillères, casque, filet de sécurité, le tout à un mètre du sol, de la mousse au sol au cas où le filet craque. On voit apparaître ici deux problèmes de notre société, problèmes qui ont toujours existé mais qui se sont accentués avec les années :

J’ai donc décidé de le laisser se casser la gueule, ou pas, car je suis fatigué de répéter les mêmes choses, parce qu’il a 18 ans et parce que j’ai envie de jouer à la PS4 mais nous le verrons plus loin. Finalement à sauver le cul de nos enfants, je crois qu’on ne leur rend pas vraiment service.

La jeune

Ma fille, les réseaux sociaux, sa vie, sa bataille. Comment vivre sans la dernière story d’Amélie qui vient de se payer avec l’argent de ses parents la dernière paire de Stan Smith à 150 € pour faire comme les autres. Présente sur Snap et sur Instagram, elle suit des centaines de personnes mais est incapable de fixer un rendez-vous pour faire une activité avec sa meilleure copine et accessoirement une des rares gamines de son âge à Saint-Pierre, qui vit à quatre cents mètres de la maison. Je passe régulièrement mon temps à la traiter de crevarde, et je me rends compte que j’ai raison. Pas de réseaux sociaux, pas d’appels, pas de temps à consacrer pour essayer de consolider les relations avec les vrais gens. Et pourtant son forfait reste illimité, elle fait tout simplement partie de ces gens qui n’ont pas le temps de consacrer quinze minutes à passer un coup de fil. Pourquoi ? Car ici encore, les nouvelles technologies ont bien fait leur travail. Dopamine à nouveau, système de récompense à coup de like, se gaver d’informations etc … etc … Je vous épargne à nouveau le cours sur les réseaux sociaux, mais force est de constater que l’altération des relations humaines est vraiment présente, c’est la machinerie du diable. Le pire c’est que la réciproque est vraie, personne ne prend son téléphone pour l’appeler alors qu’on sait qu’elle est coupée du monde. La communication c’est par les réseaux ou ce n’est pas. Preuve en est que c’est bien un problème d’engagement, prendre son téléphone pour appeler quelqu’un ne serait ce que cinq minutes, c’est donner cinq minutes exclusives à une personne, alors que cinq minutes sur Instagram c’est liker soixante photos de parfaits inconnus qu’on croit parfaitement connaître.

Ma fille est comme beaucoup, elle est seule. Je vous épargne les tirades à la con sur le fait qu’on est tous seuls, sa solitude est plus profonde, elle n’a pas les codes pour être dans une relation solide avec quelques-un car elle est conditionnée pour être en relation avec 700 personnes en même temps. J’ai envie de dire que c’est désormais la norme. Cette coupure des réseaux sociaux lui permet de faire autre chose, passer du temps en famille, regarder des films, dessiner, se promener sans avoir un œil sur ce qui a pu se produire, la peur de rater quelque chose, la peur de rater une futilité totalement incontournable.

Ici encore c’est comme mon fils, il faudra qu’elle se casse les dents. Un jour, c’est tout le mal que je lui souhaite, à force de côtoyer des gens qu’elle ne connaît pas avec passion, il y aura l’usure, une solitude dominante, celle des gens au milieu de la foule. Ce moment où on se demande ce qu’on fait là, qu’on pense aux vrais gens qu’on connaît.

Moi

Je compatis pas mal avec mes gosses. Comme je le dis souvent j’ai quand même la chance d’avoir grandi sans internet, d’avoir connu d’autres choses, l’ennui par exemple. C’est un discours qui pourrait être taxé de vieuxconnisme, néanmoins j’ai la sensation d’avoir un fond de libre arbitre. Si j’avais leur âge en 2020, je serais certainement dans le même état. Ce nivellement par le bas, cette homogénéité est palpable quel que soit aujourd’hui le milieu familial. J’ai envie de dire qu’à partir du moment où tu mets un smartphone ou un écran dans les mains le mal est fait, quand tu vois la difficulté pour des adultes de gérer dans le quotidien, comment tu veux gérer adolescent entre les poils, les boutons et les hormones qui font de toi une bombe humaine permanente. Mes jeunes restent pour moi une référence, une référence de ce qu’est devenu notre monde.

Il ne s’agit plus des jeunes mais de moi-même. Au niveau de la gestion des personnes, comme je l’ai dit, j’ai désormais limité à des gens que je vois en vrai, que j’appelle, avec qui j’échange de façon très régulière. J’essaie de prendre une place dans leur vie, mais cela a un coût particulier, le temps. J’ai une de mes voisines dans le village à qui je donne un coup de main de façon régulière, j’avais déjà expliqué comment j’avais galéré avec son MAC pour mettre antidote à jour. Dernièrement il est apparu qu’elle payait 65 € de téléphonie mensuelle, je me suis lancé dans la bascule de ses abonnements pour tomber à 35 € et avoir plus de services. 400 € environ d’économie par an, c’est non négligeable quand tu as une petite retraite. Tu comprends que ce n’est absolument pas simple pour le commun des mortels, il faut les numéros de RIO, trouver la bonne offre et j’en passe. Si effectivement pour moi c’est simple, pour une dame de son âge ou même pour mon épouse c’est compliqué. Et même si c’est simple en apparence, je sais que ça va être compliqué. Je vais vous raconter une belle histoire, une histoire Bornienne.

Je vous rappelle que ma commune est cassée en trois villages, Saint-Pierre la Mer où je vis, les cabanes de Fleury où se trouve l’embouchure de l’Aude, et Fleury qui est le village principal. Lorsque l’on fait le 11560, sort Fleury puisque Saint-Pierre est un sous village du village central. Où ça commence à devenir sportif c’est que des abrutis à l’époque ont pensé que donner le même nom de rue dans les deux villages, ça passerait sans aucun problème. Par conséquent, il y a deux rues des écoles, une à Saint-Pierre, une à Fleury. Si pour le facteur du coin, ça ne pose pas de problème, pour les gars qui débutent dans la course Amazon, c’est compliqué, ils se retrouvent à 8 km devant un entrepôt et n’arrivent pas à trouver l’adresse. Un jour un génie s’est dit qu’il serait bon de renommer les rues de façon à lever les ambiguïtés, sauf que lorsque tu tapes son numéro de téléphone, il met l’adresse de Fleury au lieu de donner l’adresse de Saint-Pierre, ce qui veut dire que chez SFR on a inversé les deux rues. Forcément quand tu as un peu de bon sens, tu vois venir les gars se retrouver dans le mauvais répartiteur pour échanger les lignes, j’ai donc appelé SFR pour me retrouver sur une plateforme gorgée de soleil où on m’a demandé d’annuler la commande et de la repasser. J’ai précisé que je vais me retrouver dans la même situation, il m’a dit qu’il fallait annuler la commande, je lui ai répété que j’allais me retrouver dans la même situation, il m’a dit qu’il fallait annuler la commande. J’ai raccroché.

Il faut donc avoir espoir que le type qui vient changer la paire réalise qu’il n’est pas au bon endroit et passe un coup de téléphone pour demander où il doit aller, attendre de voir qu’il y a un problème pour avoir un technicien qui parle correctement le français, de niveau supérieur et qui ne se limite pas à répéter un texte. Cette histoire nous montre bien sûr la stupidité des administrations, de l’informatique, des prestataires payés une misère mais surtout explique que mon engagement va me coûter un certain temps de plus que ce qu’il ne m’a déjà coûté. Car, non seulement on se doute que ça va complètement chier dans la colle, mais quand bien même ça passe, il faudra faire le paramétrage dans la maison.

On peut donc se dire que s’engager au près des gens c’est avoir la capacité de donner son temps, un temps que plus personne ne trouve car il y a toujours mieux à faire, Netflix par exemple. On notera d’ailleurs que si je devais me répandre dans de nombreuses relations pour avoir ce type de démarche avec chacune, ça s’appellerait une auto-entreprise en dépannage informatique, ce que je me refuse de faire.

Les gens ça prend du temps, tout prend du temps quand tu veux bien faire. Je table donc sur peu de relations mais des relations de qualité. Et pourtant, alors que je fréquente peu de gens car pour avoir des relations superficielles ça ne sert à rien, je manque encore de temps.

Bien sûr le travail, les obligations, la voiture, autant de dépenses de temps peu compressibles. Il faut donc raboter du temps ailleurs pour mieux gérer son temps. Car en fait, je manque de temps pour mes loisirs, et si je dois être honnête, c’est comme les gosses, je dois me faire une raison. De la même manière que les gamins ne verront pas tout Youtube et Netflix, pour moi c’est pareil, il faut faire des choix, je ne verrais pas tous les films du monde, je ne ferais pas tous les jeux du monde, je ne lirais pas tous les bouquins du monde.

Les choix sont faits. La technique, qui a été une partie de mon travail mais surtout de mes loisirs, c’est fini. C’est la raison qui parle, tout simplement parce que les solutions mises en place finissent par devenir complexes et ne peuvent pas être maintenues s’il devait m’arriver quelque chose. Ma femme ne savait pas ce qu’était un numéro de RIO, comment ferait-elle s’il m’arrivait quelque chose quand elle ne connaît pas des choses qui me paraissent pourtant simples. L’informatique complexe, les serveurs, je l’ai déjà écrit, c’est valable pour soi, mais en aucun cas il ne faut embarquer les autres. Non seulement les solutions complexes sont nuisibles pour les autres, ceux qui ne sont pas capables de les maintenir, leur mise en œuvre souvent chronophage, leur intérêt souvent discutable.

C’est certainement dans le jeu vidéo et la bande dessinée que je prends le plus de plaisir, j’ai failli prendre un mauvais tournant à cause de ceci.

Je suis propriétaire d’une WiiU, J’avais fait une affaire correcte il y a de cela deux ou trois ans je pense, je voulais jouer au dernier Zelda. La WiiU apparaît comme relativement pauvre dans sa logithèque ce qui est normal pour une conseil qui a échoué pour pas grand-chose quand on voit que la switch c’est pareil. Elle offre toutefois quelques jeux sympathiques. J’ai joué à quelques jeux sur Wii du fait que la Wii U émule la Wii, je pense notamment à l’excellent Mario Galaxy, et j’ai fait l’erreur de lancer l’émulateur Dolphin. Concrètement on peut faire beaucoup de choses avec cet émulateur, associer une manette et jouer à des jeux Wii en 1080p, force est de constater que c’est plutôt sympa. J’ai commencé à regarder pour changer mon PC, investir dans une dolphinbar de façon à récupérer la possibilité de pointer à l’écran. En gros, j’étais sur le point de me monter une machine de guerre pour faire du retrogaming et accessoirement faire quelques jeux PC. Avec des jeux PS4 que j’achète mais que je peine à finir car mine de rien ça prend du temps, il est nécessaire de faire une croix sur la nostalgie même si j’aurais bien fait quelques Zelda en qualité pas trop dégueulasse. C’est certainement ici le maillon faible, mieux choisir mes jeux, j’évite les jeux trop longs, ceux qui ne finissent jamais, pour me focaliser sur les aventures brèves et intenses. J’éviterai certainement le prochain Skyrim, mon chronomètre ne s’en remettrait pas.

Trop de choses à voir, trop de choses à jouer, pas assez de temps pour le faire quand tout semble formidable, extraordinaire. Un peu la peur de manquer quelque chose pour rester devant un écran, ça me laisse songeur. Quelqu’un a dit que sur son lit de mort personne ne se dira j’aurais voulu passer plus de temps sur Facebook, et pourtant les sociétés informatiques font tout pour ne le fourrer dans le crâne. Tout ceci n’est qu’une question d’équilibre, mais aussi de choix. Est-ce que celui qui passe son temps dans les musées ou à dévorer les livres d’histoire a des loisirs plus valables que celui qui joue à Fortnite ?

Nous resterons sur cette grande interrogation philosophique. Nous nous quittons non pas sur un RAP mais sur du rock pas trop dégueulasse d’un bon imitateur de Hendrix, always on the run, toujours en train de courir, et y en a marre !

2020 année officielle de la résignation

dimanche 20 décembre 2020 à 17:04

C’est la fin d’année papa Noël va bientôt passer et à l’instar des bêtisiers de fin d’année sur les chaînes de télévision, les blogueurs et les sites internet font leur bilan de l’année, c’est ce qu’on appelle dans le jargon un marronnier. Le marronnier a ceci d’intéressant, c’est lorsque tu n’as rien à raconter, tu sors le marronnier, ce qui te permet de gagner une partie contre la page blanche. Ça tombe bien, en ce début de vacances après une période que nous qualifierons de rude, je suis sur les rotules, tellement déglingué que je n’ai même pas la force de lancer un jeu sur la PS4.

cyrille-borne.com en chiffres

Les statistiques du blog sont en baisse par rapport à l’année 2019. Si je devais trouver une explication simple je dirais :

Sinik dans une interview a dit que c’était la fin avec ballon d’or, son album qui s’est mal vendu. Il savait qu’à partir de ce moment, ce serait plus compliqué. Il explique aujourd’hui qu’il fait des albums pour le plaisir, et qu’il vit d’autre chose. Je suis exactement dans la même dynamique. J’écris mes billets par plaisir sans m’interroger sur leur pouvoir de séduction, sans m’interroger sur leur portée, j’écris chaque billet comme si c’était le dernier concert, vomissant ma rage et mes tripes sur le public. La différence bien sûr c’est qu’à ce jeu, je suis gagnant sur la durée, à 87 ans, je pourrai vous raconter comment ça se passe dans mon EHPAD et comment je torture psychologiquement les infirmières.

Si ça vend plus un skeud, j’me dirais qu’j’ai fait mon heure. Et rien à foutre de c’que l’Histoire retiendra de mon œuvre

Au moment où j’écris ces lignes,

En 2019 :

En 2020 :

La comparaison entre ces deux années a globalement du sens puisque je pense qu’il s’agit de l’une des rares périodes où je n’ai rien fait. J’entends par là que je n’ai pas changé de moteur de quoi que ce soit, je n’ai pas fait péter quoi que ce soit, je n’ai rien rajouté de plus. On peut donc faire une véritable comparaison sur la période.

La part d’accès au site par les moteurs de recherche est passée de 8 à 12%. Je trouve que ce nombre est assez intéressant, et doit certainement confirmer le fait que je n’ai rien fait, ce qui veut dire que Google peut enfin référencer mes pages sans que ça bouge tous les quatre matins. La part des utilisateurs Linuxiens passe de 44% à 42% ce qui comme vous pouvez l’imaginer est assez hors norme sur ce qu’on peut voir sur la toile. Un lecteur sur deux est Linuxien. On peut donc considérer que soit les Linuxiens me conservent par habitude, un peu comme un vieux pote qui a mal tourné et dont on prend des nouvelles. Certainement parce que derrière les écrans se cache certainement une population d’un certain âge qui prend encore un certain plaisir à lire une opinion avec un sujet, un verbe et un complément. Certainement quelques adolescents à la maison, ou des adolescents en devenir, des angoisses pour leur avenir, et se dire que Cyrille BORNE avec son Némo est au front tous les matins. Journaliste d’une guerre sans nom, celle d’une jeunesse qui l’a certainement perdue, la guerre. Alors que la population des Linuxiens se maintient, Firefox perd 5 points de, 46% à 41%, ici encore des statistiques hors normes, c’est rigolo d’être moi.

Pour un gars qui ne fait aucun effort pour se faire connaître, je trouve que c’est quand même plutôt pas mal. J’essaie de me défaire de l’obsession des statistiques, mais je crois que c’est une mauvaise habitude, comme la cigarette du matin avec le café, je regarde les statistiques de mes sites depuis 20 ans, on ne se refait pas. En même temps je ne fume pas.

Cyrille BORNE et ses grands événements de 2020

S’il ne fallait retenir qu’un mot, qu’une image, je crois que ce sera certainement la même chose pour tous : la COVID-19.

Je crois que malheureusement ce sera le mot de 2021, auquel on devra certainement rajouter catastrophe, économique, sanitaire, et j’en passe. La crise COVID n’aura pas forcément eu l’impact qu’on peut imaginer à mon niveau. J’entends par là que l’abandon de Linux au profit de Windows, c’est comme pour beaucoup de choses, un catalyseur. Pour le reste, mon mode de vie qui sans parler de minimalisme est assez prononcé dans une tendance à acheter local au plus, essayer d’acheter de moins en moins de choses inutiles, une vie de famille simple de bon père de famille n’aura été qu’une confrontation, une vérification, une validation, d’être sur la bonne voie. De la même manière, l’abandon des réseaux sociaux, c’est aussi un effet de catalyse, à terme j’aurais de toute façon fini par lâcher, trop grande perte de temps, trop de vent, et surtout une relation totalement biaisée. Les réseaux sociaux c’est le piège de croire qu’on connaît plein de gens pour finalement se rendre compte qu’on ne connaît personne. Ami des collègues sur les réseaux sans connaître le prénom de leurs gosses, sans connaître leurs joies, leurs passions, leurs peines, leurs souffrances, ce n’est pas être ami. La limitation de mes relations, passer par le biais du SMS, de l’appel téléphonique, m’a fait gagner en qualité face à une quantité, en apparence.

Pour le retour qui me paraît définitif à Windows, je trouve que c’est aussi plus sain. J’entends par là que Linux devient de plus en plus technique, comme l’informatique de façon générale, docker, kubernetes, ça commence à devenir franchement compliqué pour se permettre de donner un avis. On ne peut pas avoir un avis sur tout. Je lisais Adrien D. recadrer les Linuxiens du dimanche, ou utux expliquer en entreprise la problématique de l’abandon de CentOS. J’aurais certainement sans aucune connaissance de la situation en entreprise balancé une phrase du style, ils avaient qu’à utiliser Debian. J’aurais aussi remis une couche pour dire que ça fait bien les affaires de Microsoft et une mauvaise publicité pour Linux. Bien plus que l’environnement Linux, c’est du logiciel libre et des gens qui gravitent autour dont je m’éloigne, perte d’intérêt d’une part, perte de compétence évidente d’autre part. Parler d’un sujet qu’on ne maîtrise pas, mieux vaut finalement se taire pour parler de ce qu’on maîtrise, sa propre expérience, son quotidien. Pour la perte d’intérêt, voir la sortie de GTK 4, c’est comme l’annonce de la 5G. Quand certains voient un progrès extraordinaire, moi je me contente de constater que dans le massif de la Clape à côté de chez moi, il n’y a pas de réseau. Tant de manques dans le bureau Linux, tant de problèmes, les gars ont même pas quelque chose de super fonctionnel qu’ils ont déjà proposé la suite, comme KDE finalement.

Comme je l’ai écrit plus haut, l’orientation du blog vers l’éducation est une évidence, car la double casquette que j’ai portée pendant des années, informaticien et enseignant c’est définitivement fini. Il y a tant à faire avec nos élèves, tant à comprendre, tant à essayer, que savoir quelle distribution mettre, est la dernière de mes préoccupations. L’éducation populaire, celle qui consiste à expliquer que le logiciel libre nous sauvera tous, c’est un débat clos pour moi, les gens n’auront jamais la compréhension de ce problème. Si déjà on arrive à avoir une prise de conscience que la marche en avant vers la 5G quand on est pétri de zones blanches sur le territoire, quand la 4G est suffisante pour la majorité des usages, ce sera déjà pas mal. Plus simple encore, j’ouvrais la poubelle de déchets dans ma rue, quatre gros cartons Amazon alors que la poubelle jaune est à 50 mètres. Deux problèmes en un, l’écologie d’un côté, la consommation de l’autre. Voyez qu’il est loin Linux, franchement loin sur la banquise qui fond.

En résumé 2020, à part une grosse année de merde c’est :

Et pour le reste c’est en gros tout. Pas de pépin de santé pour mon épouse vraiment grave, la routine en quelque sorte, pas de problème majeur à la maison, j’ai presque envie de dire que malgré le contexte, tout ne va pas si mal.

Cyrille BORNE en 2021 c’est tout pareil ou moins mais certainement pas plus ou pas

Forcément avec des statistiques à la baisse, la tentation d’aller se vendre sur les réseaux sociaux, dans des stratégies SEO, serait tentante pour le commun des mortels, mais pas pour Cyrille BORNE. Cyrille BORNE ne fera pas plus d’effort, Cyrille BORNE continuera de faire ce qu’il sait faire, parler de lui à la troisième personne et balancer des billets de blog quand ça lui chante. Cyrille BORNE préfère mieux travailler ses contenus et faire des billets de plus de 2000 mots plutôt que d’essayer de broder autour d’une nouvelle insignifiante en 300 mots et 24 images. J’ai beaucoup aimé cet article, qui explique que pour influencer, il faut instagrammer, faire du tiktok. C’est certainement parce qu’on a fait beaucoup de choses à côté qu’on a plus grand-chose à lire désormais sur la toile.

Je crois qu’il s’agira de l’un de mes grands défis de l’année 2021, trouver une façon de s’enrichir. Intellectuellement j’entends, parce que financièrement je refuse un billet sponso par semaine. Car ne nous leurrons pas, nos écrits, nos contenus, sont le reflet de nos expériences personnelles, de nos savoirs. Et forcément pour apprendre, il faut pouvoir se documenter. Avec une blogosphère qui était plutôt riche et qui permettait de se forger des points de vue, de s’informer tout simplement, qui n’existe plus, une presse qui bascule largement du côté obscur du paywall, apprendre, ça va devenir compliqué, de plus en plus compliqué. Peut-être que du fait d’avoir mis le Bluetooth dans la voiture, je vais me mettre au podcast, car vous avez vu que désormais pour influencer il faut podcaster, une autre façon d’apprendre durant mes longues heures de trajet.

Comme vous l’avez compris, on ne change pas une équipe qui perd, nous continuons sur notre lancée en 2021. En vous souhaitant d’excellentes fêtes de famille, faites pas trop les fous non plus, et préparez-vous à un retour au confinement d’ici la mi-janvier. Du vrai confinement bien hardcore avec peut-être l’horreur absolue, vos gosses à la maison. Évitez l’Angleterre aussi, pas terrible en cette saison.

chez Odysseus