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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Installer Linux à côté de Windows

mercredi 18 avril 2018 à 10:00

Préambule.

Il s’agit d’une pratique que je déconseille notamment pour les débutants. En effet, installer Linux à côté de Windows c’est souvent utiliser Windows et oublier Linux. Il ne s’agit pas d’un comparatif de systèmes d’exploitation mais d’une question de zone de confort. Si on veut réellement passer à Linux, il faut réellement y passer et oublier Windows.

On s’inscrira dans le cas simple, c’est-à-dire que l’une des partitions Windows est suffisamment grande et visible pour que l’utilisateur ne fasse pas d’erreur.

Attention : Modifier les partitions de son système n’est pas sans conséquence, vous prenez le risque de perdre l’intégralité de vos données.
Attention : vous êtes invités à avoir lu le tutoriel installer Installer Linux sur son ordinateur pour avoir une explication sur le Bios, les clés USB bootables et l’installation d’une distribution Linux.

C’est quoi une partition ?

Couper votre disque dur en partitions c’est le couper en plusieurs morceaux « indépendants ». L’utilité du partitionnement peut se comprendre facilement avec Windows. Imaginez que vous avez un disque dur de 500 Go, vous décidez de le couper en deux partitions, une de 300 Go dans laquelle vous aurez Windows et vos programmes, une partition de 200 Go dans laquelle vous aurez vos fichiers. Imaginons désormais que votre partition système, la partition sur laquelle vous avez tous vos programmes défaille car vous avez un virus qui a contaminé l’intégralité de votre partition. La partition dysfonctionne au point qu’elle n’est plus accessible, pourtant l’intégralité de vos fichiers est sauvée car elle se trouve sur une autre partition. On peut donc sans risque réinstaller le système d’exploitation et conserver ses données. Il est conseillé de façon générale de partitionner son disque dur pour assurer une séparation entre les données et le système.

Attention : une partition reste virtuelle. Comprenez que si c’est le disque dur qui est défaillant, toutes vos partitions seront affectées.

Avant de passer à la pratique, il faut comprendre qu’une partition est « formatée » d’une certaine façon qui va dépendre principalement de votre système d’exploitation. Windows par défaut va formater en NTFS, il peut être utile de formater en FAT32 car certains appareils comme les autoradios ne lisent que ce format. Linux va formater en EXT4. Le formatage c’est un peu comme une langue. Ce n’est pas anodin, si Linux est capable de lire le NTFS ou la FAT32, il n’est pas possible d’installer Linux sur une partition NTFS. Windows quant à lui ne sait pas lire le EXT4 et à fortiori ne pourra pas s’installer sur une partition qui n’est pas en NTFS.

Par le fait, lorsque votre double système sera installé, et Linux et Windows, votre Linux pourra lire des fichiers directement dans votre partition Windows mais l’inverse sera faux. Il faudra donc doubler les fichiers pour les avoir sur les deux systèmes ce qui montre l’importance de faire un choix.

Gparted

Gparted est à la fois un programme et une distribution Linux qui permet de modifier les partitions sur un disque dur. On récupère l’iso en 64 bits pour un ordinateur actuel sur https://gparted.org/. On réalisera la clé USB bootable avec le logiciel Etcher.

Au lancement de Gparted on prendra le premier choix. Les autres modes (other modes of Gparted live) vont être utilisés en cas de problème de résolution, si votre ordinateur est un peu ancien et qu’il a du mal à afficher. Sur un ordinateur moderne, la question ne se pose pas.

Premier écran : Don’t touch Keymap. Touche entrée.

Second écran : attention, le verr num du clavier n’est pas activé, pensez à l’utiliser si vous voulez taper avec le pavé numérique. On fait 08 pour le choix du français.

Troisième écran, on fait entrée.

Automatiquement Gparted se lance et va vous présenter votre disque dur et la façon dont il est partitionné.

En haut à droite, il apparaît que nous sommes face à un disque dur de 50 Go. Si on regarde les trois lignes plus bas. Une première partition que vous trouverez de façon systématique avec Windows qui fait 549 Mo. Une partition plus importante qui fait 49,46 Go, qu’on peut voir utilisée à 16,25 Go. L’occupation est symbolisée en jaune sur la partition. Enfin 1 Mo ne sont pas utilisés. La couleur verte représente le fameux format NTFS évoqué plus haut.

L’idée c’est de diminuer la taille de la partition de 49,46 Go afin de pouvoir installer Linux. On fait clic droit sur la partition puis redimensionner.

Attention la présentation est faite non pas en Go mais en Mo, pensez donc dans vos calculer à rajouter en gros trois zéros. Si vous voulez libérer 20 Go, il faudra aller jusqu’à 20000 Mo. La façon de faire est intuitive, il suffit de se positionner sur la flèche noire de droite et de déplacer vers la gauche jusqu’à ce qu’on obtienne l’espace libre désiré.

Il apparaît dans la capture suivante que je vais libérer 24616 Mo soit environ 25 Go ce qui est largement suffisant pour installer une distribution Linux.

On clique sur redimensionner déplacer puis sur apply.

Lorsque l’opération est terminée, il suffit de redémarrer l’ordinateur et de lancer cette fois la distribution Linux que vous avez choisie d’installer. On notera que je n’ai pas formaté en EXT4 et que j’ai laissé l’espace non alloué. En effet comme on peut le voir dans l’écran suivant, la grande majorité des distributions Linux vous proposent de s’installer dans l’espace vide si bien que vous n’avez pas à vous préoccuper du système de fichiers.

Au redémarrage de l’ordinateur, vous avez le choix de démarrer sous Linux ou sous Windows.

Cultures, épisode 14

lundi 16 avril 2018 à 10:00

Une réception parisienne, des hommes d’affaires, des politiques, mais un homme qu’on attend plus que les autres : Dantès, comme Montécristo et ce n’est pas anodin. La série Dantès est terminée en dix tomes et elle a, je trouve rien à envier à un Largo Winch avec qui elle partage le goût de l’abracadabradantesque. C’est le genre de bandes dessinées qu’on lit pour le divertissement sans trop réfléchir au scénario dont le but est de captiver le lecteur, surtout ne pas le faire méditer sur les situations impossibles qu’il va lire. Trois cycles différents, le premier raconte comment Alexandre simple courtier en bourse se fait piéger dans le naufrage d’une banque, va en prison et en ressort en étant l’un des hommes les plus riches de la terre, un homme qui n’a qu’un seul but : la vengeance. Le second cycle se déroule en Afrique, comme souvent avec les milliardaires, ils finissent philanthropes, l’une des sociétés de Dantès est impliquée dans un épisode de pollution qui mêle le sommet de l’état mais aussi une grande société française qui pourrait faire penser à une de nos compagnies pétrolières. C’est d’ailleurs ici que je profite de l’occasion pour dire que Dantès emprunte large, jusqu’au dessin de certains personnages, ici on reconnaît aisément un Thierry Lhermitte quand le parti politique de droite impliqué dans la chute de la banque où travaillait le malheureux Alexandre est la caricature du front national. Le dernier cycle, Dantès voit débarquer son père, un homme qui l’avait abandonné, lui sa soeur un peu attardée et sa mère, voyez comme on est dans le cliché. L’homme est impliqué dans un trafic de faux tableaux, il demande l’aide de son fils parce qu’il est poursuivi par les triades chinoises.

Dantès n’est pas pour moi une bonne bande dessinée, si le dessin tient la route, le scénario c’est quand même du grand n’importe quoi. Néanmoins, si on s’interroge sur le fait que le job soit fait ou non, c’est indéniable, c’est un très bon moment de distraction, les personnages sont très bien construits avec de vraies parts d’ombre, si on est capable d’apprécier Largo Winch, on aimera Dantès. Je pense par contre que les auteurs ont bien fait d’arrêter les frais, parce que quand on a fait le complot politico-financier avec des Russes à l’intérieur, l’Afrique et la mafia Chinoise, il ne reste plus que l’épisode dans le froid ou sur la lune. Une sagesse qui malheureusement n’inspire pas d’autres séries qui continuent l’acharnement thérapeutique.

Sisco personnage central de la bande dessinée, et titre de la série éponyme composée actuellement de dix tomes, est un homme du président et un héros qui ne cadre absolument pas avec ce qu’on est amené à voir dans la bande dessinée francophone. Dans le premier diptyque, puisque comme de nombreuses bandes dessinées, la série est articulée comme cela, on découvre un Sisco qui simule le suicide d’un homme politique qui pourrait faire du tort au président français. Alors que la majorité des héros sont plutôt du côté du bien, ici on a un homme qui fait son job et qui n’hésite pas à laisser des cadavres derrière lui pour la bonne ou pour la mauvaise raison, tant que c’est la raison de l’état. C’est ce qui fait ici tout l’intérêt de la série, même si le type a de l’humour, est plutôt beau gosse, ce n’est pas un héros attachant, c’est plutôt même le contraire, un salopard qu’on a envie de détester. La pari est plutôt osé et réussi, la série intrigue car elle ne se ferme aucune porte, avec un héros qui peut tuer un innocent pour couvrir un secret d’état, tout devient possible.

Camelia Jordana est la caricature de l’étudiante issue de l’immigration, elle vit dans les quartiers, fait du wesh wesh avec ses copains de cité. Elle débarque à l’université pour son premier cours, à la bourre dans l’amphithéâtre de Daniel Auteuil qui l’incendie littéralement. Il faut dire que Daniel Auteuil en caricature de professeur aigri et raciste est plutôt bon, même franchement excellent. Seulement cette fois-ci, cela ne passe pas, il est filmé par les élèves de l’amphi et le président de l’université ne peut rien faire pour lui. La solution pour trouver l’absolution c’est de donner un coup de main à la jeune fille pour qu’elle remporte un tournoi de joute verbale opposant les différentes universités de France. Yvan Attal ce n’est quand même pas le réalisateur qui rentrera dans l’histoire. Le brio est pétri de tous les clichés qu’on a pu voir au cinéma, la banlieue, ces deux personnages qui vivent dans des univers que tout séparent, l’oubli de ses origines avec Camelia Jordana qui va monter en puissance et regarder ses amis d’enfance avec plus de distance, et le happy end pour le final bien évidemment. Si c’est Camelia Jordana qui a remporté le César du meilleur jeune espoir féminin, c’est Auteuil qui tient le film sur ses épaules. Le brio est donc un film qui est très plaisant à regarder, merci ses acteurs, moins sa construction trop clichée.

La série Lanfeust de Troy a connu un véritable succès populaire, c’est relativement mérité, c’est une bande dessinée d’aventure, de l’humour, de l’action, un dessin agréable. Quand on lit cet article où l’on découvre qu’être auteur de bandes dessinées c’est surtout crever la dalle, lorsque des auteurs trouvent une idée qui fonctionne, ils l’exploitent jusqu’au bout. Exploiter c’est le terme, comme une mine d’or, jusqu’à la dernière pépite, jusqu’à ce qu’il ne reste rien. L’analogie n’est pas forcément la bonne, si vous trouvez la dernière pépite dans la mine, cela reste de l’or, dans la bande dessinée lorsque cela dégrade, on avait de l’or au départ, on peut passer par l’argent pour finir avec du plomb. Le compagnon de Lanfeust héros de la série éponyme est un troll, dans cet univers, le troll c’est un monstre surpuissant qui passe son temps à manger, de la chair humaine notamment, qui ne craint que l’eau et qui peut être enchanté par les sages.

Partant de ce postulat, Arleston a tout simplement calqué l’univers d’Astérix sur le sien. On a désormais un village de Trolls, les sangliers sont remplacés par les humains comme les romains d’ailleurs, avec en Jules César l’un des principaux mages de la principauté. Les quatre premiers tomes sont une aventure à part entière qui présentent bien les personnages centraux : Waha, la fille adoptive humaine qui se comporte comme un troll de Teträm le méga bourrin et Pröfy un demi troll qui fait office de fiancé de Waha. L’aventure principale est plutôt sympathique et surtout décalée par rapport à ce qu’on peut lire d’habitude puisque nos héros ont une morale particulière, animale, chaque être vivant qu’ils croisent étant considéré comme quelque chose à manger. Trolls de Troy est donc une série qui est particulièrement gore, où les « méchants » sont souvent mangés à la fin, et où l’humour repose sur deux éléments : le bourrinage et la parodie. Bon le bourrinage on comprend bien qu’avec un contexte pareil, facile, la parodie elle puise surtout dans Astérix, dans tous les râteliers, cinéma, musique, autres bandes dessinées. Au bout de dix tomes s’installe un véritable sentiment de lassitude qui n’arrive pas chez Astérix, preuve en est que tout le monde n’a pas les capacités scénaristiques de Goscinny.

Quand j’évoquais que pour gagner quatre sous on était prêt à tout, Trolls de Troy possède son dessin animé qui ne rend ni honneur à la qualité du dessin ni à son scénario qui se veut light, le cannibalisme à heure de grande écoute, ça ferait vraiment désordre. Huit minutes de médiocrité par épisode, j’ai eu du mal à terminer le premier.

Et tout le monde s’en fout est une chaîne Youtube qui n’est pas inintéressante, c’est une chaîne qu’on qualifiera de culturelle, psychologique, une chaîne qui fait réfléchir. Le pitch, c’est un personnage dans sa cave, la capuche sur la tête, le gars qu’on imaginerait la caricature d’un hacker d’une mauvaise série télé. Sauf qu’il ne pianote pas, il s’exprime, il mange des fruits en faisant un discours particulièrement moralisateur sur l’eau, la colère, la révolte, les hommes, les femmes. C’est très bien joué et le message sous-jacent me plaît bien, la moralité de quasiment chacune des vidéos où l’on en sort quand même quelque chose car c’est documenté, c’est que nous sommes fortement responsables de nos actes et qu’il ne tient qu’à nous de les changer.

Utada Hikaru a été une des reines de la jpop dans la fin des années 90. Elle détient encore quelques records, elle fait partie notamment des rares artistes qui à l’époque ont entrepris une carrière américaine. Il faut savoir que dans la culture de la jpop, quand tu as 25 ans tu es vieille et tu es jetée à la poubelle, ce qui est franchement n’importe quoi. Utada Hikaru a désormais 35 ans, sort de quasiment dix ans de retraite, elle est maman et revient avec un titre groovy de la mort. Il s’agit d’une version courte, je ne sais pas pourquoi sa chaîne officielle n’a pas diffusé la version longue mais cela permet de se faire une idée du titre. A 35 ans, toujours la petite vibration dans la voix, elle a arrêté de hurler comme un cochon qu’on égorge et c’est vraiment réussi. C’est très sérieusement un coup à se remettre à écouter de la jpop.

Je dédie ce morceau à Fabrice Charretton qui vit dans les coulisses de mes différents blogs depuis plus de quinze ans et qui reste indéniablement le plus asiatique des français dans sa musique.

Complément 29 : sans titre

jeudi 29 mars 2018 à 10:00

Pas d’inspiration pour le chapeau, pas d’inspiration pour le titre, j’aurais peut-être dû appeler ce billet complément 29, sans inspiration.

Alors que la terre entière s’acharne de façon ridicule sur Facebook, j’en veux largement plus à Microsoft. Ridicule, je l’ai déjà expliqué, quand on sait qu’Orange fait de la collecte d’informations qui doivent être certainement plus pertinentes comme le nombre de pornos que vous regardez chaque mois, vos aspirations religieuses, politiques, les sites sur lesquels vous avez consommé, ce que vous avez consommé et j’en passe, il y a certainement plus préoccupant que le réseau mondial américain. Ne pensez pas que j’ai une tendresse particulière pour Facebook, je pense qu’il est juste important de recontextualiser surtout quand le hashtag visant à faire sauter facebook provient d’un site qui lui aussi utilise les données personnelles.

Les sites informatiques, se sont contentés d’expliquer comment faire sauter son compte et utiliser quelques paramètres de sécurité, quasiment aucun site n’a précisé que quel que soit le réseau social que vous allez utiliser, si c’est pour reproduire les mêmes erreurs c’est que vous n’avez rien compris. Supprimer son compte facebook pour en balancer quatre fois plus sur snapshat ou sur instagram c’est ici le fond du problème. En gros, reportez vous aux cours bien moralisateurs que nous faisons en troisième à nos élèves : « oh la la attention, méfie toi des pedobears, ne donne pas d’informations trop privées, n’insulte pas les gens et réfléchis bien avant de poster un message ». Caricatural pas tant que ça, on tenait déjà ce discours depuis l’époque des skyblogs, j’étais dans le Cantal, vous voyez que cela ne nous rajeunit pas, les outils changent, les problématiques sont les mêmes, elles ne dépendent pas des outils mais des hommes.

Ce qui dépend beaucoup des outils, mais aussi des hommes on y viendra plus loin, c’est l’obsoléscence. C’est François Aubriot qui a retweeté cet article : VDI : Windows Server 2019 abandonne le rôle hôte de session de poste de travail à distance. Attention, tout ce qui va suivre est à prendre avec des pincettes car d’une part l’article n’annonce pas ceci comme une certitude, d’autre part je n’ai pas le niveau technique suffisant je pense pour en avoir compris tous les tenants et les aboutissants. Si j’ai tout compris, n’hésitez pas à venir me contrarier dans le forum ou par mail si j’étais dans le faux, ce serait la fin de ce qu’on appelle TSE dans mon lycée. Souvenez vous, j’ai une petite centaine de postes sous Linux, les élèves ne travaillent pas dessus en direct mais se connectent à un serveur qui a plus de 60 Go de RAM pour travailler. Si j’ai donc tout compris, cette possibilité serait retirée de Windows Serveur et il faudrait un poste en Windows 10 multi-utilisateurs. Il est donc possible que je raconte n’importe quoi, mais j’y vois ici une poussée à la consommation et l’impossibilité d’utiliser des clients légers d’ancienne génération ou tout simplement des postes Linux. François Aubriot avec sa société Dot River est bien placé pour en parler puisqu’il propose l’équivalent mais sous Linux.

Sans évoquer Linux, cela fait 15 ans que j’enseigne, cela fait donc 15 ans que j’utilise Openoffice puis Libreoffice pour faire mes cours. Alors effectivement on pourrait me faire remarquer que l’exemple n’est peut-être pas le plus judicieux avec le schisme qui a créé le fork, au contraire, il est intéressant de montrer que lorsqu’une société propriétaire débarque ça finit toujours par partir en cacahouète s’il n’y a pas de rentrée financière. La comparaison avec le monde de Microsoft est simple, j’ai démarré le métier en 2003 si j’avais voulu me mettre à la page : Office 2003, Office 2007, Office 2010, Office 2013, Office 2016. Cinq versions que j’aurai dû payer ou pas, entre les promos qu’on peut avoir aujourd’hui quand on est prof (ou avec le site de clés qui va bien) ou le piratage. Et de la même manière il aurait fallu que je paye la licence de Vista, Seven et Windows 10. Mes collègues utilisent Word 2007, c’est un combat perdu d’avance quand je leur explique qu’ils utilisent un logiciel vieux de plus de 10 ans alors que Libreoffice date de la semaine dernière. Les habitudes et les préjugés ont la peau dure, dans l’enseignement encore plus.

Quand on évoque l’obsolescence programmée, pour certains c’est du conspirationnisme, au même titre que les soucoupes volantes, la zone 51. Imaginer que des entreprises saborderaient leur produit de façon consciente pour en vendre des nouveaux, relèverait du délire. Ne parlons pas d’obsolescence programmée, et mettons nous à un niveau plus raisonnable, à savoir que reprocher à un fabriquant de machines à laver de ne pas fournir la courroie pour un modèle vendu il y a 35 ans et qui ne doit quasiment plus exister, c’est discutable. Prenons le problème dans l’autre sens, en posant simplement la question suivante : comment sortir du cercle infernal de la nouvelle version ? Deux possibilités, passer au logiciel libre comme je le préconise, rester sur l’ancienne version. Comme évoqué plus haut, mes collègues utilisent une version 2007 du pack office de Microsoft et ils en sont contents. Pourquoi changer ? Parce qu’à terme ils n’auront pas le choix, Microsoft se débrouille toujours d’une manière ou d’une autre pour bloquer ses anciens programmes et pousser à passer à la suite. Plutôt que de subir en permanence la loi de Redmond, pourquoi ne pas sauter le pas et passer au libre ?

Nous sommes nombreux à connaître la réponse, les freins sont multiples, les pédagos, les « techniciens », les utilisateurs, ces gens qui sont des crevards de la nouveauté, et qui n’imagineraient même pas une stabilité sur 15 ans pour un logiciel. Avec des logiciels qui deviennent de plus en plus pénibles, des abonnements à la place de logiciels en dur, une prise de conscience du logiciel libre qui finira bien par arriver pour les économies que cela représente, il suffit d’attendre.

Nous faisons chacun notre chemin face à l’informatique, si certains sont plus avancés que d’autres, certains n’ont pas emprunté la voie, n’ont pas vu le panneau, ne se pose même pas la question d’un autre chemin. Pour ma part, je ne bataille plus pour l’utilisation de Linux car c’est trop complexe pour des utilisateurs qui ne s’y intéressent pas, si par contre on arrivait à faire basculer tout le monde de Microsoft Office à Libreoffice, faire payer un peu tout le monde pour le développement de Libreoffice, on aurait un premier pas de fait. Je continue mon chemin et en 2018 où nous finissons déjà les trois premiers mois de l’année, c’est sous le signe du grand nettoyage. Je devais vendre la PS3 cette semaine à un gars faisant le déplacement de Monptellier pour venir jusqu’à Pézenas, du fait d’être malade ce sera la semaine prochaine. Un gadget de moins dans la maison, je n’ai plus le temps de jouer, plus vraiment la patience non plus, j’achèterai certainement le dernier Styx à pas cher sur la PS4 mais ce sera tout. Depuis ce début d’année je n’ai cessé de vendre, je n’ai pas acheté un seul gadget débile et c’est aucun regret. Il apparaît même en fait que c’est la tendance inverse, plus on vide, plus on cherche à vider, plus on prend de plaisir à vider, plus on réfléchit sur ses usages et sur ce qu’on pourrait être amené à vider.

Si j’avais su, j’aurais fait certainement les choses différemment, avec le recul, mais est-ce que je pouvais faire autrement ? Comprenez que chez moi, si on a toujours eu à manger, tout n’a pas été toujours rose financièrement. L’accès aux premières payes pour mon épouse et moi-même, c’était comme fêter son anniversaire chaque début de mois. C’était il y a 20 ans, tout est différent, tu as de l’expérience, tu as du recul, tu as de la maturité, et tu cherches autre chose dans la vie que de posséder la plus grande collection de bande dessinées du monde ou avoir des statues des Chevaliers du Zodiaque que tu n’emporteras pas dans ta tombe. J’en ai jeté de l’argent par les fenêtres, j’aurai pu faire autre chose avec, tant pis, c’était mon chemin, il fallait certainement en passer par là. A cette époque de consumérisme absolu, j’essaie d’expliquer à mes enfants que la consommation ce n’est pas une fin en soi, qu’il y a d’autres choses à faire que d’écumer les grandes surfaces et de dépenser de l’argent, qu’il faut apprendre à faire des choix et les bons. C’est tout sauf gagné, ce sera l’objet d’un prochain billet.

La mort c’est la finale, le sommeil c’est l’entraînement

mercredi 28 mars 2018 à 10:00

Notre histoire commence dimanche matin avec un bon mal de dos. C’est devenu un facteur chez moi, dès que j’ai mal au dos c’est que je commence à couver quelque chose. Quand le soir à 18 heures j’étais au lit, avec trois couvertures, tremblotant, pour deux heures après, me retrouver à vouloir ouvrir toutes les fenêtres avec 39° de fièvre, j’ai bien sûr pensé à une crise de malaria que j’ai contractée pendant la guerre du Vietnam. Il faudra que je vous raconte cet épisode sombre de ma vie, mais pas aujourd’hui.

Le lundi matin, je suis dans un état tellement dramatique que je ne peux pas faire les trois cents mètres qui me séparent du médecin, qui pratiquait la médecine à l’époque de Jeanne d’Arc. Je crois que ça fait déjà plusieurs années qu’il devrait être à la retraite mais il continue d’officier. Mais faisons une parenthèse. Mon voisin essaie de vendre depuis des années sa maison. Quand je dis des années, c’est peu de le dire, j’ai visité la sienne et j’ai préféré acheter la mienne il y a plus de cinq ans. Le problème évident de sa maison c’est la personnalisation, le fait qu’elle soit comme neuve mais l’agencement des pièces qui a été réalisé fait qu’il aurait fallu tout casser pour recommencer. Rajoutons à cela des éléments d’un goût douteux et qui ne font pas partie de la décoration comme des colonnes grecques pour cacher le tuyau d’évacuation des eaux usées (véridique, je ne sais pas en quoi c’est comme matière), un prix élevé par rapport au marché, il n’est pas anormal que cela ne se vende pas. Tant mieux pour moi, nous vivons seul à l’année, et pendant l’été il n’y a personne sur cette maison, la solitude ne me pèse pas sauf quand il faut gérer les camions à caca et les arbres qui tombent. Une visite a eu lieu samedi soir et malheureusement la dame qui faisait la visite a oublié de fermer les volets en bois de l’arrière, au dernier étage, et ne les a pas fixés.

La légende dit qu’au moment où les indiens qui ont construit leur cimetière sous ma maison ont décidé de baptiser le village, de grands débats ont eu lieu autour de Saint-Pierre le Vent. Et puis, les indiens ont dû se dire que ce n’était pas un nom très vendeur, c’est comme ça que c’est devenu Saint-Pierre la Mer. La première nuit c’était de l’ordre de l’acceptable, comme quelqu’un qui claque violemment une porte à côté de ton oreille par surprise. La seconde nuit, on avait franchi le cap de la surprise, c’est comme si on avait un pervers qui claquait la porte de façon régulière toutes les dix secondes. Notez la classe Bornienne, tu agonises de la malaria, et tu ne peux pas trouver le sommeil, le problème de volet ayant été résolu le mardi matin avec de très sincères excuses du mari de la dame qui a laissé le volet ouvert, je n’ai pas hésité à lui serrer la main, je l’aurai embrassé sur la bouche pour lui donner mes germes.

Revenons-en à notre histoire. Le docteur Ciflox arrive dans l’après-midi, m’ausculte et ne trouve rien, à part le constat que je fais de la fièvre et que je vais mourir. Il choisit donc une de ses techniques favorites la cortisone. La cortisone c’est un peu son remède de grand-mère. Tu as mal à la jambe ? Cortisone. Tu es fatigué ? Cortisone. La cortisone, c’est génial, comme je ne pouvais pas attaquer l’après-midi, j’ai démarré le mardi matin, à 3h30 j’avais les yeux grands ouverts.

La journée du lundi se résume à ça

Comme dirait Baloo qui est un ami : il en faut peu pour être heureux. J’ai passé mon temps à regarder le mur blanc et ça me suffisait. J’ai la semaine en arrêt maladie, nous sommes mercredi au moment où j’écris ces lignes et j’ai encore du mal à marcher. A une époque j’aurai culpabilisé, ce n’est plus le cas aujourd’hui. J’ai quand même envoyé une évaluation pour dépanner mon collègue CPE mais pour le reste tant pis. La reconnaissance de l’état pour notre travail c’est le jour de carence, une journée non payée, un moyen théorique pour limiter l’absentéisme. Je vais toujours bosser, je fais des heures sup en pagaille, je fais 39 de fièvre, je ne vais pas prendre ma voiture pour aller tenter de me tuer avec d’autres personnes et de contaminer enfants et collègues. Ce qui est vrai pour les enseignants s’applique à tous les corps de métier, avec des conséquences plus ou moins importantes, l’infirmière ne peut pas se permettre de contaminer tout son service et de mettre en danger la vie de ses patients. Pourtant par ce système punitif alors qu’un médecin vous juge inapte à aller travailler, c’est sous-jacent, il faudrait avoir la patate pour aller bosser.

Orelsan a écrit : la mort c’est la finale, le sommeil c’est l’entraînement.

D’Orelsan on a envie de retenir uniquement les textes idiots, les paroles vulgaires et pourtant il y a quelques textes qui sont à écouter, y compris à l’école. C’est dans ce genre de situation où il est assez facile de se projeter vers la fin de sa vie. L’histoire des murs blancs, c’est véridique, j’ai dû être aidé pour des tas de choses pour la journée. Quinze minutes pour trouver l’énergie de se lever. Le pire, c’est la perte des capacités intellectuelles, l’impossibilité de penser, de raisonner, comme si on te prenait une partie de toi-même. La maladie est une bonne simulation de la vieillesse. La machine est en train de repartir, ça va mieux depuis hier matin où j’ai sué tellement fort que j’ai évacué la fièvre d’un coup, on imagine très bien que la vieille c’est quand la machine ne repart pas.

Notre corps, notre esprit, nous conditionne à la mort en vieillissant, j’en ressens déjà les effets. Il y a 18 ans, donc à 25 ans, j’étais tous les matins sur le quai de la gare de Melun, à six heures du matin pour être au bureau avant huit heures. Le soir je trouvais encore l’énergie d’écrire des dizaines de pages de documentation vidéo. Il est certain que ma vie n’est plus la même, qu’avec les enfants, la maison, une femme qui accuse le coup de la quarantaine en force et dont il aura fallu que je m’occupe largement ces dernières années, je pourrai trouver tout un tas de prétexte, mais la raison, la seule, la vraie, c’est le manque d’envie.

Je suis en train de passer du côté du passif. Devenir passif, sous-entendrait que j’ai été actif un jour, le bilan de l’action n’est pas très probant. J’aurai converti franchement un utilisateur de passer à Linux, j’aurai dépanné quelques personnes, j’ai dézingué un nombre incroyable de projets, je me suis lancé dans des tas de choses que je n’ai pas achevées. Pas terrible. Si j’ai un conseil à te donner, à toi le jeune, toi qui a encore un peu de temps, toi qui a l’énergie pas trop de responsabilités c’est d’apprendre à tenir le cap, gérer ses priorités, faire des choix, les bons de préférence, et de continuer à lire ceux qui ont échoué, tu as ici un bon modèle des choses à ne pas suivre. Ce qui m’a perdu, c’est indéniablement mon caractère pourri, mais surtout la dispersion. S’ils sont de plus en plus nombreux à parler de minimalisme, ce n’est pas pour jouer les Gandhi à se balader en slip toute la journée et vivre dans le dénuement mais bien pour lutter de façon frontale contre une société qui en propose toujours plus, qui en propose trop pour un seul homme.

Pas encore mort Cyrille BORNE, je viens de trouver la patate pour écrire ce billet, je le fais depuis mon ordinateur portable, face à mon mur blanc, je commence à faire le calcul de l’énergie qu’il va me falloir pour aller prendre un petit déjeuner avec ma cortisone, faire le lit et quelques corvées, l’envie n’y est pas.

Cultures, épisode 13

samedi 24 mars 2018 à 09:00

Un jour il viendra frapper à ta porte c’est l’histoire de Julien, bientôt père, qui va à la recherche de ses origines. Avant d’aller plus loin, il faut savoir que c’est un bouquin autobiographique, et je m’interroge sérieusement sur les relations familiales après un livre pareil, l’auteur n’ayant aucune retenue, c’est franchement destructeur même si comme on peut le comprendre, il n’y a pas grand grand chose de construit. Donc Julien cherche son père, il sait qu’il est journaliste pour France 3, un père qu’il n’a jamais rencontré. A l’improviste il se pointe à son travail, le père reconnaît le fils tout de suite. C’est assez délicat comme on peut l’imaginer, c’est quelque part cracher sa propre existence à la gueule de l’autre. Le père explique de façon très froide qu’il n’avait pas voulu d’enfant, qu’il a donc laissé filer. Julien interroge son père sur son passé et cette fois-ci c’est le père qui crache à la gueule du fils une sinistre histoire de famille. Le grand-père en s’évadant du ghetto de Varsovie avec femme et bébé, se retrouve dans un tunnel, le bébé se met à hurler à la mort, il décide de l’étouffer pour ne pas mettre le groupe en danger. Julien va faire de cette révélation une obsession et partir à la recherche de ses origines jusqu’en Israël. C’est très prenant, c’est tout à fait le type de bande dessinée qui se lit d’un trait, l’enquête est passionnante. Le seul regret qu’on peut avoir c’est le ton de la bande dessinée. Au début c’est plutôt rigolo, avec des effets graphiques, des mises en scènes, la suite est largement plus sérieuse à partir du moment où Julien est en Israël. A part ce détail, c’est un parcours sans faute.

Toujours dans les romans autobiographiques, Amazigh – Itinéraire d’hommes libres raconte l’histoire d’un jeune homme qui quitte le Maroc en clandestin pour arriver en Europe. La bande dessinée s’attache à décrire au plus proche ce que peuvent vivre les clandestins, la peur de la mort pendant l’embarquement, la peur d’être attrapé par la police et d’être renvoyé dans son pays, la peur de l’échec tout simplement. Un témoignage sous une autre forme des récits qu’on peut avoir vu ou lu ailleurs, un véritable documentaire qu’on peut exploiter avec les élèves si on veut parler des migrants. L’orignal c’est comme un gros élan d’Amérique du nord, un animal qui va jouer un rôle déterminant dans cette bande dessinée. Il s’agit d’un gamin plutôt sympa, plutôt rêveur qui se fait tabasser par un gosse de son collège qui lui voue une haine totale qu’on ne comprendra qu’à la fin de l’ouvrage. Ce qui est assez gênant c’est que l’ensemble du système scolaire a l’air de comprendre le malaise, de voir les problèmes du garçon, personne ne fait rien. Il va se produire un événement qui va changer la donne et qui va mêler comme on peut s’en douter l’orignal. Une bande dessinée plutôt agréable à lire même si quelques clichés dérangent, notamment celui qui voudrait que tout le système scolaire soit au courant, que les camarades soient au courant et que personne ne fasse rien.

Kad Merad est violoniste, ou disons la caricature du violoniste. Le problème parfois de certains comiques c’est d’essayer de se racheter du sérieux au point d’en tomber dans l’excès. Crâne rasé, pas souriant pour deux sous, froid. En manque de boulot, il accepte d’aller dans un quartier difficile pour enseigner le violon à des gosses qui sont la caricature des gosses de banlieue à grand coup de ta mère et de wesh, wesh. Dire que la mélodie est un mauvais film serait injuste, le jeu de Kad Merad est juste, les gamins font le job, c’est un film qui se regarde. Ce qui est largement plus gênant, c’est d’avoir vu ce genre de films douze millions de fois. La musique, la littérature, la culture qui change tout, rayer la mention inutile, l’enseignant qui va réussir à faire découvrir un talent extraordinaire qu’on n’attendait pas, la différence des milieux, tous les clichés sont réunis, aucun n’y échappe. Le premier film d’Alain Chabat c’est Didier, enfin je pense et il se mettait dans la peau d’un homme qui devenait un chien face à un Jean-Pierre Bacri qui faisait avec sans trop être surpris. L’humour reposait intégralement sur l’absurdité de la situation, sur cet homme au comportement de chien totalement décalé. A regarder ce Santa & Cie, on se dit que le père Chabat, en l’occurrence ici le père Noël, ne s’est quand même pas trop fendu d’un point de vue scénario. Le père Noël a bien des problèmes, l’intégralité de ses elfes vient de tomber raide à quelques jours de la distribution des cadeaux. La seule solution c’est de trouver de la vitamine C. Seulement le père Noël ne sait rien des gens, ne sait rien des enfants, puisqu’il ne se rend sur terre qu’une fois par an pendant que tout le monde dort. Il va tomber sur  Pio Marmai un avocat qui à l’instar d’un Bacri ne va pas trop se poser de question et accueillir le père Noël chez lui pour lui donner un coup de main et trouver la fameuse vitamine C. Le parallèle entre les deux films me parait évident, on joue sur des situations absurdes, une simple transposition d’ailleurs, c’est comme passer du coq à l’âne, enfin du chien au père Noël. Si ceux qui ont vu Didier trouveront indéniablement des ressemblances, cela reste une très bonne comédie familiale, avec des gosses qui jouent particulièrement bien, un Chabat très convainquant, le bémol est pour Pio Marmaï qui je trouve surjoue le papa enjoué.

Karine Viard est professeur de français dans un lycée prestigieux, divorcée, active woman, elle partage sa vie avec sa fille qui est à un tournant de son existence. Dix huit ans, elle postule pour un prestigieux concours de danse classique. alors que la situation devrait réjouir la mère, c’est le contraire qui se produit. Elle ne supporte pas la jeunesse, la beauté, qu’elle soit amoureuse, la réussite de sa fille, mais pas seulement, elle devient jalouse de tout et de tout le monde. Le film va loin, un peu comme le film papa ou maman, mais à la différence c’est que crédible, qu’on n’est pas dans la caricature. On pourrait très bien imaginer cette situation plausible, celle d’une femme qui rongée par la jalousie passe à l’acte. Très bon film porté par Karin Viard, facile dans ce rôle comme toujours.