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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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C’est compliqué

lundi 30 juillet 2018 à 14:46

Cette année je regarde ma fille de 14 ans et je suis catastrophé par sa façon de faire. Nous sommes sur la plage, elle a une copine à elle qui est à cinq mètres de nous elle ne se lève pas pour la saluer. C’est la deuxième fois que cela se produit, la dernière fois…

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Complément 52 – sur la plage abandonnée

dimanche 29 juillet 2018 à 15:51

Si je devais résumer le comportement du français moyen lorsqu’il vient à Saint-Pierre la Mer c’est ça : Dans la rue, nos sept maisons de la copropriété, un bloc avec six appartements, pour un côté, deux maisons pour le côté en face, qui donne en fait sur deux rues. Cette voiture noire, qui me fait…

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Tout va bien

lundi 25 juin 2018 à 12:50

Je suis né en 1975 dans une famille des classes moyennes, un père omniprésent, une mère effacée. Physiquement, je suis le clone de mon père, mon frère c’est la même, ça va jusqu’à la voix, j’arrive à faire flipper ma mère en prenant la voix de son ex mari. Mon père c’est un homme qui marque au fer rouge, un homme qui n’a pas eu la vie qu’il voulait et qui nous l’a bien fait comprendre, un homme à qui je n’ai pas adressé la parole depuis une bonne dizaine d’années mais contre qui je n’ai pas de griefs. Si j’avais des griefs, cela voudrait dire que je vis dans le passé, déjà que je n’ai pas le temps de vivre dans le présent, imaginez avoir le temps de faire preuve d’introspection, se poser sur le divan du psy pour que je lui parle de mon enfance. J’ai appris à faire le deuil des gens assez facilement, cela va avec ma personnalité, il y a des gens avec qui la rupture est trop grande, même s’il n’y a pas de rancœur, il est difficile de faire comme si de rien n’était, comme si tout allait bien.

Je n’ai pas eu une enfance malheureuse, pas heureuse non plus même si j’ai toujours mangé à ma faim, j’étais content de partir de chez moi. Si vous trouvez que j’ai l’humour cassant, je ne suis que le simple padawan du père, un homme qui avait un humour particulièrement décapant. J’ai grandi dans l’humour noir, j’ai grandi à l’époque de l’humour noir. Comprenez comme je l’ai déjà évoqué dans un dernier billet que j’ai de plus en plus de mal à comprendre le monde dans lequel je vis. J’ai huit ans en 1983, et la France entière se marre avec ça :

Je regarde le sketch aujourd’hui, il ne me fait plus rire, mais c’était mon époque. Les nuls, Coluche, Desproges, une époque où on conspuait le puritanisme des États Unis pour se féliciter qu’en France on pouvait rire de tout mais pas avec n’importe qui. J’ai parfois la sensation de me retrouver dans la peau d’un homme du moyen âge à qui on expliquerait que piller et se tailler à la hache c’est le mal, alors qu’historiquement ça faisait partie du quotidien. Je ne dis pas que c’était forcément mieux, je dis juste que c’est comme ça qu’on a grandi, comme nos enfants grandissent autrement. Allez je le fais car ça va me faire du bien. Ils grandissent dans un monde certainement plus hypocrite que le nôtre, on traque les sexistes mais on continue de célébrer Miss France, élue comme on le sait pour sa beauté intérieure tout en laissant s’agiter les télé-réalités sur Direct 8.

A l’école, j’étais un gamin qui n’avait pas le physique pour s’imposer et j’ai utilisé les armes qu’on m’a apprises, l’humour corrosif. J’étais un gosse profondément méchant, cruel, à me foutre de la gueule de tout le monde, une carapace pour se protéger des autres. A la maison on a connu pas mal de difficultés financières, les huissiers devant la porte, les coupures d’électricité, mon père avait toujours une pirouette intellectuelle, il disait souvent qu’on n’était pas à 100 francs de la faillite. Je me suis construit comme ça, mais ce n’est pas une raison pour vieillir comme ça. On a tendance à tout cautionner du fait qu’on a pu vivre des choses difficiles, une espèce de fatalité qui ferait croire qu’on ne peut ni échapper à son éducation, ni à ses origines, ce qui est généralement faux.

Je fais de gros efforts sur moi depuis que je suis avec ma femme, plus de la moitié de ma vie. Quand vous tenez profondément à quelqu’un pour la première fois et que vous réalisez que vos paroles ont pu blesser, vous faites des efforts. Vous ne pouvez pas imaginer les efforts que je fais au quotidien pour ne pas être horrible. Cela devient de plus en plus facile, avec l’âge on s’apaise, néanmoins comme vous le savez, chassez le naturel, il revient souvent au galop. Paradoxe d’autant plus troublant que les gens qui me côtoient au quotidien diront que dans le fond je suis quelqu’un de particulièrement sympa, mais qu’au départ cela peut parfois surprendre.

Cette partie de moi, je l’ai laissée trop souvent évacuer dans le blog. Il faut comprendre que ce blog qui sous toutes ses formes arrivera à ses dix ans au mois de mai 2018 est, reste, un exutoire pour parler des sujets dont quand même tout le monde se contrefout. L’informatique au niveau où nous le pratiquons sur le web dans mon entourage, avec de la philosophie, des empruntes carbones, de l’économie, des perspectives, n’est pas l’informatique des gens de mon quotidien. La dernière fois alors que j’ai écrit un tutoriel, que j’ai montré deux fois comment faire, une collègue arrive dépitée parce qu’elle n’arrive toujours pas à utiliser jdownloader. Une utilisation qui se résume à l’ouverture de Youtube, un clic droit copier de l’url, attendre que ça vienne dans jdownloader et appuyer sur play. Je lui montre une première fois, elle me demande de le faire pour les deux autres vidéos parce que dans le fond, elle n’a pas envie d’apprendre, elle n’est pas intéressée ce que je peux comprendre. De la même manière que mes collègues ne me parlent pas de vin ou de sport car ils respectent le fait que cela ne m’intéresse pas, je ne vais pas jouer au dîner de con et évoquer ma grande passion de l’informatique.

Du fait d’écrire pour moi, du fait d’écrire comme une bouteille à la mer, du fait de profiter de ces rares moments d’écriture, il est vrai que j’ai tendance à me lâcher, d’être un peu trop moi. J’ai donc pendant des années pourri tout ce qui me passait sous les yeux et avec lequel j’étais en désaccord. Des gens font un fork d’une distribution Linux, je trouve qu’elle ne sert à rien, pourrissage. Un logiciel libre qui ne fonctionne pas ou dont je ne vois pas l’intérêt, pourrissage. Un choix stratégique de certains libristes, les propos de Stallman, pourrissage, toujours avec de l’humour cinglant, mais pourrissage quand même et c’est une très mauvaise chose.

Adopter une attitude négative est mauvaise sur de très nombreux points, je peux vous dire les quelques uns auxquels j’ai pu être confronté, auquel je suis encore confronté.

Au mois d’août de cette année, j’écrivais trop, je n’étais pas dans une démarche positive, j’ai réussi à m’énerver moi-même. Mon image sur le net est déplorable, c’est une image que je suis obligé d’assumer, et il va me falloir des années pour me racheter une réputation autre que celle de quelqu’un qui passe son temps à gueuler et qui fait partie des éternels insatisfaits. J’y travaille.

J’ai écrit dernièrement une autre informatique existe, je l’ai rencontrée, c’est un billet qui a bien tourné et c’est une fierté. J’ai expliqué comment je m’y prenais, en écorchant à peine Microsoft, j’ai été positif, le billet a été lu, peut servir de support pour les autres, permet de montrer à d’autres qu’il y a des gens qui travaillent d’une autre façon et qu’ils arrivent à travailler. Il faut comprendre que l’air de rien, même si nos blogs sont autonomes, même s’il y a une palanquée d’associations libres, de Lugs, d’initiatives, nous sommes dans le même bateau. Un libriste intégriste, un libriste aigri, un libriste qui raconte n’importe quoi, c’est une personne qui ralentit la cause, le responsable du Titanic.

J’ai beaucoup de mal avec le discours positif, je suis le genre de gars à courir dans un bateau et colmater toutes les fuites en même temps en hurlant qu’on va tous mourir pour quand même réussir à sauver tout le monde. Tout le monde aura retenu qu’on allait tous mourir et c’est mon problème. J’ai toujours la sensation que le langage positif, le monde des bisounours c’est pour les faibles, c’est de l’enfumage. En gros quand je vois un gars qui est trop content, je me dis qu’il essaie de m’escroquer. C’est difficile pour moi, j’ai du mal à complimenter, j’ai du mal à positiver dans les mots alors que je suis quelqu’un de très volontaire dans le quotidien et dans l’action, ma carapace, ma pudeur, certainement. Écrire de façon positive c’est difficile mais c’est nécessaire, car on a tout à y gagner. Si on explique que Linux c’est formidable mais que c’est inaccessible, ce n’est pas comme cela qu’on fera venir du monde. Si on explique que le gars qui monte un projet de plus ne sert à rien, on fait du tort à ce nouveau projet alors qu’il sera peut-être le nouveau leader d’un domaine comme c’est le cas pour Nextcloud ou Libreoffce.

Il me semble dès lors important de tenir le cap pour au moins une règle. Si on n’est pas d’accord, si on ne sait pas répondre de façon constructive, positive, autant ne rien dire. A l’heure actuelle, je serais très tenté de faire un billet sur le financement des associations libres surtout quand une est en train de clôturer son budget pendant que l’autre vient de finir et n’a pas récupéré la moitié de ce qu’elle attend. Je ne cite personne, vous n’aurez aucune difficulté à comprendre de qui je parle, et je ne vous donne pas ma conclusion, mon ressenti, car cela se ramènerait à tirer sur l’ambulance et accabler des gens qui sont en recherche de financement. Vous allez me dire que pour quelqu’un qui ne dit rien, j’en dit assez, certes, mais c’est très peu face aux horreurs que j’ai dans la tête. Pour moi, le billet de blog doit être constructif, exprimer un sentiment personnel, expliquer le pourquoi du comment. Dans ce billet mine de rien, je vous explique pourquoi il me paraît important d’afficher un côté bisounours.

Ceci s’applique aux échanges et c’est parfois plus difficile. Dernièrement dans le réseau social de mon entreprise, un enseignant a descendu en flèche Linux et le logiciel libre en expliquant qu’il fallait utiliser la ligne de commande pour installer des logiciels, des solutions uniquement pour Geek. J’ai respiré un grand coup, j’allais cracher du feu et je l’ai invité dans mon lycée pour lui faire une démonstration. J’ai expliqué que mon épouse travaillait avec des élèves de CM2 sous Debian et qu’elle n’utilisait pas la ligne de commande. Bon c’est faux, elle installe les logiciels en ligne de commande, mais c’était un doux mensonge. J’ai enfin conclu sur le fait que je trouvais dommage de dénigrer une informatique alternative pour que des gens échappent aux espions du quotidien. L’enseignant a dit qu’il ne voulait en aucun cas polémiquer, l’échange s’est terminé de façon cordiale.

Nous sommes dans un monde qui change, où l’on voit de plus en plus apparaître l’action individuelle à la place de la dénonciation. Je pense qu’il faudrait d’ailleurs que les libristes arrivent à sortir de ça, car nous faisons tous beaucoup de choses tout en crachant sur tout ce qui bouge. Ils sont de plus en plus nombreux à refuser la consommation de masse, à essayer de vivre autrement et le discours n’est plus, « regardez ce qu’ils font c’est caca », le discours c’est « regardez comment nous faisons, nous sommes heureux comme cela ». Comme vous le savez j’ai un compte Twitter qui me sert principalement à raconter n’importe quoi et à délester un excès de veille que je n’ai nulle part où mettre. J’avais quitté Twitter car je trouvais cela trop violent, trop plaintif, trop gauchiste, ce n’est plus le cas aujourd’hui selon les flux auxquels on est abonné. Je suis principalement des gens actifs comme l’association Emmabuntus ou la distribution Primtux, on y voit à travers toute la France et le monde des réalisations, des migrations, autant d’exemples qui montrent que Linux et le logiciel libre fonctionnent.

Oui, il faut expliquer les problématiques des logiciels propriétaires, il ne faut pas s’arrêter qu’à ça. Non, il faut arrêter de se tirer dans les pattes entre libristes et respecter les décisions des uns et des autres. Ce n’est qu’en affichant un visage souriant, rassurant, que le monde du libre fera venir les gens. La haine et les champs de bataille n’attirent que les gens qui ont envie d’en découdre, les trolls et les haters.

L’informatique reste l’histoire de ceux qui la maîtrisent et de ceux qui la subissent

lundi 25 juin 2018 à 11:33

Je passe en salle des profs, en trombe comme d’habitude, je me fais interpeller par mon collègue, sur une page de son document office 2007, la correction orthographique ne fonctionne plus. J’essaie de bidouiller un peu, ça ne fonctionne pas, je dois reconnaître de plus que je n’ai pas vraiment la patience, je ne maîtrise pas Word 2007, je n’ai pas envie d’apprendre à le maîtriser, on aurait été sur Libreoffice ça aurait été autre chose. En fait, je comprends que le problème n’est pas tant le correcteur orthographique, mais son utilisation détournée, il ne sait pas faire d’accents, il l’utilise à cette fin. Sans résoudre son problème, je lui ai appris à faire des accents au clavier.

Si vous lisez mon blog, il y a de fortes chances que vous ayez quelques compétences en informatique, mais pas forcément en pédagogie. Si bien que si tu as vingt ans, tu peux penser que mon collègue est un cave parce qu’il ne sait pas utiliser son clavier. Néanmoins on ne juge pas un homme à sa seule compétence en informatique, sauf si c’est son métier, où c’est plus problématique. On est toujours le con de quelqu’un, et s’il n’a pas ces compétences, il en a d’autres, dont certaines qui m’échappent totalement et qui d’ailleurs ne m’intéressent pas plus que ça.

Ce qui nous amène à ceci :

Il faut quand même imaginer le fossé de compréhension entre les gens. Pendant que certains essaient d’utiliser le clavier, j’en suis à regarder comment me protéger de la génération de cryptomonnaie à mon insu, pendant que d’autres ont inventé la cryptomonnaie. Le fossé qu’il y a entre mon collègue et moi-même, est aussi important que celui qui me sépare d’un développeur de cryptomonnaie, même si … J’ai la capacité d’appréhender le concept de cryptomonnaie, de minage, je n’ai pas la compétence pour comprendre le fonctionnement, en outre les gens qui ont de très faibles compétences en informatique n’ont même pas l’idée que ça puisse exister ce qui est un problème. En gros, si je commence à parler de cryptomonnaie à table, j’ai perdu tout le monde, et il faudrait que j’arrive à trouver les bons mots pour essayer d’expliquer un peu le phénomène. Si je commence à dire que si on voit son processeur s’affoler c’est que le site est en train de miner du monero, il est évident que ça ne passera pas. La vraie difficulté, c’est de savoir jusqu’à quel point abaisser le niveau pour réussir à s’adresser à son interlocuteur.

Un libriste qui regarde le reste du monde

J’ai lu sur cet article du Framablog, le commentaire suivant :

Bonjour,

Sur le site depuis plus d’un mois, je m’aperçois que sur le fil d’actu peu de personnes font des efforts pour se mettre à la portée de ceux qui ne savent pas
Plutôt l’impression que ce site, pour l’instant, soit réservé à une élite de dédaignant complètement les nouveaux arrivés-es, si tant est qu’ils ne savent pas le langage informatique ….. qui est assez compliqué chez framasoft
La liberté passe aussi par une bonne compréhension des pratiques courantes pour que les échanges se fassent en bonne intelligence
Vieux con de 60 ans ( seulement 3 ans passés avec un clavier ) qui est loin de vouloir approuver votre conduite de « geeks » méprisants

Avant d’aller plus loin, merci fermeture des commentaires, je pourrais comprendre que certains me fassent un procès d’intention, mais ce n’est pas le cas, le commentaire m’a interpellé. Comme souvent la critique est rude, destructrice sans demi-mesure mais c’est le ressenti de l’homme qu’il faut quand même prendre en considération. En gros, vous avez quelqu’un qui se plaint de ne rien comprendre et qui traduit ça par une forme de mépris, alors qu’il s’agit d’un problème de public ou d’ajustement, ce qui montre la démarche problématique de celui qui produit sans feed back direct.

A qui s’adresse mon blog ? Ouvertement à moi-même et à ceux qui arrivent à le comprendre. Il serait faux de prétendre ou de penser le contraire. Vous ne pouvez savoir que votre message est passé que si vous avez un retour de masse direct sur le message. En cours d’informatique face à mes classes de troisième, j’ai évoqué cette image que j’ai illustrée par la suite :

Je me suis rendu compte que ça cafouillait quand désormais la moitié des gosses n’utilise plus d’ordinateurs. Forcément, le message sur le changement de navigateur dans Windows 10 n’interpelle pas, il faut que j’adapte mon message à l’univers de la téléphonie mobile. Si vous voulez savoir si votre discours est réellement adapté, faites des conférences, allez à la rencontre de votre public pour essayer de combler le fossé qui vous sépare de ceux que vous considérez comme vos apprenants. Les problématiques inhérentes sont évidentes :

J’ai évoqué donc, que si on voulait réellement tenter quelque chose, il fallait s’adresser à un public ciblé, bien défini, et pas jeter une bouteille à la mer comme nous le faisons avec nos écrits ou nos vidéos, il faut donc redéfinir la cible. Au travers de mon métier d’enseignant, je fais de l’éducation populaire, avec l’image qui est plus haut, j’ai fait un laïus sur les enjeux de la surveillance, j’ai expliqué que dans un avenir proche on risquait d’avoir un lien direct entre les banques, les assurances et les sites internet, que quelqu’un qui a pris des habitudes de jouer au casino en ligne aurait certainement du mal à se voir accorder un crédit plus tard. Un enfant a spontanément dit : « c’est malsain ! », ce à quoi j’ai répondu que c’était dans le monde dans lequel nous vivons et qu’il y avait des alternatives : Linux, Firefox, Qwant. Je ne sais pas si j’aurai changé les habitudes mais j’ai porté un message compréhensible avec un échange direct.

L’intervention dans les écoles, pourquoi pas. Mon épouse chaque année reçoit quelqu’un qui vient expliquer les recycleries du grand Narbonne, le gars va rappeler le tri, les enjeux, le recyclage, et j’en passe. On se rend compte souvent que les enfants peuvent être un vecteur des changements des habitudes au sein d’un foyer. Expliquer le big data à des enfants, pas simple. Les enseignants sont indiscutablement une des cibles prioritaires, les enseignants ça écrit des bouquins, ça décide des logiciels à utiliser, ça croise plusieurs centaines de gosses par jour. Il est certain que si on se lance dans des discours hautement complexes, et bien ce n’est pas gagné, le message ne passera jamais.

J’avais prévu de m’arrêter dans cet article ici, et de l’appeler vulgarisation, nous sommes le 8 octobre où j’écris ces lignes, voyez que désormais je prends mon temps et je suis tombé sur ce compte rendu de conférence d’aeris, retranscrite par l’April avec franchement du retard, puisque son article date du mois de mai et l’April a pondu le compte rendu le 3 octobre. Aeris est un professionnel de l’administration réseau, de l’informatique et le thème de la conférence c’est de s’interroger sur la pertinence de l’auto-hébergement, une rengaine que j’ai souvent tenue ici par le passé. Aeris explique que l’hébergement c’est une histoire de professionnel, démontre que si les Yunohost et les cozycloud c’est bien sur le papier, s’il y a une mise à jour, une faille de sécurité, un certificat à remplacer, on est sur un autre domaine de compétence que de balancer une iso sur un pi et il a bien sûr raison. L’idée dans son message c’est de montrer que si vouloir se passer des grands acteurs, des GAFAM, c’est une bonne chose, mais qu’il serait leurrer les gens d’imaginer qu’on peut le faire en quatre clics de souris. En présentant des outils simples comme Shodan, il explique qu’on a une surveillance permanente réalisée sur l’internet y compris sur des Yunohost qu’on n’imagine pas forcément ciblés.

Vouloir apprendre aux gens oui bien sûr, vouloir vulgariser c’est évident, mais ne pas tomber dans la simplification à l’extrême, dans la solution de facilité qui les conduirait finalement à devenir dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Car s’il y a bien une distinction à faire c’est l’approche des concepts et la pratique qui n’ont pas de rapport. On peut très bien comprendre que la vidange de la voiture consiste à changer l’huile, sans forcément savoir le faire, vouloir le faire, car on ne se sent pas de le faire. Il faut en effet comprendre que si se lancer dans une recette de cuisine ratée ou planter un clou dans le mur a des implications et des conséquences qui sont relativement anodines, rater la vidange de sa voiture et casser son moteur ou se lancer dans de l’administration système pour se faire hacker ont d’autres implications. Il serait faux de croire que tout le monde peut devenir garagiste, comme il serait illusoire de penser que se lancer dans l’auto-hébergement ne relève que de l’installation de Yunohost.

Aeris dans le compromis propose les CHATONS de Framasoft, et nous sommes encore face à l’éternel problème de l’œuf ou de la poule que j’évoque quasiment un billet sur deux. Comment faire confiance à un site, à une personne qui n’a pas vraiment développé son activité, comment une personne peut développer son activité si personne ne lui fait confiance ? Je pense que pour un public qui a mon âge c’est mort. Comprenez que pour les plus anciens, nous avons connu les hébergeurs payants, nous avons souvent erré de déception en déception pour finir chez un hébergeur qui nous convient, o2switch pour le citer. Il faudrait réellement que se produise une catastrophe pour vouloir changer, et si je devais le faire, je ne saurais même pas chez qui m’orienter pour héberger cyrille-borne.com, gérer mes mails et j’en passe.

Que faut-il retenir de cet article ?

Cultures, épisode 18

dimanche 17 juin 2018 à 10:00

Masqué est une bande dessinée en quatre tomes, une bizarrerie francophone qui se veut être une ôde aux super héros. C’est l’histoire d’un soldat qui revient du front, bourré de problèmes post-traumatiques, sans travail il atterrit chez sa sœur dans un Paris en proie aux anomalies. Les anomalies, et bien ce sont des … anomalies, c’est-à-dire des choses qui ne sont pas censées se produire. Cela se traduit par une accumulation de robots, des apparitions, des hologrammes étranges. Il est convoqué par le service de protection du préfet pour un recrutement en tant qu’agent de sécurité du fait de son expérience de la guerre, il apparaît assez rapidement qu’il est en lien avec ces anomalies pour finir par se transformer en super héros. Quatre tomes très bien dessinés par Stéphane Créty dans un style au croisement de la bd francophone et du comics. Masqué est une bande dessinée qui fait penser à X-Files ou à The Leftovers, c’est-à-dire qu’on laisse la place à l’interprétation, je pense un peu trop. Dans un style beaucoup plus carré, beaucoup plus décomplexé, j’ai préféré SuperWorld. Il y a une dizaine d’années, les super héros ont tous disparu d’un seul coup en construisant une barrière de satellites protecteurs autour de la terre afin de la protéger de l’invasion extra-terrestre. Ils ont laissé des orphelins qui ont grandi, des adolescents parqués dans un « ghetto » au pied de la tour Eiffel. En effet, la société étant redevable, les grands parents, les vieux super héros, ont négocié une rente à vie pour les gamins, la contrepartie c’est de ne pas utiliser ses super pouvoirs. Être un adolescent qui grandit sans parent et ne pas pouvoir profiter des boules de feu qu’on envoie, pas évident, ça dérape ainsi très souvent. Il n’est pas évident d’aller plus loin sans spoiler, alors on va juste dire qu’on se doute qu’il ne s’agit pas du quotidien des jeunes super héros, mais que des événements graves vont se produire et que chacun va devoir choisir son camp. SuperWorld présente un dessin très comics, particulièrement réussi et un scénario bien français tout aussi réussi qui est intéressant car il contraste avec le dessin. C’est un peu comme si on voyait Mickey découper des gens à la hâche, un contraste entre un dessin qui amène des situations connues, sauf que là les situations sont moins connues, sauf en regardant du côté d’un Deadpool. Réussi, original, avec de vraies surprises, une très bonne série.

Dans un genre complètement différent, même si à la fin on verra qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des supers pouvoirs pour être un super héros, le grand méchant renard. Le renard qui est décrit ici est un looser, il ne fait peur à personne, au point que le cochon de la ferme lui prépare son panier de navets sachant qu’il rentrera bredouille. Dominé par tout le monde, et notamment les poules, il prend conseil auprès du loup qui lui dit que la seule chose qui n’aura pas peur de lui, c’est quelque chose qui vient de naître, qui sort de l’œuf. Et c’est ce que va faire le renard, voler des œufs. Pas de chance, lorsque les œufs éclosent, les poussins sont persuadés que le renard est leur mère. Comme on peut s’en douter, pas si facile de dévorer quelqu’un qui vous appelle maman. Une très jolie bande dessinée qui a été adaptée en dessin animé ou c’est l’inverse, l’anime s’appelle le grand méchant renard et autres contes, trois histoires, dont celle qui est décrite dans la bd. On aura aussi le lapin, le canard et le cochon qui vont partir dans une folle aventure pour remplacer la cigogne et livrer un bébé, et la tournée du père Noël. J’ai moins apprécié, certainement parce que le film s’adresse aux plus jeunes, j’ai noté un certain manque de rythme.

Après avoir visité Paris pendant la révolution Française, nous voici désormais dans les rues de Londres, à la fin du XIX° siècle en pleine révolution industrielle. Aux commandes, non pas un assassin mais deux, les jumeaux Frye. Jacob est la brute épaisse qui va monter son propre gang pour conquérir Londres, Evye est l’intellectuelle, elle va chercher un artefact comme la pomme d’Eden, cette fois-ci c’est un suaire. On sera amené à jouer un personnage ou l’autre, sachant que la différence n’est pas vraiment frappante. C’est tellement peu frappant que les deux arbres de compétences sont identiques sauf pour quelques options de la fin. Cette dualité n’apporte donc absolument rien si ce n’est qu’elle permet de rajouter une couche supplémentaire d’interactivité, de scénario, pour plonger le joueur au cœur de l’aventure. Jouer à Assassin’s Creed, c’est jouer à une mécanique, et c’est d’autant plus le cas dans cet Assassin’s Creed Syndicate qui est le dernier épisode avant le reboot de la série si j’ai tout compris. Assez mal jugé, en tout cas comme l’épisode de trop, c’est profondément injuste, il s’agit de l’épisode le plus agréable que j’ai pu faire depuis bien longtemps, sachant que pour moi la pire partie de la saga c’est certainement la période maritime. Alors que la répétitivité de l’action est bien présente, j’ai tout de même réalisé la quasi-totalité des missions secondaires et l’explication est simple, les développeurs ont retiré tout ce qui était lourdingue. Fini les voleurs qui sont plus rapides que les assassins, ici le voleur est maladroit et trébuche, fini les impositions de réaliser une mission avec des critères particulièrement pénibles comme les écoutes obligatoires, terminé les soixante dix armes différentes et j’en passe. On pourrait presque parler de casualisation, pour ma part j’ai envie de dire qu’on a fait l’effort d’aller à l’essentiel pour s’amuser. Tuer les gens c’est toujours rigolo, je note pour ma part que les calèches c’est franchement sympa de rouler à fond dans la ville en cassant tout sur son chemin.

Le vrai problème de fond ce n’est donc pas tant la réalisation technique qui est prodigieuse, Londres est vivant, les gosses qui jouent, les gens qui dansent, qui s’embrassent, une photo qui est prise, ce sont des milliers de scènes du quotidien qui se déroulent devant vous, pour moi le problème c’est la déconnexion qui a été réalisée avec l’intrigue du début. On suivait quand même un personnage qui devait sauver le monde, le parallèle entre les vies antérieures et le temps présent, tout ça c’est passé à la trappe depuis belle lurette. Et la question en fait c’est de se demander si cette intrigue de départ qui nous a fait sauter à pieds joints il y a plus de dix dans les aventures de Desmond Miles n’est pas devenu le boulet au pied d’Ubisoft, contraint de passer de siècles après siècles à tenir une histoire de fin du monde et d’Atlantes difficile à faire exister.

Dans les années 40, des enfants sont recueillis dans un manoir (des murmures) afin d’être sauvés d’une maladie qui les aurait contaminés. Les enfants s’aperçoivent rapidement qu’ils ne sont pas malades, ils sont tout simplement des monstres. Ils sont au centre d’une guerre, une guerre dont ils font partie qui opposent les druides aux monstres sauf qu’il apparaît qu’il y a des monstres de partout, y compris chez les druides. C’est ce qui fait le côté sympa de la bande dessinée, c’est qu’il n’y a que des monstres, si bien que tout le monde est logé à la même enseigne, il n’y a qu’une question de choix. En effet, les enfants prennent des pilules qui permettent de stopper la transformation, c’est donc à eux de savoir s’ils veulent se soigner ou  laisser parler leur vraie nature. Alors que la plupart du temps, tout est tranché de façon manichéenne, il apparaît ici que les monstres ont des sentiments, et à part un véritable méchant, chacun se voit dans l’obligation de prendre position par rapport à sa véritable nature et aux réactions qu’elle entraîne chez les humains. Trois tomes, bien dessinés, un peu manga, une réussite. Jean Dujardin est capitaine, il doit épouser la sœur de Mélanie Laurent mais il part au front. Voyant sa sœur se lamenter de ne recevoir aucune nouvelle, Mélanie Laurent décide de répondre aux lettres sans réponse qu’elle envoie. Elle imagine un personnage extraordinaire qui vit mille aventures qu’elle finit par faire mourir, pour que sa sœur puisse passer à autre chose. Alors qu’elle pensait que Jean Dujardin était un simple salaud ou qu’il avait tourné la page, il revient (le retour du héros), en vagabond, il a déserté. Sentant le filon, il se met à incarner le personnage inventé par Mélanie Laurent pour prendre une place dans ce petit monde admiratif. Une bonne comédie avec une Mélanie Laurent qu’on n’a pas l’habitude de voir dans des rôles drôles, elle s’en sort plutôt bien, Dujardin faisant du Dujardin est nécessairement très à l’aise dans le rôle.

Le rire de ma mère c’est l’histoire d’un gamin qui voit sa mère mourir d’un cancer, une femme qui s’est résignée à mourir, elle en a marre de la chimio, c’est une rechute, elle stoppe toute forme de traitement. La situation est tout sauf simple, il doit vivre son adolescence, le décès préparé de sa mère, une femme qui prend beaucoup de place, une femme encore amoureuse de son ancien mari Pascal Demolon et qui prépare sa compagne actuelle à prendre sa place de mère. C’est remarquablement bien joué, je trouve le film juste à bien des niveaux, notamment le fait qu’une emmerdeuse qui a le cancer, reste une emmerdeuse tout de même et que ce n’est pas parce qu’on va mourir qu’on a le droit d’emmerder le monde. Mention spéciale à Pascal Demolon qu’on a connu pour de petits rôles, des comédies, prend une dimension d’acteur extraordinaire en père de famille autoritaire, psychorigide qui doit prendre en charge un fils qu’il connaît pas et accompagner son ex-femme à la mort.

Tout a été certainement dit sur les derniers Jedi, à mon tour d’y rajouter ma petite pierre. La première chose à dire c’est qu’il ne s’agit que d’un ressenti, que je fais partie de cette génération de gens qui ont vu évoluer la saga Star Wars pendant plus de 35 ans et que j’ai bravement la sensation qu’il s’agit ici de la pierre tombale. C’est important de comprendre qu’on n’est pas dans l’objectivité, qu’on est dans l’impression, car Star Wars c’est plus qu’une série, c’est un symbole. Le symbole du passage de Disney, le symbole de la fin de l’événementiel, étant donné que d’un film tous les dix ans on est passé à un film tous les six mois, c’est le fossoyeur de l’attente, une autre époque où on attendait les choses. Après un épisode précédent que j’ai apprécié malgré un très mauvais super méchant, une nostalgie qu’on nous faisait vivre en prenant le temps de distiller au compte goutte les anciens héros de la saga pour finir par retrouver Mark Hamill notre héros à tous dans la dernière minute du film, dans les derniers Jedi, plus trop le choix, il fallait bien avancer l’histoire et prendre des risques. A y réfléchir, le film n’est pas si mauvais, mais les scènes où interviennent Leia qui vole désormais dans l’espace ou Luke à la fin qui s’oppose à l’armée, sont tellement ridicules qu’elles sont dérangeantes au plus haut point. C’est certainement là le cœur du problème, si une certaine forme de kitch était légitime il y a trente ans, les épisodes 1 à 3 avaient ramené une modernité contestée mais légitime par rapport aux codes d’un cinéma plus moderne. Ici les combats aux sabres sont ratés pour faire comme à l’ancienne, tout est surjoué, la sensation omniprésente de faire du vieux avec du neuf (je ne me suis pas trompé). Ce ne serait pas Star Wars, je dirais certainement banco pour l’originalité, malheureusement c’est Star Wars et le sacrilège est trop important pour moi pour réussir à rester positif.

Franck Gastambide c’est un peu comme Ray Donovan, mais à l’échelle d’un club de foot. Il gravite autour du club, ramène les jeunes espoirs ivres de boîte de nuit, trouve des bons plans pour les joueurs, un homme de main en quelques sortes. Après tant d’années de service rendu au club il espère autre chose qu’une vie de combines, il se voit entraîner les jeunes. Des événements vont s’enchaîner, l’homme aura besoin de faire un choix, partir ou rester. Franck Gastambide qui est un « caillera » fait un choix de carrière intéressant, alternant les rôles comiques ou ici plus sombres, peu valorisant puisqu’il s’agit simplement d’un looser, un gars qui n’a pas réussi à percer dans le monde du football et qui doit se contenter d’en prendre les miettes. La surface de réparation n’est pas le film du siècle mais c’est bien pensé, une réflexion assez singulière sur la vie sur les chaînes qu’on se met, sur ce qu’on n’osera jamais faire, sur notre manque de courage.