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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Comprendre ce qu’est devenu le métier

jeudi 28 janvier 2021 à 21:16

Ma collègue doit avoir son entretien de carrière, c’est assez nouveau pour nous dans l’enseignement agricole. En effet dans l’enseignement agricole privé, tu as droit à deux inspections, la première qui valide ton contrat avec l’état, la seconde qui te permet de changer de catégorie. En effet je ne suis pas fonctionnaire, je suis contractuel de l’état en CDI avec le ministère de l’agriculture et la différence est tout de même de fond. Tu fais en gros dix ans de carrière en catégorie III avant de pouvoir passer en catégorie II ou catégorie IV. Concrètement tu es un prof comme les autres sauf que tu es moins payé, en même temps tu es rentré sur CV et pas sur concours, il faut bien te le faire sentir quelque part. Bien évidemment passer une carrière complète sans croiser un inspecteur est une hérésie, le rendez-vous de carrière n’est plus l’inspection telle qu’elle a pu l’être, à savoir quelqu’un qui vient casser du prof, mais bien quelqu’un dans une démarche de conseil. On peut en effet difficilement infantiliser le professeur et lui demander de se comporter comme n’importe quel salarié. Rajoutons à cela que le prof est rare, ce n’est pas pour ça qu’il est forcément cher, que l’enseignant en a gros et vous comprendrez qu’il est fini le temps où l’on pouvait dire que si on n’est pas content il y en a des milliers qui aimeraient être à notre place.

On ne va tout de même pas se mentir, même si ce n’est pour l’heure plus la bataille pour devenir prof et encore moins dans certaines matières, beaucoup d’entre nous réfléchissent à une reconversion professionnelle mais la vérité c’est que nous ne sommes bons à rien ou presque. Je pourrais bien sûr tenter l’aventure dans l’auto-entreprise informatique, mais en ces temps troubles, je pense qu’il est préférable de s’accrocher à la sécurité de l’emploi. La réflexion que doit se faire de nombreux jeunes diplômés qui doivent se dire que finalement la fonction publique assure la sécurité de l’emploi, même si les conditions se dégradent, le salaire est peu attractif, en attendant des jours meilleurs. De la même manière lorsqu’on sait que 25% des jeunes profs sont en fait de vieux profs qui ont changé de métier pour trouver du sens à leur vie, ils doivent être nombreux dans le monde du spectacle, dans la restauration ou dans le commerce à s’interroger sur leur avenir.

Ma collègue doit être visitée en classe de première et comme nous échangeons librement sur nos pratiques ce qui est un véritable bonheur, elle pense proposer une activité sur les suites géométriques, nous sommes en classe de première. Il y a une activité qui est franchement sympa, c’est une histoire mathématique, qui commence ainsi.

un outil pour série chez Netflix

Une légende affirme que le jeu d’échecs a été inventé par un savant indien, Sissa Ben Daher. Quand l’empereur Sheram apprit que l’inventeur était un de ses sujets, il le fit mander au palais.

L’empereur – Sois remercié pour ce jeu qui égaie le soir de ma vie. Quelle récompense souhaites-tu ?

Sissa demeura silencieux.

L’empereur – Eh bien, s’impatienta l’empereur, parle donc, insolent : craindrais-tu que je ne puisse exaucer ton désir ? Sissa fut blessé par le ton de Sheram. Il jugea que cela méritait une leçon.

Sissa – Soit, finit-il par dire, j’accepte un présent, Ô souverain !

L’empereur – Ah ! Et quel est-il ?

Sissa – Ordonne que me soit remis un grain de blé pour la première case de l’échiquier.

L’empereur – C’est tout ? Te moquerais-tu de moi, chien galeux ? !

Sissa – Non, Sire. Ordonnez ensuite que me soient remis deux grains de blé pour la première case, puis quatre pour la deuxième, huit pour la troisième, seize pour la quatrième et ainsi de suite, jusqu’à la soixante-quatrième case en doublant le nombre de grains à chaque fois. L’empereur se sentit piqué au vif.

L’empereur – Tu me montres bien peu de respect en honorant si mal ma générosité. Tant pis pour toi ! Va-t’en, mon intendant te fera porter demain ton sac de blé. Le lendemain à l’aube, l’empereur fut réveillé par l’intendant. Celui-ci semblait terrifié.

L’Intendant – Sire . . . Sire . . . nous ne pouvons livrer le blé !

L’empereur – Que me chantes-tu là, Intendant ? Serais-tu devenu fou ! L’intendant tremblait de tous ses membres.

L’intendant – Sire, vos mathématiciens ont travaillé toute la nuit. Leur conclusion est que votre royaume ne contient pas assez de blé pour exaucer le voeu de Sissa.

L’empereur – Mais enfin, quel est ce nombre si grand qui naît d’un petit échiquier ?

L’idée ici c’est donc de partir d’un grain de riz et de multiplier par deux à chaque fois. Forcément à la dernière case le nombre est conséquent, on a posé une suite géométrique de raison 2 et on montre avec astuce comment le gars a ruiné le royaume en riz. Il est en plus possible de réutiliser l’activité pour faire le calcul de la somme de toutes les cases qui fait aussi partie du programme. Rajoutons à cela un intérêt supplémentaire pour une remarque en informatique, comme on est dans les puissances de 2, on va arriver à des nombres comme 64, 128, 1024 ou 2048 ce qui permet de rebondir sur les quantités informatiques entre les tailles de RAM ou de stockage des smartphones.

Sur le papier c’est le monde merveilleux de Disney mais dans les faits ça peut largement partir en sucette. Explications.

C’est une activité qui peut être utilisée en classe de quatrième pour introduire la notion de puissance. C’est un classique et pourtant en 2021 il va poser deux problèmes. Si vous vous lancez dans cette activité avec les élèves, à chaud, avec votre inspecteur dans la classe où l’on imagine que vous êtes sur une forme de séance idéale, il risque de se présenter deux obstacles assez importants avec une quasi-certitude :

Il y a quelques billes pédagogiques à prendre en considération ici et notamment avec les générations présentes où tout s’accélère, la chute notamment. Les exemples que nous choisissons ne sont plus forcément adaptés à la population que nous avons en face de nous. Il ne s’agit pas ici de faire du jeunisme mais parfois un coup de dépoussiérage nécessaire sur ce qu’on raconte. À l’heure actuelle je ne vis pas encore ceci avec cet exemple significatif mais ça risque d’arriver.

Une poucave de Roberval

Lorsque vous voulez expliquer correctement les équations en mathématiques, vous passez par la méthode de la balance. J’avais écrit un article, pourquoi les équations sont mal expliquées, et je persiste encore aujourd’hui à considérer que dire que les nombres passent à gauche ou à droite on change le signe est une hérésie qui n’aide pas les enfants. Même si la méthode est plus laborieuse de tout soustraire ou additionner membre à membre. Combien de temps vais-je encore pouvoir utiliser cette méthode à l’heure où l’on utilise uniquement des balances connectées. Il faut que je regarde donc quelque chose de plus actuelle que ce type de balance.

On a donc une réflexion importante à faire à chaque fois qu’on présente quelque chose à une population ignorante et culturellement et au niveau des enseignements. Car plus haut j’évoque que des élèves de première ne se rappelleront plus du fonctionnement des puissances, il apparaît que je fais de la résolution d’équations en troisième qui devrait être acquise en classe de quatrième et c’est certainement bien plus problématique que le contexte vieillot de nos exemples. En classe de troisième de l’enseignement agricole qui depuis quelques années s’est calé sur celui de l’éducation nationale à mon grand drame, on devrait faire des équations produit, des inéquations et ce genre de choses. Du fait que dans le DNB on va au plus à de l’équation ax+b=cx+d, il est certain qu’on comprend le message et qu’on ne va pas très loin. Néanmoins je ne devrais pas m’attacher à la méthode mais seulement à la résolution de problèmes. Sauf que comment tu fais de la résolution de problèmes si les élèves sont incapables d’appliquer la méthode. Je perds donc un temps de dingue ici pour leur apprendre à faire des équations de quatrième. Aucun de mes élèves de troisième, issus de notre établissement mais aussi d’autres ne sait résoudre une équation. Il ne s’agit pas ici de juger si le travail a été fait ou non par mes collègues mais bien de dresser ce constat.

Lorsque je vais arriver à la résolution de problèmes, je sais que je vais rencontrer le souci de la langue, le français en l’occurrence. Ça me fait d’ailleurs sourire de croiser ici ou là des pages d’exercices de mathématiques en anglais quand nos élèves n’ont pas les automatismes. Ne pas savoir est excusable, ce qui l’est moins c’est la mauvaise volonté. À l’heure actuelle je bataille avec mes élèves pour que le travail soit fait ou en tout cas qu’ils essaient de le faire, qu’ils aient leur cahier, qu’ils prennent une correction. Avec une situation très tendue où je suis entre le virtuel et le réel, je deviens de plus en plus intransigeant et je fous dehors les gamins qui ne sont même pas capables de faire cet effort.

Nous réalisons que nous vivons tous la même chose entre collègue et la remédiation est simple, elle existe. Il faudrait pointer intégralement le cahier de chaque élève en début d’heure ou relever les cahiers comme au primaire pour faire refaire éventuellement si nécessaire.

  1. Il s’agit d’élèves de 14 à 16 ans. Doit-on tomber dans cet assistanat supplémentaire ?
  2. Quel temps matériel sur une heure de cours doit-on accorder à ce rituel qui pourtant devient de plus en plus indispensable. Avoir ses affaires, avoir fait son travail, être attentif en classe.
  3. Comment dégager du temps pour ceci quand on peine à rattraper le cours de l’année précédente ?

Concrètement j’ai 3 heures de maths par semaine, il m’en faudrait plus de 6 pour arriver aux objectifs. Et c’est encore ici que ça coince, j’ai désormais des élèves qui relèvent davantage de la SEGPA que de l’enseignement agricole qui pendant des années permettaient à des élèves qui n’avaient pas le profil de l’éducation nationale de s’épanouir dans une scolarité alternative. Le niveau que nous proposons est désormais trop difficile par rapport à celui de nos enfants. Le jour où l’inspecteur de maths vient, il propose à l’ensemble des enseignants de maths de manger ensemble. Avec une dégradation de la situation telle, je dois reconnaître que je suis partant avec la question qui me brûle les lèvres : comment ?

Comment on fait avec des enfants qui ont tellement de lacunes, de difficultés, pour ne serait-ce qu’arriver correctement à un dixième du programme et inculquer des habitudes de base comme tenir correctement un cahier, écrire des numéros de question, avoir un minimum de soin.

Il y a toutefois une moralité ici et il ne faut pas la négliger. Ça va vite, il faut rester à l’écoute, et ne pas s’encrasser sur tous les points. On évoquait donc une introduction sur les suites géométriques, il apparaît qu’il est nécessaire de raviver les connaissances sur les puissances et plus intéressant que l’échiquier, un modèle de suite géométrique basé sur la propagation de la COVID avec une explication du facteur R. Il y a ici déjà une difficulté visible c’est que r est utilisé pour les suites arithmétiques et que q c’est pour les géométriques. Si on passe ce problème, on a une situation plus actuelle, plus accrocheuse et plus concrète sur ce que nous vivons.

La difficulté pour moi n’est pas tant la remise en question mais simplement la frontière, quelles sont désormais les attentes qu’on peut avoir face à des enfants qui ne savent rien ou pas grand-chose, qui freinent des deux pieds pour en faire le moins possible.

Mauvaise idée

lundi 25 janvier 2021 à 20:46

J’étais parti pour faire un billet complément et puis finalement c’est pas vraiment ça. Et comme j’ai pas une idée très précise du titre, j’ai pris celui-ci en référence à la chanson d’Orelsan mauvaise idée ou il décrit tout un tas de mauvaises idées comme faire des enfants avec quelqu’un qu’on ne connaît pas. Tiens la version live chez mes voisins biterrois. Biterrois c’est pour les habitants de la ville de Béziers, comme Piscénois c’est les gens de Pézenas et pas les gens qui vont à la piscine.

Le jeu indépendant c’est le jeu qui est fait par dix types dans un garage et pas par une armée de développeurs. Le jeu indépendant c’est l’anti Assassin’s Creed, c’est David contre Goliath et quand finalement on en parle on se sent dans une obligation de respect, de saluer les artistes, parce qu’ils ont fait un jeu à dix dans le garage.

Et c’est ici qu’on rejoint l’une des problématiques, problématique qui touche le bio, le logiciel libre, l’écolo, le végan. C’est parce que ça part d’une bonne intention que forcément on se sent obligé de dire que c’est bien sans s’interroger sur si c’est réellement bien. C’est pour la même raison que lorsqu’un logiciel libre est inutilisable, il faut quand même dire que c’est bien parce qu’il y a derrière des âmes charitables qui travaillent bénévolement, on y reviendra plus loin.

J’avais écrit que j’avais fini Nioh 2, et à la fin de l’article, j’expliquais que les abonnements de type PS NOW c’était fini pour moi. J’avais aussi expliqué que je m’interrogeais sur la possibilité de remonter une petite configuration à base de Ryzen parce qu’un jeu comme Hadès c’est la claque. Et quand tu vois ce genre d’annonces, tu remets toute ta vie en question, enfin pas toute mais au moins celle d’acheteur d’occasions.

Sur le marché de l’occasion, avoir une tour avec le facteur de forme qui va bien, un icore5 de troisième ou quatrième génération, 8 Go de RAM et 240 Go de SSD c’est entre 150 et 200 €, l’écart de prix est faible. Vous comprenez dès lors qu’en enquillant une carte graphique convenable, on peut réussir à s’ouvrir à bonne une partie du jeu vidéo tout en conservant sa console pour faire les AAA.

Seulement est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? La première problématique c’est la notation, elle l’a toujours été mais elle s’accentue avec le phénomène de bienveillance. Concrètement, un même barème pour Assassin’s Creed et pour un jeu développé par quatre gars dans un garage, j’ai l’impression que c’est comparer le PSG à Trifouilly-les-Oies. Alors effectivement, vous me ferez remarquer que parfois dans la coupe de France, le petit Poucet met la raclée à l’ogre, mais c’est quand même franchement rare. Et partant de ce postulat on arrive à quelques évidences. Un système d’exploitation développé par des milliers de développeurs a plus de chances d’être de meilleure qualité qu’un système d’exploitation développé par beaucoup moins de développeurs par exemple.

Bien évidemment, mon cliché qui voudrait que tout ce qui soit gros, industrialisé, soit forcément meilleur, oublie un paramètre de fond l’originalité, la liberté, la prise de risque que peuvent prendre les petits studios quand les grosses machineries n’ont pas le droit à l’échec. Et c’est certainement ici le second problème. Sur PC, ce qui est formidable c’est que vous pouvez tester les jeux gratuitement car il y a beaucoup de « démos ». J’ai lancé en quelques jours, une batterie de jeux, commençons par la classe à Dallas, Gris.

Avec Gris nous sommes dans l’archétype du jeu de pauvres, pardon, du jeu indépendant. Gris raconte le deuil, et c’est une femme qui s’effondre et qui démarre dans un monde où tout est gris. C’est magnifique, des dessins qui ont de la classe, ça pourrait être fait chez Disney. Mais malheureusement une fois qu’on a franchi le cap de l’émerveillement, reste le jeu, un simple jeu de plateforme avec des mécaniques déjà vues cinquante fois. Et c’est certainement ici mon principal reproche, quand on évoque la prise de risque, elle se fait souvent au niveau de la liberté artistique souvent originale mais pas sur les concepts de jeu où l’on invente rien.

Et pourtant quand on a pas d’argent on devrait avoir des idées, les jeux se limitent dans la grande majorité des cas à des jeux de plateforme en 2D, des roguelike, une forte inspiration Dark Souls car on a compris que pour être original il fallait faire compliqué, au point d’avoir une difficulté rédhibitoire dans certains jeux. L’inspiration, la fameuse liberté artistique, ben à part gris, c’est plutôt rare. Pas d’argent donc de la 2D bien sûr, des hommages, c’est bien le mot hommage à des jeux de l’époque, c’est donc sans surprise qu’on a des jeux qui ressemblent à du 16 bits, les gens n’ont pas peur des graphismes carrés depuis Minecraft. Et à ce jeu-là, celui qui consiste à tenter l’odeur de sainteté, on va retrouver les jeux pacifistes, les jeux pas violents. J’avais joué à Abzû qui avait été largement encensé par la critique. Il s’agissait d’un jeu vidéo ou tu te promenais au milieu des poissons. Très joli, très zen, autant regarder une démo, un film ou un aquarium. Les gars reviennent avec the pathless auquel j’ai dû jouer un bon quart d’heure.

The pathless est un jeu dans lequel vous incarnez une jeune femme qui débarque sur une île avec son arc et sans couteau, pour libérer des esprits. On commence donc à courir à gauche à droite pour casser des tours rouges en essayant de trouver des clés planquées dans la forêt. Après avoir commencé à errer, j’ai trouvé le temps particulièrement long, et je me suis largement ennuyé, stop.

Bien sûr, on me rétorquera qu’il en faut pour tous les goûts, que si certains s’éclatent à candy crush, d’autres à Fifa, que moi c’est me faire tuer toutes les trente secondes dans des jeux hardcore, le jeu zen et gentil doit avoir son public. À la différence c’est que si c’est Ubisoft qui avait produit le jeu, ils se seraient fait incendier par la critique. Le jeu c’est finalement un peu comme tout, il n’y a pas de critère d’objectivité, certains studios bénéficient d’une aura extraordinaire au point de pouvoir sortir n’importe quelle daube et les gens de s’extasier parce qu’à dix ils ont su faire un jeu gentil et sans violence qui rend hommage aux plus grands jeux vidéos. Un jeu est un jeu, le but c’est le divertissement, ni plus, ni moins. Vouloir apparenter le jeu à une œuvre d’art c’est discutable, j’ai l’impression qu’on a plus de compétiteurs dans le sens sportif que de musées. Je vous laisse méditer sur ce point, moi j’ai en tout cas répondu à ma question, le nouveau PC n’est pas arrivé à la maison. Tout ça pour dire que changer de PC pour faire des jeux indés, c’est une … mauvaise idée.

il faut quand même dire que c’est bien parce qu’il y a derrière des âmes charitables qui travaillent bénévolement, on y reviendra plus loin.

Cyrille BORNE, plus haut

Je suis tombé sur cette vidéo en en cherchant une sur les travailleurs de l’internet, les modérateurs des réseaux sociaux que je voulais faire passer à mes élèves. On avait une discussion sur le « vrai » dans les réseaux, j’expliquais qu’on était dans une vision édulcorée à plusieurs niveaux, d’une part les gens diffusent ce qu’ils veulent montrer, d’autre part les réseaux sont censurés dans le bon sens ou le mauvais sens. Le bon sens c’est bien évidemment ne pas diffuser toute la barbarie humaine de la pédophilie en passant par les mutilations et tout ce que des malades peuvent diffuser sur le net, le mauvais sens c’est celui que prend tiktok par exemple en évitant de diffuser des gros, des moches, enfin des gens qui n’offrent pas du rêve. En fouillant un peu la playlist, je suis tombé sur ceci qui était pertinent pour une élève.

J’ai écrit une bafouille adaptée au public de restez-curieux, que je continue avec plaisir. Il apparaît que la dite élève a un profil instagram un petit peu suivi, si bien qu’elle commence à recevoir quelques propositions du type vidéo de promotion en échange d’un produit. La vidéo s’est davantage penchée sur le graphisme et sur l’idée de la visibilité, à savoir que si tu fais un logo gratos pour quelqu’un de célèbre, ton logo est vu, si bien qu’il est possible que tu sois par la suite contacté par des gens qui sont prêts à te payer.

La conclusion de la vidéo c’est de refuser ce type de proposition, et de refuser toute forme de travail gratuit. Travailler gratuit est une … mauvaise idée. La logique est d’ailleurs assez élémentaire mais tient la route : si une société s’intéresse à votre travail, que cette société a un fond de notoriété, elle a alors suffisamment d’argent pour vous payer. Par conséquent, on refuse toute forme de travail non payé.

Si en regardant la vidéo, j’ai eu une pensée pour ma jeune, j’ai eu aussi une pensée pour le fonctionnement du monde associatif, du logiciel libre, mon propre fonctionnement. Le modèle économique du don, on se rend compte que ça ne marche pas et de la même manière on se rend compte que travailler gratuitement pour la bonne cause, ça ne fonctionne pas non plus. Soit les gens ne donnent rien, soit les gens abusent de votre temps. Et c’est ici le même raisonnement, si les gens viennent vous solliciter c’est qu’ils savent que c’est gratuit bien sûr, mais ils savent aussi que vous êtes compétent. En effet, non seulement les gens veulent payer le moins possible, mieux, ne pas payer mais que ce soit bien fait. Vous êtes donc bon, vous pouvez vous faire payer, si on ne vous demande plus rien c’est que vous n’étiez peut-être pas assez bon, trop cher ou que les gens ont trouvé d’autres alternatives. Je peux vous donner un bon exemple qui me concerne. Si demain Thunderbird devenait payant, je prendrais une autre alternative gratuite, si par contre Libreoffice devenait payant, à tarif raisonnable, je passerai certainement à la caisse. Le libre devrait réfléchir à ce point, ne serait ce qu’un paiement de 2 € par version majeure c’est plusieurs millions à la clé pour un travail bien mérité.

Désormais je me suis positionné dans une démarche qui peut paraître crevarde mais c’est pourtant dans ce sens qu’il faut aller. Au niveau du travail, je ne fais plus aucun travail supplémentaire sans rémunération ou sans avantage, il faut tout négocier. Le prochain épisode, je le vois venir assez rapidement. Nous ne sommes qu’une poignée à faire des visios et pourtant nous faisons le même travail. Le boulot que je fais en distanciel est assez conséquent, je ramasse le travail, je joue les community managers, je note les absents pour les visios de façon à faire vivre la classe avec plus ou moins de succès, déjà un tiers d’absent. L’idée est simple. Soit nous vivons la même chose dans notre métier d’enseignant, soit nous vivons la même chose 🙂 En gros, soit nous faisons tous des visios et nous partageons la même galère, soit j’arrête d’en faire pour me contenter de filer du travail à faire et voir après.

Il est urgent d’arrêter d’être une vache à traire, il est urgent d’arrêter de travailler pour de la gloire ou de la visibilité, il est urgent de penser qu’il y a le bien, le mal, il y a juste le pognon.

Un peu de divergence, trop certainement mais c’est pas comme si c’était pas mon blog et que je fais ce que je veux avec mes cheveux que je n’ai plus.

Mais oui, mais oui, l’école est finie

samedi 23 janvier 2021 à 21:35

Nous avons donc attaqué à proprement parler ce qu’on pourra qualifier du début de la fin de l’année scolaire. J’avais expliqué dans le billet précédent que nous passions en alternance suite à des cas de contamination. Je ne sais pas où nous en sommes dans le sens, je ne sais pas combien nous avons actuellement de contaminés ou même si nous avons des contaminés, ce que je sais c’est que j’ai démarré une période qui ne me plaît pas du tout et que cela va durer au moins jusqu’aux vacances de février, le 12. Si bien sûr, d’autres événements n’interviennent pas, je pense pour ma part à un reconfinement complet, avec au moins les lycées. Si je devais donner au moins deux points qui font qu’on va dans cette direction : la saturation dans les hôpitaux et notamment en Occitanie où ça cartonne, le fait que Jean-Michel vient de faire passer les épreuves de spécialité en contrôle continu.

La stratégie est d’ailleurs relativement pertinente, ça se discute bien sûr, on annule les examens de proximité temporelle pour faire croire que les examens de fin d’année sont maintenus et essayer d’obtenir un semblant de motivation des enfants. Attention l’enfant, ce n’est pas parce qu’on te fait sauter le mois de mars que le mois de juin tu ne peux pas être évalué, tremble l’enfant. Pour le BAC, je pense que la partie est jouée d’un point de vue égalitaire, à savoir que ne pouvant savoir quelle a été la situation de chaque enfant sur le territoire, c’est prendre le risque pour l’état de se retrouver au tribunal par des familles mécontentes. Un élève en distanciel une semaine sur deux, un autre tout le temps en présentiel, et j’en passe. Trop de cas de figure possibles pour envisager une véritable équité entre les enfants, l’état n’aura d’autre choix que de faire un contrôle continu pour tous, à savoir que les enseignants qui eux seuls connaissent les conditions d’enseignement de chaque enfant seront à même d’évaluer. 95% de réussite cette année, peut-être plus, tout est possible.

On a donc démarré la visio, un peu le distanciel, mais un distanciel modulé puisqu’il s’agit d’une semaine sur deux. C’est comme une garde alternée, tu fais la fête chez papa pendant toute la semaine mais quand maman te récupère ça rigole plus. Assez rapidement on constate que ça se délite, en deux jours en fait. Je vous donne deux exemples concrets. Mes élèves de GT, j’avais demandé de me tracer 1/x et d’essayer de me faire le tableau de variations, sachant qu’il y a une nouveauté avec une valeur non définie en 0, pas plus de 15 minutes de boulot, en faisant une courbe qui ressemble à une œuvre d’art. Cinq élèves se sont débrouillés pour ne pas le faire, ils ont pris la porte sans avoir le temps de s’asseoir, un mot envoyé aux parents entre midi et deux heures. J’ai imposé qu’ils me récupèrent le cours entre midi et deux puisqu’ils avaient la joie de m’avoir avant et après le repas, de quoi couper l’appétit ou faire vomir, les deux à la fois même, sinon je remettais ça. Je pense qu’ils ont compris l’esprit. En classe de troisième, ils étaient en stage pendant la semaine, des vacances pour moi ou presque, j’ai demandé de recopier la correction des exercices sur les équations, un seul élève sur 25 a fait cet effort. Alors bien évidemment dans le monde de l’éducation, on apprend à ne pas s’énerver plus que ça, on sait que ça va s’agiter dans la soirée du dimanche vers 18h30 pour les plus vaillants.

Il est tout de même regrettable que dans le cas de mes troisièmes par exemple, j’ai balancé l’intégralité du planning il y a huit jours, copie les parents. Planning lu par 33% des élèves et parents alors qu’on se fait incendier au quotidien parce qu’on a partiellement fermé boutique par les familles. Je viens dans Teams d’envoyer la menace du 0, si tu n’es pas capable de corriger tes équations tu prends un 0. Vous noterez que la fameuse bienveillance est partie dans une autre galaxie, désormais c’est sans pitié. Je fais mon job, je le fais même beaucoup étant donné que je dois multiplier les documents, ma présence physique et virtuelle, individuelle et collective. Je donne de plus des objectifs simples, facilement atteignables, qui ne doivent pas décourager. La moralité c’est qu’à part être dans une situation particulière, la maladie par exemple, c’est faire preuve largement de mauvaise volonté que de ne pas faire le job.

S’il fallait noter quelques points positifs :

J’évoquais plus haut le mal-être étudiant, celui des lycéens est palpable. En ce moment en SNT on fait la partie sur les réseaux sociaux, j’ai décidé de prendre le temps sur ce chapitre pour libérer la parole, c’est intéressant. On arrive à des gamines qui passent quand il n’y a pas cours, 14h30 devant le téléphone. Des réseaux sociaux principalement, sans but précis, un défilé d’images. J’expliquais de façon très simple ma vie à 15 ans et la leur. L’absence de Netflix, d’internet illimité, de 150 chaînes de télé, de jeux vidéos immersifs. Comme je leur disais, il n’y a pas tant de différence entre eux et moi, dans le sens qu’on n’est pas à comparer quelqu’un d’aujourd’hui avec Cro-Magnon. Par le fait, ils n’ont pas développé des supers pouvoirs qui leur permettent d’en faire plus, s’ils prennent tant de temps sur les écrans c’est qu’ils grattent ailleurs : travail scolaire, sport, sommeil. La 14h30 fait environ 4 heures par nuit, elle est dans une situation de relatif échec scolaire et ne respire pas particulièrement l’épanouissement. Parallèlement à ça, un de leur camarade qui passe une vingtaine de minutes sur les réseaux, accessoirement le premier de la classe, dort environ sept heures, joue de la batterie, voit du monde. C’est une véritable saloperie qui détruit le monde et c’est uniquement une prise de conscience personnelle qui pourra arriver les gens à s’en sortir, comme la drogue ou l’alcool.

Je viens de finir Nioh 2, même si finir est un bien grand mot. Otakemaru est le démon final, je l’ai passé en deux fois. J’étais un peu inquiet, sur le net, on expliquait que le démon commençait facile et que la fin c’était mission impossible, ça commence effectivement facile mais ce n’est pas très difficile par la suite. Entre mon article et la fin du jeu, le seul boss qui m’a posé quelques problèmes c’est le magicien qui se multiplie, je l’ai fini comme on finit pas mal de monstres, au canon. Comme je l’ai écrit dans mon article, Nioh 2 est franchement généreux. Le jeu est à peine terminé qu’il vous propose de passer en NG+ de façon classique mais aussi des fonctionnalités supplémentaires, des missions de plus. Je pense que je vais me le garder de côté pour de temps en temps faire une mission, peut-être acheter le season pass quand il sera moins cher, il est actuellement à 25 € pour un jeu payé même pas 10 balles hors période des soldes comme tout ce que j’achète, en dehors des soldes, quand le prix est bon.

Je suis assez catastrophé à ce propos. Dans l’opinion publique on voit que les commerçants tirent la tronche, se plaignant que les gens ne vont pas faire les emplettes dans les magasins. Comme je l’ai déjà écrit, la COVID n’est de toute façon que le catalyseur d’une situation qui serait devenue à termes ce qu’elle est. Avec le couvre-feu, l’idée, enfin ce que tu te dis c’est que d’abord les enseignes vont mettre leurs horaires à jour, et qu’ensuite elles vont s’adapter pour avoir une plage horaire plus importante de façon à accueillir les gens. Le mercredi journée consacrée à ma femme qui n’a pas cours avec moi, on continue de faire tourner la restauration locale. Certains sont notés ouverts alors qu’ils sont fermés, certains affichent même des horaires d’ouverture à 21 heures. Trouver un restaurant ouvert par chez moi c’est un défi, aucun ne fait d’effort pour se donner un fond de visibilité.

Le réflexe premier qu’on doit avoir quand on est propriétaire d’une boîte, que nous sommes dans une situation où tout évolue au quotidien, c’est d’informer, de maintenir le lien, comme j’essaie pour ma part de le maintenir avec mes élèves. Un prof qui donne des cours de fidélisation, voici qui laisse songeur. C’est donc la grande loterie commerciale, on ne sait pas si c’est ouvert ou non, restaurant ou magasin, pour les magasins par contre l’internet est ouvert en permanence, pratique.

Si d’un point de vue organisation on ne peut que regretter le manque de professionnalisme, au niveau des bonnes affaires, une fois de plus on n’a pas le compte. Du vieux, du moche, parfois même de l’inutilisable avec des téléphones à 1 Go de RAM pour 8 de stockage, à priori le seul endroit pour faire des affaires c’est dans les fringues, et on est encore en droit de se demander s’il ne s’agit pas d’une série spéciale solde avec un vieux tissu dégueulasse qui imite l’article qui aurait dû être soldé. Depuis combien de temps nous subissons ces fausses soldes ? Fausses car c’est la promo toute l’année avec désormais l’événement qui s’est déplacé sans conviction vers le black friday, le souffle nouveau de la solde dans un monde de promotions et de ventes privées.

Je vous laisse, le petit Diego à 21 heures me dit qu’il n’entrave rien à mon exercice. Nous nous quittons avec tout ce que je sais, parce que tout ce que je sais c’est que j’aurais pas de regret, d’ailleurs je pense qu’il ne faut plus en avoir, fini le temps de la culpabilité, du syndrome de l’imposteur, de la peur de l’échec, parce que si mes élèves se ramassent parce qu’ils ne font rien, ce n’est pas le mien d’échec, c’est le leur.

Nioh 2 ou la poutre Nioh 1.5

mardi 19 janvier 2021 à 09:11

J’avais beaucoup apprécié le premier Nioh, et pourtant je ne l’avais pas fini du premier coup. Comparé à tort à Dark Souls, ils n’ont en commun qu’une certaine forme d’exigence, et encore, j’y reviendrai plus loin. J’ai fini le jeu trois ans plus tard, dans une période de vache maigre de jeux vidéos.

Je suis actuellement à la cinquième map, le jeu en compte six ou sept, et compte tenu du nombre de dizaines d’heures passées dessus, je pense pouvoir écrire une bafouille dessus sans trop me tromper. J’évoquais mon arrêt de jeu plus haut pour le premier opus, et une certaine forme d’exigence, la véritable différence, profonde entre Dark Souls et Nioh si ce n’est le level design c’est la question de votre niveau. Dans Dark Souls, vous avez des pervers qui réussissent à finir le jeu avec le niveau 1, car le boss présente une fenêtre d’ouverture, une certaine forme d’accessibilité. Ici tout va très vite, trop vite, et même si vous connaissez le pattern des boss, les imprécisions du jeu, les mêmes que le premier, la puissance de certaines attaques font que vous allez mourir à la moindre erreur qui n’est pas forcément de votre fait. Pour réussir il faudra farmer, et pour farmer il faudra refaire certaines missions, préparez-vous à investir un nombre d’heures colossal dans le jeu. C’est d’ailleurs palpable, j’ai franchi le cap du niveau 100, j’ai refait la première map en un run avec le boss final qui ne me fait quasiment aucun dégât. C’est pour cette raison que je n’avais pas poussé dans le DLC, l’écart de niveau entre mon personnage et les boss étaient trop conséquents. C’est une sensation qu’on va rencontrer au tout début du jeu et qui entraînera un vaste découragement chez les gens qui ne connaissent ni l’univers, ni les souls.

Comme je l’ai écrit dans mon titre, évoquer un Nioh 2 serait quand même exagéré. Les développeurs n’ont eu honte de rien, au point de reprendre certains monstres, admettons, mais plus honteux encore certains niveaux complets, je pense notamment à celui des bains. Pour le reste, et à 90% du jeu c’est la même chose mais en plus beau. On appréciera la possibilité de créer enfin son avatar et d’arrêter de jouer avec William qui était pour le moins insupportable. Au niveau du scénario on lit de nombreux joueurs se plaindre qu’il est inexistant et qu’on a la sensation d’enchaîner des niveaux sans but, ce n’est pas totalement faux, mais ce n’est pas totalement vrai non plus. D’une part quand tu fais Nioh tu sais que tu es là pour poutrer du monstre en pagaille, d’autre part, le jeu joue sur les personnages, l’émotion, et de ce côté, c’est aussi réussi que le premier, certainement plus. Vous êtes l’enfant d’un démon et d’un homme, vous avez la possibilité de vous transformer en Yokai, votre maman a été tuée alors que vous étiez enfant. Vous rencontrez un chercheur de pierre d’esprit, un type plutôt sympathique dont vous allez assister à la montée en puissance et à la perversion par le pouvoir. C’est très bien amené, le personnage de Tokichiro au départ ridicule, qui s’humilie devant les plus grands, devient un tueur sanguinaire, le spoil est offert.

Les plus qui ont été apportés, sont vraiment bons, et il faut reconnaître que les auteurs sont généreux, très généreux, trop généreux. Des armes, des armures, des sorts, des outils de ninja, des combos, des titres, il y en a partout. C’était le cas du premier Nioh, mais quand on voit l’arbre de compétences, on prend peur.

L’ensemble des armes, le ninja, la magie, et la « bête »
L’arbre de compétences

Et c’est en gros valable pour tout dans le jeu, c’est pire qu’un hack and slash. En même temps comme je l’ai écrit plusieurs fois, le système de jeu est identique à deux exceptions vraiment notables ce qui permettra aux joueurs du premier de retrouver leurs petits, tant pis pour les nouveaux joueurs. Il est à noter qu’on voit pas mal de builds de personnages à mains nues et force est de reconnaître que la méthode de combat est diablement rapide et efficace. Il y a bien évidemment dans les options, la possibilité de développer le combat à mains nues, il y a des options pour tout.

Évoquons donc ces fameuses nouveautés. Les développeurs sont généreux et cela va jusqu’à la gestion du mode en ligne. Finalement le seul avantage d’avoir le PS+ c’est de pouvoir invoquer un copain pour faire les boss avec vous plutôt qu’une intelligence artificielle toujours aussi mauvaise. Alors que dans le premier, il était possible d’invoquer des gens morts au combat, de les affronter pour obtenir des points de gloire à dépenser dans le salon de thé caché, il est désormais possible d’invoquer des âmes bienveillantes pour vous donner un coup de main et ça fait la différence. Le système est bien pensé, les tombes rouges c’est les méchants, elles vous permettent de gagner des coupes Ochoko qui vont vous permettre de payer le prix d’invocation des tombes bleues. De la même manière vous pouvez déposer votre propre tombe et gagner des points de gloire. Si l’IA ne va pas vous casser le monstre en deux contrairement à Dark Souls où parfois on voit des choses assez impressionnantes comme le chevalier solaire qui casse les gargouilles dans le premier opus, le personnage supplémentaire a l’intérêt de pouvoir faire diversion et de vous laisser préparer vos stratégies.

Un gros effort a été réalisé sur les boss, du gigantesque, de l’impressionnant et ça commence dès le début avec l’espèce de cheval géant, le Mezuki.

Pour mettre dans l’ambiance, c’est un boss facultatif que vous rencontrez dans les premières minutes de jeu. Forcément on a des tombes rouges dans tous les coins ce qui veut dire que de nombreux joueurs se sont fait tuer à cet endroit. Le jeu vous avertit d’ailleurs qu’il ne faut pas se sentir obligé de tuer tous les monstres. J’ai été mis en échec par plusieurs boss, quand certains je les ai fait du premier coup. Il y a un véritable déséquilibre ici qui peut être particulièrement décourageant. J’ai réussi à m’en sortir à chaque fois en répétant, c’est indispensable, il faut apprendre l’ensemble des patterns des personnages, en regardant des vidéos sur le net, car ça permet de comprendre le déplacement des personnages et éventuellement de voir les failles, en changeant la magie et les items de ninja. Il y a par exemple un monstre particulièrement pénible à deux faces, qui n’est pas sans faire penser à Dark Souls, au monstre siamois que vous combattez dans la cale du bateau. Dans Dark Souls il tient des sables d’un côté des masses de l’autre, ici c’est la hache d’un côté, l’arc de l’autre. Une face est sensible au feu, l’autre au froid, on va donc penser qu’il faut alterner les deux pour faire des dégâts. Sur le papier c’est vrai, mais il apparaît que le temps perdu à enflammer ou glacer ses lames vous laisse largement le temps de vous faire marave. J’ai réussi à le passer grâce à un item, un éventail qui envoie des rafales de vent qui font de gros dégâts. C’est certainement mon plus gros reproche, les approximations du jeu. Des petits bugs de collision, le fait que vous avez invoqué un allié qui coup de bol a une arme qui pose des problèmes au boss, la chance dans l’enchaînement des patterns, autant de petits détails qui font que la réussite au boss tient parfois plus à la chance qu’au talent même s’il faut beaucoup de talent.

Toujours sur les boss, il faudra faire attention aux parties dorées c’est elles qu’il faut viser pour créer de très gros dégâts. Autant ça m’avait peu marqué dans le premier opus qu’ici c’est flagrant. Faire sauter ces parties en pierre d’esprit a tendance à couper le souffle du monstre ce qui permet de placer un contre monumental.

On avait pris l’habitude dans le premier épisode, d’être possédé par les esprits, c’est toujours le cas, mais les développeurs sont allés plus loin dans le système, à la limite de Pokémon, attrapez-les tous. Vous avez cette fois la possibilité de jouer avec deux esprits, le premier a toutes les caractéristiques activées, le second une seule caractéristique qui peut faire la différence durant une bataille. Par exemple l’un d’eux permet de gagner 50 points de vie à chaque fois que vous faites disparaître une zone d’ombre avec votre ki. 50 points de vie c’est parfois ce petit truc qui fera la différence.

Désormais lorsque vous combattez les Yokai, parfois certains d’entre eux droppent leur âme, symbolisé par l’espèce de gland rouge sur la capture du dessus. Pour chacun de vos esprits vous allez pouvoir rajouter des âmes de Yokai et utiliser leur pouvoir. On avait donc la barre de vie, la barre d’endurance, et désormais la barre Yokai. Non seulement vous pouvez déchaîner des attaques de monstres mais faire ce qu’on appelle un contre explosif. Parfois vous avez l’ennemi qui devient rouge, si vous lâchez le contre, vous pouvez le mettre dans certains cas KO.

Pour le reste, c’est pareil en mieux. Techniquement même si c’est pas foufou avec certains monstres franchement moches et peu travaillés, je pense notamment à l’espèce de taureau dans l’arène, c’est beaucoup mieux, ce qui n’était pas difficile pour un Nioh 1 prévu pour la PS3. Même si l’architecture est totalement différente d’un Dark Souls car c’est par niveau et pas dans un monde unique, un travail conséquent a été fait sur le level design. Les maps sont beaucoup plus grandes, on se perd assez souvent, ici une échelle ou une porte qui permettent de revenir sur un point de sauvegarde.

Nioh 2 est un excellent jeu que j’ai payé à peine en version physique à 9.99 € chez Micromania, chez qui j’avais dit que je n’achèterai plus rien car ils sont chers. J’ai acheté aussi Death Stranding au même prix que je n’ai pas encore lancé. Comme quoi, non seulement le client est très versatile, on le savait déjà, mais c’est finalement pas si compliqué que ça de se remettre dans la course, en cassant de temps en temps les prix. Désormais je fais un tour sur leur site pour voir s’il y a une promo intéressante. Je profite de ce post où je n’ai écrit que 1700 mots pour commenter un peu l’offre PS NOW, je n’ai pas lancé un jeu depuis deux mois. Il apparaît que l’ensemble des jeux qui sont sortis sont soit pas terribles, soit des jeux que j’avais pu acheter en solde que je voulais faire, je pense à Horizon Zero Dawn, ou the Surge numéro 2.

Je suis de plus en plus partagé sur ce genre de formules.

Mon choix de toute façon est fait, je ne renouvellerai pas le PS NOW même si j’ai très très très très largement amorti mon abonnement avec une panoplie de jeux. Même si l’offre est plus intéressante financièrement sur un an que sur un mois, je trouve qu’intellectuellement ça mérite de payer plus cher. Je paye actuellement pour rien, je conforte quelque part Sony dans le fait que de toute façon j’ai payé, on peut donc me balancer n’importe quel jeu de seconde zone, le mal est fait. La boîte doit se contenter de compter son nombre d’utilisateurs, si elle voit que le service décroît ou ne progresse pas assez vite, il suffit d’injecter dans la machine une belle exclue. La moralité c’est qu’en m’abonnant de façon ponctuelle, quand j’ai le temps, quand j’ai envie, quand je n’ai pas d’autres choses à faire, je ne donne pas un chèque en blanc à Sony pour faire ce qu’il veut, pour lui offrir comme d’autres millions de joueurs, de beaux lauriers sur lesquels s’endormir.

Bon il est temps d’aller un peu enseigner, mes élèves de troisième sont en stage, je n’ai que six heures de cours cette semaine, l’occasion d’avancer ou de finir peut-être, Nioh 2.

Quand tu y allais, je revenais

jeudi 14 janvier 2021 à 21:54

Comme on pouvait s’en douter, le premier de l’an n’aura pas amené que la bonne année, il aura amené son lot de COVID dans les établissements scolaires dont le mien. Quelques cas de contamination, rien de bien sévère mais suffisamment pour que le SFRD, l’équivalent de l’inspection mais du côté agricole de la force et l’ARS nous invitent à passer à 50%. Mon établissement à taille humaine, loin des usines à 2500 personnes nous a permis jusqu’à maintenant de travailler en classe complète. Contrairement aux autres établissements scolaires où ça tourne à 42 élèves par classe avec une coupure en moitié, chez nous sauf deux classes à plus de 30 élèves, la coupure se fait par classe, en semaine 1, semaine 2.

Mon emploi du temps après le passage du COVID

Forcément la décision a été prise mardi, pour une mise en application le jeudi, dire que c’était panique à bord est un euphémisme. La première chose qu’il a fallu pointer pour la seconde fois depuis le début de l’année c’est que chaque élève possède ses identifiants Teams et Scolinfo. Je pense qu’on peut dire que Scolinfo c’est acté, tout simplement parce que nous travaillons régulièrement avec depuis le début de l’année. L’envoi de documents au professeur ou la consultation du cahier de texte, c’est tout le temps. Et c’est d’ailleurs ici qu’on se rend compte que la pédagogie ça n’est que de la répétition, si tu veux faire adhérer des gens à des outils c’est pas en t’en servant une fois l’an que ça fonctionne.

Alors forcément pour Teams que nous n’avons pas vraiment utilisé, sauf certains élèves qui ont compris que c’était quand même franchement plus sympa, plus convivial, plus interactif que Scolinfo, on peut dire sans se mentir qu’il a fallu réinitialiser entre 70 et 80% des élèves. La procédure de réinitialisation dans Teams est pourrie pour les ados. C’est le souci de Teams, conçu pour les étudiants au plus bas, conçu pour les professionnels, certainement pas conçu pour des jeunes. Concrètement les plus dégourdis sont capables de redemander un code par SMS, pour les autres, j’ai franchi le point de non-retour, la ligne rouge, la ligne blanche, et même la ligne bleu, blanc, rouge. Un gamin mettait le mauvais numéro de téléphone, il ne comprenait pas pourquoi il ne recevait pas le SMS. Il y a donc quelqu’un qui a dû recevoir huit fois un code pour Teams. De l’autre côté, ils ne savent pas faire des caractères spéciaux comme le dollar ou le égal. À priori s’inscrire sur Snap doit être plus facile, cliquez sur la licorne pour valider. Pour d’autres l’incapacité de taper au clavier de leur téléphone le signe égal ou le dollar, la génération Z est très loin des compétences qu’on attend d’elle, même pas à la cheville, l’ongle du petit orteil. Quand on sait que certaines boîtes veulent l’abandon du mot de passe pour passer à la biométrie, ça se comprend, ils doivent avoir des adolescents à la maison.

Cyrille BORNE en distanciel et en présentiel à la fois

La complexité de l’exercice ici, contrairement au confinement total, c’est d’être en présentiel avec les uns pendant qu’on est en distanciel avec les autres. J’écris ce billet le jeudi, mon emploi du temps, c’est un démarrage à 9 heures au lieu de 8, arrêtons-nous ici. S’il fallait faire une heure de visio à chaque fois que j’aurais dû faire cours, ça voudrait dire que je dois aller au lycée, allumer mon ordinateur, lancer la visio, attendre que tout le monde se connecte. Pour moi en première heure c’est jouable, mais imaginer que je vais me retrouver avec mes élèves à 8 heures devant l’écran c’est croire en un père Noël qui planterait des antennes 5G à la place des cheminées pour filer le COVID, Raoult en père Noël bien sûr. La situation se produit deux fois sur trois, c’est donc un problème, il faut faire les visios à un autre moment. De 9 à 11 j’étais en cours, les gosses envoient des messages. Il va falloir que je pense, ce n’est pas le temps que ça prend, à passer mon statut à « occupé je suis en cours ». À 11 heures, j’avais la possibilité de faire une visio mais cette fois-ci c’est un autre problème que je dois soumettre. Comme je l’ai noté plus haut, il faut un temps d’installation pour faire une visio, se déplacer dans une salle de classe vide, donc non occupée par un collègue qui serait déjà en visio, allumer l’ordi et se poser. Il faut un planning des salles pour savoir qui se trouve à quel endroit, ce qui pour le moment n’est pas le cas. Dernier problème enfin, la connexion pourrave de l’établissement, trois profs connectés, ce matin je n’arrivais même plus à me connecter au serveur azure pour réinitialiser les mots de passe.

Du fait d’avoir des élèves absents, j’ai terminé à 14h35 pour être à 14h40 dans la voiture pour une visio prévue de chez moi à 15h30. En effet j’avais laissé du travail, j’attaque la résolution des équations avec mes troisièmes absents. C’est d’ailleurs assez intéressant, en fait c’est une complexité supplémentaire, deux de mes troisièmes sont ensemble, la dernière à la maison et inversion chaque semaine. Je vais donc dans une classe faire le cours à distance, et dans l’autre en présentiel. L’une des différences avec l’an dernier c’est tout de même d’avoir du matériel pédagogique, à savoir que j’ai ma chaîne Youtube, maths à l’arrache.

Vous noterez d’ailleurs un positionnement d’homme qui en a, quand les enseignants vivent dans le plus grand secret, moi j’ai des mamans qui m’envoient des messages pour me dire qu’après 26 ans, elles ont enfin compris les écritures scientifiques. Je trouve ça classe, savoir que parents et enfants assistent à mes cours, rien à cacher.

Néanmoins il apparaît que les vidéos ce n’est pas toujours suffisant. Dans la matinée, en cours forcément, je reçois des premiers appels au secours me demandant de positionner une visio. De l’autre côté, je me rends compte que quand je demande la page 26 de mon cours, j’ai des gamins qui me font la page 26 du bouquin qui correspond à des calculs de base de niveau cinquième sans aucun rapport. L’enfant ne trouve pas ça anormal, il s’exécute …

Après avoir roulé derrière les gars les plus lents de France, j’arrive à 15h20 chez moi, j’ai le temps de me poser et de lancer ma visio. Deux tiers des élèves sont présents, j’avais dit que la était facultative. Ici encore on admirera la puissance du troisième, parce que le collège reste toujours quelque chose d’à part. Bien évidemment les gosses ont la caméra coupée sauf un qui prend son goûter dans la cuisine. Je dois dire que même si c’est le gamin le plus fatigant du monde, il arrive toujours à me faire marrer. La visio c’est comme tout, faut du talent, personnellement je l’ai. Libreoffice de lancé, et nous voilà partis dans les explications. Les prises de paroles sont complexes, un larsen d’un côté, le retour de ma voix de l’autre, on finit par se dire que si on faisait la distribution des tablettes à tout le monde ça serait finalement pas si mal que ça, un matériel à usage pédagogique dans ce genre de circonstances, ça ne serait pas du luxe. L’explication est relativement rapide, je prends trente minutes, le reste est dédié aux questions individuelles. La visio a l’intérêt de régler les problèmes de discipline. Je finis à 16h30, je pars m’occuper de mon linge, des retardataires m’interpellent et je réponds, parce que je ne sais pas faire autrement même si ça va se calmer. Aux environs de 18 heures, je m’effondre, je n’ai enseigné que trois heures mais les élèves m’ont épuisé à distance ou en présentiel.

Dire que j’ai fait de la merde depuis mardi est un euphémisme mais force est de reconnaître qu’il fallait réagir dans l’urgence, et que globalement j’ai fait ce qu’il y avait à faire : filer les codes et vérifier qu’ils soient connectés à l’ensemble de mes élèves, filer un travail cohérent, faire une visio rassurante, être disponible pour montrer que ça marche

Maintenant voici ce qu’il va être nécessaire de mettre en place le plus rapidement possible. Désormais je crois qu’on peut dire que j’ai l’habitude, surtout l’habitude de ce qu’il ne faut pas faire.

Crois-tu innover les techniques de kata
L’école de Mars sur l’époque est avancée
Tire parti des gestes que tu calquas
Sur nos pensées, quand tu allais on revenait

La première des choses à faire est gérer le temps. C’est une des principales nouveautés, être à la maison et être en présentiel. Seulement comme signalé plus haut avec un emploi du temps pourri, il va falloir composer au mieux et trouver ses créneaux horaires. J’ai quelques pistes à suivre dans un premier temps :

L’idée c’est de ne pas se retrouver à se faire déborder et finir par faire des semaines de 70 heures. Il faut donc lutter contre sa nature mais aussi discipliner les élèves. Dorénavant je noterai mon statut comme injoignable de façon à éduquer les gosses. De la même manière, j’ai fait remonter poliment mes remarques sur les premiers rendus en disant que ceci était ou n’était pas acceptable. L’une des grosses différences et pas des moindres, c’est que notre alternance fait que les gosses savent qu’à la semaine suivante on se retrouve. En classe de seconde générale où j’évoquais mes difficultés de les faire travailler à la maison, ils sont au courant qu’à chacune de nos retrouvailles on fera interro. En classe de troisième j’opterai certainement pour un modèle presque similaire. En EGT, je sais que les enfants « feront » le travail, ou plutôt donneront le travail, évaluer sur les exercices donnés sur la semaine, c’est les forcer à creuser, apprendre par cœur les corrections qu’ils ont pompé sur le net, s’investir un peu. En troisième je mettrai des évaluations bidons de façon à motiver ce qui suivent gentiment à distance.

Une organisation parfaite est indispensable. Tout ce que je viens d’écrire ne s’improvise pas, et c’est ici qu’il faut encore être efficace pour ne pas perdre de temps. L’an dernier j’avais trouvé une astuce assez intéressante, me servir des travaux d’élèves pour faire les corrections. L’avantage bien sûr, c’est le gain de temps par rapport à la frappe, notamment en mathématiques. L’autre avantage c’est de valoriser les élèves, de montrer les erreurs, etc … Il est important de demander du travail de façon quotidienne, des petites quantités pour avoir des objectifs qui sont réalisables. Le fait que nous soyons un coup sur deux permet en plus d’ajuster et de rectifier. Il apparaît par exemple que je n’ai pas expliqué comment fusionner des photos pour avoir un PDF unique, il va falloir que je m’en occupe, cela fait partie des points à travailler avec les élèves.

Arrêter de culpabiliser à tous les niveaux. Dans le premier confinement, on culpabilisait pour tout. On culpabilisait de pas en faire assez, on culpabilisait si on donnait trop de travail, on culpabilisait si on voyait des élèves qui avaient abandonné. Mon job est fait et plus que fait, je crois que sur la classe de troisième qui vient de partir je suis le seul / premier à avoir fait une visio, avoir demandé du travail relevé, etc … Je suis, je serais, comme souvent, irréprochable. Alors qu’à une époque j’aurais pris mon téléphone pour demander des comptes, que j’aurais bataillé, que j’en aurais eu les tripes retournées de voir des non rendus, je vais me contenter de pointer et de signaler à mon CPE qui fera le job. Je vais prendre mon temps pour jouer à la play, et ne pas culpabiliser parce que je vis normalement.

Nous voici donc repartis dans une nouvelle expérience, en espérant éviter le confinement complet. On peut s’interroger sur la pertinence de l’exercice à long terme, en espérant que cela n’aura été qu’une période de notre vie. La visio reste de l’éducation, certes, mais de l’éducation dégradée. On se dit que si on fait tout pour envoyer les enfants à l’école c’est bien sûr pour faire travailler les parents, mais on pourrait imaginer au niveau des collèges notamment de laisser les 4/3 à la maison au profit des 6/5. En effet à 13 – 14 ans, on peut imaginer qu’on a la capacité à faire tourner un micro-onde et suivre des cours en ligne. On a quand même dû se rendre compte que la génération COVID comme d’autres ont été la génération grand bleu, va poser quand même pas mal de problèmes, je ne vais pas vous refaire la tripotée des articles du blog.

Nous nous quittons bien sûr sur quand tu allais on revenait d’I AM expliquant à la nouvelle génération que les vieux rappeurs ont fait souvent le chemin, je crois que c’est ici un peu mon cas, je retourne sur les chemins du distanciel bien plus armé et expérimenté que la première fois.