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Le Blog de Cyrille BORNE

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Une histoire de service public

mardi 13 octobre 2015 à 08:00

En juin 2013 et juin 2014 je suis allé corriger le diplôme national du brevet des collèges. L'épisode de 2014 reste un souvenir mémorable, j'ai corrigé la série générale ce qui est une hérésie étant donné que j'enseigne en professionnel donc avec un niveau d'exigence complètement différent. Ils étaient à court d'enseignants, ils ont donc fait appel à qui était disponible ou surtout qui répondrait à l'appel. Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, les enseignants du privé sont toujours présents ou presque pour remplir la mission de service public, à savoir la correction des examens. Corriger le brevet général c'est tout sauf du rêve, il faut faire la moyenne de chaque exercice de façon individuelle pour faire la saisie informatisée, ça prend un temps de folie, plus que le BAC en fait pour une obole symbolique, ça doit être de l'ordre de 30 € brut, si bien qu'il ne faut pas s'étonner de voir des gens se faire porter pâles en masse pour la correction de ces épreuves.

Durant l'année 2015 voyant que je n'avais pas été grassement rémunéré pour les deux années précédentes, 50 € brut une somme quand même, j'ai contacté le rectorat pour savoir pourquoi ça ne se faisait pas. A partir de ce moment là on rencontre les sempiternelles problématiques du fait d'être de l'agricole et de devoir côtoyer l'éducation nationale pour ces grands moments que sont l'orientation, ou le DNB, vous découvrez un monde beaucoup plus vaste que vos quelques interlocuteurs qui vous reconnaissent même au téléphone quand vous les appelez. Un monde plus vaste inconnu, mais inconnu dans les deux sens, les gens découvrent alors que l'enseignement agricole existe et qu'il a tendance à surtout fonctionner à la poignée de main, qu'on ne comprend rien à la paperasse et qu'on n'a pas envie de comprendre. Je tombe sur un interlocutrice que j'appelle pendant plus de six mois, ça se termine ... ça se termine en fait quand au mois de juin alors que ce n'est toujours pas réglé, je lui dis que ça se passera très mal si je reçois une convocation pour aller à l'examen. On se plaint que les enseignants ne jouent pas le jeu des corrections, mais ça ne pose pas de problème de ne pas les payer pendant deux ans. Je n'ai pas été convoqué cette année et avec le changement d'établissement, la course traditionnelle, cela m'est sorti complètement de la tête.

Je reçois un mail hier d'une nouvelle interlocutrice qui commence son mail par Bonjour Madame Borne et qui me réclame de remonter pour la énième fois mon dossier en me redemandant des pièces déjà données, cela doit être la troisième fois. J'ai pris mon téléphone et je l'ai agressée, je n'aurai pas dû, une voix jeune, on a dû lui filer les dossiers pourris. Je viens donc de m'exécuter une fois de plus ce matin pour envoyer à nouveau mon dossier complet.

On ne fait pas ce métier pour l'argent et l'examen encore moins. La correction des examens c'est la plaie, et chez nous c'est encore pire notamment pour le BAC où on part parfois corriger à 400 km de chez soi quand dans l'EN ils vont chercher leurs copies au centre et peuvent corriger à la terrasse des cafés ou tranquillement devant leur télé, nous on se retrouve à corriger dans la canicule, dans l'inconfort d'un lycée. Bon en même temps, c'est vécu comme une grande réunion de famille, c'est le côté sympa de se retrouver chaque année dans les endroits les plus loufoques, mais je m'éloigne. Chaque année nous allons aux examens la tête haute car les copies que nous corrigeons, ce sont les copies de gosses comme les notres, nos élèves. On vit avec eux pendant des années, on les engueule, on les traîne vers la réussite et on espère que les collègues auront la correction bienveillante pour que ces gosses, nos gosses, y arrivent. Cela fait plus de 10 ans que je corrige le BAC de Clermont Ferrant à Rivesaltes en passant par Romans sur Isère, il n'y a quasiment jamais d'absents chez les enseignants car il ne s'agit pas d'une histoire d'argent, ni même de service mais de devoir pour les élèves.

Le recrutement des enseignants devient de plus en difficile, pas bien compliqué à comprendre. Des enfants pas simples, un BAC +5 pour enseigner quand à BAC +5 on peut envisager de faire autre chose de sa vie, des réformes à répétition et cette petite dose administrative qui parfois sent bon le mépris même si ce n'est pas intentionnel dans ce monde du tout informatique où tout devrait rouler sans aucun problème.

Pourquoi Windows 10 devrait relancer le marché du PC ?

lundi 12 octobre 2015 à 22:00

C'est une nouvelle qui est balancée en boucle dans tous les journaux informatiques, y compris par ceux qui aimeraient vivre de leur art, en se démarquant des autres et en écrivant à priori une nouvelle intéressante et un peu réfléchie. Windows 10 ne relance pas les ventes de PC ... Windows 10 ne relance pas les ventes de PC. Analysons quelques secondes :

Ce que je synthétiserai par : il faudrait être bien bête pour changer de matériel pour profiter d'un nouveau logiciel parfaitement compatible avec le matériel actuel qui nous est offert gratuitement, ça n'a aucun sens.

On prévoit un décalage de cet effet Windows 10, comme si un système d'exploitation pouvait changer le monde aujourd'hui quand le système est gratuit et que seule la finalité compte c'est à dire l'applicatif, en 2016, peut être après, c'est ridicule. Si demain on observe une croissance anormale du parc informatique c'est que soit on aura réellement créé une innovation technologique pour inciter le public à changer de machine comme on peut le voir actuellement avec les hausses de vente des SSD qui sont un vrai bonus technologique, soit les gens auront un besoin de PC c'est à dire que les tablettes, et autres smartphones que nous décrivons comme des appareils de consommation et pas de production ne seront plus suffisants pour leurs besoins.

C'est pas forcément gagné, souvenez vous de ce qu'on avait vu il y a quelques années au niveau d'Ubuntu, la possibilité de transformer son téléphone portable en ordinateur en le mettant dans un dock, c'est certainement d'ici que provient la principale menace de l'écosystème PC, quand on embarquera réellement dans sa poche la totalité de ses données et qu'on pourra les exploiter comme on le fait avec un ordinateur aujourd'hui.

Tout ceci nous amène évidemment à la place de Linux, aujourd'hui les machines sous XP, demain les machines sous Vista, sans forcément tomber dans Linux c'est pour les pauvres ou pour les vieilles machines pourries, Linux doit pouvoir se choisir par volonté comme nous (les barbus) le faisons quelle que soit la puissance de la machine mais doit pouvoir aussi se choisir comme seule alternative quand le géant propriétaire vous a abandonné avec pour seule solution le rachat ce coup-ci d'une nouvelle machine quand la votre fonctionne très bien.

Nexinpact qui présente ses évolutions fièrement se contente ici comme les autres de fournir un mauvais article sans réflexion, sans perspective, sans véritable état des lieux comme la grande victoire de Microsoft. Microsoft qui sur 110 millions de PC vient de réussir à faire débarquer la création de compte comme le fait Google, son market, son environnement qui est le même que celui des téléphones, la récupération des données et j'en passe. Les perdants sont seulement les constructeurs qui depuis des années se contentent de sortir des modèles similaires les uns aux autres, sans innovation, sans changement, sans réussir à créer le besoin chez le consommateur qui est pleinement satisfait de son appareil.

Voilà l'article que j'aurai aimé lire, pas de bol j'ai dû l'écrire moi-même pour me sentir servi.

Astuce : monter un répertoire SSH dans thunar

dimanche 11 octobre 2015 à 20:50

L'idée c'est de pouvoir utiliser le logiciel freefilesync qui est peut être le seul logiciel de synchronisation accessible qui tient encore la route sous Linux, facile et accessible. Ce qui est intéressant chez freefilesync outre la facilité d'utilisation, le fait qu'il soit régulièrement mis à jour c'est la possibilité de choisir le mode de synchronisation. Pour ma part je prends le miroir, ça m'évite les catastrophes et ça me permet de faire un backup sur un serveur distant ssh.

Le problème de freefilesync c'est qu'il ne gère pas les répertoires distants, si bien qu'il faut trouver une astuce pour monter un répertoire distant dans thunar, qui est bien connu pour être une grosse daube d'explorateur de fichiers. Il est possible de tricher en utilisant le paquet sshfs

on fait donc la formule magique : sshfs user@le_serveur_distant /home/cyrille/sync parce que dans mon exemple c'est /home/cyrille/sync et hop cascade, on a le résultat suivant :

A partir de ce moment, le répertoire est considéré comme local et freefilesync est capable de se débrouiller avec, c'est beau on dirait du veau, bravo le veau.

Pas facile

dimanche 11 octobre 2015 à 08:00

Je regardais la campagne degooglisons épisode 2 de Framasoft et c'est vrai que c'est pas facile. C'est pas facile parce qu'on est emmêlé dans nos contradictions, nos paradoxes, nos attitudes. Prenons par exemple, si c'est gratuit c'est vous le produit, une formule que j'ai employée cent fois pour expliquer qu'il fallait bien que les GAFA gagnent leur vie, comment expliquer que les logiciels libres c'est gratuit et pourtant c'est pas vous le produit. Gratuit, là encore, c'est faux, on ne demande pas de contrepartie mais on sait pertinemment qu'il faut un modèle économique derrière. Si par exemple des gens comme Owncloud ou Wordpress sont des affaires qui roulent, le modèle économique de Libreoffice par exemple m'est totalement inconnu, le modèle de Framasoft quant à lui est basé sur le don. Par conséquent quand c'est gratuit c'est pas toujours vous le produit, le libre c'est gratuit, mais en fait non ce n'est pas gratuit parce qu'il faut rétribuer d'une certaine façon et si on le fait pas ça peut disparaître. Comment expliquer ça au simple quidam ?

Et d'ailleurs si on emploie sans aucun complexe la phrase si c'est gratuit c'est vous le produit, c'est que dans notre esprit de libriste, la distinction entre les GAFA qui utilisent les données personnelles et le logiciel libre qui se veut un logiciel de valeur est parfaitement limpide, ce qui montre que notre communication est totalement moisie et qu'elle ne se dirige en fait vers qu'une seule personne, soi-même, le fameux entre-soi.

Si on continue toujours avec framasoft, le site se défend de vouloir centraliser en multipliant des services et pourtant il centralise quand même. De la même manière le site ne veut pas devenir prestataire de service, chacun est libre de faire ce qu'il veut mais c'est une erreur. C'est une erreur car ce serait une manne financière conséquente et équitable, c'est une erreur car tout le monde n'a pas les moyens de se lancer dans l'auto-hébergement financièrement et d'un point de vue intellectuel (allez voir certains tutoriaux d'installation), c'est une erreur car un autre le fera tôt ou tard et il aura raison de le faire, proposer un ensemble de services libres et d'afficher une belle image. Donc on propose d'héberger, pour montrer, en espérant que les gens vont faire le chemin de l'autohébergement. Malheureusement ça ne fonctionnera pas ou de façon minime, combien seront-ils à monter leur pod diaspora, leur instance de owncloud ? Et surtout pourquoi le feraient-ils à partir du moment où le service n'est pas limité dans le temps. Je crois que si on voulait aller jusqu'au bout, être cohérent, il faudrait proposer le service de façon très limitée et dans la quantité et dans le temps, genre virer quelqu'un au bout de 3 mois de services, si ça lui a vraiment plu, il se donnera les moyens de monter son propre autohébergement, sinon tant pis c'est que ce n'était pas pour lui. On peut épiloguer d'ailleurs ici pendant des heures sur les choix, les mauvais, les bons, la ferme de pluxml par exemple où il suffit simplement de décompresser une archive dans un ftp pour avoir un blog ...

Je suis vache. Je ne fais rien, ils font quelque chose, je devrais m'autocensurer, je ne le ferai pas. Pas par un plaisir vicieux de ne pas être constructif, de conserver l'image de bad tonton du libre, pas pour faire du buzz, mais tout simplement pour continuer de jouir de ce qui nous reste sur internet, le droit d'expression.

Droit d'expression qui malheureusement dans le domaine du libre n'a pas forcément droit de citer justement, j'évoquais les échanges entre les shaarlieurs, j'écrivais je ne sais plus à qui, que si on voulait se mettre sur la gueule, il y avait diaspora, la boutade n'est pas si loin de la réalité. Je vous renvoie vers Didier qui s'interroge sur la direction que doit prendre diaspora* en rappelant que c'est le repère des barbus, des libristes, des gens entre-eux.

Chimène Badi cette grande philosophe disait : Entre nous C'est le fort, la raison et le tort C'est l'envie qui nous mord dans le cou et je crois qu'elle résume parfaitement dans sa chanson ce que traverse le libre. Framasoft ne veut pas entrer dans le capital c'est son droit le plus juste, chacun est encore libre de faire ce qu'il veut, j'aurai du mal à ce que quelqu'un me dicte ma ligne de conduite qui n'existe pas. Et pourtant, même si pour la deuxième année consécutive Framasoft réalise une excellente campagne de promotion pour son association, loin de la mendicité mais ancrée dans l'action, on sent toujours derrière une précarité qui pourrait se transformer en force si l'association se mettait à gagner de l'argent sur le service qu'elle propose.

La relation qu'on a en France au libre et à l'argent, à l'argent tout court n'est pas simple, la population libriste n'est pas simple, la communication pour expliquer le libre n'est pas simple, rien n'est simple dans le libre francophone. Et je crois d'ailleurs que c'est certainement là le coeur du problème, à force de ne rester qu'entre nous, qu'entre vous, puisque je suis dans la contrée éloignée du tout seul avec moi même, le libre français va finir par en crever.

Ne pouvant vous proposer rien de mieux, je vous invite à aller du côté de gens qui proposent quelque chose et de participer à la campagne degooglisons de framasoft.

Décider

samedi 10 octobre 2015 à 14:30

Ce weekend pendant que je suis en train de faire apprendre à ma fille "what day is it today ?" et qu'elle me sort en pleurant "what day it is today ?" en m'affirmant qu'elle a raison et que de l'autre côté mon fils se voit contraint d'imaginer la suite des aventures de Michel Strogoff que je n'aiderai pas en lui faisant rédiger une fin heureuse où Michel Strogoff devient tavernier avec son ami Depardieu et monte un bistrot du nom de Poutine. Parallèlement à ça j'ai pris le taureau par les cornes comme tout bon Nîmois qui se respecte et embarqué une dizaine d'ordinateurs portables.

Souvenez vous, dans le monde merveilleux de Cyrille BORNE, on faisait installer à chaque prof sur un nouvel ordinateur Windows 10 une instance de sa licence dont il était propriétaire, sur sa session TSE une instance de sa licence dont il était propriétaire, tout comme sur son ordinateur personnel une licence dont il est encore propriétaire, sauf que maintenant il n'est plus propriétaire. Depuis que Microsoft nous a coupé dans notre élan, j'ai sous la main des ordinateurs portables qui n'ont pas été distribués et qui n'ont rien dessus.

Il faut décider. On va se retrouver un beau matin avec des licences coupées et créer une vague de panique chez des enseignants qui ne pourront pas modifier leurs documents, ou pas. J'ai exprimé dans les précédents commentaires que la véritable urgence c'était de ne se retrouver avec aucun enseignant sur le carreau et que chacun puisse continuer à travailler à sa façon. Cela fait maintenant six semaines que je suis au lycée et j'ai encore de la peine à savoir qui est qui, donc imaginez le qui travaille comment. Dans l'équipe, nous sommes au moins 6 atypiques, Mac, tablette, Linux, j'en ai vu d'autres qui n'utilisaient que Libreoffice, d'autres m'ont dit qu'ils pouvaient être capables d'utiliser l'un ou l'autre indifférement, d'autres enfin j'en ai la certitude, ne savent pas le traitement de texte qu'ils utilisent. Ca me rappelle une anecdote, il y a quelques années je ne sais plus qui m'avait raconté qu'il remplaçait les icônes openoffice en mettant word en dessous et que les gens ne se rendaient compte de rien. Il y a donc un nombre de personnes que je ne connais pas, qu'il faudra déterminer le cas échéant qui ne sont qu'utilisateurs des produits Microsoft. Si notre fameuse licence 2007 passe, pas de problème, c'est réglé. Si ça ne passe pas, il faudra recenser ceux qui ne jurent que par Microsoft et payer quelques licences.

On n'est pas au top au niveau de l'homogénéité mais ça m'ouvre les portes pour expliquer comment fonctionne Libreoffice car c'est un véritable enjeu. Il faut faire comprendre qu'avec la totalité des gamins travaillant sur Libreoffice, il faut produire de l'odt car c'est comme si on parlait grec ancien et qu'on imposait à tout le monde de se coller au grec ancien pour se faire comprendre alors que c'est à soi de s'adapter. Il va falloir que je ressorte la pétition sur l'interopérabilité. Je viens tout simplement de gagner du temps pour pouvoir faire passer le message, mon message, à savoir qu'il n'est pas nécessaire de payer un bras pour travailler correctement.

Ce n'est donc pas la solution idéale, néanmoins c'est une bonne solution de transition. On va payer des licences pour toute la partie secrétariat car qu'on le veuille ou non dans le monde professionnel, les outils Microsoft sont très utilisés et on ne peut pas se permettre de pas en être. A terme on finira par ne proposer certainement plus que du libreoffice, les gens voulant du Microsoft dernier cri peuvent très bien mettre la main à la poche pour se payer l'outil.

Décider en informatique, c'est difficile. On avait pris une décision à base de Microsoft qui paraissait être la bonne dans notre contexte, malheureusement un coup de canif dans le contrat, la solution n'est plus la bonne. Miser sur Libreoffice, pourquoi pas, et pourtant regardez à l'époque la catastrophe openoffice, où les gens ne comprennent toujours pas qui ce qu'il faut prendre. Que deviendra la suite libre dans quelques années, personne ne le sait, seulement il faut bien décider.

Il y a des décisions plus faciles à prendre que d'autres, le grand nettoyage en fait partie, j'ai terminé la v1 de ma salle des serveurs qui est propre. Si tout est aussi simple qu'un coup de balais.