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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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La fin de leur monde et du nôtre en passant

samedi 7 mars 2020 à 16:49

Je crois qu’on peut dire qu’on y est, la France a peur, la France a le coronavirus. J’allais faire mes courses dans la semaine, c’était la ruée sur les gels hydroalcooliques, enfin, cela avait été la ruée, puisqu’il n’y en avait plus. Beaucoup de personnes âgées qui faisaient le plein, les sucre, les œufs et la farine pour respecter la tradition. Un redditeur écrivait qu’en France nous savions préparer la fin du monde avec classe, en mangeant des quatre-quarts.

Je trouve cette période réellement catastrophique, honteuse, très significative, et je comprends d’autant plus les survivalistes dont le mouvement va certainement rencontrer un grand succès. La spéculation sur le gel sur Amazon

ou ces gens qui volent des masques, le racisme contre les Asiatiques. On pourrait penser qu’on marche sur la tête, au contraire, on a ça dans le sang, elle n’est pas si loin la France des collabos. Je comprends aujourd’hui que des gens achètent des armes pour défendre leur potager quand demain les réserves alimentaires ne seront plus et qu’il faudra se contenter des récoltes. Les sites internet qui profitent de l’opportunité pour proposer des recettes de fabrication de gel, les journalistes qui jouent la surenchère du on va tous mourir, ils sont peu à jouer la carte de la rationalité et du bon sens.

À l’école, on ne peut pas réellement parler de psychose, mais je vois des comportements étranges. Mes élèves de seconde, les filles, les garçons étant très constants dans le pipi caca prout, doigts dans le nez, faut se laver les mains ? Pour de vrai ? se mettaient du gel toutes les quinze minutes. J’ai dit qu’elles devraient faire attention en sortant du gel, elles pourraient créer une émeute ou se faire agresser pour avoir du précieux. La rationalité n’est pas au rendez-vous quand il faut accepter la fatalité. Nous sommes un établissement de 400 élèves avec environ 70 personnes, entre les salariés, les profs, la cantine et le reste. Les élèves viennent de tout le territoire, jusque dans les Corbières de l’Aude. Ils passent sept heures par jour ensemble, sont tributaires des transports, font du sport dans des clubs, voient des amis, leurs familles en font autant, leurs profs en font autant.

Imaginez ma situation. Je suis en contact avec 400 gosses, multiplié par le nombre de personnes qu’ils fréquentent, qu’il faudra multiplier encore par le nombre de personnes qu’elles fréquentent. Ma femme est dans une école primaire d’environ 200 gamins, ma fille au collège avec 700 gosses et mon fils dans un lycée de 2500 élèves. Vous vous doutez bien que je suis aux premières loges et que si je dois prendre une chtouille, je la prendrais, plus ou moins comme d’habitude. Nous passons ensemble, les élèves et nous, les différentes épidémies chaque année, c’est l’histoire de notre vie en collectivité. Par conséquent, et à mon sens, la seule façon d’enrayer l’épidémie c’est quand un bon nombre de personnes auront été en contact avec la maladie et plus ou moins immunisés. Je ne me fais pas de souci particulier, je m’en fais plus pour mes parents, la grand-mère de ma femme, mes beaux-parents, que pour mon épouse, mes gosses et mes élèves.

La moralité c’est que je trouve la situation nauséabonde, et qu’il faudrait presque faire le choix de ne pas s’informer pour ne pas tomber dans la psychose. C’est un peu le sujet de l’échange que nous avons dans le forum avec Arnaud, qui dit qu’il préfère mieux lire des publications scientifiques que de la merde. Je pense qu’il s’agit d’un juste compromis, j’aime regarder la pourriture en face, mais pas trop, on finirait par avoir de la merde dans les yeux. Vous pouvez relire cette phrase, elle est magnifique, c’est dans ces moments là où je me dis que je suis une forme de rappeur à ma façon, quelle punchline, quelle force dans le texte !

À propos de lecture de nouvelles, inoreader a changé son interface et changé son panneau contre les adblockers pour quelque chose d’un peu plus tendancieux

Il y a peu, on proposait un bouton plus tard, aujourd’hui tu mets à niveau. Il y a toujours moyen de moyenner. La façon la plus simple c’est bien sûr de rajouter le site en liste blanche ce que j’ai fait, l’autre façon serait de bloquer les éléments bloquants avec ce même bloqueur qu’on voudrait bloquer. Elle est bien celle-là aussi, c’est comme un reboot des serpents qui sifflent sur nos têtes. Je suis passé en liste blanche, la pub n’est pas intrusive, mais il s’agit toutefois de rappeler qu’un service propriétaire, reste un service propriétaire et que les règles du jeu peuvent changer à n’importe quel moment. Je referai une passe sur les agrégateurs en ligne auto-hébergeable, qui sont désormais réduits à une peau de chagrin.

Revenons à nos moutons, enfin à nos écoles. Dans la phase 3, il est prévu une fermeture potentielle des écoles, comme c’est les cas actuellement en Italie. Dans les très nombreuses directives que nous recevons, il apparaît qu’il faut assurer une continuité des cours. Jean-Michel notre ministre, enfin le ministre de mes copains, est confiant, Jean-Michel a dit que la France était prête. Prête à quoi ? Prête à assurer un enseignement à distance, par les enseignants eux-mêmes.

Une partie de mes collègues n’a pas l’intégralité de ses cours informatisés. C’est toujours ici que j’apprécie la différence entre la réalité et ce qu’on voudrait qui soit la réalité. La réalité dans la tête des énarques, ce sont des enseignants qui maîtrisent à la perfection l’ensemble des nouvelles technologies, des enseignants qui travaillent H24 pour avoir des cours optimaux et révolutionnaires. La réalité est donc très différente. Pour ceux qui ont leurs cours informatisés, tous ne sont pas capables de les communiquer. Il faut dire que nous n’avons pas non plus la plateforme adéquate, nous n’avons pas fait non plus de réflexion d’équipe ou même de réflexion globale dans les établissements agricoles, donc encore moins d’essai en grandeur nature. Les pompiers, la police, de nombreux services font des tests : incendie, simulation d’attentat, catastrophe naturelle et j’en passe. Les seuls tests que nous faisons, sont les alertes incendies ou confinement, quelle expérimentation sur le territoire a été réalisée où on imaginerait les écoles fermées et un enseignement à distance ? À ma connaissance, aucun.

De mon côté ce n’est donc pas brillant, on peut s’interroger aussi du côté des élèves. Si demain on annonce que les écoles sont fermées, avec mon public d’élèves je peux vous donner dans l’ordre ou dans le désordre les quelques réalités auxquelles nous serons confrontés :

La réflexion que je faisais à mes élèves de seconde qui ont l’habitude de me solliciter à distance c’était de leur dire que s’il y avait bien quelqu’un qui leur calerait une visio dans la semaine en caleçon et en chaussettes claquettes depuis son ordinateur ou son téléphone ce serait bien moi. À part pour le caleçon, tout le monde savait qu’il ne s’agissait absolument pas d’une plaisanterie et que je trouverais le moyen de faire un cours en direct. Venir travailler en alerte rouge a rajouté encore un peu plus à ma légende. Il est évident que je n’ai absolument pas réfléchi à comment faire, et que je n’y réfléchirais que si cela venait à se produire ce qui ne se produira certainement pas. On évoquait l’arrivée de cette phase trois sans fermeture des écoles de façon nationale, je pense qu’on préfère mieux éviter un bordel généralisé avec la plus grande crainte des parents, se retrouver coincé pendant deux semaines avec des ados vautrés dans un lit ou dans un canapé.

Oui. Un métier décrié, on nous traite comme de la merde, mais finalement on est bien content de savoir que nous faisons garderie au quotidien.

Nous nous quittons forcément sur la chanson la fin de leur monde, du groupe I AM.

Polaroïd experience

mercredi 4 mars 2020 à 17:38

La relation qu’a ma femme avec la technologie est assez difficile à définir, parce qu’il faudrait déjà définir ce que représente la technologie pour elle. Une charrue c’est une technologie, une chromecast, une machine venue d’une autre planète. Plutôt que de tourner autour du pot, je vais vous montrer sa dernière acquisition …

Vous noterez qu’elle fait l’effort de se prêter au jeu de la pose anonyme, vous ne trouverez pas de photos d’elle sur le net ni dans les réseaux sociaux qu’elle n’a pas, internet étant un outil du mal sauf pour acheter.

Il s’agit d’un instax wide 300 un appareil qui développe les photos de façon instantanée. Je vais d’abord en dire ce que j’en pense parce que ça me rend malade de savoir qu’on a payé 100 balles pour ça, 20 balles de housse, et 16 balles pour avoir 20 photos ce qui nous donne un rapport de 80 centimes par photo pour une qualité de merde que je mettrai plus loin.

Je pense que c’est Fujifilm qui a relancé la machine ou Polaroïd, je ne sais pas trop, surfant sur deux tendances fortes : l’instantanéité de nos sociétés, la nostalgie de ma génération qui a connu les modèles de Polaroïd originaux. À y réfléchir, quand on voit la qualité pourrie, on se dit que finalement investir dans un original ça passe. Alors effectivement ma femme est clairement le cœur de cible. C’est une femme de 44 ans, on se doute bien que la patience c’est mort depuis 44 ans environ, on est dans le tout, tout de suite. Rajoutons à cela qu’il y avait un Polaroïd chez elle quand elle était gamine, et quand je dis qu’on y est, on y est vraiment.

Bien évidemment il s’agit d’une hérésie pour moi et pour de très multiples raisons :

Nous savons, bons pères de famille, que la femme a réponse à tout et aura le dernier mot quoi qu’il arrive. Dans les critiques régulières : je n’imprime pas les photos, la qualité des photos est dégueulasse. C’est la justice et la justesse féminine, lorsque la photo vient de ton téléphone portable et qu’elle n’est pas effectivement de la même qualité qu’un appareil photo professionnel, c’est pas bien, le carré minuscule dégueulasse où on dirait que ton mari est un fantôme, c’est bien ! En ce qui concerne l’impression bien sûr, c’est à moi de prendre les photos, vider les photos, les envoyer sur le site de photos qui va bien. Elle accepte toutefois de les ranger dans l’album.

Nous sommes dans la phase découverte en ce moment, redécouverte puisqu’elle connaissait le principe, et donc elle photographie n’importe quoi ce qui finira à la fin du mois par coûter un SMIC. Néanmoins ma femme n’est pas n’importe quelle femme, déjà c’est la mienne ce qui laisse quand même supposer du level pour me supporter depuis 26 ans, mais c’est aussi une instit. Je me doute donc qu’elle va photographier des activités pédagogiques en direct pour avoir du support papier. Elle a pu avoir une autre utilisation, elle était chez sa grand-mère qui a 85 ans, elle a fait une photo directement avec les petits enfants et toutes les personnes qui traînaient là-bas. Mamie était bien évidemment ravie. Je sais toutefois que nous aurons encore la charge avec mon fils et son Xiaomi blasphématoire à 250 balles de réaliser les photos de vacances.

Pour ma part, l’appareil est totalement inutile, mais je peux concevoir qu’il rencontre un certain public atteint d’illectronisme. Il est à noter que la majorité des appareils sont au format mini ce qui fait des photos de la taille d’une carte de crédit.

Avec les années, le papier a de moins en moins de sens pour moi. Je fais des photos, je ne regarde pas en arrière, ma fille peut par contre passer des heures à regarder les vieilles photos, je continue de faire des photos. Pour ma part, c’est plus le moment, le souvenir qui a du sens, ce qui se passe dans ma tête. Avec le blog, les réseaux sociaux, j’ai fait rentrer en compte, la notion d’éphémère, j’avais finalement un temps d’avance sur les stories. La photo est donc devenue jetable, une simple illustration éventuellement d’un moment à partager, ce qui va me permettre de vous parler un peu de mon retour d’expérience sur Instagram. Avant de démarrer, et d’un point de vue purement technique, j’ai retiré instagramport pour me contenter de faire un SHIFT+CTRL+M dans Firefox ce qui me donne un onglet à la taille qui va bien et me rajouter des fonctionnalités comme poster une image ou utiliser la messagerie.

Dans mon dernier pavé, j’écrivais qu’il était hors de question que j’aille m’avilir pour essayer de grappiller quelques lecteurs, j’aimerais revenir sur ce point et évoquer ma stratégie réseau social :

Il y a quelque temps j’avais écrit que Facebook n’était pas mort, j’ai un peu tendance à penser le contraire aujourd’hui et c’est finalement Twitter qui pourrait en profiter. Pas par sens de l’effort parce que Twitter, l’effort et l’originalité c’est pas vraiment ça. Je continue d’utiliser le client caprine ce qui m’évite de me connecter à Facebook pour l’utilisation de Messenger où j’ai encore de nombreux contacts, mes élèves nés avant les années 2000. Il y a dans mon positionnement, un peu de la mort du réseau mais aussi une volonté personnelle. Les informations qui sont partagées ne m’intéressent pas ou peu, et j’essaie de les retrouver sur les sites officiels. La difficulté comme je l’ai dit, c’est dans les événements locaux comme les inondations, la grève, ce genre de choses. La préfecture de l’Aude pour ne citer qu’elle ne communique que par le biais de Facebook ou de Twitter, d’où mon idée que Twitter pourrait en profiter. Néanmoins, tant que Facebook sera attractif pour son market et pour ses événements, alors je resterai sur Facebook. J’écrivais par contre que leboncoin était mort et cela va me faire revenir dessus aussi. Facebook, l’idée, c’était la centralisation à outrance, ça le reste puisque dernièrement le réseau social a rajouté la possibilité de rencontrer des gens pour se mettre en ménage façon Meetic. Je crois en un retour au thème plus précis, moins général. Concrètement, il y a certainement un réseau social de l’événement qui a sa place, tout comme un réseau social de proximité. Finalement, la chance de chacun de ces réseaux, c’est de se dire que les gens vont moins sur Facebook donc ils vont moins utiliser les services que propose Facebook, il y aura donc des places à prendre. Ce qui me gêne c’est le fait que cela entraîne une multiplication des comptes et avec elle des risques pour la sécurité. Tout dépend bien sûr de ce qu’on partage.

Partager sur Facebook mon contenu n’aurait aucun intérêt pour moi. Je pourrais éventuellement relayer de façon automatique mes contenus dans une page fan mais cela reviendrait à être lu par des gens qui me lisent déjà. Miser sur un réseau social en perte de vitesse n’a aucun intérêt.

Si on suit mon raisonnement, l’idée serait certainement de s’orienter vers les sites francophones spécialisés, mais aussi les réseaux sociaux spécialisés où il me suffirait d’insulter quelques libristes, me prendre la tête avec des gens pour booster mon trafic. Pour avoir fait de la provocation gratuite pendant des années, j’insiste bien sur la notion de gratuite dans le sens où je n’attendais pas de retombées, mais par simple plaisir de provoquer, c’est un système qui fonctionne. Le pendant, le revers de la médaille, c’est bien sûr votre image qui en prend un coup, notamment en termes de crédibilité.

Réseau libriste, je passe, c’est de l’entre-soi, réseau professionnel, je passe, je suis prof donc pas vraiment un professionnel comme les autres, Youtube, c’est de la vidéo, donc pas des gens qui cherchent de l’écrit. Snapchat est typiquement le réseau qui ne me sert à rien mais je comprends que les gosses y trouvent leur compte. Possibilité de former des groupes, ils montent des groupes classes pour échanger le boulot, les infos, ce genre de choses, échanges de contenus éphémères et possibilité d’avoir des oreilles de chats ou de dégueuler des arcs-en-ciel. Il reste donc le réseau Instagram, qui n’a absolument aucun rapport avec ce que je fais, je m’y investis pour d’autres raisons.

Une bonne partie de mes jeunes n’ont pas de compte messenger, ou n’y sont plus actifs, ils sont présents sur Snap, Instagram ou Whatsapp. L’idée du contact, ce n’est pas de bosser H24, d’être tout le temps joignable mais parfois ça dépanne. Une ancienne élève avait une question informatique, elle m’envoie un message, ça dépanne. Garder le contact a du sens, je pense notamment à nos élèves qui bossent dans les maisons de retraite ou ailleurs, quand on a besoin d’avoir quelqu’un qui veut expliquer son métier, c’est moi que ça dépanne. Instagram est aussi un réseau qui me permet d’expérimenter et de rester dans la course. N’allez pas croire que je veux faire dans le jeunisme, mais à l’instar de savoir de quoi on parle quand on évoque docker ou kubernetes, je veux savoir ce qu’est une story. Le réseau Instagram me permet d’utiliser une technologie pour « rester dans la course ».

Instagram est aussi une étonnante compréhension de notre monde et de voir qu’on fait un retour aux sources le plus cruel de notre société avec ce réseau où tout est artificiel, où vous n’apprendrez rien, où tout est accès sur le beau, la mode et la personne. Quand je lance les découvertes, voici que ce me propose le réseau :

Des jolies filles en boucle, rien d’autre, des paysages, quelques dessinateurs, tout est narcissique. On retrouve l’un des problèmes que j’évoquais, celui du fait qu’on n’échange plus rien, qu’on ne montre plus rien, et encore moins ce qui se passe chez le voisin. Comme l’expliquait Thierry Crouzet, à l’époque on faisait des billets blog largement rédigés pour commenter, pour exprimer ou tout simplement pour présenter le travail d’un confrère. Ici sur Instagram, on se contente de liker et ça s’arrête là. Comme je vous l’écrivais plus haut, c’est un réseau social dans lequel j’expérimente. J’ai fait quelques photos de la plage, un de mes privilèges, lever du soleil, coquillages, ce genre de truc. J’ai taggué avec soin, de façon à ce que cela puisse être repéré au niveau local et plus. J’ai Gruissan et Aude Tourisme qui se sont contentés de liker, des blogueurs tourisme avec plus de 70000 followers, mais ça s’arrête là.

Par le fait, pour sortir de l’ornière de l’anonymat, Instagram offre très peu de possibilités si ce n’est s’abonner à un maximum de comptes (j’en ai 19, c’est mal parti) pour essayer d’obtenir un maximum d’abonnés. Première stratégie qui s’avère payante. La seconde stratégie c’est d’envoyer du rêve et force est de constater qu’il vaut mieux être très bien fait de sa personne, avoir des gens qui savent prendre des photos en face et se balader en culotte pour se faire repérer.

Instagram est le réseau social du paraître, des sourires forcés, du néant intellectuel, où les plus beaux seront les premiers. C’est dans l’absolu un réseau social très dangereux où tout se joue sur le physique.

Je vous ferais bien une pirouette pour faire le lien entre la première partie où finalement les photos instantanées de ma femme dureront certainement plus longtemps que mon compte Instagram, que je maintiens tant que ça m’amuse, je ne la ferais pas. Ah, je viens de la faire. Ce qu’il me paraît plus intéressant de souligner c’est que se répandre dans les réseaux sociaux n’a pas de sens. Je regardais la jeune femme qui a liké mon lever de soleil, elle a un blog, et elle a raison d’avoir un blog. Instagram est le réseau social qu’il lui faut, c’est une logique. Elle commente ses voyages dans de longs textes illustrés, ses photos sont sur Instagram pour ceux qui ne sont intéressés que de la voir se promener en culotte. Qu’un professionnel de l’informatique se retrouve sur linkedin, c’est encore une cohérence, de la même manière que quelqu’un qui tient une association de seniors aura sa page Facebook.

Dès lors, pour les gens qui sont dans des niches, il faut participer aux groupes les plus importants de ces niches. Dans mon cas, ce serait sans ambiguïté les forums de profs, ou les forums de Linuxiens, ubuntu-fr principalement. La stratégie qui consiste à se positionner dans tous les réseaux sociaux c’est certainement fini, surtout quand on sait que les spécialistes évoquent une saturation. Cette division a seulement montré que les créatifs étaient moins productifs et qu’ils passaient plus de temps à passer d’un réseau à l’autre que de fabriquer leurs contenus.

La future disparition de Facebook qui je pense finira par disparaître va entraîner toutefois un problème qu’il est intéressant de considérer, que tout le monde ne voit pas, et dont je suis un bon observateur. Comme je l’ai écrit plus haut, la grande majorité des gens d’un certain âge, qui peut être 30 ans, n’est pas passée à Instagram. Des gens sont donc restés sur le chemin, en même pas dix ans. Et c’est ici qu’on montre la limite du système, qui marquera certainement un retour à une communication plus basique, plus simple, où l’on ne compte pas 5000 amis. Dans dix ans, il est fort probable que d’autres réseaux émergent et que les gens qui ont 20 ans et qui sont sur Instagram aujourd’hui, ne passent pas à la suite. De la même manière, si Facebook venait à fermer, est-ce que les gens suivront de façon instantanée sur Instagram ou un autre réseau sur lequel il faudrait tout recommencer ? La situation du professionnel qui se doit d’être partout pour toucher tous les publics risque de se retrouver au niveau des particuliers de façon similaire. Faudra-t-il être sur l’ensemble des réseaux pour rester en contact avec toutes les générations ? Je ne le pense pas. La moralité c’est que la segmentation finira par entraîner des comportements plus radicaux chez certains individus qui expliqueront que si on veut prendre de leurs nouvelles, il suffit de leur envoyer un mail, lire leur blog ou passer un simple coup de téléphone.

Nous nous quittons bien sûr sur Polaroïd experience, titre éponyme du cinquième album de Youssoupha. On retiendra : tu sais qu’être humble, c’est déjà croire en Dieu, nouvelle aventure, nique les rageux détracteurs. Je ne sais pas encore quel sera le contenu de notre next épisode, le quotidien me soufflera bien quelques idées à l’oreille.

J’apprends à perdre, mais pas trop

mardi 3 mars 2020 à 11:53

Les statistiques restent, et resteront une obsession pour toute personne qui produit du contenu. On essaie de se soigner, il y a toujours des rechutes. À une époque j’avais même poussé une tâche cron pour rafraîchir awstats toutes les heures, cette époque est révolue. Je peux passer plusieurs jours sans regarder les statistiques, je n’utilise pas d’autres outils que ceux qui me sont proposés par mon hébergeur, je trouve que c’est quelque part rationnel d’utiliser le même outil même s’il y a certainement de bonnes chances pour que tout soit biaisé. Je m’attache donc à monter descendre, plutôt que le chiffre en lui-même.

Après la période blog-libre, j’ai repris le cyrille-borne.com en 2016, l’année ne compte pas. En août 2017 j’ai arrêté pluxml pour un retour à WordPress que je ne regrette absolument pas, l’année ne compte pas vraiment non plus, maître du déréférencement inside. Je peux donc éventuellement me baser sur 2018 et 2019. 2018, 5.800.000 pages vues à l’année, 2019, 7.600.000 pages vues à l’année. Deux nombres pour faire une étude, monsieur est un prof de maths qui ose tout. On se rappellera surtout qu’à l’époque de blog-libre, les 10 millions de pages vues à l’année avaient été réalisées. Est-ce que ces chiffres ont réellement du sens ? Quelle part de bots, est-ce que la méthode de comptage de awstats a changé ? Est-ce que l’évolution des navigateurs permet de comparer ces chiffres, je ne le pense pas.

Finalement, la seule façon de savoir si on fonctionne ou non, c’est d’avoir quelque chose à vendre. Comme je n’ai rien à vendre, forcément, c’est pas évident. Quelqu’un qui a quelque chose à vendre et qui exprime la problématique de façon très intéressante c’est Thierry Crouzet dans son article : Auteurs : pas de salut hors des librairies.

De façon synthétique, l’auteur raconte un peu son histoire et avec elle l’histoire du web. Comment tout a dérapé, à savoir qu’entre les réseaux sociaux et les algorithmes de Google, on ne contrôle absolument rien ou presque. Morceaux choisis et analyse :

Les lecteurs sautaient de blog en blog, aidés par les blogueurs qui établissaient des listes de sites amis, qui aussi parlaient des textes des autres blogueurs, en une forme de correspondance ouverte et multinodale.

Thierry Crouzet

Dans le cas de la sphère libriste c’est marqué, même si je n’aime pas vraiment m’y associer, ce serait comme être un chanteur de la starac et renier le passé, ce qui n’est pas mon genre. La très grande majorité des blogueurs est passée à autre chose, le fameux backlink offert est devenu inexistant. Le pire c’est que j’ai la sensation que ceux qui font encore des articles, ne font même pas cet effort de mise en lumière vers les copains, la majorité des liens pointant vers eux-mêmes. Dans mes heures de joie, j’avais écrit que je n’aimais pas le journal du hacker et qu’il me le rendait bien, article aujourd’hui disparu dans les méandres de l’internet. Outre le fait que j’écrivais que je n’appréciais pas qu’on me mette dans un truc avec un système de vote où je n’ai pas demandé à y être, j’écrivais que ce type de site s’appuyait uniquement sur les contenus des blogs et que sans article plus d’agrégateur. Voici au moment où j’écris ces lignes, la page du jdh

Malheureusement ma remarque commence à prendre forme, si vous descendez, on arrive à des nouvelles qui datent de quatre jours. À une époque, les nouvelles de quatre jours, il fallait passer quelques pages pour les trouver. Je rajouterai aussi une remarque qui n’est pas une critique mais un constat, l’utilisation de l’outil par les auteurs du billet pour pousser leur propre billet de blog. Ce n’est pas une critique, c’est juste un fait, de la même manière qu’on pousserait son article dans les réseaux sociaux, on le pousse dans le jdh. Dans mes remarques désagréables à l’époque, encore plus pour un type qui a coupé les commentaires, j’écrivais justement qu’on déportait le débat. Sept commentaires pour de nombreux articles, c’est peu, il n’y a pas pour moi, de communauté du jdh.

Évoquons le cas du planet-libre, un moteur qui n’a pas été mis à jour depuis 7 ans, ce n’est pas le plus grave, sur les 379 blogs recensés, 19 ont publié pour l’année 2020, si je rajoute 2019 pour être joueur, on arrive à 48 sites. Cette opinion n’engage que moi, mais dans la vie il faut apprendre à réaliser qu’on a perdu, passer la main à ceux qui savent mieux faire. Du fait que le jdh remplit la fonction du planet-libre avec les auteurs qui poussent eux-mêmes leurs articles, autant libérer le ndd et le donner à Carl Chenet et ses camarades qui en feront quelque chose de mieux.

Je pense que ce n’est pas une parole stupide, et qu’elle vient de quelqu’un qui a une belle expérience à ce sujet. Pour ceux qui ont la joie de me lire depuis plus d’une décennie, vous savez que je ne suis pas le dernier à avoir des idées à la con. À l’époque avec Christophe Gallaire, je ne résiste pas à l’envie de vous linker cette vidéo, nous avions monté le planet-educalibre. Il s’agissait à l’époque de trouver le pendant dans l’éducation des initiatives autour du logiciel libre, ce qui n’a bien évidemment absolument pas fonctionné. Trois raisons évidentes : dans l’éducation tu partages peu. L’éducation gangrenée par les solutions propriétaires ne laisse pas vraiment de place au logiciel libre. Et la dernière, je pense que Christophe et moi sommes de mauvais commerciaux. On va retenir ça dans un coin pour plus loin dans le billet, Cyrille BORNE est un mauvais commercial qui ne sait pas se vendre et qui accessoirement préfère créer du contenu. Comme je ne suis pas totalement idiot et voyant que je n’en faisais rien, j’ai filé le bébé à Arnaud du blog Mathix. Je ne jette pas la pierre à Arnaud parce que je pense qu’avec ses vidéos, le travail conséquent qu’il fait pour son job, il n’a pas fait vivre le truc mais a laissé filer le domaine. Malheureusement, ça ne pardonne pas, il a été récupéré et vous avez la page suivante :

Ce n’est pas illégal, c’est juste cavalier et ça me fait bien mal au derrière, l’ensemble des hyperliens que vous voyez sur le site pointe principalement vers speechi un vendeur de TBI et d’autres solutions. Avec du recul, c’est l’expérience qui parle, je n’aurais jamais déposé le ndd pour qu’il profite aujourd’hui à une société qui elle sait parfaitement faire vivre le truc. Il faut d’ailleurs dans la liste des choses à faire, que je me renseigne pour une interdiction de réutilisation du ndd cyrille-borne.com à ma mort, aussi bien on réutilisera mon nom pour vendre de iphones.

La moralité c’est qu’un dépôt de nom de domaine n’est pas anodin, que lorsque c’est trop tard, il vaut mieux confier le bébé à des gens plus compétents que de se retrouver dans cette situation.

1100 mots de franchis, je n’ai pas écrit la moitié de cet article qui sera horriblement long. Nous reviendrons plus loin sur la notion d’hyperliens bien placés, retour à l’article de Thierry Crouzet.

Et pour cause, désormais, on va sur Google, on saisit une requête, on va sur la page trouvée (dans 80 % des cas, une page appartenant à Google — Map, YouTube, AdSense…). On veut une autre information, on retourne sur Google, au passage mangeant des tonnes de publicités plus que déguisées. Pour s’accaparer le trafic internet et maximiser ses revenus, Google a tué le surf, par la même les blogs, du moins les blogs interconnectés de proche en proche. Désormais pour être trouvé, il faut que nos articles soient choisis par Google (c’est plus facile en payant), sinon point de salut. Presque aucune chance qu’un vagabond n’y tombe dessus par hasard.

Thierry Crouzet

Je partage partiellement l’avis de Crouzet. Le référencement reste quand même quelque chose d’obscur, et si effectivement il y a de bonnes chances pour que plus tu payes, plus tu es gros, plus tu es vieux sur internet, mieux tu es référencé, pour les gens qui font de la technique le référencement a encore du sens. J’entends par là que si on fait une recherche Google sur Decsync, je sors dans les premiers liens, tout simplement parce que je dois être le seul en langue française ou pas loin à avoir proposé un article sur le logiciel de synchronisation. La moralité de l’histoire et j’ai envie de dire que c’est une vérité qui reste absolue y compris sur les réseaux sociaux, c’est qu’à un moment si tu veux te faire connaître, il est nécessaire de se démarquer. Il est évident que si je fais une recherche sur « changer son disque dur », on va retrouver la loi du plus fort. Il resterait donc aux petits, les marchés de niche. Accepter le marché de niche, c’est accepter une reconnaissance par ceux qui savent en espérant être un jour à la mode. Si un jour pour une raison qui nous échappe, les solutions Linux pour particulier sont propulsées au-devant de la scène (rires dans la salle), nous deviendrions connus jusqu’à ce que les plus gros s’emparent du business. Souvenez-vous du marché des EEE PC avec Linux au départ, lorsque les autres constructeurs ont pris le marché en main, on est revenu à Windows. Le phénomène est d’ailleurs assez palpable, les blogueurs qui survivent sont ceux qui se sont vendus, à part quelques exceptions comme Minimachines qui mérite notre respect inconditionnel pour la préservation de son indépendance. Pour Youtube, les gamins qui faisaient ça pour le plaisir il y a quelques années, sont désormais dans des écuries.

Continuons notre lecture, je vais en prendre un gros morceau :

J’en suis là de ma vie numérique. Le net d’avant existe toujours, rien techniquement ne l’empêche, sinon nos usages qui se sont recentralisés. C’est tout le problème. Dans un système médiatique centralisé, il faut émettre avec beaucoup de puissance, donc beaucoup de moyens, soit financiers, soit provocateurs. Je préfère donc court-circuiter le centre, diffuser depuis de multiples sources : mon blog, les librairies, les bibliothèques… Si j’étais resté purement numérique (blog, ebook, POD…), j’aurais étouffé.

Thierry Crouzet

Je ne veux décourager personne de tenter l’aventure de l’indépendance ou de la poursuivre … Maintenant que je dispose d’un réseau hybride, et que je l’accepte, je peux envisager avec plus de sérénité une activité en ligne et hors ligne, certains textes étant diffusés en direct, d’autres via les libraires quand des éditeurs jouent le jeu.

Thierry Crouzet

J’ai pris les deux paragraphes en même temps parce qu’il y a un peu de redite entre les deux. La phrase certainement la plus importante de son article, l’une d’entre elles, il est très bon c’est celle-ci : Le net d’avant existe toujours, rien techniquement ne l’empêche, sinon nos usages qui se sont recentralisés. Si aujourd’hui vous voulez faire un blog, partager vos expériences, ça n’a jamais été aussi simple, et cela ne demande aucune compétence technique et je n’évoque pas l’utilisation d’une plateforme comme medium. Le prix de l’indépendance c’est 72 € par an chez o2switch. Vous avez le cpanel qui vous permet d’installer un WordPress ou un moteur de blog de votre choix. Si les gens ne le font pas c’est qu’ils préfèrent faire autre chose. Je ne leur jette pas la pierre, chacun a la liberté d’utiliser son temps comme il a envie de le faire.

Ce que Crouzet n’évoque pas ici, c’est que le temps c’est de l’argent, et que l’écriture a été rattrapée par la monétisation des contenus ce qui explique aussi la disparition des blogs. Cet article de 1800 mots passés pour l’instant au compteur ne vous apporte rien à part un peu de réflexion, il n’est pas monétisable. Le type qui serait amené à réaliser un article de plusieurs milliers de mots sur un sujet technique pointu qu’il est le seul à rédiger a le droit de s’interroger sur le rendu qui lui sera fait. Si aujourd’hui nous avons quitté un monde propriétaire pour passer à un monde plus ouvert dans le code, il n’en est pas pour autant gratuit. Faire le choix du partage sans contrepartie, c’est donner son temps, c’est donc donner de l’argent ou du repos, ou du loisir. Quand on voit la désertification des associations, le manque de candidats pour les petites municipalités parce qu’on a mieux à faire, on comprend alors la disparition des blogs dont la fonction première est le partage d’expérience.

Je ne décourage pour autant personne à se lancer, mais malheureusement dans le contexte actuel, ça va devenir compliqué. Je jouis de ma base de lecteurs que je ne dois qu’à mon immense talent mais surtout à mon ancienneté. Dix ans d’existence en mon nom, presque autant sous le pseudonymat, la force de l’ancienneté. Comment pour quelqu’un qui débarque réussir à se faire connaître, une question que tous les blogueurs peuvent aussi se poser, comment continuer à exister ?

La première chose, c’est effectivement comme le dit Thierry, on va s’appeler par le prénom, c’est plus convivial, la possibilité éventuelle d’avoir un réseau physique. Je vais vous raconter une belle histoire comme je sais les écrire. Sylvie Pascale Gaillaguet habite à 100 mètre de chez moi, elle est auteure. C’est une dame à la retraite avec qui j’ai sympathisé pendant que j’étendais mon linge au balcon et qu’elle promenait son chien. Elle a écrit un bouquin parmi d’autres qui s’appelle un euro le cageot vendu chez Amazon.

le chaussette claquette montre de façon évidente qu’il s’agit bien de mon exemplaire dédicacé

C’est un bouquin qui fait référence aux opérations de Lidl qui consistent à vendre des fruits et légumes qui ont mauvaise mine à 8h30 heures le matin et comment c’est un peu la guerre le matin entre les dames qui se battent pour les cageots. Le livre présente Saint-Pierre, des vrais gens, et il remporte un succès local parce que les gens sont contents de s’y retrouver dedans. Le coiffeur par chez moi vend le bouquin bénévolement, tout comme une cave coopérative je pense.

Si contrairement à Thierry elle n’a pas d’éditeur, c’est ce réseau local et moi par extension sur le net qui fait un coup de pub qui lui permet de se faire connaître. La moralité c’est qu’il faut effectivement miser sur un réseau solide plutôt que sur la bouteille à la mer. Comment transposer la situation à un gars comme moi, ce qui correspond à la seconde partie de mon titre « j’apprends à perdre mais pas trop ».

Je vais faire court parce que je connais les solutions que je n’appliquerais pas car je les trouve dégradantes même si c’est idiot. Si demain je voulais me faire connaître :

Pourquoi dégradant ? Je suis finalement comme LaTeX ou Gentoo, il faut me mériter. Tu viens lire du BORNE, tu sais que tu vas lire beaucoup, sans aération et avec le minimum de ponctuation pour que tu puisses faire travailler ton souffle. S’il fallait commencer à réfléchir à des stratégies pour se faire voir, cela voudrait dire se dénaturer et par le fait adapter. Des articles plus simples, plus accessibles, moins longs, moins chiants, sans humour où tu peux même plus dire que Manjaro c’est de la merde, être aimable parce que si tu ouvres les commentaires tu prends une storm shit à chaque fois. Le temps perdu pour répondre à des commentaires non construits … Faire de la vidéo, je n’ai pas envie, si je le faisais ce serait dans un autre contexte, purement pédagogique, histoire de se rendre utile.

J’apprends à perdre, parce que les solutions qui me permettraient de gagner, me feraient certainement y laisser mon âme mais aussi mon temps. Ma stratégie restera la même, droit dans les bottes de cowboys comme Clint Eastwood ce vieux monsieur amateur d’armes, je continuerai à faire ce que je fais de mieux, mon artisanat. L’angoisse de disparaître c’est elle qui doit disparaître justement, si on prend du plaisir pour soi-même, c’est ce qui reste le plus important. Bon je m’arrête parce que ça commence à devenir bizarre.

Nous avons franchi la barre des 2800 mots, non je ne cherche pas à faire un record, seulement le jour où je ferai 10.000 mots sur un billet de rap et nous nous quittons sur « c’est donc ça nos vies » d’I AM. Dans la chanson, Akhénaton dit « j’apprends à perdre ». Si le film de Jean-François Richet ma 6-T va crack-er n’est pas celui qui m’a le plus intéressé sur la banlieue, la bande originale est un des meilleurs albums raps de la période. Nous nous retrouvons au prochain épisode : « polaroid expérience ».

Jusqu’au-boutiste pas jusqu’au bout. Les outils.

dimanche 1 mars 2020 à 15:09

Il y a parfois des moments où tu as honte, des moments où tu te dis qu’il faudrait que tu arrêtes d’écouter du vieux rap pour écouter du Jul et sa beuh magique. J’ai une fascination pour cette chanson, ce clip, ce garçon plein d’énergie sautillant avec ses gestes bizarres, qui tient sur une roue avec son scooter. Cela dit, et à y réfléchir, ce n’est, avec le recul, pas moins caricatural que les gars qui rappaient devant leur tour de béton il y a 20 ans, avec des dizaines de petits frères armés de nunchakus et des capuches sur la tête. La différence c’est le contenu, quand on exprimait à l’époque, le mal de vivre de la banlieue, Jul raconte autre chose, de plus festif, qui touche toute la jeunesse dans l’indifférence du contexte social. Un jour il faudra que je vous fasse un billet de 10.000 mots sur l’évolution du rap, du cri social à musique populaire. Vous verrez on se régalera.

Des envies d’être tendance, des envies d’être à la mode, de suivre le mouvement. C’est une erreur. Les technologies, c’est finalement comme la mode, c’est finalement comme tout, tu finis un matin par voir des « ok boomer » et tu culpabilises des méthodes que tu utilises, des logiciels que tu utilises, il suffit parfois d’une nouvelle pour raviver le feu en toi et l’éteindre très vite. La suite collabora est sortie sur Android, la nouvelle est en anglais, désolé, la francophonie morte. Ce n’est pas anodin, du fait d’être vieux j’ai peu suivi les histoires de onlyoffice, collabora, je sais juste qu’associé à un Nextcloud on aurait l’équivalent de Libreoffice. C’est un peu le rêve, celui qui laisse imaginer qu’on peut se passer complètement du logiciel pour au local pour avoir son outil de travail quelle que soit l’OS utilisé.

Ce qui est certain, c’est que les liseuses de documents Libreoffice n’ont jamais fonctionné sur Android correctement, il est donc toujours intéressant de se dire qu’on peut avoir le document en natif, sans avoir besoin de faire l’export en pdf. Deux captures :

L’odt est parfaitement retranscrit, on a donc atteint l’objectif de diffusion depuis un téléphone depuis une tablette ou un téléphone, peut-on envisager alors de travailler intégralement avec un appareil Android. Sur la seconde capture d’écran, vous voyez que j’ai essayé de modifier ma fraction. Pas d’édition possible, on repassera.

Mon problème principal reste l’utilisation que je fais de Libreoffice pour mes contenus mathématiques. J’ai fait un peu le tour pour regarder les solutions, c’est assez rapide.

Libreoffice qui est la solution que j’utilise actuellement. C’est pour ma part le meilleur compromis avec LaTeX. Du fait de faire aussi des cours d’informatique avec des images, du fait de ne pas vouloir m’investir non plus dans un nouveau langage, c’est pour moi le must. Un langage script qui se rapproche de LaTeX qui me permet de travailler rapidement mais aussi des outils d’images et de textes plus classiques. J’aurais 20 ans de moins et je devrais me lancer, je recommencerai certainement avec LaTex et PStricks pour faire les graphiques. Malheureusement l’énergie que je mettrais dedans serait certainement trop importante par rapport au gain que j’en retirerai. C’est une question de fond, et il est important d’y réfléchir un peu, même si ce n’est pas « LA » bonne solution. Dernièrement Tony a rentré une cargaison de 60 ordinateurs, il me demandait comment monter un serveur PXE pour brancher 20 ordinateurs et réaliser le formatage de façon automatique, d’un. Je lui ai fait remarquer que le temps de montage, de configuration du serveur, l’investissement personnel n’en valait pas la peine par rapport à un formatage manuel qui montre en main prend trois minutes avec une seule clé USB. 60 fois 3 minutes, c’est trois heures de temps, je pense que c’est plus de trois heures de temps pour la réalisation du serveur, temps auquel il faudra rajouter l’allumage de chaque ordinateur, la configuration du BIOS pour qu’il démarre sur la carte réseau, le gain de temps n’est pas significatif. Je lui ai fait une clé Linux.

Je sais que c’est mal. Je vous ressors en fait un laïus que j’avais déjà écrit plusieurs fois, à savoir qu’il aurait fallu que je m’investisse un peu dans un serveur debian qui au moins récupère l’ensemble des mises à jour pour éviter d’avoir à re-télécharger à chaque fois depuis les dépôts, tout comme il aurait fallu que je m’intéresse à un serveur Clonezilla de façon à éviter de devoir cloner des ordinateurs à la main. Et c’est ici qu’intervient la notion de gain de temps, il est certain que lorsque vous répétez l’opération un certain nombre de fois, ou si vous le faites de façon ponctuelle, ce n’est pas pareil. J’aurais certainement gagné du temps à m’investir dans un serveur compte tenu du nombre de fois que j’ai pu réaliser cette opération. J’aurais non seulement gagné en temps, en organisation, mais aussi en connaissances. Eh bien ce n’est pas si sûr même pour cette opération et encore plus en faisant le calcul que je n’ai plus à le faire puisque je n’ai plus de responsabilité informatique.

Lorsque je vois que 43% des entreprises en sont toujours aux feuilles de calcul pour gérer les parcs informatiques, je suis perplexe. Entre l’adoption immédiate de toute nouvelle technologie qui sort sans recul qu’il faudrait s’imposer, et utiliser des logiciels qui ont fait leur preuve comme OCSinventory je suppose qu’il faut certainement trouver un juste milieu. J’ai lancé un peu ce qui se fait, j’avais déjà écrit un article à ce sujet, j’ai fait un tour de passe sur onlyoffice, les éditeurs de maths ne sont pas intéressants. Il s’agit en fait d’une utilisation similaire à celle de l’éditeur de Word. Sur Libreoffice, si j’écris 4 over 5 + 3 over 5, j’ai la somme des deux fraction, écrire, c’est facile, ça va vite. C’est finalement l’équivalent je pense de \frac{4}{5}+frac{3}{5} en LaTex sauf que je trouve que c’est plus galère à écrire mais plus rapide que d’aller chercher le symbole de la fraction, de faire un clic sur le numérateur écrire 4, cliquer au dénominateur pour faire 5, faire le + au clavier, aller chercher le signe de la fraction, enfin bref, vous m’aurez compris. Même si les gosses n’aiment pas Python, ils finissent par trouver que c’est plus efficace que scratch quand tu fais quelques bricoles avec des calculs, le raisonnement est ici le même le clavier est plus efficace que la souris.

Au lieu donc de céder à la panique, il est nécessaire de re-contextualiser :

Il me parait donc important de faire le point sur les outils utilisés, ne pas mettre au rebut les vieilles méthodes, ne pas forcément imaginer qu’il faut avoir la rolls rolls des installations, ne pas sortir le marteau pour tuer une mouche sans pour autant négliger les nouvelles technologies. Il faut savoir faire le tri entre ce qui apporte réellement et ce qui ralentit, le juste équilibre entre l’investissement, le temps passé, et l’argent investi.

On pourrait donc penser que je vais continuer d’utiliser les mêmes services, les mêmes logiciels jusqu’au bout, ce n’est pas le cas, j’essaie de me remettre de temps en temps en question. Je suis assez actif sur Instagram, j’expliquerai pourquoi dans le prochain billet « J »apprends à perdre, mais pas trop », et je publie quelques trucs qui me font marrer, notamment des punchlines de rappeurs en lien avec la scolarité.

Oui bon ça va, on rigole comme on peut.

Il y a quelques années d’un point de vue pédagogique, j’aurais dit :

Il est important d’utiliser un logiciel au local, béni par RMS lui même, un logiciel libre seulement parce que dans la vie on ne sait jamais ce qui peut se produire avec un logiciel propriétaire ou pire un service propriétaire. RMS protège-moi de cette infamie et veille à ce que je n’ai pas de paquet propriétaire dans ma Trisquel.

Cyrille BORNE, période gardien du temple

Dernièrement ma chef avec qui je fais le magasin école, m’a dit qu’il fallait faire des affiches pour un repas réalisé avec du commerce équitable. Le Cyrille période gardien du temple aurait fait réaliser l’affiche avec Draw ou Writer de Libreoffice. Le problème c’est que ce savoir à communiquer à nos élèves, est-il réellement pertinent en 2020 ? Je ne le pense pas. Le public ne travaille plus sur ordinateur, Libreoffice est du côté de la production, notre jeune public utilise des smartphones avec des interfaces simplifiées et de nouveaux codes qui ont du sens pour eux. Exemple type de la notion de sens, une disquette dans les logiciels montre que Libreoffice est un logiciel pour une génération d’un autre âge. La production désormais est éphémère, elle se partage, elle ne se sauvegarde parfois même pas ou de façon automatique.

Mon besoin de création d’images rigolotes sur Instagram m’a fait découvrir le service adobe spark. Adobe Spark est un service propriétaire assez intéressant puisqu’il permet de choisir le format de destination avec le format d’image adapté à une story instagram ou un post instagram. Par le fait on ne s’interroge pas sur la résolution. Le service permet de réaliser des affiches, des formats facebook, beaucoup de « sorties » sont référencées. Comme on peut le voir l’interface est très intuitive et se rapproche des standards des applications mobiles.

Les élèves ont très rapidement adhéré avec un véritable problème, notre bande passante entraînant des temps de chargement importants. L’adhésion est telle, qu’ils m’ont demandé quel était le service utilisé pour pouvoir le réutiliser ce qui à mon sens est un véritable objectif pédagogique d’atteint. Les productions qu’on peut voir ci-dessous, sont simples et propres.

Il s’agit ici de production à court terme. Si le service disparaît ou si le service change sa façon de fonctionner, l’élève n’est pas pénalisé comme je pourrais l’être si je réalisais l’intégralité de mes cours sur un service et qu’il disparaissait du jour au lendemain. Même si ce service venait à disparaître, il est fort à parier qu’il en existe d’autres, capables de réaliser le même travail. L’idéal serait de réaliser la production directement depuis les téléphones portables mais inégalitaire car il ne s’agit pas d’un outil fourni par l’établissement.

Je vous invite donc à vivre sans culpabilité vos habitudes même si elles sont vieilles, même si on vous explique qu’elles sont désuètes. N’oubliez pas que rien n’est gratuit et si demain on vous veut dans le cloud c’est parce qu’on a du cloud à vendre. Restez toutefois ouvert d’esprit, faîtes régulièrement des « passes » sur les alternatives, essayez les nouveautés pour voir si elles ont du sens pour vous.

Voyez qu’on peut changer des habitudes. Pour moi, le RAP s’était arrêté avec l’âge d’or. J’ai pris le temps dernièrement d’écouter des gens que je n’écoutais pas, par préjugé. En ce moment je suis en train de me descendre toute la période entre 2000 et 2010 avec des choses très intéressantes ne serait ce que pour dire qu’on les a entendues. La chanson entourage de Youssoupha est l’un des rares titres que j’arrive à écouter. J’ai du mal avec les mélodies que je trouve difficilement accessible, mais cet homme produit des textes qui sont franchement intelligents. Nous allons garder tous en mémoire cette phrase qui dit : on peut avoir le bon message tout en restant un mauvais messager qu’on pourrait aussi traduire par le fait qu’on peut apprendre de n’importe qui.

De la difficile frontière entre aider et faire

mardi 25 février 2020 à 23:14

J’ai arrêté de donner des DM il y a deux ans quand je me suis retrouvé sur une promo de 28 élèves de premières avec 17 devoirs identiques. Ah pardon, j’utilise du jargon de prof, DM pour devoir maison. Il faut différencier le devoir traditionnel, du devoir maison. Le devoir traditionnel c’est l’exercice de base, qui permet de renforcer les connaissances. En gros, tu fais des équations, tu donnes des exercices de résolution d’équations histoire que le gosse s’entraîne. Si on cherche l’une des explications de la baisse de niveau, de l’échec scolaire, le manque de travail à la maison est certainement dans le top cinq.

Pas de secret, tu veux devenir champion de tennis, tu joues beaucoup au tennis en appliquant les règles du tennis, en suivant les conseils de l’entraîneur qui corrige tes gestes. Tu veux progresser dans les équations, tu fais autant d’équations que nécessaire jusqu’à ce que tu saches faire des équations. Le talent, c’est le gars qui n’a même pas besoin de faire une équation pour savoir toutes les faire ou la variante c’est celui qui aura beau s’entraîner douze heures par jour mais qui restera médiocre. Le travail ne compense malheureusement pas tout.

Le DM n’a donc pas pour vocation de faire appliquer, le DM permet à l’élève de réaliser des tâches complexes que l’on n’a pas le temps de faire en classe. Il permet pour les classes d’examens de maintenir le niveau et pour les classes un peu intello mais on y reviendra plus loin, de faire des tâches de recherche pour faire monter le niveau. En ce moment en classe de troisième je fais des exercices de géométrie où mes élèves sont en galère pour calculer des surfaces et des périmètres de rectangle. La réplique mauvaise foi de la semaine venant d’un élève voulant de venir maçon :

Les mètres carrés c’est pour l’architecte.

Rudy futur maçon de la tour de Pise de l’Hérault.

Pour éviter la catastrophe, qui aura tout de même lieu, je donne des DM sur ce qu’on a vu du programme pour maintenir les connaissances. Les exercices dans ce cas-là sont intégralement issus des annales du DNB. Comprenez qu’il ne s’agit pas ici de réaliser une tâche complexe pour élever le niveau mais une tâche de préparation pour l’examen de fin d’année quand nos élèves oublient 90% de ce que vous avez pu raconter dès que votre cours est fini.

Dans les DM qui me sont rendus, voici l’éventail de ce qu’on peut trouver :

L’aide est un véritable problème, car se mélangent de nombreux sentiments entre l’aidant, et l’aidé, vous avez un peu toutes les combinaisons possibles. Nous allons exclure un cas qui existe de temps à autre, le cas pathétique du gosse qui a cinq de moyenne et qui arrive avec un devoir intégralement juste. J’ai une gamine qui a tenté sa chance, un passage au tableau pour qu’elle nous explique avec son plus grand sourire que pi vaut environ 14, pour qu’elle ne soit pas capable de reproduire quoi que ce soit, même pas le calcul le plus simple. La logique voudrait que je sanctionne d’un 0, la logique voudrait que je mette trois heures de colle pour lui faire refaire le travail et vérifier ce qu’elle maîtrise, ce serait de la cruauté, elle est en grande difficulté, la faire venir un mercredi après-midi pour prendre un trois c’est stérile. J’ai appelé les parents pour dire que je ne pouvais pas noter son travail, je suis tombé sur le répondeur. Je rappellerai. Je ne note pas son travail, disons pas encore, j’expliquerai plus tard.

Il est d’ailleurs intéressant de voir qu’elle n’a pas compris mon positionnement. Pour elle un DM il paraît normal de se faire aider. Elle a raison, c’est normal de se faire aider, j’aide ma fille quand elle a un DM mais en aucun cas je ne lui fais son travail. Et c’est ici qu’il y a un problème, trouver la limite de ce qu’on peut apporter à un enfant.

Faire le travail de quelqu’un à sa place ne sert à rien. C’est d’ailleurs une incompréhension chez les élèves et les familles qui voient dans le DM l’opportunité pour l’élève de remonter sa moyenne. Le DM n’est pas un cadeau qu’on fait à l’élève pour qu’il puisse décrocher un 20, c’est un travail qu’il prend le temps de faire chez lui avec les outils dont il a besoin. Je fais régulièrement remarquer à mes élèves de seconde générale qu’il ne faut pas hésiter à Googler pour s’aider sur des travaux de Python. Ils ne le font pas mais se plaignent que Python est difficile. Le DM permet d’accéder à l’autonomie, à un travail de recherche, mais comme vous le savez le jeune à mieux à faire. Il faut donc faire comprendre à l’élève que cela ne sert à rien de se faire réaliser le devoir et que si l’aide a été bonne, il est capable de reproduire et d’appliquer à des cas similaires ou nouveaux.

En classe de seconde générale où je donne énormément de travail, et donc de nombreux DM, l’aide apportée par les frères, sœurs, parents, profs particuliers est devenue tellement pesante que j’ai tranché en faisant contrôle sur le DM et en ne notant plus les DM. Je n’ai cessé de durcir le ton avec eux, c’est ici que la notion de compréhension du DM et la notion de sentiment prend son importance. Mes élèves de seconde sont prêts à tuer père et mère pour avoir une bonne note, au point d’utiliser tous les moyens. Une de mes élèves me note dans un DM qu’elle voit qu’il faut utiliser le théorème de Thalès, le pose avec les lettres mais n’arrive pas à passer à l’étape d’abstraction, à remplacer les longueurs par du calcul littéral. J’ai valorisé parce qu’elle voit la démarche, elle y a réfléchi, elle pourra donc progresser ce qui n’est pas le cas pour des élèves qui m’ont sorti des calculs qu’ils ne maîtrisent pas.

Si on creuse un peu, c’est la faute du système et de la note. L’attachement à la note est tellement important, qu’on ne réfléchit pas à l’intérêt du devoir, on met tout en œuvre pour avoir 20. En donnant le DM, en réclamant qu’il soit fait, en évaluant, les élèves qui ont fait le travail, seuls ou les élèves qui se sont fait expliquer le travail, vont réussir à s’en sortir sans aucun problème et se gaver. Ceux qui se sont contentés de recopier se ramassent des cartons. C’est à l’heure actuelle la stratégie la plus payante que j’ai trouvée et qui valorise les élèves qui ont cherché, ont trouvé, se sont fait expliquer, ont compris. La limite, on pourrait dire, c’est que quelqu’un qui a le frère, la sœur, les parents ou le prof particulier est avantagé par rapport à celui qui n’a personne. Le délai que je laisse est important, je réponds à toutes les questions si on vient me les poser et si ça ne commence pas par « je n’ai rien compris ».

Je n’ai rien compris les élèves essaient quelques fois avec moi et quand je commence à les interroger sur les définitions qu’ils ne connaissent pas, que je pourrais leur faire copier un grand nombre de fois pour qu’on puisse enfin discuter à égalité et qui leur permettent de faire le travail, ils arrêtent assez rapidement. L’aidé se met souvent dans cette position d’incompréhension totale de façon à ce que l’aidant le fasse à sa place. Le positionnement d’aidant est bien plus complexe que celui de l’aidé. En effet, et je peux vous en parler pour travailler avec ma fille qui est un véritable boulet, l’aidant, moi en l’occurrence, n’a ni l’envie, ni franchement le temps. On tombe rapidement dans la façon de facilité qui consisterait à faire à la place pour se débarrasser. C’est un positionnement que connaissent tous les informaticiens qui préfèrent faire que d’apprendre à faire parce que ça va plus vite. Le problème dans cette méthode c’est que l’apprenant est dépendant et ne fera pas d’effort pour apprendre. Je vous épargne le proverbe sur le poisson et la pêche.

Quelques conseils pour l’aidant :

C’est un exercice de quoi ? C’est quoi le mot important dans la question 1 ? Si on me parle de moitié ça veut dire qu’on veut que je calcule quoi ? Le gosse doit vous répondre que c’est « moyenne » le mot, et doit être capable avec ses mots à lui de vous dire qu’on prend tout qu’on ajoute tout et qu’on divise par le nombre de joueurs. Qui dit moitié, dit médiane, je mets les valeurs dans l’ordre croissant et je tape au milieu.

Aider quelqu’un n’est pas si évident qu’il y paraît, et c’est avant tout un travail sur soi-même plus qu’un travail pédagogique. Il faut bien avoir en tête que l’aidé a dans les 90% du temps une seule idée, vous faire cracher la réponse de façon à pouvoir passer à autre chose et se divertir. Seuls 10% des individus ont une réelle envie de comprendre et d’apprendre, c’est eux qui réussiront bien devant les autres. L’aidé vous soumettra à la question et il faudra résister à la tentation de faire pour apporter une aide réellement productive. Je peux vous dire que malgré mes 17 ans de métier, on est très souvent tenté de donner la réponse et parfois on la lâche tellement on est exaspéré par le manque de compréhension des élèves.

Nous nous quittons ce soir sur Apprentissage Remix, une chanson de circonstances, avec Youssoupha, Sinik, Ol’ Kainry, Tunisiano & Médine qui fait partie de mon top 10 RAP français. Comme quoi, on a su faire du RAP français après les années 90 et même du très bon.

Isolé, loin des autres comme un damné
Désolé de mes fautes, depuis des années
Je suis désarmé, je sais désormais
Que la vie est un apprentissage qui ne finit jamais