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Le Blog de Cyrille BORNE

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Le logiciel libre, un truc de bobo comme un autre

mardi 24 mai 2016 à 08:00

Les temps changent, c'est toujours le cas, mais je crois qu'économiquement c'est vraiment très fort et dans un sens qui n'est pas si mauvais que ça. A une époque on cherchait un endroit pour dormir, on avait le droit de choisir son hôtel. J'en ai fait des hôtels, j'en ai fait qui puaient la clope, j'en ai fait avec des toilettes crades, dans plusieurs pays, dans des circonstances diverses et variées, de l'hôtel avec un zoo à l'intérieur et sept piscines ou l'hôtel dégueulasse au fin de la Lettonie avec des draps même pas changés. L'hôtel pour moi ça représente le professionnalisme, je vais payer pour une prestation professionnelle. Si je choisis une chaîne d'hôtel, bien précise, je sais exactement ce que je vais avoir c'est d'ailleurs pour ça que j'aime bien Mac D. Mac Do, ce n'est pas un hôtel je sais, mais à n'importe quel endroit en France vous passez la porte d'un Mac Do vous savez ce que vous allez manger, à quel prix, et trouver à 90% du temps des toilettes propres. Cette uniformisation rassurante, c'est bien, néanmoins si uniformisation rime avec professionnalisme, quel que soit le niveau de la prestation, il faut comprendre que la prestation dépend du prix qu'on y met. Comprenez que j'aime Mac Do sur le concept, je sais ce que je vais y manger, ça peut dépanner, néanmoins ce n'est pas ma passion pour ce qui arrive dans mon assiette. Où je veux en venir ? 

Si je paye un professionnel, je veux une prestation de professionnel par rapport au prix que j'ai payé. Plus je paye cher, plus la prestation doit être élevée. Ca c'était l'économie à papa qui sera partiellement dépassée pour un temps et on y reviendra autrement, aujourd'hui n'importe qui propose une prestation. La prestation du particulier, c'est la surprise, j'évoquais mon séjour à Aigues Mortes, il faudrait que je relise si je l'ai noté, mais je réparais les toilettes qui fuyaient à 22 heures. On est en plein dans l'amateurisme pour un tarif qui néanmoins aurait pu avoisiner le tarif d'une chambre professionnelle, il faut donc trouver le bon plan, le compromis qui va bien. 

C'est donc un changement de mode de consommation profond qui arrive, qui va avec un changement de mode de vie, les gens essaient de faire autrement. On commence à éviter les grandes surfaces, on commence à penser écolo, de plus en plus, disons dans la population que je côtoie et qui est entre 35 et 45 ans, on commence à en avoir marre de la marque, du paraître, on a envie de quelque chose d'un peu plus profond, se contenter de moins. Par le fait si on n'est pas encore prêt à lâcher son profil Facebook pour créer son GNU Social, acheter un ordinateur d'occasion sous Linux ne pose plus de problèmes particuliers. D'une part comme précisé avant, le besoin pas très important, d'autre part le fait que Linux réponde désormais à la grande majorité des besoins. 

Linux est donc en train de s'inscrire progressivement dans le paysage bobo : je plante mes tomates, je fais mes sacs à main, je fais mon crépi parce que le crépi c'est la vie, j'achète ma viande chez le boucher, je fais de la marche, je prends un vélib, j'utilise Linux. On pourrait prendre ceci comme une bonne nouvelle, néanmoins vous savez ce que je pense des utilisateurs, à savoir que le nombre ne sert à rien et que ce qui compte ce sont les contributeurs, mais cela a tendance à inverser une certaine vapeur : le radicalisme Stallmanien. On a tous eu notre période radicale, cette période de RTFM, cette période de mépris, cette période où l'on compte le nombre de paquets non libres sur la machine, cette période extrémiste où l'on a l'impression que si on arrive à 100% on est enfin libéré du joug de l'oppresseur capitaliste. De la même manière que les gens qui changent d'orientation ne le font pas violemment en partant s'exiler sur le plateau du Larzac et en tombant dans une forme d'extrémisme écolo, j'ai la sensation qu'on pousse tous le petit caillou de l'effort, un petit caillou pas trop lourd à pousser, mais qu'on pousse quand même. 

Je pense que la religion libre est morte, comme ça, embrassée par trop de pratiquants qui sont désormais bien trop modérés, des gens comme moi par exemple. Si j'étais joueur, je dirai qu'on se contente de faire les grandes fêtes mais qu'on arrête d'aller à l'église tous les dimanches matin parce que c'est trop contraignant. Je lisais Genma qui faisait la comparaison entre les systèmes d'exploitation Firefox OS et Android ou Cyanogen, le second étant une façon plus pénible de faire tourner le premier. Il évoque la possibilité de migrer vers l'OS de Google, il fera partie des derniers à continuer utiliser le système de Mozilla, la très grande majorité est partie ailleurs. A part dada qui a investi dans la tablette Ubuntu en y mettant le prix, je crois d'ailleurs qu'il est le seul blogueur français qui a franchi le pas, nous sommes tous repassés sous Android, sans l'ombre d'une culpabilité, qu'importe que Google pompe nos données, qu'on y soit jusqu'au cou dans les GAFAM, le téléphone faut que ça marche. Nombreux sont les blogueurs qui utilisent désormais indifféremment Linux, qui jouent sous Windows, qui ont un téléphone Android, qui utilisent Twitter, qui ont un profil Facebook pour communiquer avec la famille et les amis.

Est-ce que cette déculpabilisation c'est mal ? Attention, réponse de Normand

Et ce n'est peut être pas là dedans les questions manichéennes qui sont réellement importantes mais plutôt de se dire que les gens sont capables d'entendre un message, reste peut être à définir lequel. Les gens ont compris par exemple la notion du tri sélectif, d'obsolescence programmée, de pollution, d'économie, et d'écologie. C'est certainement là dessus qu'il faut jouer, Linux permet de faire revivre un ordinateur dont personne ne veut plus, leboncoin par exemple qui ne veut même plus de votre Windows XP. En tout cas, ce qui me paraît certain, c'est que le logiciel libre ne peut plus se suffire à lui même et doit s'agréger impérativement à un mouvement bien plus général, à la croisée du slow, de l'écologie, des économies participatives, enfin tous les trucs de bobos. 

Bonus : quel est mon discours ? Aucun. Comme je l'ai déjà dit j'ai terminé cette période de ma vie, pour moi c'est un outil comme un autre, un outil tout de même pour lequel j'ai quand même de l'affection. Pour une de mes collègues, j'ai pris chez mon revendeur, un D430 à 15 €, elle est ravie, l'une de ses machines va mourir et elle cherche un PC d'appoint pour faire un peu de bureautique. Le PC est livré sous Windows XP, il sera formaté et passé sous Debian, qu'elle soit d'accord ou non, sinon je reprends la machine, quelqu'un en fera bien quelque chose. 

Fermeture de la société Ryxéo

lundi 23 mai 2016 à 08:00

A ma connaissance et de mémoire d'utilisateur de logiciels libres, la société Ryxéo avec 13 ans, faisait partie des plus anciennes et des plus médiatisées dans le paysage francophone à essayer quelque chose. Essayer quelque chose en plus avec la suite abuledu, essayer quelque chose avec des postes Linux dans les écoles et des serveurs qui vont avec, en gros la proposition d'une solution complète et libre au sein des écoles. J'ai souvenir qu'à l'époque où j'étais dans le Cantal et que je racontais comment le plan économique rural était l'opportunité de jeter de l'argent en l'air et d'engraisser les entreprises pour des solutions caduques, la classe mobile et ses ordinateurs portables qui se déchargent en pole position, seule je pense Ryxéo s'était positionnée pour proposer une alternative complètement libre. On pourrait aussi parler de l'essai de développement de tablette par exemple, non je crois qu'il n'y a rien à dire, Ryxéo aura vraiment essayé de faire du libre dans le milieu scolaire mais n'a pas réussi. 

On peut lire sur le site internet : 

Le modèle économique, souvent mal compris, d'une entreprise telle que RyXéo s'appuie sur le support, la maintenance et les formations autour des services qu'elle offre, et qui permettent parallèlement de financer le développement (code et graphisme). L'amalgame libre = gratuit, est un SSLL killer ! Nous nous sommes battus pendant des années pour essayer de faire comprendre qu'il vaut mieux dépenser de l'argent dans des SSLL que dans un écosystème non libre ... ça n'aura pas été suffisant. Les conséquences de la crise économique, et en particulier le souci pour les collectivités locales d'assainir des finances notamment en reportant des investissements auront fini de briser un équilibre fragile.

Pas grand chose à dire, si ce n'est quand même le manque de curiosité, d'intelligence du peuple et des élus, le manque d'expertise. On évoque la crise économique dans cette dernière intervention et bien justement, avec le logiciel libre on peut quand même faire de belles économies, on a une éthique, on offre autre chose à nos gosses sans les traumatiser en plus. Les élèves de mon épouse tournent sous Debian, les élèves n'utilisant pas les ordinateurs Vista qui mettent dix minutes à s'allumer. Du fait de mes vides greniers pas cher, j'ai fait évoluer son matériel, une machine Debian est passée dans la classe de la collègue. Si demain dans mon emploi du temps ministériel je passais auto-entrepreneur, je pourrais passer cette école sous Debian à moindre frais, dans un contrat de maintenance peu important et en intervenant quasiment jamais car Debian stable c'est solide, ça dure et ça laisse le temps de respirer. 

J'ai envie de croire que Ryxéo a fait ce qu'il fallait. Comprenez que dans un échec, on peut s'amuser à faire les sélectionneurs de l'équipe de France et dire que si on avait mis tel joueur, on aurait remporté la bataille. Ryxéo a fait preuve de longévité, 13 ans pour une entreprise aujourd'hui ce n'est pas rien, et j'ai envie de croire que derrière il y avait donc des gens qui maîtrisaient leur affaire, qui savaient de quoi ils parlaient en tant qu'entrepreneurs. Il serait intéressant de les faire parler, de comprendre, qu'ils expliquent, qu'ils en disent plus, qu'ils conseillent notamment pour les bobos gauchistes qui pensent révolutionner le monde de l'entreprise faisant du logiciel libre. Oh un ciflox, c'est mon cinquième aujourd'hui.

Le travail n'est pas pour autant perdu, il va continuer à vivre au travers du libre selon le modèle qu'on connaît malheureusement trop bien, association, dons, tout ça, mais il continuera à vivre tout de même ce qui reste le principal. 

"Je fais les Incas les forêts perdues Et les petits que les grands n'ont jamais vaincus", malheureusement les petits qu'on n'a jamais vaincu ça va dans les paroles de chanson mais pas réellement dans le monde de l'entreprise où ce sont les gros qui écrasent tout.

La voie du bonhomme, terrassier

dimanche 22 mai 2016 à 08:00

Il est 5h30 du matin, Saint-Pierre la Mer s'éveille. Je me suis couché à minuit et demi pour finaliser la commande de Gilles qui s'il n'habitait pas à 1000 km de chez moi m'accompagnerait régulièrement dans les vides greniers, cinq heures plus tard, je suis réveillé, je tiens sur les nerfs, j'ai 70 copies à faire, je commence. 9h passées, Imhotep l'architecte arrive, la disqueuse à la main, tout n'est pas perdu et le maillet, il a oublié son téléphone, la routine, d'habitude il oublie toujours les outils. J'ai rentré 6 tonnes de gravier, il faut mettre les dalles et le sable, dans le sens inverse même avec une petite pente pour éviter de se retrouver avec l'eau dans la maison. La terrasse traditionnelle, tu coules ton béton et tu poses tes dalles, moi c'est gravier, sable et dalles posées sur le sable. Pourquoi ce choix ? Tout simplement parce qu'avec ce qu'il flotte chez moi si ça flotte trop, j'aurai construit une piscine. Il pleut, l'eau s'écoule entre les dalles, passe dans les 6 tonnes de gravier et ça roule. Si par contre j'avais une chape, l'eau est stoppée par la chape, et je suis inondé. 

Ce qui est pénible parmi les choses pénibles, c'est qu'il faut mettre à niveau, il faut quelqu'un de minutieux, et c'est le rôle de l'architecte, le type le plus bordélique au monde, le plus désorganisé mais qui est un manuel extraordinaire, comme quoi tout arrive. Une fois que le sable est à niveau, on pose la dalle, on tape à coup de maillet en caoutchouc et on se rend compte qu'on casse un maximum de dalles. J'évoquais la dernière fois que j'étais content parce que j'avais acheté mon matériel au magasin Tridome de Narbonne et que le tarif était même plus intéressant que celui de Bricoman ou Bricodepot. J'ai oublié de préciser qu'il manquait six dalles. Six dalles ça parait peu mais quand vous payer 75 € de livraison, on se dit qu'il paraît normal d'avoir tout ben pas là. La semaine dernière, alors qu'on déplaçait les dalles avec mon fils, parce qu'elles bloquaient la porte d'entrée .......... j'ai pu constater que c'était franchement du caca, et j'ai donc demandé à ma femme pendant ses courses de me récupérer les dalles manquantes plutôt que de demander un avoir. On l'a fait poireauter pendant trente minutes le temps de comprendre, et puis elle a fait comme d'habitude, elle a commencer à gueuler et tout de suite ça a fonctionné. Pour en revenir à notre histoire, alors que pour une terrasse de 14 mètres carrés, on avait prévu 17, on commence à se dire que comme d'habitude, il va falloir se taper l'aller retour à Narbonne pour acheter les 3 ou 4 dalles qui vont nous manquer. Nous sommes coutumier du fait, nous sommes le tandem de bricoleur le plus mal organisé au monde, on réalise qu'il va toujours nous manquer quelque chose, cinquante centimètres de planche de coffrage par exemple. Nous avons réussi à finir avec 2 dalles supplémentaires, un miracle. J'ai libéré mon collègue à 18 heures, faut pas abuser non plus, on a fini avec mon fils à 20h30. Il notait les mesures sur les dalles, j'ai disqué, j'ai disqué comme c'était pas permis, parce que disquer c'est comme le crépi, c'est la vie mais avec plus de bruit. En effet avec la particularité du terrain, on a fait des dizaines de coupes, en même temps avec le nombre de dalles cassées, ce n'était pas bien compliqué. 

Il ne reste plus qu'à mettre du sable pour combler les interstices visibles, faire les évacuations d'eau, poser le grillage et ce sera fini après plus de deux ans et demi de travaux. On peut dès à présent manger dessus, la science avance. Nous sommes samedi à 22h00 passées au moment où j'écris ces lignes, je pense que vais soit m'effondrer soit trouver la force de corriger quelques copies de plus. 

Dans cette histoire, s'il y a bien sûr la satisfaction personnelle du travail accompli, c'est certainement la participation de mon fils qui me réjouit le plus. A 14 ans, ça lui montre qu'on peut en faire dans tous les domaines, que les choses sont possibles, qu'il suffit souvent de vouloir les faire. 

La mauvaise qualité ça se paie

samedi 21 mai 2016 à 08:00

Un de mes élèves m'a fait passer son ordinateur, un HP, tout rouge pimpant, il a su diagnostiquer lui-même la panne en remarquant que le ventilateur ne tournait plus. Erreur fatale, il a coupé aux ciseaux la coque pour laisser passer davantage d'air ou pouvoir accéder au ventilateur, il vient donc de bousiller une plasturgie qu'il aurait pu potentiellement revendre. J'avais ma mère au téléphone et comme je ne supporte pas d'être mono-tâche, j'ai démonté la machine, c'est une purge. On démonte les vis qui sont sous la coque en pensant que ça va se retirer, pas de chance, il faut aussi démonter sous le clavier, et même en démontant sous le clavier je n'ai pas pu sortir la partie supérieure de la coque. Je vous montre la photo : 

En haut à gauche la nappe bleue qui alimente le ventilateur, le plastique blanc qui permet de serrer la nappe dans le connecteur est partie, si bien que le ventilo ne peut pas démarrer. J'ai donc pu réparer tant bien que mal avec des composants qui ne sont pas du tout accessibles simplement. Sur les modèles E6500 que j'ai achetés dernièrement, on retire une simple vis à l'arrière et la trappe se retire automatiquement, laissant accéder à toute la machine. 

HP avec ses ordinateurs portables grand public, se situe au même niveau que Acer, des machines à fuir. 

Engagez vous qu'ils disaient

vendredi 20 mai 2016 à 08:00

On évoquait il y a quelques jours, le changement d'orientation de la quadrature du net, qui décidait d'être efficace au bon endroit. Je suis moqueur comme d'habitude mais je salue quand même l'action. En fait je salue deux choses : 

Il y a quelques temps la piste de réflexion personnelle pour s'occuper, pour faire quelque chose d'utile, pour compenser le vide que va laisser l'arrêt des travaux c'était de monter une association informatique en bord de mer. Saint-Pierre la Mer, 40.000 personnes pendant l'été, et ils nous le font sentir les touristes, 1500 personnes à l'année, des gens âgés un peu rigolos et atypiques qui ont fait le choix de cette vie de village. Lorsque le bus scolaire part le matin, il y a moins de 30 gamins pour le collège, voyez que la population n'est pas vraiment dynamique. Du fait de la géographie du village, tout le monde est séparé par des maisons vides, si bien que mes premiers voisins à l'année sont à 100 mètres, pas évident de faire du lien. Pour l'anecdote d'ailleurs, on n'a pas de publicité dans les boîtes aux lettres, les sociétés considérant que la probabilité de faire mouche dans les maisons inhabitées, n'est certainement pas assez importante. 

Pourquoi du lien me direz vous ? Tout simplement parce que c'est mon lieu de vie, j'espère qu'il le sera le plus longtemps possible, comprenez qu'être vieux ici c'est rude, c'est comme vivre dans un village de campagne à 20 bornes de la civilisation, que j'espère que ce sera le lieu de vie de mes enfants car il fait vraiment bon vivre et que connaître ses voisins, je pense que c'est une bonne base et pour nous et pour les gosses. La difficulté étant celle de la géographie du village comme expliqué, et le fait que quatre jours par semaine je travaille dans l'Hérault, difficile à moins de prendre l'initiative de créer ce fameux lien. 

Le problème de la création d'une association, c'est l'engagement. Je ne parle pas d'un engagement de pacotille mais bien d'un engagement sur le long terme, faire les choses sérieusement. Pour se faire, je crois que malheureusement c'est incompatible avec mon mode de vie que je qualifierai presque d'association familiale. 

Il y a quelques mois, je faisais basculer une bonne partie de la famille chez Virgin Mobile, on a pris un forfait à 5.99, qui n'est autre qu'un forfait de 14.99 € avec la réduction de 9 € appliquée de façon permanente. Tout le monde est ravi, tout le monde est content, ça m'a pris du temps car j'ai fait le gros des démarches par internet étant donné que personne n'y comprend rien, ou n'a pas d'ordinateur comme c'est le cas pour ma mère. La bonne nouvelle du moment Virgin se fait bouffer par SFR. Au moment où j'écris ces lignes, on sait juste que ce sera la signature d'un nouveau contrat auprès de l'opérateur, d'un changement de carte SIM, et on ne sait rien au niveau de l'offre qui sera ou ne sera pas attractive. Si c'est mauvais, il faudra que je me tape des heures de recherche et de veille pour trouver le forfait qui va bien, refaire les papiers, et j'en passe, avec ma mère qui stresse pour tout.

Le travail c'est prenant. Et quand je dis c'est prenant c'est vraiment prenant car on a souvent le genre de détails qui tue et qui vous bloque dans vos avancées. Nous avons un appareil magique qui permet de gérer toutes les bornes Wifi du lycée et dans lequel on déclare les adresses MAC des appareils autorisés. Le filtrage MAC dans l'éducation est vraiment une nécessité, dans mon précédent établissement on fonctionnait par code Wifi, il a fallu le changer trois fois du fait que pour une raison ou pour une autre les élèves avaient réussi à le récupérer. Naïveté d'un enseignant qui n'a pas réalisé qu'il donnait un sésame qui permettait de récupérer des documents administratifs, ou directement dans le gestionnaire des mots de passe Wifi sur l'ordinateur d'un enseignant. J'ai donc ajouté sans compter, les téléphones des collègues par exemple, et oh surprise, une limitation à 128 adresses ................. L'interface me permet de voir qui est connecté en temps réel avec l'adresse MAC, je vais donc devoir me faire du ménage à la main et au compte goutte. Je ne parle ici que de la partie informatique et je pourrai en rajouter des tonnes, je dois faire un gros travail pédagogique par rapport à la réforme mais aussi par rapport au changement d'établissement. J'ai souvenir qu'en étant passé du Cantal à l'Hérault j'avais jeté la quasi totalité de mes cours pour tout refaire, je ne suis pas dans une situation similaire, mais je dois en faire, pas qu'un peu, je dois aussi me pencher sur la partie "programmation".

Vous avez pu voir passer le lot d'ordinateurs, j'ai régalé toute la famille. Ca prend du temps. Les gens ne réalisent pas la compétence, ce que ça leur coûterait, ils me voient faire ça de façon tellement naturelle qu'ils ont l'impression que tout est évident quand pour eux tout est tellement difficile. Avec une partie du lot d'ordinateurs, on a fait un jeu de chaises musicales avec les ordinateurs déjà présents dans la famille, les ordinateurs troqués sont recyclés dans la classe de mon épouse. Ce matin, nous sommes jeudi au moment où j'écris ces lignes, ma femme m'appelle à 7h40 pour résoudre ses problèmes. Ca pue, c'est pas libre mais désormais Teamviewer est mon ami. En quelques minutes, je lui installe les imprimantes, le scanner, j'arrange les résolutions. Elle me rappelle trois fois, pour des petits ajustements, je finis à 8h10. Qu'est ce que trente minutes me direz-vous, mais la multiplication des trente minutes j'en fais un sacré cumul. 

Que dire du reste ? Les travaux, les devoirs, les gosses de façon générale et les urgences le dimanche en particulier, la vie, enfin tout ça, est ce que j'ai de la place pour un engagement quelconque sinon celui du quotidien auprès de mes proches ? A l'approche de mes 41 ans, je pense que la réponse est clairement non. Là je dois reconnaître que j'arrive à la limite du système de dispersion, j'étais tout content d'avoir monté une machine pour jouer un peu, cela fait six jours que je n'ai rien lancé par faute de temps. Ces derniers jours, j'arrive de l'école, je m'écroule sur mon lit, j'ouvre un oeil pour travailler, manger et m'écrouler à nouveau. 

Il faut reconnaître que je suis dans une passe assez anormale, enfin encore plus anormale que d'habitude, la fin d'année n'aidant certainement pas. Quand les travaux seront finis, que j'aurai fait changé tout le monde d'opérateur, que j'aurai fait des nouveaux cours en pagaille, il se pourrait que se pointe l'ennui. Oh l'ennui Bornien n'existe pas vraiment, c'est une vision de l'esprit d'une perspective à en faire moins pour quelqu'un de jamais rassasié. Si cette perspective se profilait, l'idée qui se dessine de plus en plus n'est pas associative mais commerciale : reprendre le statut d'auto-entrepreneur. 

Je dépanne beaucoup de mon entourage, famille et collègues, collègues de mon épouse, je dépanne trop. Mon fils est en train de monter un peu en puissance en ce moment, à bientôt 14 ans il était temps, et commence à vraiment faire les choses à deux, lui les opérations simples, moi les trucs de malade. De là à faire Borne et fils, ou Borne et père, ou sa majesté et main innocente, il y a un pas qui n'est pas encore franchi mais qui commence à mûrir. On évoquait ce fameux artisan libriste qui équiperait les écoles avec du Linux, je me dis pourquoi pas lui. Après tout, ça l'intéresse, il retient, pourquoi pas une carrière à l'horizon ? 

Pensée à voix haute une fois de plus, je n'en suis pas encore là, préparer un contrôle de rattrapage pour mes élèves de quatrièmes pas foutus de faire des équations sera bien plus utilise pour l'instant.