PROJET AUTOBLOG


Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

⇐ retour index

Hardware, software, services. Mai

lundi 27 avril 2020 à 15:52

À chaque changement, il peut être intéressant de faire le point.

Le hardware

Les services « propriétaires »

Pour le dernier point, j’ai la sensation que le pour le libre c’est la fin des petits projets à papa. Je dirais que quelque part ce n’est pas plus mal parce que cela permet d’avoir le gros de la communauté qui va se tourner vers les ténors. Potentiellement c’est plus de remontées de bugs, de financement, de codeurs. Potentiellement. Dans les faits, j’ai surtout la sensation que toute la philosophie KISS qui visait à faire des petits programmes simples avec peu de fonctions a disparu au profit d’usines à gaz.

Et qui dit usine à gaz dit gestion d’un serveur personnel, dit la fin du bout de chaîne, dit l’obligation de passer par un prestataire qu’il soit un professionnel privateur, libre, ou un CHATON. Pour moi c’est du pareil au même, d’où un retour au « local ».

Votre prestataire de service, une entreprise de confiance !

Les services et logiciels libres

Et c’est tout. Vous noterez que ma partie en ligne se limite à une peau de chagrin.

Et c’est globalement tout. J’essaie de limiter au plus l’utilisation de logiciels, moins de logiciels, moins de dépendance.

Le choix épineux de la distribution Linux

J’ai toujours, à part quelques errements, toujours privilégiés deux distributions :

Si Debian avait son sens pour moi avec des postes sous Debian au lycée, souvent une machine virtuelle pour faire office de serveur à la maison, ça devient de moins en moins vrai. Je viens de désinstaller Virtualbox de mon PC sur le principe que je ne teste plus de distributions Linux. Je ne suis plus responsable informatique de mon établissement scolaire, je n’ai plus de serveur à la maison, je ne compte plus en avoir.

Debian pour du desktop, pour moi, ne se justifie pas, le délai de trois ans est trop long. Cela reste bien sûr très personnel et certains pourront se satisfaire de la situation avec des flatpaks par exemple. Au lycée, j’ai rencontré de nombreux problèmes que ce soit en version 9 ou en version 10. Ce qui à une époque pouvait justifier les trois ans d’attente sous couvert d’une stabilité sans faille, ça été vrai, ce ne l’est plus depuis quelques versions. La moralité c’est que je ne ferai pas mon retour à Debian.

La logique serait de poursuivre avec une distribution à base de *buntu, néanmoins je suis perplexe sur la suite des événements. Quoi qu’on fasse, on se retrouve avec une consommation de RAM anormale, l’orientation SNAP est mauvaise dans le sens où *Buntu devrait se positionner de façon franche sur le snap ou veiller à laisser le choix aux utilisateurs. Pour l’heure c’est trop emmêlé, ce n’est pas assez tranché. Si on rajoute la concurrence du Flatpak, on est exactement dans le problème traditionnel Linuxien du grand n’importe quoi. Je vous dirais bien que ça ira mieux dans quelques temps, mais je n’en n’a pas la garantie.

Un tour sur le classement distrowatch.

On va éliminer toutes les distributions bizarres, trop petites pas assez connues. On va éliminer MX Linux, j’avais écrit qu’une distribution qui nécessitait une réinstallation pour une montée de version était une hérésie. On va oublier Mint qui est un fork, comme on va oublier KDE Neon, toutes les distributions à base de Ubuntu. Il ne reste pas grand monde.

Souvenez-vous, j’avais installé Manjaro à l’époque. On va essayer d’être sérieux quatre secondes. J’avais rencontré des problèmes avec l’installation de Teamviewer et de Mu. J’étais aussi perturbé par la masse de dépôts aur, officiels, pas officiels et j’en passe. Je n’ai pas envie de recommencer l’expérience. La moralité c’est qu’à part tenter une Fedora, c’est un peu du Buntu ou du Buntu.

Je vais certainement tenter une passe sur Fedora.

À suivre, in the next episode.

Du libre dans mon propriétaire ou du propriétaire dans mon libre ?

dimanche 26 avril 2020 à 16:09

Comme souvent les changements de version chez moi se passent mal, allez savoir pourquoi. Il suffit de faire un écran de HTOP pour déchaîner les passions, et d’avoir globalement les réactions suivantes : Gnome est un aspirateur à mémoire. Firefox est un aspirateur à mémoire. Ubuntu c’est de la merde. Manjaro Rules.

Je vais citer Adrien D, avec qui je suis plutôt d’accord :

Concernant la mémoire et le disque, mon PC dispose de 16Go de RAM et 512Go SSD, et j’ai la fibre, donc au pire je m’en fiche mais…. Ceux qui ont de l’ADSL c’est plus long. Un PC standard aujourd’hui, c’est 4Go mini, 256SSD ou un HDD de 500Go donc ça passe. Sur des configs plus basses, les gens n’iront pas vers Ubuntu mais vers des Debian Xfce, qui seront plus légères et qui n’ont pas de SNAP (A voir avec Xubuntu).

Mon avis sur les SNAPS de Canonical

Comme Adrien D est le garçon modéré que je ne suis pas, je vais en rajouter une couche. Avec l’arrêt du 32 bits, avec une interface comme Gnome et ses effets totalement inutiles mais qui ont été choisis par Canonical comme bureau officiel faisant des autres spins ou saveurs des distributions de second ordre, avec des snaps qui bouffent une place pas croyable et qui sont pourtant une bonne idée, j’ai quelque part envie de dire quelques trucs :

Et c’est certainement sur ce dernier point que j’aimerai revenir, et illustrer par mon comportement, le ridicule d’utiliser Linux. Même si j’ai particulièrement réduit la voilure en supprimant l’intégralité de mes réseaux sociaux sauf Youtube, je vous rappelle que mes outils du quotidien en ce moment c’est ça :

On peut tourner le problème dans tous les sens, Teams est obligatoire pour mener à bien mon travail, c’est un outil conforme à la RGPD et autorisé par ma fédération du fait d’avoir un contrat avec Microsoft. Le client de Microsoft pour Linux est incomplet, Firefox est encore plus limité, si je veux donc faire mon travail, je suis dans l’obligation d’installer Google Chrome.

J’aimerais aussi préciser un point qui me paraît important en cette période. Il vaut mieux trahir ses principes que ses élèves et leur famille. Je ne me vois pas commencer à faire le rebelle en faisant ça pue, c’est pas libre. Et c’est d’ailleurs certainement l’un des nerfs de la guerre, comme je l’écrivais la dernière fois, si manger avec des couverts en plastique sauve des vies sur le court terme, on est tout à fait en droit de s’interroger sur le sens des priorités. C’est une période de réflexion, de remise en question, c’est une période où il faut se poser les bonnes questions. Je regardais à la télé, les gens qui s’étonnaient de l’augmentation de 10% du prix des légumes et des fruits, notamment des fraises. Ben voilà, c’est le prix de la fraise française puisque c’est l’agriculture française qui fait tourner la boutique. En France, le salarié a un salaire minimum, le patron a des charges, en Espagne c’est différent. Et cela fait donc partie des véritables questions à se poser, est-ce qu’il vaut mieux payer plus cher son alimentation, donner du travail à un agriculteur et des salariés, garantir son autonomie alimentaire, plutôt que de gratter au plus pour pouvoir se payer un iphone à 1300 balles.

Alors effectivement avec mon libre ridicule, je me prends à philosopher. Je ne le vous cache pas, je vais virer Ubuntu, et je vais certainement faire un retour à Debian. J’évoquais le fait qu’il fallait désormais arrêter avec Linux sauveur de vieux PC, mais aussi sauveur de vieilles technologies. Avec ce passage à la 20.04, j’ai eu la surprise de voir ceci en essayant d’accéder à mon disque partagé sur ma box. J’avais en effet renoncé à toute forme de serveurs en utilisant cette astuce simple. Malheureusement surprise.

Il apparaît assez rapidement que c’est un problème de protocole. SMB v1 n’est plus supporté dans Ubuntu 20.04. Je ne jette pas la pierre à la distribution, le problème vient de SFR, la NB6 qui est utilisée chez RED et contrairement à cet article de Clubic écrit en 2015, le protocole de la NB6 est du SMB v1, en tout cas pour la mienne. Et d’ailleurs à la lecture de quelques threads d’entraide dans le forum RED, je ne suis pas le seul dans ce cas. On notera la catastrophique participation de « Virginie Chan » qui doit faire partie des ambassadrices de la marque et qui avec ses 20.000 réponses, arrose, sans savoir ce qu’est le protocole samba. Le problème d’ailleurs ne vient pas de Linux, puisqu’en réactivant dans Windows 10 pour ma femme et mon fils le protocole SMB v1 on récupère bien l’accès au disque partagé.

Il faut savoir qu’il est possible de remettre le support de SMB v1 dans Ubuntu en éditant le fichier /etc/samba/smb.conf et en rajoutant dans global et en rajoutant la ligne : client min protocol = CORE

Malheureusement si j’arrive bien à récupérer l’ensemble de mon disque dur, j’ai l’affichage suivant :

Les fichiers sont vus comme des dossiers, impossible de se dépatouiller que ce soit en utilisant Gnome ou Thunar. Vous comprenez bien que ça commence à m’agacer. Alors effectivement, il faut jeter la pierre à SFR, et encore, d’un point de vue sécurité, utiliser SMB v1 est une hérésie. Il faut donc passer à autre chose et c’est ici que ça commence à coincer. Si, tout de même, jetons la pierre à SFR, le décodeur est mauvais, la box propose des fonctions intéressantes mais ça ne marche pas dans la grande majorité des cas. Le partage de fichiers c’est désormais terminé, comme le serveur DLNA est en bois.

Je me servais de cette astuce pour faire un backup externe à nos PC, cela veut dire que je dois remettre une machine de plus dans la partie, ce que je me refuse à faire, j’ai donc acheté une pourriture de produit Chinois que je me ferai une joie de vous présenter si je ne suis pas mort du Corona entre temps.

Je suis donc mécontent de ma Ubuntu, je fais un saut sur Xubuntu et j’ai désormais deux nouveaux problèmes si je veux dégager la distribution de Canonical, ce que je compte faire :

Pour le second, soit je repartirai de zéro ce qui n’est pas forcément compliqué, pour le premier, je ne me suis pas cassé la tête, j’ai tout foutu dans le compte Google associé à mon téléphone Android. C’est ici qu’on peut se poser la question de qu’est-ce que ça change et du compromis.

J’aime beaucoup l’analogie entre l’écologie, la voiture et le logiciel libre. Si je ne prends pas ma voiture pour aller chercher le pain, je fais du bien à la planète, je fais du bien à mon corps. Aussi infime soit le geste, je fais ma part. Si tout le monde fait sa part, on sauve le monde.

La transposition au logiciel libre est plus ambiguë. Si j’utilise radicale les développeurs s’en tamponnent le coquillard. Sauf si bien sûr je contribue, je fais de la publicité, je donne de l’argent. Car finalement on se contrefout du nombre d’utilisateurs d’un projet ou d’un logiciel, ce n’est plus suffisant. Un projet aussi libre soit-il, doit être bankable, doit offrir un service pour exister. L’économie du don c’est de la foutaise. Et je peux vous dire que dans les temps qui vont arriver, les associations qui ne sont pas prioritaires vont sucer des cailloux parce qu’on préféra donner à des causes plus nobles ou à la recherche que pour un logiciel libre.

Finalement, le choix de l’utilisation d’un logiciel, d’un service propriétaire, se fait ailleurs. Mes contacts et mon calendrier sont passés chez Google. Avant j’utilisais radicale sur mon PC et les applications de Google pour gérer sur mon smartphone au travers d’un téléphone dont l’OS est la propriété de Google. Ce n’est donc pas un véritable enjeu que Google possède mes contacts et mon calendrier qu’il possédait déjà. L’enjeu c’est finalement ma dépendance à un service. Si demain je veux faire autrement, je sais que je peux le faire. Je regrette toutefois que les alternatives à Carddav, Caldav sont tout bonnement inexistantes, qu’il n’existe rien pour du mutualisé et qu’une fois de plus tout doit passer par un serveur qu’il faut administrer ou faire administrer un autre qu’on espère compétent.

On pourra parler de volonté de libérer les populations du joug de l’oppresseur privateur quand le simple quidam pourra gérer ses outils sans avoir la compétence d’administrateur système et réseau. Malheureusement et comme on le voit, la volonté du tout cloud n’est pas seulement l’apanage du monde privateur qui a tout intérêt à ce que les utilisateurs aient moins la main sur les choses pour mieux les enfermer, elle est désormais la stratégie du libre. Collabora avec Nextcloud qui cannibalisent désormais l’univers du libre pour offrir une alternative aux suites Microsoft / Google.

Pour ma part, devoir partir chez un CHATON c’est exactement la même démarche que de payer un prestataire professionnel, Microsoft et Office365 pour ne citer que lui. La différence bien évidemment réside dans la confiance, dans l’utilisation des données, mais aussi dans la robustesse des solutions. J’en reviens donc à dire qu’il vaut mieux en avoir le moins possible, le moins dans le cloud, le plus en dur à la maison.

Pour l’heure, je vais prendre le temps avant de faire sauter ma distribution, car comme on le sait, ce n’est pas la période pour la gaudriole avec douze heures de télétravail par jour. Il n’est pas impossible que je fasse l’essai de Fedora même si ça ne m’emballe pas ou que je m’oriente vers une solution Debian + Flatpak sachant que dans un cas comme dans l’autre, ce sera la source de nouveaux problèmes. Un retour à Windows n’est bien évidemment pas envisagé, un peu de propriétaire dans mon libre plutôt qu’un peu de libre dans mon propriétaire, j’ai fait mon choix.

Et comme je suis joueur, je vous laisse avec un htop.

Je n’ai bien sûr qu’un seul onglet de Firefox ouvert, il correspond à celui qui me permet de vous écrire ce billet … Pour le reste, je n’ai qu’audacious qui tourne avec la bande originale de Nier, je vous fais partager mon morceau du moment.

Ou le théorème de plus je parle, plus je me noie

vendredi 24 avril 2020 à 07:51

La plaisanterie du jour :

Les familles qui voudront ainsi garder les enfants à la maison peuvent le faire sans être inquiétées, mais elles devront leur faire suivre un programme d’enseignement à distance, comme la fameuse « école à la maison » avec des fichiers et autres devoirs envoyés par leur enseignant.  

BFMTV je sais c’est mal mais c’était le premier sur le coup

Souvenez-vous à l’allocution de notre bon président, j’expliquais que c’était n’importe quoi. Dans mon dernier billet j’écrivais que j’étais dans la phase d’acceptation, et j’étais donc prêt à rentrer même si c’était très obscur. Que c’était même une bonne idée de rentrer. On découvre aujourd’hui que le président Macron à l’instar du Général, nous a compris, nous a entendu, et que pour éviter que dans les familles ça flippe sa race, on irait à l’école sur la base du volontariat.

On en revient donc à ce qu’écrivait le grand philosophe Cyrille BORNE, je vous le fais à la louche, je connais bien le gars : « on nous aurait dit qu’on fait garderie pour que les gens qui bossent puissent ne pas se poser de questions sur la garde de leur gosse, pas de problème, mais qu’on nous fasse pas croire qu’il s’agit là d’un acte qui vise à prendre en charge les 5% de gamins qu’on a perdu de vue. Cessons l’hypocrisie, cessons de nous prendre pour des enfants, et accessoirement pour des cons ». Finalement, en laissant le choix, on ne se préoccupe absolument plus de la situation du décrochage scolaire, on se contente de faire garderie pour les enfants qui ne peuvent pas se garder. Alors qu’il suffisait de commencer par là, tout le monde souligne la cacophonie gouvernementale.

Le gouvernement

Il serait bien évident complètement stupide de jeter la pierre dans une situation de crise sanitaire, à quelqu’un qui change d’avis. S’adapter dans pareille situation, c’est bien normal. Le problème c’est qu’à force de raconter n’importe quoi sur l’école, et de faire n’importe quoi, on se contente de rajouter du stress, de discréditer cette fin d’année, et surtout de repousser l’inéluctable : la rentrée de septembre.

Et cette rentrée il va falloir commencer à la réfléchir sérieusement puisque la fin 2019-2020 a été enterrée aujourd’hui, avec les problèmes qui vont demeurer. Comment on fait ? Et un comment on fait avec l’enquête du jour qui dit que si les gosses sont increvables ou presque au Covid, ce n’est pas le cas des lycéens, et peut-être des collégiens. Moralité, encore une étude scientifique qui tombe à pic, si on pouvait garder les lycéens à la maison, les collégiens aussi et rassurer tout le monde quant aux petits pour les mettre à l’école et que papa maman puissent faire travailler le grand capital pour que les profs ne sucent pas des cailloux ce serait formidable.

La prise de parole présidentielle devient désormais un exercice particulièrement périlleux, je plains le pauvre Jean-Michel qui travaille d’arrache-pied son retour à l’école pour un plan qui vient d’être assassiné avec le mot « volontariat ». Désormais c’est au tour des enseignants de commencer à gueuler, et ça démarre déjà. Si on fait garderie, on est présent physiquement en classe, on comprend bien qu’on va pas répondre jusqu’à 22 heures en rentrant à ceux qui n’ont pas été volontaires pour venir, ni courir après ceux qui ont décroché du système scolaire. Plutôt que de renforcer le télé-travail à distance qui, à mon sens se poursuivra pendant la prochaine année scolaire, on sème le trouble.

Oui la parole présidentielle devient désormais un exercice particulièrement périlleux, quand le gouvernement explique qu’il va falloir qu’on ne se déplace pas de région en région, à priori ce sera l’open bar cet été. Je vous garantis pour avoir encore fait mes courses dans le grand n’importe quoi hier matin, avec des gens qui venaient me faire du collé-serré aux fruits et légumes, que le 11 mai c’est l’équivalent de la victoire de l’équipe de France au foot. Et je vous raconte pas cet été où j’aurai 30000 touristes sur la plage.

C’est donc dans l’écœurement total que je finis l’année avec ceux qui le veulent bien. J’écrivais que j’avais mis un coup de pression à mes élèves de seconde en leur rappelant que dès qu’on se croisait j’évaluais, on se doute que désormais c’est impossible. Ceux qui seraient volontaires pour venir, ne peuvent pas être évalués par souci d’égalité avec les autres qui sont restés à domicile. On se contentera donc de prendre en compte la fameuse assiduité, qui de toute façon ne comptera que dans un sens : la merveilleuse bienveillance qui donne les diplômes à tous les enfants.

Quand j’aurais pu, voulu m’investir pour aller plus loin dans le télé-travail, pour amener les élèves au plus loin possible, développer de nouvelles compétences, on va tranquillement finir en sucette généralisée avec la date qui fait rire tout le monde, le 4 juillet. L’objectif paraissait incessible, désormais c’est le 4 juin qui paraît certainement trop loin. En tant que parent, et compte tenu que ma fille part dans l’enseignement professionnel agricole l’an prochain, je ne l’enverrais pas à l’école. Jouer à se faire peur est totalement inutile, au pire je lui finis l’année moi-même et je lui fais son programme de seconde dans certaines matières, ce que je compte faire pendant les vacances si on nous confine un peu.

J’ai donc l’herbe coupée sous le pied par l’incertitude du moment, mais aussi une nouvelle incertitude qui vient de se rajouter. Deux postes seraient potentiellement accessibles sur un établissement de Narbonne. Je suis en train de monter mon dossier pour l’éducation nationale, on comprend pourquoi l’informatique fonctionne mal. On me demande un gros dossier papier, les sites sont très anciens, peu fonctionnels, on me redemande bien sûr des documents que j’ai déjà donnés un certain nombre de fois. S’il apparaissait que je sois pris, réponse dans le courant du mois de juillet, je suis bon pour mettre à la benne le gros de mes cours, et tout changer. Comprenez dès lors que cela ne motive pas franchement pour s’investir dans l’année à venir.

Par contre et ce qui est sûr c’est que cela me conforte dans une utilisation faible des outils propriétaires mais RGPD proof que représente la suite Office365. S’il apparaissait que je quitte cette année le ministre de l’agriculture, c’est donc pour me retrouver avec d’autres outils. On comprend bien dès lors la notion d’interopérabilité qui est un vilain mot. Je rappelle à nouveau que l’idéal serait d’utiliser des logiciels libres et maison, de façon à ce que mes questionnaires, me suivent de partout. Néanmoins et comme on le voit se profiler très fortement, l’outil personnel quelles que soient ses qualités n’est pas un bon outil, car il ne s’agit pas d’un outil de l’institution. La RGPD aura fait finalement son chemin, mais plus fort encore, elle est détournée pour en faire une super loi, la loi unique : tout ce qui ne vient pas de ton bahut, d’un site institutionnel ou d’une boîte de prestation que l’état paye un bras, c’est pas bien. On comprend dès lors non seulement la castration pédagogique, la cassure de toute forme d’initiative chez les enseignants innovants mais surtout le principe de miser sur les valeurs sûres que sont les logiciels et les formats en dur : Libreoffice, pdf. C’est d’ailleurs assez intéressant puisque c’est une invitation à innover à partir de ces logiciels. Je verrais ce que je peux faire.

Un enseignant et sa liberté pédagogique face à la RGPD

J’ai fait hier la mise à jour vers Ubuntu 20.04. Tout s’est passé normalement. Après une mise à jour qui m’a parue bloquée, j’ai dû forcer le reset pour me retrouver en kernel panic. J’ai réussi à partir d’un ancien kernel à faire le sudo dpkg –configure -a qui va bien et nous voilà arrivés dans cette nouvelle version qui au premier regard ne change absolument rien. Le thème sombre. Ce que je trouve inquiétant c’est ceci :

Si j’ai effectivement quelques bricoles qui tournent, mais rien de bien extraordinaire non plus, la sollicitation de 6 Go de RAM c’est quand même franchement abusé. On a beau dire que Windows 10 c’est le mal, pour le travail de bureautique que fait mon épouse, avec une configuration similaire à la mienne et 4 Go de RAM au lieu de mes 16, la machine ne rame jamais. Si on a bien compris notamment avec l’abandon du 32 bits que Linux et les machines anciennes c’est bien fini, il y a certaines limites qui ne sont pas à franchir, et j’ai l’impression que c’est largement le cas depuis un moment.

Moins d’applications, ça l’a toujours été, des bugs et des anomalies ça l’a toujours été, en outre la machine à genoux et une forte consommation des ressources, c’est de plus en plus préoccupant. Enfin, préoccupant ? Préoccupant pour celui qui ferait du prosélytisme Linuxien et qui expliquerait que le libre c’est mieux et que ça permet de redonner vie à de vieux PC, c’est un problème. Pour quelqu’un comme moi qui a les moyens de se trouver une occasion à pas cher et d’y mettre 16 Go c’est un simple détail que je dois prendre en compte. La migration sur mon ordinateur portable s’est déroulée sans encombre. Néanmoins la machine qui n’a que 4 Go de RAM est forcément moins véloce. Si j’étais amené à me déplacer au lycée et faire garderie plus télé-travail, je verrais ce que ça donne en situation réelle. À suivre de ce côté-là.

Je suis peu inspiré pour faire une ronde des distributions pour se rendre compte que Debian c’est plus léger mais que pour arriver à un niveau de configuration fin c’est plus long, même si snap et flatpak changent la donne quant à la fraîcheur des paquets, ou pour tester une saveur d’Ubuntu à base de KDE ou de Xfce. Le bureau Gnome par défaut d’Ubuntu est fonctionnel même si certaines choses comme le drag and drop sont largement perfectibles. On continue donc jusqu’à la lassitude ou le bug de trop, pour l’instant c’est satisfaisant.

Si on ne meurt pas, reprendre n’est pas une si mauvaise idée

mardi 21 avril 2020 à 23:31

Lorsqu’on nous a annoncé qu’on reprenait le 11 mai suite à l’allocution de notre président, nous avons été nombreux à faire toutes les étapes du deuil :

L’idée finalement fait son chemin et a le mérite de nous avoir fait passer d’une phase où l’on pensait qu’on ne quitterait jamais son domicile à une phase où désormais on est prêt à en sortir. Mal nécessaire si on veut éviter le suçage collectif de cailloux. Et quelque chose me fait dire que dans le privé, on va sucer des cailloux plus ou moins vite sauf si l’état ne commence pas trop à compter nos effectifs, mais c’est une autre histoire. Même si effectivement, les nouvelles qui arrivent sont complètement abracadabrantesques pour reprendre l’expression de Jacques Chirac qui aurait su régler la crise en inventant lui-même le vaccin contre le Corona, l’idée a mûri dans la tête des enseignants, nous irons travailler.

Quand j’écris que les nouvelles qui tombent sont assez étonnantes, voici un exemple parmi d’autres :

Nous essayons de mettre en place différents scénarios : rebâtir les emplois du temps en fonction du volontariat des enseignants – ceux qui seront d’accord pour revenir et ceux qui préféreront continuer l’enseignement à distance

Un puissant marabout

On va commencer déjà par éliminer de l’équation, les collègues qui sont malades, qui ont la santé fragile, il y en a et pas qu’un peu. On va éliminer les collègues qui ne seront pas volontaires. On va maintenant imaginer que je me porte volontaire, parce que moi je suis chaud pour aller me confronter au virus. Cela veut dire que j’assure mon temps de présence en classe mais qui va donc se charger de la continuité pédagogique de mes élèves qui travaillent à distance ? Pour moi la continuité pédagogique en ce moment c’est du 8 heures le matin, jusqu’à 22h21 où je viens de gronder une de mes élèves qui ne m’a pas rendu son travail. Comme les gens ne mangent pas aux mêmes horaires que moi, ça n’arrête jamais, c’est à moi de poser un geste barrière en passant mon téléphone en silencieux.

On n’évoque pas les internats, on n’évoque pas les bus, on sent que ça va être un peu comme la semaine des quatre jours où le gouvernement avait fini par laisser les écoles se démerder, comme ici on va encore nous laisser nous démerder. J’écris que c’est une bonne chose de rentrer maintenant car c’est une préparation à ce que sera la rentrée du mois de septembre. Je peux donc quelque part, me la donner joyeusement et assurer mes classes tout en télé-travaillant au mieux sans chopper la chtouille et en continuant à faire tourner la maison. Néanmoins, au mois de septembre, il ne faudra pas forcément rêver et croire que je vais faire 60 à 70 heures par semaine, les transports en plus pour le même salaire. Il est donc important de rentrer pour mettre ceci à plat.

Le télé-travail j’y tiens sans y tenir. Je vais essayer de développer. J’ai des élèves qui ont de graves problèmes de santé, il est bien sûr évident qu’il ne faut pas qu’ils prennent le risque de venir se confronter au virus. Alors que le gouvernement réfléchit à casser les inégalités, rires dans la salle, ces élèves à la santé fragile seront les nouvelles victimes si tout se passe en classe. Il est donc nécessaire de fournir à ces jeunes qui n’ont rien demandé un enseignement à distance de qualité. On aura beau mettre en avant les familles défavorisées, les déconnexions internet, elles sont rares les familles sans internet. Elles sont moins rares celles qui ont fait le choix du n’importe quoi, de ne pas s’occuper des gosses, de mépriser l’école. On mettrait donc en branle la nation pour ces gens qui s’en moquent et qui ne viendront pas plus à l’école car comme je l’ai écrit plusieurs fois, ils étaient déjà perdus avant, mais on laisserait derrière des pauvres gosses qui n’ont rien demandé et qui sont nés du mauvais côté de la santé. Pour eux, il faut maintenir un enseignement à distance de qualité.

Le télé-travail n’est malheureusement pas une solution miracle, il est le reflet de ce qu’est le jeune français et sa famille aujourd’hui :

J’ai donc voulu partager avec mes élèves, la joie des retrouvailles en leur expliquant que dans tous les textes qui sortent, on nous parle du troisième trimestre et des notes qui vont avec. Dans ma classe de seconde générale qui tourne quasiment toute seule, j’ai envoyé un message incendiaire suite à un DM Python bâclé. Pour eux Python c’est le mal absolu, ils sont braqués contre Python alors qu’en maths ils posent moins de problèmes, parce qu’ils sont vieux dans leur tête et refusent la nouveauté. Ils n’arrivent pas à voir qu’il ne s’agit que des maths. Comme j’aime bien les incendier, je leur ai dit que dès qu’on se croisait dans une salle de classe, j’évaluais toute la période du confinement. Et là, je peux vous le dire, ils sont aussi passés par toutes les étapes du deuil.

C’était un mal nécessaire et ce pour plusieurs raisons. D’une part il faut préparer nos jeunes comme nous d’ailleurs, à vivre dans une situation qui n’est pas simple pendant facile deux ans. À moins que le président Chirac prenant possession du professeur Raoult invente un vaccin à base de la bière qu’il affectionnait tant, de tête de veau et de chloroquine. C’est un mal nécessaire parce que certains qui font faire le boulot par le frère, la sœur, les parents, le copain, ont pris conscience qu’ils pourraient difficilement se dérober et assumer leur manque d’investissement. Le 11 mai est un mal nécessaire, une échéance psychologique, qui, je ne vous le cache pas, inquiète quand même franchement dans la réalisation, mais chaque jour réserve son lot de découverte.

Pour l’heure c’est la reprise du télé-travail et les journées sont longues et fatigantes. Moins tout de même. On a la satisfaction de voir arriver de plus en plus d’élèves sur Teams et d’avoir des élèves qui deviennent de plus en plus autonomes. On paye le prix de l’éducation qu’on a donnée à nos jeunes. Les gamins qui vous balancent du j’ai rien compris à longueur de journée, sans avoir pris le temps de regarder si la question a été posée, sans vous donner le numéro de l’exercice, de la question.

Le fait d’avoir coupé Facebook est je le répète encore une fois, une formidable idée. Cela réduit fortement le canal de communication pour un outil que j’utilisais de façon quasi professionnelle. Du fait de ne plus être sur Facebook, quand certains élèves m’interpellaient par messenger, ils sont aujourd’hui obligés de passer par Teams. Un tri indispensable et réussi pour séparer la sphère du privé réduite à sa portion congrue et la sphère professionnelle.

Rien de bien neuf sous le soleil quant aux outils, j’attends la sortie de Ubuntu 20.04 pour voir les nouveautés, je vous donne trois astuces qui m’ont été utiles dernièrement :

Dans jdownloader la « pause » ou le ralentissement est à 10 ko/s et il est impossible de faire mieux sans passer par les paramètres avancés. Il faudra alors chercher generalsettingspausespeed et faire monter la valeur qui est en octet. Méfiance.

Pour mes billets cultures, j’ai besoin de récupérer les affiches, la plupart je les prends sur Allocine. Il apparaît alors qu’en enregistrant, les images sont en jpg, ce n’est pas le cas, elles sont en webp. WordPress ne les prend pas. Nomacs qui est ma nouvelle visionneuse par défaut et que je vous recommande chaleureusement, permet d’assurer la conversion du webp en jpg.

Dans rss-bridge qui fait toujours aussi bien le job, par défaut de nombreux « filtres » sont proposés, il doit y en avoir plus de deux cents. Pour ma part, je me suis limité au minimum, Facebook, Twitter, instagram et Youtube. Pour aller à l’essentiel, il vous suffit de créer un fichier whitelist.txt et de l’éditer de la façon suivante :

Facebook
Instagram
Twitter
Youtube

Voilà pour aujourd’hui, à chaque jour suffit sa peine, ou sa déclaration de Blanquer, c’est selon, restez curieux, restez chez vous pour l’instant !

Le monde demain quoi qu’il advienne nous app … Hummm … Non

dimanche 19 avril 2020 à 11:38

Nous n’avons pour l’instant aucune info de Jean-Michel quant aux protocoles de reprise. Ce que je sais, c’est qu’au niveau de mon établissement où nous avons un internat, certains parents nous font signe de défection pour la fin d’année et cela va poser quelques problèmes de fond. Souvenez-vous, l’école n’est pas obligatoire, c’est l’instruction. Comme on est quand même dans une situation où l’on croit que c’est fiesta la Pepa, des parents imaginent certainement qu’ils pourront ne pas envoyer leur enfant à l’école et poursuivre un enseignement à distance. Sauf que c’est ici où ça va certainement coincer, cela signifierait une demande de déscolarisation de l’enfant pour assurer la scolarité à la maison par les parents et pas par les enseignants.

Ce n’est pas si subtil que ça ce que je raconte. En effet, certains élèves suivent les cours du CNED ou les parents leur font l’école à la maison. Il n’y a pas besoin d’avoir le COVID pour ça. J’ai connu des familles il y a quelques années, elles étaient visitées par l’inspecteur pour vérifier si l’instruction donnée était conforme aux attentes de l’éducation nationale. Nous ne sommes pas dans une situation similaire, un élève qui par exemple est en classe de troisième, s’il ne revient pas à l’école, il est en faute par rapport à la loi française et relève donc d’un signalement s’il a moins de 16 ans. De la même manière comme il ne finit pas sa scolarité, on peut s’interroger sur son passage en classe supérieure. Et en parlant de ça je vous raconte pas la foire que ça va être pour ceux qui pensent faire un apprentissage l’an prochain et qui ne s’en préoccupent pas, car ce qu’il faut retenir c’est que la vie continue.

Et c’est ici que le discours est particulièrement mauvais de Jean-Michel quand il dit :

L’école est obligatoire, c’est la loi qui le dit. En revanche, c’est progressif : tout le monde n’y va pas tout de suite

Jean-Michel

Le problème dans ce genre de phrases et c’est ma principale critique dans la communication du gouvernement c’est le manque de précision. Puisque Jean-Michel a dit dans un premier temps que l’école ne serait pas obligatoire le 11 mai pour après parler d’un retour progressif, il n’est pas anormal que les gens ne retiennent qu’une partie de l’information, qui sera certainement l’école n’est pas obligatoire à partir du 11 mai.

Vous me ferez remarquer que le gars qui à l’heure actuelle est capable d’être précis, il n’est pas arrivé, néanmoins une autre organisation aurait été possible. Ici on comprend bien qu’entre les enseignants qui ont des problèmes de santé, les gosses qui ont des problèmes de santé, les problèmes de cantine, de transport et j’en passe, ça va être compliqué. Il aurait fallu dire, on fait garderie pour ceux qui sont dans le besoin, tous les profs actuellement ne sont pas logés à la même enseigne, les profs de matières générales en font plus que les collègues de sport, on assure la continuité pédagogique à domicile et des garderies dans un premier temps.

Mais comme je l’ai dit en introduction, cela ne se passera pas comme ça au départ, puisque le président et le ministre nous ont engagé dans une reprise. On finira certainement par y venir quand ça va partir en sucette et quand je vois dix jeunes hier dans une maison en bord de mer à 19 heures faire l’apéro, je me dis que ça va partir obligatoirement en sucette.

Avec du recul, je me dis qu’effectivement il faut bien faire quelque chose, parce que la situation économique va tourner à la catastrophe, et pourtant avec du recul, je me dis que la rentrée qui va se faire demain, ne va pas forcément servir de leçon à celle d’après-demain. J’entends par là que désormais il faut faire le calcul de vivre avec le virus pendant deux bonnes années sauf si on trouve le vaccin miracle ou le traitement miracle. L’expérience du Charles de Gaulle est certainement la plus intéressante, puisqu’elle montre le résultat de la propagation du virus dans un milieu où les gens sont collés-serrés.

Et qui dit collé-serré dit internat, dit salle de classe, dit transport en commun comme c’est le cas en région parisienne, dit que l’histoire des gestes barrières est une évidence mais que si tu es obligé de prendre le RER où tu as le nez planté pendant 45 minutes dans l’aisselle de quelqu’un, on n’est à pas grand-chose dans la situation du Charles de Gaulle. La moralité c’est que si cette fin d’année aussi anarchique soit-elle, n’est pas trop inquiétante, l’année scolaire prochaine qu’il faudra réinventer risque d’être beaucoup plus sportive et le gouvernement a intérêt à s’en préoccuper le plus rapidement possible.

Que ce soit dans le forum, ou que ce soit sur les sites internet, entre les inquiétudes, apparaissent le rêve de la société de demain. J’ai peu d’espoir dans la race humaine et je me dis que dès que les magasins sont ouverts les gens vont se ruer dedans, comme sauter dans le premier avion pour aller faire des photos Instagram à l’autre bout du monde. Et pourtant, même si j’ai peu de foi, sur le chassez le naturel, il revient au galop, j’ai quand même tendance à me dire que s’il faut passer deux ans dans des conditions de distanciation sociale, les mœurs vont tout de même évoluer.

Il y a pour moi deux obstacles. Le premier comme je l’ai écrit, c’est le besoin de retour à la normalité des gens et les gens la normalité ce n’est pas se poser des questions pour refaire le monde, pour essayer de vivre mieux, de s’interroger sur la nécessité de prendre l’avion ou d’avoir un Iphone à 1300 €. La normalité c’est de retrouver sa vie d’avant, et ça peut se comprendre, le déconfinement a son importance économique mais aussi psychologique, des gens sont en train de péter les plombs. L’enfermement, les gens qui vivent seuls, vont déclencher des vagues de dépressions dans le meilleur des cas, de suicides dans le pire, le premier réflexe sera de retrouver la vie d’avant, un réflexe de survie.

Le second obstacle c’est l’engagement qu’on pourrait traduire par le manque de développeurs COBOL.

Ceux qui me connaissent ou qui ont lu les archives, savent qu’il y a 20 ans j’étais développeur COBOL. À l’époque j’ai profité du passage à l’euro pour être recruté, on a embauché n’importe qui (pour preuve j’ai été pris !) et on disait à l’époque déjà que le langage était mort. L’article de Numerama est d’ailleurs très bon ce qui est suffisamment rare pour être remarqué car il évoque des problèmes que j’ai déjà rencontrés il y a 20 ans. Il m’a fallu je dirais une bonne année pour devenir opérationnel sachant qu’on était dans les spécificités de BNP PARIBAS. J’entends par là que coder chez la BNP n’était pas la même chose que coder au crédit agricole, le middleware par exemple que j’utilisais n’était pas le même d’une entreprise à l’autre. À l’époque de plus, on commençait à externaliser le code en Inde ce qui fait que le besoin de développeurs COBOL a commencé à chuter rapidement donnant encore moins envie de s’y coller. Et le problème principal, le fait que si on se débrouillait pour être capables de créer de nouveaux programmes à partir de squelettes, il y avait des parties de codes qui étaient totalement intouchables, on était forcé de demander aux vieux. Et quand je dis demander aux vieux, il s’agissait de personnes qui avaient plus de 60 ans à l’époque, qui avaient connu les cartes perforées, qui codaient en assembleur et qu’on cherchait à virer parce qu’elles coûtaient un bras.

Quand ces personnes sont parties, il s’est posé deux problèmes et c’est sur l’un d’eux qu’il me parait important de revenir. Le savoir n’a pas été transmis. À la rigueur, ce n’est pas un problème quand tu changes de technologie mais c’est ici qu’arrive le second et principal souci de COBOL et de notre société de façon générale : l’engagement. Si les gars avaient viré les vieux mais que derrière ils avaient remplacé l’intégralité du langage COBOL par autre chose, la question ne se poserait pas aujourd’hui. Les banques sont engagées dans COBOL, ce n’est pas le moment de changer de langage de programmation. Mais les questions qu’on peut se poser, c’est quand est-ce que c’est le bon moment ? Est-ce qu’un jour il y aura le bon moment ? Et si ce bon moment se présente, saisira-t-on l’opportunité de changer ?

Et c’est ici tout l’enjeu de la crise actuelle, en tout cas d’un point de vue économique. On pourrait imaginer qu’il y a ici l’opportunité de revenir à la terre française et de favoriser les cultures de notre territoire. Est-ce qu’on prendra l’opportunité ? Certains font la promotion pour leur ouvrage pour se passer des GAFAM, mais alors qu’on a besoin de communiquer est-ce que c’est le bon moment pour se passer de ces services qui ont su montrer leur efficacité et leur robustesse ? Allons plus loin. Est-ce que finalement c’est le bon moment pour se passer des couverts à usage unique, compte tenu de la crise sanitaire, ne faudrait-il pas envisager un retour au plastique jetable ?

Il y a donc tout un tas d’opportunités, d’interrogations, mais comme nous sommes dans l’urgence, que nous sommes engagés, c’est la réponse à l’urgence. On réfléchira plus tard. Les gens finiront par reprendre l’avion parce qu’on ne peut pas se permettre de se retrouver avec des milliers d’emplois en lien avec le tourisme, avec l’industrie aéronautique.

Oui il faudrait changer la société, la façon de vivre, la façon de penser, la façon d’envisager les choses, non on n’en fera rien parce que l’engagement dans le capitalisme est tel, qu’aujourd’hui on rouvre les écoles non pas pour l’instruction mais pour renvoyer les gens à la mine, parce qu’il faut bien payer les profs et le service de santé. De cette période ne sortira rien de bon, des morts, des déceptions, des divorces, plus d’enfants et de femmes battus, plus de mauvais chez l’homme. L’escalade de l’engagement, celle qui fait qu’on est allé trop loin pour revenir en arrière, on prend souvent comme exemple la guerre du Vietnam, c’est dire que la perspective n’est pas franchement réjouissante.

S’il fallait jouer les marabouts, je dirais à vue de nez :

On pourrait spéculer pendant des heures sur ce que sera le monde de demain, mais une chose est certaine, il est impossible de faire table rase du monde actuel, l’engagement capitaliste est trop fort. Ce qui est sûr c’est que le suçage de cailloux risque d’arriver dans de nombreux secteurs de l’économie où de nombreuses personnes vont devoir faire autre chose. Faire autre chose quand on ne sait faire que ce qu’on a toujours fait, pas facile. Je peux vous dire que la robotisation va accélérer le pas pour éviter dans la bienveillance que nous connaissons des grandes entreprises que la situation se reproduise et que de pauvres hommes payés une misère fassent tourner le pays. Et de la même manière, ce fameux revenu universel qu’on jugeait stupide va revenir sur le terrain politique, comme l’écologie et quelques grands débats de société.