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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Comprendre mon quotidien pédagogique

lundi 19 septembre 2016 à 19:30

Voici un tableau, il vaut ce qu'il vaut, on peut toujours le discuter, la pertinence, l'exemple, tout ce que vous voulez. Le contexte : une classe de troisième dont plus de la moitié des élèves m'a eu en prof l'an dernier. Il s'agit de rafraîchir de façon rapide les connaissances des gamins pour aller sur des terrains plus intéressants comme la médiane. 

Comprenez dès lors que la notion par exemple de classe inversée qui peut prendre tout son sens avec ce genre de document, à partir du moment où les élèves ne font aucun effort de lecture, ça limite tout de suite l'intérêt. Il s'agit d'un exemple parmi tant d'autres de mon quotidien qui interpelle quand même.

Comprendre mon quotidien pédagogique

lundi 19 septembre 2016 à 19:30

Voici un tableau, il vaut ce qu'il vaut, on peut toujours le discuter, la pertinence, l'exemple, tout ce que vous voulez. Le contexte : une classe de troisième dont plus de la moitié des élèves m'a eu en prof l'an dernier. Il s'agit de rafraîchir de façon rapide les connaissances des gamins pour aller sur des terrains plus intéressants comme la médiane. 

Comprenez dès lors que la notion par exemple de classe inversée qui peut prendre tout son sens avec ce genre de document, à partir du moment où les élèves ne font aucun effort de lecture, ça limite tout de suite l'intérêt. Il s'agit d'un exemple parmi tant d'autres de mon quotidien qui interpelle quand même.

Une histoire d'éducation

lundi 19 septembre 2016 à 08:00

Souvenez il n'y a pas si longtemps je faisais la bascule chez SOSH. Avec SOSH, vous récupérez une livebox, bon je l'avais déjà, mais dans la foulée à minima vous récupérez un forfait 2 € que j'ai eu la très mauvaise idée de donner à mon fils, j'y arrive. Mon fils a 14 ans à la fin du mois, l'an dernier il m'a vu mettre un grand coup de ciseaux dans sa carte SIM. Motif invoqué, grâce à Free et son abonnement à 2 €, je me suis rendu compte que des SMS sont partis sur le temps scolaire, c'est interdit au niveau de son établissement, et dans une soirée à 21h30 toujours en temps scolaire, à un moment où il aurait dû dormir. Alors je vois tout de suite les parents gauchistes venir me traiter de réac et vous aurez mais raison à un point totalement incroyable. Je suis enseignant, je demande à mes élèves de respecter le règlement avec leurs téléphones portables, sachant qu'en plus chez nous c'est plutôt correct, ils peuvent l'utiliser sur les temps de pause ce qui n'est pas le cas chez mon fils, charité bien ordonnée commençant par soi-même, il me paraît normal de faire appliquer le règlement à mes gosses par respect pour mes collègues de l'éducation nationale. Mon fils n'a pas été pris en traître, on en était au troisième essai, alors effectivement il était vert mais il ne l'avait pas volé. Six mois de coupure plus tard, avant la fin de l'année scolaire, je lui ai rouvert une ligne afin de récupérer le téléphone de ses camarades pour communiquer pendant l'été ce qu'il n'a bien sûr absolument pas fait. On en revient donc à SOSH, j'ai découvert que SOSH ne donnait pas le détail des appels ou des SMS à partir du moment où c'était dans le cadre de l'illimité ce qui est le cas pour les SMS ou les MMS. Je ne suis pas malhonnête et j'aurai pu lui faire croire que j'avais le contrôle, je l'ai choppé entre quatre yeux pour lui dire que malheureusement il allait falloir procéder à la confiance, ce qui me répugne complètement et que si je constatais le moindre égarement, si on m'appelle pour que j'aille récupérer son téléphone portable au collège ou que son téléphone n'est pas sur mon bureau le soir, je lui laisserai un souvenir impérissable qu'il pourra raconter à ses petits enfants s'il a encore un appareil reproducteur pour avoir des gosses. Mon gamin est très drôle, je sais pertinemment qu'il désobéira parce qu'il est couillon, et cela me met dans une position assez délicate. Il faut que je demande à un conseiller en fait car l'abonnement mobile est indissociable de la livebox. Concrètement, si je résilie sa ligne pour la faire basculer chez Free, je pense que je me résilie automatiquement de chez SOSH pour aller chez l'offre minimale de chez Orange. L'astuce est donc de réussir à migrer sa ligne chez Free et conserver cette ligne à 2 € que je prendrai peut être pour mon propre compte puisque mon téléphone fait double SIM. 

N'allez pas croire que j'ai une vision négative des gosses, de mon gosse en particulier, j'ai une vision réaliste. Si vous suivez l'open bar, j'ai raconté le retour de pronote à la maison. Pronote c'est son ENT, c'est à dire que j'ai accès à ses devoirs, ses notes, et le reste. Pendant une semaine il m'a présenté un cahier de texte vierge ou presque, à l'arrivée des codes il apparaissait de nombreux devoirs. Je n'ai pas gueulé, je lui ai juste fait remarquer que les espaces de liberté ne pouvaient s'accroître tant qu'on était pas dans le minimum syndical de la confiance. Je n'ai pas gueulé car cela fait partie du jeu, le gendarme et le voleur auquel nous jouons tous, essayer d'en faire le moins possible, de passer au travers les mailles du filet. Je n'ai pas gueulé car à son âge j'étais allé jusqu'à récupérer un mauvais bulletin scolaire dans ma boîte aux lettres et le planquer pendant 15 jours à mes parents, pour une remontée de bretelles mémorables mais qui n'aura servi à rien. Avec le recul, je me rends compte de deux choses. Mon père n'aurait pas été l'homme qu'il a été j'aurai tendu mon bulletin et peut être qu'on aurait pu parler de ma façon de travailler avec une télé allumée à côté, de la bêtise de mon acte car c'est quand même prendre ses parents pour des idiots que de repousser une échéance qui de toute façon aurait bien fini par arriver. 

Ces outils sont pratiques, comme outil de contrôle bien sûr, mais surtout comme outil de transparence. Il sait que je sais, alors ça ne sert à rien de dissimuler. Je me contrefous de savoir à qui mon fils envoie des SMS c'est sa vie privée, la seule chose que je demande c'est le respect des heures, pour lui avant tout. Un enfant qui balance des SMS à 3 heures du matin ne peut pas être en forme, réaliser sa croissance correctement, un enfant qui écrit pendant les heures de cours n'est pas concentré sur le cours. Pister la trace de mon gamin n'est pas un jeu, mais connaissant la bête, quand il reçoit un SMS sur son portable de ma part pour lui faire remarquer une sale note, la tentation de la dissimulation, du mensonge, qui est un poids bien lourd à porter disparaît, il reste alors l'échange pour comprendre pourquoi, comment, et surtout aider pour faire mieux la prochaine fois. Mon gamin qui me connaît réfléchit souvent à ce qu'il doit dissimuler, la peur de perdre ses écrans, son petit confort pour un certain temps. L'avantage d'avoir quelqu'un comme moi comme père c'est que je suis le gars le plus prévisible du monde, il connaît le tarif avant même d'avoir passé la commande, alors il pondère avec lui même, tenter sa chance ou passer aux aveux, c'est aussi ça passer à l'âge adulte, prendre ses responsabilités, se tromper, assumer. 

Travailler plus pour gagner plus qu'il disait

dimanche 18 septembre 2016 à 08:00

Je dois reconnaître que j'ai beaucoup de mal à m'intéresser à la campagne de 2017, et c'est un peu comme avec l'orientation des élèves, ceux qui ne savent pas ce qu'ils veulent faire après la troisième. Je leur dis que parfois, le plus simple c'est de procéder par élimination, si on ne se voit pas passer 8 heures par jour dans un bureau on peut éliminer pas mal de professions, si on ne se voit pas passer 8 heures dans le froid on peut éliminer aussi pas mal de professions, si on est d'une timidité maladive on peut éliminer les métiers de la vente et ainsi arriver à cerner un profil, un peu à l'envers. En politique pour moi c'est un peu pareil, il suffit de parfois procéder par élimination en entendant certains arguments de candidats. Le candidat Sarkozy a une obsession par exemple pour le travail des enseignants, et pense qu'il faut nous faire travailler plus. On a du chômage en France, on s'enfonce dans le classement PISA, l'école devient de plus en plus difficile avec des enseignants qui ont de plus en plus l'impression de faire garderie et chez cet homme c'est un discours qui est récurrent, puisqu'à l'époque de son quinquennat il évoquait déjà cette possibilité qui revient encore dans ses annonces pour sa candidature à la présidentielle. Laissez moi vous raconter ma journée de jeudi. 

Arrivé à l'école à 7h40, photocopies en masse, dépannage divers et variés de collègues pour des problèmes informatiques. Cours de 8h10 à 12h10, je passe la porte de la salle des profs on me demande d'aller regarder un vidéo projecteur qui ne fonctionne plus alors qu'il y a une formation dans nos murs. 12h35 j'ai fini de diagnostiquer la panne, 13h05 j'ai fini de manger, je récupère un cable VGA pour remplacer, 13h15 le vidéo projecteur est en marche la formation pourra se faire. 13h15 téléportation, à table on m'a dit que la grosse boîte marron qui était posée en salle des profs était certainement pour moi, c'est mon switch pour l'une de mes salles qui a pris un coup de chaud, monter les charnières pour la partie rackable, répondre à 10 personnes en même temps sur des problèmes informatiques ou pédagogiques, 13h35 je finis de monter le switch mais je n'ai pas le temps de mettre les câbles et d'arranger le réseau, téléportation je vais aux toilettes, 13h40 j'entre en cours pour finir à 16h40. Ce qui me fait donc une journée de 16h40-7h40=9 heures - 30 minutes de repas = 8 heures et 30 minutes. Je prends la route à 17 heures car pendant 20 minutes j'ai dépanné du monde en informatique et j'arrive chez moi à 18 heures sans aucun problème d'embrayage qui a pourtant été mis à rude épreuve car un agriculteur a eu la bonne idée de rouler à 25 km/heures sur une nationale bourrée dans les deux sens à une heure de pointe où il est suicidaire de doubler. 30 minutes pour prendre la température familiale, signer quelques papiers d'enfant, les devoirs ont été fait mercredi après midi, merci la profession d'enseignant, j'appelle une maman, 10 minutes, je prends conscience d'un document de quatre pages touffu sur l'état médical d'un enfant, je réponds aux parents, je fais un long mail pour faire le point sur ma classe et sur les appels que j'ai passés, j'estime que ça nous fait une heure et je corrige mes copies jusqu'à 22h30, j'ai pris le temps de manger une heure en famille. Si je fais le calcul : 8h30 au lycée + 20 minutes d'aide + (22h30-18h30-1 heure= 3 heures) me donne à la louche une journée de 12 heures de travail. 

Tout ce qui a été réalisé est payé par mes fonctions. J'ai une prime pour l'informatique, j'ai une prime de prof principal, je suis payé pour faire le boulot mais la question est toujours la même c'est une question de taux horaire et de savoir où on s'arrête. Le cas le plus probant est celui de prof principal, on a une prime de 1200 pour l'année cela se ramène sur 10 mois d'école à 120 € par mois. En ce début du mois de septembre, pour cette responsabilité, j'ai facilement franchi le cap des 10 heures, c'est vraiment pour donner un exemple, ça se ramène donc à un taux horaire de 12 € de l'heure, autant aller bosser chez Mac car ce sera certainement plus proche des 5 € d'ici la fin du mois. Et c'est ici toute la subtilité du métier d'enseignant, mais aussi du cadre, tu as un salaire, la seule chose qui compte c'est que le travail soit réalisé sans tenir compte du nombre d'heures passées à réaliser la tâche. Comme il n'y a pas de compteur, comme le travail n'est pas toujours palpable, certains vont se contenter de faire répétiteur de livres quand d'autres vont se lancer à corps perdu dans l'innovation pédagogique, à l'arrivée c'est un peu comme la mort, on est tous égaux, seul les années, l'échelon fait la différence que tu sois un glandeur ou un gars sérieux la paye est la même. 

On pourrait faire remarquer à juste titre, que le nombre de jours de vacances chez l'enseignant est indécent et rien que pour ça, le jeu en vaut la chandelle. Ça se discute. Les gens qui ont mon âge se rappelleront certainement que dans leur enfance plus ou moins un tendre, quand on rentrait avant le 16 septembre c'était presque un scandale et pourtant un soulagement pour des enfants qui n'avaient que 3 chaînes de télévision et plus de 2 mois et demis de vacances, limite 3. Les dates des vacances 2016, du 6 ou 7 juillet pour rentrer le 31 août. On me rétorquera qu'à l'époque la Toussaint et Février n'étaient pas sur des périodes de deux semaines mais d'une dizaine de jours mal foutus et pourtant c'est un peu comme le passage à l'euro, la sensation vague d'y avoir quand même laissé sa chemise avec les années. Rajoutons à cela qu'avec les très nombreuses réformes, il faut du temps pour se former, pour réaliser, j'ai pour ma part passé des vacances très studieuses quand certains ont commencé à Googler leur cours après la rentrée. 

Il ne s'agit pas de se plaindre, j'ai déjà eu une vie avant en tant qu'ingénieur, et quand je jugerai que le jeu n'en vaut plus la chandelle j'irai vendre des kebabs en bord de mer ou j'irai bosser à SPAR. Le dernier point peut vous paraître étrange avec un décalage de paye conséquent entre celui d'un caissier et d'un enseignant, les avantages et le reste, mais si on retire la route (SPAR est à 200 mètres), les frais de voiture (embrayage mon amour), le métier qui est difficile, si la maison est payée, au lieu de me faire une retraite à 65 passés avec des gamins qui seront devenus fous furieux et me casser le dos dans la voiture, j'irai servir les touristes allemands avec le sourire. Il ne s'agit donc réellement pas de se plaindre mais de voter en fait, selon un processus d'élimination. A l'heure actuelle vous avez dû lire de nombreux articles sur le droit à la déconnexion et le problème général qui vient en fait des cadres par eux mêmes. Les temps sont difficiles, on s'accroche au travail, on vit dans la culpabilité et la peur de la perte de l'emploi, on ne décroche jamais, les profs c'est pareil. Ce qui est intéressant c'est qu'alors que notre profession est totalement déréglementée et que le discours populaire de base s'arrête à "les profs c'est des faignasses qui ont 6 mois de vacances et 18 heures de cours par semaine", l'école devient le terrain de la connexion permanente avec un enseignant qui répond 24 heures sur 24. Un enseignant, pas les enseignants, car comme je l'ai précisé plus haut, j'ai certains collègues à qui je ne donne pas l'information par écrit mais verbalement car ils ne consultent pas leur boîte mail. Ainsi quand on commence à évoquer un allongement du temps de la durée de travail chez les profs c'est quand même qu'on a raté un épisode. Le gars qui connaît la situation d'une bonne majorité des profs qui est sérieuse est conscience joue la technique du canard pour éviter d'avoir à sortir le carnet de chèque et payer les heures sup qui ne sont pas sup car elles ne sont pas encadrées mais en aucun cas de parler d'augmentation du temps de travail. 

Vous noterez que j'évoque ici ma situation professionnelle seulement, je n'évoque pas le primaire où là c'est fête la plus complète. Les instits qui pour éviter aux familles dans cette école de la république où tout est gratuit de se saigner les veines organisent des ventes les jours fériés, les dimanche, les fêtes des écoles jusqu'à 2 heures du matin, afin de faire baisser les tarifs des voyages scolaires qu'elles organisent. Rajoutons à cela les parents d'élèves bénévoles qui se la donnent eux aussi pour pas un rond et on a un système scolaire qui fonctionne comme il peut sur le dos du bénévolat et de la gratuité, dès lors évoquer le temps de travail témoigne d'un grand manque de compréhension de ce qu'est l'école aujourd'hui, comme ne pas connaître le bon coin témoigne d'une méconnaissance de la vie de ses compatriotes. 

Si je ne sais toujours pas pour qui voter en 2017 et je dois reconnaître que ce n'est certainement pas ma première des préoccupations, je commence déjà à voir pour qui je ne voterai pas. 

en complément : un article de 2013 avec de la marave dans les commentaires.

Comprendre le monde de l'éducation et cette rentrée si particulière qui devient une routine

samedi 17 septembre 2016 à 08:00

Comme vous n'êtes pas sans le savoir, nous sommes en pleine réforme du collège, et c'est la foire la plus complète. Ma dernière réforme du collège c'était ma première année à Clermont l'Hérault, il y a donc 5 ans environ, on nous avait livré le référentiel dans le courant du mois de décembre et on nous avait annoncé qu'il fallait les appliquer pour le brevet de l'année courante. En gros quelle que soit la progression de l'enseignant, on changeait le programme, en retirant et ajoutant des trucs, à lui alors qu'il a été propulsé par le canon de la rentrée de se débrouiller en plein vol pour changer de trajectoire et atterrir quatre kilomètres à côté. Forcément on s'en doute, on s'écrase. Finalement car on aime jouer à se faire peur, on avait eu la bonté de décaler à la rentrée suivante mais de se planter dans le sujet de maths du brevet agricole en mettant les probabilités alors qu'elles n'étaient pas encore entrées au programme, et par le fait modifier à la volée le barème de l'épreuve. C'est ici qu'on a l'exemplarité du tout vite, j'ai eu des gamins qui sont revenus me voir pour me dire qu'on ne l'avait pas fait, donc ils ont stressé sur la copie, peut être certains sont restés bloqués, de l'autre les profs de maths dont je faisais partie à l'époque on fait la remontée pour signifier que ce n'était pas au programme, à vouloir aller vite on finit par faire mal les choses et c'est bien un spécialiste de l'urgence qui le dit. 

Dans les 8 ans passés dans le Cantal, je n'ai vécu que deux réformes. La transformation du BTA en BAC PRO qui était une logique, la transformation du BEPA + BAC PRO en BAC PRO 3 ans, qui quoi qu'on en dise aussi était une logique. Je crois que cette notion d'urgence, cette folie du changement rapide, nous vient du quinquennat du président Sarkozy, ce que l'on décrivait comme le super président. En gros dès que l'actualité était frappée d'un drame, deux jours après on avait une loi qui s'appliquait à ce drame sans tenir compte du contexte, des conséquences, du long terme. Ce phénomène de l'urgence de la mesure politique n'a pas changé et on reste dans le vite y compris et je dirais surtout dans le domaine de l'éducation où l'on voit dramatiquement la France s'enfoncer dans le classement PISA et à l'instar du gars qui est dans l'avion qui pique du nez on a plus tendance à appuyer sur tous les boutons en même temps plutôt que de chercher une démarche logique. La différence certaine entre le pilote de ligne et le type qui se retrouve aux commandes sans formation après avoir fait trois du deltaplane. 

Si votre enfant est au collège ce qui suit risque de vous intéresser, voici comment se passe désormais. A une époque on avait le livret de compétence, le LPC qui était une corvée de fin d'année que tout le monde remplissait à l'arrache car n'ayant pas de conséquences sur l'examen alors qu'il devait être bloquant pour tout élève ne le possédant devient désormais les 5 domaines de compétence et compte pour 400 points. 3 épreuves : mathématiques, sciences physiques, biologie d'un côté, histoire, français, éducation morale et civique de l'autre, un oral sur le parcours de l'élève pour 300 points, le nouveau brevet est à 700 points. 

Voici le vrai problème à l'heure actuelle, les fameux 400 points déjà que personne ne comprend rien de notre côté, je vais essayer de le faire au plus simple. Comme le livret de compétence a été un échec et que tout s'oriente vers la compétence comme c'est déjà le cas chez les primaires, il fallait se débrouiller pour coincer les profs et les forcer à faire le job, car les profs c'est pas compliqué, seule la note compte. On a donc feinté en associant à des compétences une note de la façon suivante : Maîtrise insuffisante 10 points, Maîtrise fragile 25 points, Maîtrise satisfaisante 40 points, Très bonne maîtrise 50 points. Vous pourriez me faire remarquer qu'alors ce n'est pas si compliqué puisqu'il suffit de faire le chemin inverse et à la proportionnelle sur un contrôle sur 20 associer la maîtrise qui va bien selon la note, sauf que ce serait trop beau. Si l'on prend par exemple notre bon vieux théorème de Pythagore, et bien il n'y a pas d'endroit où l'on va pouvoir évaluer la compétence "savoir appliquer une formule d'un vieux mathématicien mort", il y a la compétence sur l'interprétation des résultats. Ce qui veut dire concrètement que la mise en oeuvre, on s'en moque, ce qui compte c'est la discussion autour du résultat, un truc sur lequel on bataille avec nos élèves de terminale BAC ...

On a donc ces compétences qui ne sont pas simples, le travail de groupe, la capacité de l'élève à s'organiser, certaines notions qui en fait sortent du cadre de l'école et qui nécessiteraient de mettre des caméras chez lui. Et si ces notions ne sont pas simples, se rajoute une complexité supplémentaire, l'orientation de l'élève basée sur les bonnes vieilles notes à l'ancienne. Car et c'est bien ici le problème, ce nouveau livret est encore une fois ambitieux et quand tous les parents deviennent chèvre parce que leur gamin de 15 ans n'est pas foutu de préparer son sac, la vision théorique qui est faite est totalement idyllique. Concrètement si on en revient à notre bon vieux Pythagore qui fait toujours partie des programmes, de ce côté là il est increvable, il faut bien évaluer quand même quelque part que le gosse est capable de faire un Pythagore. Pénaliser un élève qui saurait faire du Pythagore mais qui a du mal à interpréter le résultat c'est pénaliser un ouvrier qui travaille sur une chaîne de montage et qui ne serait pas capable de construire l'intégralité de l'avion alors qu'il fait parfaitement sa tâche. Ici encore, on sent qu'on a zappé les professionnels qui existent pourtant dans l'éducation nationale et pas seulement dans l'agricole pour un "diplôme" qui serait purement intellectuel. Je me suis perdu et je reviens. J'écrivais donc que l'orientation était encore basée sur les notes. Cela signifie que nos contrôles sont en double notation, d'une part la note traditionnelle qui va quand même valoriser le gamin qui sait faire son Pythagore mais qui a du mal à philosopher derrière, d'autre la compétence pour le DNB.

Un peu plus loin. J'évoquais plus haut les fameux cinq domaines, et le bon sens aurait voulu qu'à l'instar du fameux livret de compétence on nous livre un document de cinq pages avec l'intégralité des compétences à évaluer sauf que si vous cherchez Livret de Compétences DNB 2017 et bien vous ne trouvez pas le bon livret à papa en PDF. Car le problème, c'est que si vous avez du baratin dans le descriptif des domaines, si tout le monde n'a pas exactement la même chose, cela signifierait qu'il y aurait une interprétation pédagogique de la chose. J'ai donc téléphoné au prestataire de service qui gère notre ENT pour trouver des gens qui sont en gros dans la même panade que nous, sachant que comme nous ils sont aux premières loges. Et oui, il faut bien que les enseignants puissent saisir les compétences quelque part, donc dans l'ENT et c'est là que je pense, j'ai vu la lumière : Livret Scolaire Unique, le LSU auquel il faut rajouter numérique. Le LSU est un livret, numérique, accessible aux parents, et dans lequel figure les compétences de l'enfant du CP à la fin de troisième. On peut alors supposer que les compétences de troisième sont celles qui seront utilisées pour le DNB. Ces compétences semble-t-il ont été éditées par l'éducation nationale, le problème c'est que pour les intégrer à l'enseignement agricole il faut le logiciel SIECLE de gestion des élèves que nous n'avons bien évidemment pas. 

Si vous n'avez rien compris, c'est normal, si cela ne vous intéresse pas je peux le comprendre mais sachez que c'est une préoccupation qui devient obsédante et préoccupante pour nous. A aucun moment quelqu'un ne nous a pondu le guide du DNB 2017 de l'évaluation à l'alimentation des ENT pour le livret, la spécificité traditionnelle de l'enseignement agricole où les enfants passent le même diplôme que dans l'éducation nationale mais que personne ne sait comment ça marche pour vous et qui vous êtes (l'enseignement agricole ? Attendez je demande à un responsable). Les évaluations ont commencé, comme certains collègues ne se sentent pas totalement concernés car rien n'est clair, ils n'ont rien prévu en évaluation de compétence et feront comme d'habitude à l'arrache, difficile d'expliquer aux familles quand ce n'est pas clair pour nous. Et puis, ce DNB qu'on pensait voir disparaître, ce DNB qui ne détermine en rien l'affectation des élèves pour leur futur établissement, se transforme en gouffre à travail supplémentaire alors qu'il n'a aucune incidence sur l'avenir de l'élève et c'est ici qu'on se rend compte qu'on est encore dans la création de problèmes.

Car, si on voulait vraiment que tout le monde entre dans cette réforme, il aurait fallu au moins deux ans pour la préparer. Un an comme nous l'avons eu pour voir apparaître les textes définitifs dans la fin de l'année scolaire 2016, 1 an supplémentaire pour que les formateurs passent de partout pour répandre la bonne parole. Seulement une année supplémentaire nous aurait amené vers 2018 avec obligatoirement un changement de ministre puisque les élections seront passées par là. Si on voulait vraiment que tout le monde entre dans cette réforme, on aurait été clair, on aurait laissé le temps mais on aurait surtout mis un enjeu. Que l'élève réussisse ou non son DNB, il connaîtra son orientation parfois même avant d'avoir passé l'épreuve, quel intérêt dès lors de se la donner. Je ne pense pas que ce soit un phénomène qui soit propre au sud, mais ici le taux d'absentéisme pour l'examen est important, que dire des élèves qui posent le stylo au bout d'une heure pour partir le plus vite possible en vacances. 

Tout ceci ne fait que contribuer à l'épuisement d'une population déjà épuisée, les profs, ces gens qui étaient enseignants, qui sont devenus éducateurs, désormais maîtres incontestés de la high tech et qui n'arrivent pas à suivre le train qu'on essaie d'imposer, pas réellement en adéquation avec le jeune d'aujourd'hui, sa famille la société. Rarement je n'ai vu une rentrée aussi difficile d'un point de vue professionnel, avec peut être fait du hasard des collègues absents, fatigués, pas seulement dans mon établissement mais partout autour, dans des écoles, des lycées, des collèges. A l'heure actuelle, nous pilotons sans les outils de navigation et dans une grande tempête, les pilotes chevronnés savent qu'on finit tôt ou tard par voir la lumière ou finir par s'écraser.