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Le Blog de Cyrille BORNE

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L’abbé Pierre contre les survivalistes

lundi 25 mai 2020 à 18:52

L’une de mes voisines qui vit à Montpellier était présente ce week-end, elle est passée nous saluer, apéritif oblige avec les distances de sécurité qui s’imposent. Une autre de nos voisines avec moins de distances de sécurité puisqu’elle a eu le COVID débarque, les deux dames ont 70 ans bien tassés, ROUND ONE ! FIGHT !

À ma gauche ma voisine de Montpellier, gauchiste, bobo, écologiste, à ma droite ma voisine beaucoup plus terre à terre et qui vend des bouquins sur Amazon. Forcément ça commence à partir en sucette mais de façon courtoise comme les dames d’un certain âge éduqué savent le faire.

À une époque je vous aurais dit que la solidarité c’est ce qui devrait être le moteur. Je reste convaincu que la solidarité est indispensable, mais néanmoins une solidarité un peu plus calculée, un peu moins débridée, une solidarité avec les gens qui vont bien. Ma voisine disait qu’essayer de sauver sa peau dans un monde qui crève la bouche ouverte c’est un non-sens. C’est un discours qui peut s’entendre et qui peut même se voir au cinéma. Qui aurait envie d’un monde post apocalyptique, d’un monde de zombis, d’un monde ravagé par la maladie, un monde où ce n’est plus la vie mais la survie ? La question sous-jacente dans cette réflexion c’est finalement, faut-il envisager de tous mourir ensemble que de survivre dans un monde pourri. Est-ce que ça vaut vraiment la peine de se ruer sur les rayons de pâtes quand il n’y aura de toute façon rien à manger derrière, est-ce que ça sert à quelque chose de repousser l’inéluctable ?

Il est évident que face à un monde qui crève la bouche ouverte, il est fort à parier qu’il vaut mieux jouer la carte de la solidarité, de façon à obtenir un mouvement d’ensemble, un mouvement efficace que de faire son truc dans son coin. Il n’y a pas si longtemps, je vous aurais dit que c’est évident, je suis de plus en plus sceptique. Peut-on sauver des cons ? Peut-on sauver des gens qui ne veulent pas être sauvés ? Se sauver, c’est peut-être déjà un défi trop important pour essayer de sauver le monde.

Sur mon dernier billet, dans les échanges sur le forum, je crois que nous sommes quelques-uns à arriver à la conclusion, en tout cas pour l’éducation, qu’il devient désormais inutile de s’acharner à sauver des gosses qui s’en foutent. J’ai bataillé pendant toute la période du confinement pour faire vivre mes classes, certains élèves ont parfaitement joué le jeu, pour d’autres entre la négligence et les abonnés absents, je n’ai rien pu faire. L’une des problématiques de mon métier, c’est la culpabilité. On essaie de vous faire comprendre qu’on peut toujours faire mieux, toujours faire plus, et c’est faux. Vous ne pouvez pas sauver un élève qui refuse l’aide que vous lui donnez. Je viens de le comprendre il y a peu, après m’être échiné pendant des années à essayer de sauver tout le monde.

La moralité est alors évidente, plutôt que d’essayer de faire travailler quelqu’un qui ne veut pas, autant se concentrer sur ceux qui veulent. Je mettrai tout de même un bémol, lorsqu’on se retrouve face à des familles qui sont désarmées mais qui mettent le paquet pour un jeune qui ne veut rien faire, il me paraît légitime de les accompagner dans leur démarche. Car si un adulte qui ne veut rien faire est une cause perdue, le jeune quant à lui est avant tout le résultat de son cadre familial. On ne s’étonne pas de savoir que les élèves qui ont fait le job, sont les enfants qui sont dans un cadre familial qui va bien. Dès lors, la fameuse relation tripartite entre l’école, les parents et l’enfant fonctionne. Les gosses qui essaient de s’en sortir dans des contextes familiaux déconnants, tiennent plus de la légende urbaine que de la réalité, des histoires pour faire des films.

On ne sauvera donc pas tout le monde, il faut aider ceux qui veulent survivre, ceux qui veulent s’en sortir. Je vais certainement me répéter mais c’est certainement pour ça que le logiciel libre à papa se prend un four.

On aura beau vanter la victoire du libre avec l’arrivée de services libres pendant le confinement et pourtant à y regarder de plus près, on précise bien que ces services sont provisoires. Si effectivement il y avait une pérennité, on pourrait parler de changement, de compréhension du problème de l’omniprésence des GAFAM dans l’éducation, dans l’industrie, dans tout, ces services qui ont permis au monde de tourner sans ciller. Malheureusement, un parfum de retour au monde d’avant me fait dire que rien ne changera de ce côté-là non plus. Pas de prise de conscience de l’importance d’une autonomie informatique au même titre qu’alimentaire ou d’un système de santé qui ne crève pas la bouche ouverte, d’une éducation forte avec les moyens d’agir.

Pour ma part, la réalité est ailleurs, le désaveu des « makers », que ce soit les fabricants de visières qu’on accuse de concurrence déloyale, les couturières qui ont fabriqué des masques gratuitement, ou encore les ingénieurs qui ont fabriqué des respirateurs à partir de masques Décathlon qui n’auront pas le prix Nobel, le monde de la solidarité a pris une belle grande claque dans la gueule.

C’est finalement le même combat, à quoi bon essayer de faire comprendre l’intérêt de la réparation, du logiciel libre, de Linux, à partir du moment où la reconnaissance n’y est pas, que tout le monde s’en fout, et que vous prenez en plus le risque de partir en prison pour travail illégal. À l’instar de ces élèves qui ne veulent pas être sauvés, je laisse les gens avec leur MAC, avec leur PC qui ne marche pas, je m’éloigne de toute forme de solidarité, qu’ils aillent se payer un réparateur. Ici encore, je préfère mieux réserver mon art à mes proches, ou à ceux capables de renvoyer l’ascenseur d’une façon ou d’une autre. Les survivalistes fonctionnent d’ailleurs de cette façon, chacun apporte sa compétence à la collectivité, celui qui sait réparer s’occupera de la tondeuse de celui qui cultive.

Et c’est dans cette démarche bien particulière qui m’amène à me faire la réflexion suivante, celle de l’État providence qui s’est lancé dans la quête du sauvetage de toutes les entreprises. Les librairies vont mal, les libraires sont visibles, car ils ont une plume et savent s’en servir.

Demain ton libraire

La période du confinement a montré le succès du livre numérique, et on aura beau reculer l’échéance, les librairies sont vouées à disparaître. Si vous voulez une autre prophétie apocalyptique, les boutiques Micromania sont appelées à mourir. Vous lecteur de ce blog, ne seraient pas choqués le jour où Micromania ferme car vous connaissez l’évolution et le fonctionnement de ce marché qui n’en finit pas de se dématérialiser. Je n’ai pas regardé si la PS5 avait un lecteur optique, mais on sait pertinemment qu’on s’oriente vers la disparition du jeu matériel tel qu’on l’a connu, du marché de l’occasion dans le jeu vidéo, pour aller vers les abonnements comme le marché du disque. Les disquaires n’existent plus ou sont devenus des boutiques hyper-spécialisées avec de la vente de vinyle par exemple. Pour combien de temps encore ? Il faudrait donc donner des centaines de millions d’euros pour sauver le livre. C’est un mensonge, ce n’est pas le livre qu’on veut sauver c’est son industrie, éditeurs et libraires qui n’ont pas su transformer des professions vouées à disparaître.

Certaines industries du loisir ont su se réinventer, je pense notamment au secteur du jeu de société où tu gagnes aussi mal ta vie que dans le domaine de la bande dessinée. Et pourtant, les gars ont tout compris, les vendeurs font leurs chaînes Youtube pour montrer les jeux, assurer la vente physique et en ligne. Le monde du livre mérite de mourir, je ne parle pas de l’écriture car c’est un autre débat que j’ouvrirai quelques lignes plus loin, tout simplement parce qu’il n’a pas eu la capacité de se réinventer, préférant mieux demander la solidarité que d’apprendre à survivre pour mieux vivre demain.

Le blog a connu un léger frémissement pendant la période du confinement, mais avec le déconfinement, des week-ends à rallonge, le retour du soleil, j’observe une baisse inéluctable. Le blog est un médium désormais obsolète et à l’instar d’un logiciel libre que j’ai trouvé inexistant durant le confinement, je n’ai pas l’impression que mes pairs ont plus partagé, ont plus profité de leur temps de disponible pour écrire quand sur Youtube ça envoyait à tour de bras.

À l’instar de ce que je viens d’écrire sur la survie, il faudrait que je me réinvente, que je me renouvelle, que j’assure une présence sur les réseaux sociaux, que je fasse des vidéos en souriant. Contrairement à certains, je n’attends pour ma part aucune solidarité et j’accepte le funeste destin qui m’attend, celui de disparaître dans le cimetière des éléphants. Il y a néanmoins un petit quelque chose qui me fait sourire au moment où j’écris ce billet de mille cinq cents mots, c’est d’être le dernier sur la piste de danse. On essaie ?

Ni la fin du monde, ni le changement c’est maintenant.

vendredi 22 mai 2020 à 16:56

La fin du monde telle que je l’attendais avec la seconde vague n’est pour l’instant pas arrivée. Ce n’est pourtant pas la faute aux gens d’y mettre toute la bonne volonté du monde pour chopper la chtouille. On a découvert qu’il y avait beaucoup de gens qui vivaient à moins de 100 km de chez nous, des gens qui vivent à 300 km aussi. Certainement des gens qui ont de gros problèmes de géographie. Ah bon monsieur l’agent ? Toulouse est à 170 km de Saint-Pierre la Mer ? Même à vol d’oiseau ? Et un gros oiseau qui prendrait des raccourcis ? Paris pas à 100 km de la Méditerranée ? Pas possible, si on m’avait dit …

Bien évidemment le manque de civisme chez moi ne s’arrête pas à des petits problèmes de géographie. Il apparaît que lorsqu’on demande d’appliquer la règle absurde qui dit que la plage c’est réservé au sport et donc que tu t’assois pas sur la serviette, on ne s’étonnera pas de la désobéissance que j’aurais presque envie d’approuver. Il est très difficile de faire accepter les règles à la con, celle-ci est typique. Le gars a le droit de pêcher assis, les gens n’ont pas le droit de rester sur leur serviette. On ne s’interroge pas sur la distanciation sociale dans les transports en commun, ou dans le rayon fruits et légumes d’un hyper, mais la plage et ses grands espaces, ne seraient pas gérables.

Alors quand on sait que les gens ont repris leurs bonnes vieilles habitudes, la bise et la poignée de main en moins qui emmerdaient tout le monde, et de voir le nombre de cas décroître, on a envie d’imaginer comme dans un scénario de film catastrophe que le virus va partir comme il est venu. On va peut-être miser sur une seconde vague qui arriverait au mois de novembre, personne a l’heure actuelle n’est capable de faire un pronostic.

Le déconfinement a eu des effets catastrophiques, pas d’un point de vue sanitaire mais éducatif. J’ai dans le courant de la semaine dernière envoyé un message aux parents de mes élèves de seconde pour dire que je jetais l’éponge et que désormais me rendait le travail qui voulait. Avec le déconfinement, des parents ont repris le chemin du travail, faisant confiance à leur gosse pour qu’il fasse le job. Avec le déconfinement, les gosses livrés à eux-mêmes reprennent leurs vieux travers, manque d’autonomie, aller chez le copain, la copine, traîner, mentir sur ce qui a été fait ou non. Oui, tu peux avoir 17 ans et avoir encore besoin d’un flic parce que tu n’as pas compris la vie.

Des élèves déconfinés

L’absence de notes ou de compétences, ou disons de toute forme d’indicateurs qui permet de voir où en est le gosse, pour lui et ses parents, aura signé l’arrêt de mort de cette année scolaire 2019-2020. Sur le message envoyé, un message explicite pour dire que je prenais les retards, le travail négligé, l’absence complète de questions ou même parfois le non rendu comme un manque de respect. C’était un message fort, un message qui doit interpeller, c’était le but. À peine un quart des parents a réagi pour m’interroger quant aux productions de leur enfant.

Au bout d’un moment, on ne peut pas faire le travail à la place des enfants qui ne perçoivent pas l’importance de l’autonomie, de la relation à l’adulte, et j’en passe, de l’autre on ne peut faire le travail à la place des parents. Tu as un prof consciencieux, le gars qui fait le job, le gars qui communique régulièrement qui envoie un message pour dire qu’il est écœuré, tu es interpellé, tu questionnes, tu demandes, tu vas à la source, tu envoies un message pour savoir où ça en est.

L’absence de communication dans l’équipe et de réunions que nous ne faisions déjà pas en présentiel prend un tournant dramatique, nous vivons tous dans l’isolement sans pouvoir appliquer de stratégie commune. Je sais que ma collègue d’anglais était verte quand elle a reçu le travail demandé en espagnol parce que la gosse s’en fout tellement qu’elle ne s’interroge pas sur la langue de l’exercice. Si je ne communique pas avec certains collègues qui se comptent sur les doigts d’une main, je fais voguer mon navire tout seul ce qui est contraire à la notion d’équipe pédagogique qui n’existe plus. Tout le monde a donc fini par jeter l’éponge, désormais tout le monde s’en fout.

D’un naturel plutôt pessimiste ou objectif, j’ai envie de me dire qu’il sera difficile de faire une rentrée traditionnelle au mois de septembre. Comme je l’ai écrit la dernière fois, cette reprise au mois de mai ne serait que l’entraînement pour la rentrée du mois de septembre. Et pourtant, alors qu’on nous dit que le virus tient la forme en été, de voir les gens faire n’importe quoi, combiné à une baisse significative des chiffres laisse penser que d’ici peu de temps à ce rythme, le virus sera derrière nous. Il est certain qu’il vaudrait mieux, car à la vue de la reprise catastrophique où le gouvernement a totalement raté sa cible, avec les gosses qu’on voulait voir revenir qui sont encore chez eux ou à traîner dans les rues, si septembre ne se déroule pas de façon « normale » on va perdre de façon plus ou moins complète un bon nombre d’enfants.

Mais oui je l’ai fait mon devoir de maths, mais j’ai plus de connexion internet c’est pour ça

Je dois reconnaître que je suis lassé par cette situation qui aurait pu être largement plus bénéfique et qui sera certainement une parenthèse avant un retour à la vie d’avant. Qu’ont fait les français pendant le confinement, avec ce temps libre après lequel ils courent ? Regarder plus la télé.

Alors qu’on a la possibilité de mettre un point précis sur les dysfonctionnements des uns et des autres, de réorganiser certaines réunions en télé-travail, rien n’avance. Hypocrisie, mensonge, pour justifier qu’on n’a pas fait le job, pour justifier que c’est compliqué, quand des gens réclament une véritable réflexion sur le changement, je me dis que tout ça n’aura servi à rien dans la tête des gens. Quand des gens disent que le confinement aura changé leur vie, j’ai beaucoup de mal à y croire.

J’annonçais que je posais ma mutation pour partir sur Narbonne, à priori c’est mort. Il faut dire que c’est assez mal engagé pour le personnel du ministère de l’agriculture qui quel que soit son motif passe derrière les gens de l’éducation nationale. La faute à pas de chance, une collègue m’est passée devant, elle peut avoir moins d’expérience que moi ça ne change rien, elle est de l’éducation nationale, moi de l’agricole, bande de racistes. Je vais donc signer pour une année de plus dans mon établissement et je dois le dire c’est sans joie aucune. Il me sera difficile de retourner au contact avec certaines personnes, faire comme si de rien n’était. Encore heureux que la bise et la poignée de main sont terminés. Les profs principaux qui n’auront pas donné signe de vie pendant plusieurs mois et du côté des élèves pour assurer les orientations et du côté des profs pour savoir comment ça se passe, ceux qui n’auront rien donné comme boulot et j’en passe. Bien évidemment, c’est une période qui est propice au jugement et il m’est difficile de me refaire.

Néanmoins, de la même manière que je prévoyais l’apocalypse pour cette reprise du 11 mail, il est fort à parier que je me sois trompé et que je me suis trompé aussi sur moi-même. La coupure avec les réseaux sociaux dans lesquels je voyais mes élèves, mes anciens élèves et mes collègues a finalement un effet salvateur qui permet de casser un lien qui n’a pas grand-chose de sincère. C’est une expérience sociale que j’invite tout un chacun à faire, coupez-vous du monde tel que nous le connaissons des réseaux sociaux traditionnels pour voir qui vous enverra un mail ou un SMS. Cela permet de faire du tri dans ses relations.

Je me rends compte que je suis en train de changer, d’infléchir certaines positions, encore une fois. Si au départ ça me rendait malade d’avoir des élèves qui ne rendaient pas le travail, aujourd’hui je m’en tamponne et je prends le problème à l’envers. J’ai fait le maximum de mon côté, si les enfants et leurs familles s’en foutent, je n’ai aucun moyen de pression, de faire levier. À la sortie c’est moi qui me rends malade. Je préfère consacrer mon énergie à ceux qui veulent, et c’est valable pour tous les domaines. Les gens qui me contactent pour prendre de mes nouvelles, mes véritables amis, tout comme les élèves qui sont encore au turbin. J’ai passé une bonne partie de mon dimanche après-midi à débloquer une élève sur Python, je suis content d’avoir pu répondre présent à son appel. J’apprends à fermer les yeux, tourner la tête, mais ce n’est certainement pas pour cela que je serais laxiste. Les appréciations que je mettrais au troisième trimestre seront dures pour ceux qui n’ont pas fait le travail, l’enseignant que je serais en septembre prochain sera largement plus intransigeant que les dernières années. La fête est finie, la fausse bienveillance aussi, la culpabilité, la compassion, pas de quartier.

En cette journée, comme je l’ai écrit auparavant, je n’ai pas changé grand-chose à mes habitudes. Mon épouse voulait faire quelques magasins, je pense qu’elle en sera dégoûtée pendant un moment. Ce qui est symptomatique de cette période c’est le ridicule et le long. Dans un magasin de sport, j’écoute avec perplexité le discours du vendeur qui explique qu’on fait reposer les vêtements et les paires de chaussures pendant 24 heures après contact avec le client. Bien évidemment le premier réflexe c’est de se demander d’où sort le 24 heures, peut-être une théorie soufflée par le professeur Raoult mais surtout de se demander comment ça peut être viable. D’une paire de chaussure à l’autre, ma taille varie du 43 au 45. Cela veut dire que pour une paire que j’essaie c’est potentiellement trois paires que je passe. Pour satisfaire la demande des clients, il faudrait imaginer des stocks franchement conséquents. Je ne vois pas dire au client, désolé votre taille repose pendant 24 heures passez demain, ou encore mettre un coup de nettoyage approfondi pour que vous puissiez essayer les chaussures. Chez Electrodepot, mon épouse voulait des torchons, ne réfléchissez même pas sur le côté bizarre, je le partage. J’avais des appareils électroniques qui ne fonctionnaient plus. Port du masque obligatoire, mais la distance sociale n’était bien sûr pas respectée. Le magasin dépouillé, les rayons étaient vides, on en vient à se dire que comme la majorité des produits sont fabriqués en Asie, ceci explique certainement cela. La reprise économique c’est certainement pas pour tout de suite, et encore moins dans ces conditions, ma femme m’a dit qu’elle allait acheter sur internet. Chassez le naturel …

Le second tour des élections qui s’approche, l’insouciance qui est de retour, les grands débats philosophiques autour du monde de demain s’éloignent doucement en même temps que les températures augmentent et que le nombre de morts diminuent. On ne mourra donc pas du COVID, pas tous, un avertissement de mère nature parmi tous les autres qu’on n’aura pas entendu jusqu’au prochain qui nous sera fatal. Je sais que pour ma part, je ne m’attendais pas à vivre ça, j’ai tendance à me dire que tout est désormais possible dans le mauvais, plus que dans le bon. Il me paraît évident que notre espèce est condamnée à mourir, elle a appuyée toute seule sur le bouton de la guillotine.

Au niveau de mon établissement et dans l’attente de la confirmation du ministre qui devrait donner un avis à la fin du mois de mai, une reprise s’annoncerait pour le 4 juin. On imagine qu’il n’y aura pas grand monde ou presque. Nous comprenons ici que lorsque les plus jeunes ont 13 ans, ce n’est plus une histoire de s’occuper d’eux dans la journée de peur qu’ils mettent le feu à la maison. Ceux que les parents ne supportent plus, ou qu’ils n’arrivent pas à faire travailler, un soubresaut peut-être de conscience après avoir vu son gamin ne rien faire pendant des mois. Ceux qui ont l’espoir de retrouver leur camarade et qui vont vite déchanter dans la chaleur avec un masque sur la tête. Car il y aura certainement dans les franches rigolades de l’été, une interrogation sur la climatisation qui pourrait brasser de l’air contaminé.

Je continue donc à ce rythme, pour les quelques gamins qui travaillent encore, il y en a, dans cette situation que je trouve de plus en plus inconfortable où l’on aimerait mettre tout le monde en vacances pour cesser enfin ce simulacre d’école.

Cultures, épisode 59

samedi 16 mai 2020 à 16:14

J’ai découvert l’attaque des titans par mon fils qui m’avait demandé de lui trouver l’intégrale, j’avais obtempéré en pilotage automatique. J’ai redécouvert l’attaque des titans en faisant le jeu sur PS3, les ailes de la liberté.

D’un coup, des titans sont apparus, et les habitants n’ont eu d’autre choix que de se retrancher derrière des murs gigantesques. On ne peut pas communiquer avec les titans, les titans n’ont pas d’appareils génitaux, n’ont pas d’appareils digestifs et n’ont pour seul but que de manger les humains, même pas pour se nourrir. On va suivre l’aventure de trois orphelins dont le rôle est de protéger la ville. Les titans possèdent un point faible, derrière la nuque, une zone de un mètre sur dix centimètres. Ils sont équipés de sabres, de harnais et de propulseurs qui leur permettent d’arriver à cette fameuse zone.

Le jeu reprend globalement les sept premiers tomes, je vais devoir spoiler un peu pour expliquer l’histoire. L’un des personnages principaux, Eren, se fait manger par un titan, une tragédie. Sauf que les choses ne se passent pas comme prévu, il se transforme à son tour en titan et se met à marave les autres. Il apparaît de la même manière, un titan fille qui serait elle aussi un humain, et qui cherche à kidnapper Eren. Le jeu est franchement bien foutu, dynamique, et ça marave dur. Fritter les géants c’est franchement sympa, parcourir la ville pour sauver des soldats remplir des objectifs, on s’amuse beaucoup. C’est assez étonnant de fluidité, original et avec un scénario assez passionnant.

Car à part cette histoire glauque, dans laquelle les gens meurent par centaines, une action bien dosée notamment sur les premiers chapitres, l’intérêt de l’attaque des titans c’est bien évidemment son histoire et les mystères qui l’entourent. D’où viennent les titans ? Qui a bien pu construire la ville ? Pourquoi certains humains ont la faculté de se transformer en titans.

Malheureusement on en revient à la remarque que j’avais faite la dernière fois sur les mangas, le côté niais, et le côté qui s’embourbe. J’ai dû franchir le tome 15 et cela devient très très lourd. Quand le manga était très efficace, carré, bourrin, les considérations philosophiques des personnages sur leur rôle, s’ils sont gentils, s’ils sont méchants, c’est insupportable … La série de mystères et d’intrigues n’en finit pas de se rallonger et on comprend bien que ce n’est pas pour le plaisir du lecteur mais bien pour faire tourner la machine à cash. Vous avez des pages et des pages inutiles, des détours qui ne font que rallonger l’histoire au détriment de son intérêt. À ce jeu-là c’est certainement Dragon Ball qui s’en sort le mieux, même si on peut trouver ridicule la douzième transformation de Saiyan pour lutter contre un méchant encore plus puissant, au moins ça marave.

Il semblerait que l’anime qui en est à sa saison 3 soit plus efficace, du fait d’être plus synthétique. L’attaque des titans a démarré en 2009 et il est encore en cours, 11 ans ça commence à faire long, je n’aurais certainement pas la patience de lire l’intégrale. Je finirais par me trouver un résumé de la fin dans dix ans s’ils finissent.

Edit plus tard : j’ai fait l’effort de lire la suite et de passer cette grosse traversée du désert psychologique. C’est bluffant. Je me plaignais que ça réfléchissait trop et qu’on rajoutait des secrets, toute la suite n’est qu’une grosse baston gigantesque avec des explications très claires, c’est franchement plaisant et passionnant. Suffisamment rare pour être remarqué, l’auteur a su remonter la pente. Reste à savoir combien de temps il arrivera à tenir le lecteur en haleine, le manga aurait dû s’achever il y a déjà quelques années mais profit oblige, il a été prolongé.

Dans une ambiance toute aussi gore, splatterhouse est un jeu qui aurait pu être rigolo comme tous les beat them all un peu décalés. L’action démarre très rapidement, vous êtes dans un manoir sans savoir pourquoi, vous vous videz de votre sang, et curieusement un masque posé à côté de vous vous permet de vous transformer en gros type super musclé qui peut tuer tout le monde. Le personnage n’est pas sans faire penser à Jason, le tueur de vendredi 13. On frappe, on démembre, on enchaîne les salles qui n’apportent pas leur lot d’originalité, on tue un boss puis un second et on s’ennuie profondément. Je suis arrivé dans le deuxième monde, celui de la décharge, malgré la possibilité d’apprendre de nouveaux coups ou trouver des armes au sol, difficile de réussir à accrocher à un jeu aussi répétitif.

J’ai donc comme vous l’avez compris, repris plus ou moins le chemin du manga. Finalement l’offre de la bande dessinée franco-belge est quand même plus pauvre ce qui est un avantage pour faire des choix. Pas de malentendu, je trouve que la bande dessinée franco-belge est plus intéressante que le manga, c’est tout simplement que la production est moins importante par rapport à la masse de mangas disponibles. Pas évident de réussir à faire son choix, encore moins quand on voit que certaines séries en sont à plus de 600 ou 700 épisodes et que ça continue encore. L’investissement dès lors est complexe, commencer à lire le manga c’est prendre le risque d’en avoir pour des mois. On trouve toutefois des films d’animation, des trucs qui diffèrent franchement de la culture Disney, de la culture européenne tout court. A silent voice rentre directement dans cette catégorie d’histoires atypiques par rapport à ce qu’on peut voir en France. C’est l’histoire d’une gamine malentendante qui débarque dans une école et qui est harcelée par un gamin. À force de lui bousiller ses appareils auditifs, la petite finit par changer d’école. Le gosse quant à lui qui amusait l’ensemble des enfants, passe de l’état de bourreau à celui de victime. Les autres enfants qui étaient ses complices finissent par se retourner contre lui. On le retrouve au lycée plus tard, il a fini par s’isoler, et décide de mettre fin à ses jours. Avant de quitter notre monde, il veut mettre ses affaire en ordre et va rendre à la petite son cahier d’écriture qu’il lui avait piqué quand il était gamin. Une histoire d’amour, du regard des autres, de rédemption, qui traite du handicap en dessin animé, c’est suffisamment rare pour être remarqué, et c’est vraiment très bien mené.

Dans un genre complètement différent, le mystère des pingouins. C’est l’histoire d’un gosse de CM1 surdoué avec une vie très rangée autour des échecs, de son école et de ses expériences scientifiques, qui n’a finalement qu’un seul vice, sa fascination pour les seins de l’assistante dentaire, une fille un peu délurée. Il se produit dans la ville des événements étranges, des pingouins apparaissent n’importe où, une sphère fait aussi son apparition dans la clairière, le gosse et ses deux camarades de classe mènent l’enquête. Il se trouve que ces mystères sont tous en lien avec l’assistante dentaire. Drôle de fable, qui vous embarque on ne sait absolument pas où, on reste en haleine jusqu’à la fin même si tout n’est pas franchement clair, ça prend aux tripes.

Il y a des années j’avais lancé le jeu dishonored et j’avais été déçu. Je pense qu’avec du recul, j’y vois deux raisons : la masse de gadgets et les pouvoirs magiques, vous le savez, je suis un garçon simple qui joue à la hache, ça me faisait certainement trop. Le second point, j’ai eu du mal au départ à trouver mon chemin dans les missions. Je me suis fendu d’y rejouer dernièrement, j’ai fait une affaire sur l’édition définitive du numéro 2 que je viens de démarrer, puisqu’au moment où je vous écris j’ai fini le numéro 1. Le pitch de dishonored, ça casse pas trois pattes à un canard, c’est l’histoire du protecteur de l’impératrice qui revient d’un voyage pour vérifier si une puissance étrangère ne serait pas à l’origine de la peste et des rats qui ravagent la ville. La faute à pas de chance, il assiste impuissant au meurtre de l’impératrice et au kidnapping de sa fille. Il est le coupable idéal et nous voilà partis pour un gars qui doit sauver son honneur et la gamine.

Il s’agit n’ayons pas peur des mots, d’un Assassin’s Creed vu à la première personne avec des pouvoirs magiques quand même. Même si comme vous le savez, je suis un garçon simple et j’ai poutré parfois en frontal des dizaines de gardes, de façon très objective, il est très complexe de passer en force. On va donc accomplir comme dans un Assassin’s creed, un ensemble de missions visant à tuer les auteurs du complot contre l’impératrice et mettre la gamine sur le trône. Une petite surprise au deux tiers de parcours dans un scénario pas vraiment original. La réalisation est assez bluffante, il faut reconnaître que si l’histoire n’est pas à la hauteur, la narration et le level design sont très impressionnants. Il est en effet possible de passer par des tas d’endroits différents ou de solutionner « le problème » de plusieurs façons, la douce, comme un empoisonnement, un kidnapping, ou la façon brutale qui consiste à assassiner tout le monde. Il y aurait une influence sur la fin ou sur l’évolution du jeu par rapport à la façon de jouer, alors que j’ai joué en boucher je n’ai rien vu de probant.

Comme précisé plus haut, le nombre d’armes et de possibilités sont assez importantes, plus d’ailleurs les pouvoirs magiques qui sont à disposition que les armes qui sont plus classiques, l’épée, le pistolet, les mines, les grenades ou l’arbalète. Les possibilités sont énormes, peut-être, certainement trop. Ralentir le temps façon Matrix, ce qui vous permet de laminer les adversaires tranquilou. Se téléporter dans tous les sens, prendre possession des animaux ou des gens. Ce dernier point est particulièrement intéressant pour les poissons, ça permet d’aller dans des endroits inaccessibles. L’un des musts étant la possibilité de faire apparaître une nuée de rats qui vont se jeter sur vos ennemis pour les dévorer. L’ensemble de vos ennemis vient alors pour les tuer, vous balancez une grenade au milieu pour faire du dégât.

Avec des pouvoirs vraiment particuliers, des embranchements dans tous les sens, des quêtes annexes au milieu des missions, le sentiment de liberté est omniprésent dans la façon de jouer ce qui est vraiment très positif. C’est de plus un jeu qui nécessite réellement de tout inspecter pour ne rien rater, une clé, de l’argent, un plan. Le véritable regret par contre c’est qu’il ne s’agit pas d’un open world. Concrètement, vous faites votre mission dans votre cadre fermé, impossible de revenir sur des lieux déjà visités. À part ça, c’est vraiment un excellent jeu.

Cultures, épisode 58

jeudi 14 mai 2020 à 16:25

Cela fait une éternité que je n’ai pas lu de manga, je pense que l’explication est assez simple. J’en ai trop lus, la plupart du temps ça ne s’arrête jamais, c’est quand même souvent très niais. Là où la mer murmure ne déroge pas à la règle de la niaiserie, néanmoins c’est un one shot, ce qui fait qu’on n’a pas le temps de se lasser. C’est l’histoire d’une jeune femme qui vit en Italie avec son père et sa belle mère. Orpheline, son père lui a toujours dit que sa mère était morte noyée sans avoir donné plus de détails. Elle fait la rencontre d’un jeune homme qui reconnaît sur une photo du père une chanteuse qui a connu son moment de célébrité, Claudia. Dès lors la jeune femme n’obtenant pas de réponse, part en France avec son nouvel ami à la recherche de sa mère qui ne serait pas morte. Sans surprise mais bien mené, ça change.

Clovis Cornillac notre spécialiste des films TF1, qui aura certainement raté une grande carrière d’acteur, est vétérinaire (les vétos) avec Michel Jonasz. Ce dernier aspire à une retraite bien méritée, malheureusement comme ils vivent dans un village perdu, personne ne veut prendre la relève. Noémie Schmidt qui est comme on dit une enfant du pays, a quitté le lieu de villégiature de son enfance pour aller à la capitale et devenir elle-même vétérinaire, mais du côté plutôt laboratoire. Michel Jonasz fait croire qu’il va mourir afin qu’elle prenne sa place et la laisse devant le fait accompli. Mais bien sûr comme les films TF1 doivent être bourrés de clichés, une jeune femme qui vient de Paris c’est compliqué. Elle va devoir surmonter de très nombreux obstacles pour changer le regard des gens. C’est gentil, ça se laisse regarder quand on est confiné.

Lambert Wilson est éditeur, un éditeur tyrannique, mégalomane, un vrai connard. Il a la chance d’éditer celui qui fut son professeur de lettres à l’époque, un livre au succès complètement fou qui lui rapporte un paquet d’argent. Il reçoit les traducteurs du roman dans des conditions quasiment militaires, il les coupe du monde de façon à être certain que la fin du roman ne sera pas dévoilée. Et pourtant le drame se produit, des pages du manuscrit ont été volées et seront diffusées sur la toile si une forte rançon n’est pas payée. Le film malgré de très nombreuses incohérences, bizarreries, n’importe quoi, brouillon, se laisse regarder, ne serait-ce que pour trouver qui est le coupable dans le groupe.

Dans les années 1930 en Louisiane, l’amitié impossible entre un jeune garçon noir particulièrement intelligent et le fils d’un patron plutôt idiot, mais qui a au moins deux qualités : savoir que son ami est plus intelligent que lui, ne pas être raciste. L’amour est une haine comme les autres change un peu des histoires d’amour impossible entre un homme et une femme de couleur différente, néanmoins, à part l’amitié, on trouve tous les clichés habituels sur la différence, à la limite du Roméo et Juliette platonique. Le récit reste quand même prenant, avec certainement ce jeune patron qui a conscience de ses limites intellectuelles qui est le plus réussi, le plus original et le plus attachant.

Les fables scientifiques de Darryl Cunningham est un ouvrage qui utilise la bande dessinée pour faire un grand réquisitoire contre pas mal de « pseudos sciences » ou de croyances populaires. Je mets pseudo-sciences entre guillemets parce que le bonhomme attaque sa bd par l’homéopathie et ça fait très très mal. Comprenez que si par exemple sa conclusion quant à l’homme sur la lune qui consiste à dire en gros que payer des milliards pour faire croire qu’on est allé sur la lune ça fait trop cher pour ne pas vraiment y envoyer quelqu’un fera certainement l’unanimité ou presque, pour certains qui sont convaincus que l’homéopathie fonctionne, c’est plus compliqué. C’est très complet, c’est bien illustré, le démontage du réchauffement climatique avec les lobbies américains qui payent des études contradictoires est vraiment passionnant. Parfois compliqué, c’est dommage que le niveau de vulgarisation ne soit pas plus bas, il aurait pu être mis dans plus de mains, les plus jeunes en particulier. C’est un véritable reproche que je fais, car il faut un certain niveau de culture pour appréhender l’ouvrage si bien que ce livre s’adresse quelque part, à ceux qui savent déjà. Une façon comme une autre de limiter la confrontation.

Duke Nukem Forever fait partie de ces jeux qu’on attendait plus, et qui du fait d’avoir traîné dans la durée ont un côté vieillot technique, trop de temps écoulé entre le début de la création et la sortie du jeu. Pour ceux qui n’auraient pas de culture vidéo ludique, globalement les premiers FPS, first personnal shooter, en gros les jeux qui ont donné Counter Strike et Call of c’est Quake et Duke Nukem. L’esprit des Duke Nukem c’est la drôlerie avec la caricature de l’américain de base qui tire sur tout ce qui bouge. On retrouve donc notre héros une dizaine d’années plus tard après avoir exterminé la vermine extra-terrestre, devenu une star interplanétaire. Les aliens reviennent, Duke va tous nous sauver et tous les tuer. Il s’agit comme on peut s’en douter d’un shoot bien vulgos, et en 2011 à l’époque, à fortiori 2020 aujourd’hui, ça ne passe plus. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’avec un Bioshock paru en 2007, avec un univers flippant, original, scénarisé, on a pris l’habitude de voir autre chose. Alors oui c’est sûr que parfois ça fait sourire, mais détruire des armées de monstres lâchés dans les couloirs, ça marchait mieux avant. J’ai dû jouer trois bonnes heures avant de me lasser.

Innover dans les concepts du jeu vidéo, on pourrait penser que c’est une obligation, présenter de nouveaux concepts aux joueurs, une nécessité pour éviter de créer la lassitude. Et pourtant, il apparaît souvent que les nouveautés ne sont pas synonymes de réussite. J’évoquais le sixaxis de la PS3 qui était mal exploité car il s’agissait d’une innovation technologique de la console et les développeurs se sont certainement sentis dans l’obligation de l’utiliser. Parfois les développeurs arrivent à se tirer tout seul une balle dans le pied, c’est le cas avec ce Never Dead auquel je n’ai pas réussi à passer le cap des trente minutes. Il s’agit d’un jeu vu à la troisième personne comme je les aime, dans lequel vous incarnez un chasseur de monstre, un monstre immortel. Vous devez faire attention à votre partenaire, une jolie blonde qui quant à elle peut perdre la vie. Vous êtes un zombi et vous perdez vos membres dans les combats … Et là c’est le drame. À cloche-pied pour récupérer son autre jambe, en train de courir pour aller chercher son bras à l’autre bout de la pièce, ou à faire rouler sa tête pour récupérer l’intégralité de son corps. Les monstres affluent dans tous les coins, si bien que vous avez pour premier objectif de reconstituer votre corps particulièrement fragile qui se décompose dans tous les sens et flinguer tout ce qui bouge.

C’est donc mauvais, extrêmement mauvais et c’est dommage car le graphisme, le character design, la musique et l’ambiance sont réussis, mais le jeu est tellement brouillon avec cette volonté d’être original qu’il en devient très vite lassant et injouable. Comme quoi même si les systèmes sont parfois les mêmes, avec des mécanismes éculés, un gameplay simple, maîtrisé dans une bonne histoire fonctionne mieux qu’un concept innovant qui n’apporte rien.

C’est une curieuse bd cette guerre des orcs, car on la croirait tout droit sortie de orcs, la série de l’univers elfes, qui raconterait l’histoire d’un orc intelligent. L’histoire démarre sur un champ de bataille avec le seul survivant. Ce dernier arrive dans l’un des derniers bastions du peuple, les orcs sont des bêtes traquées par l’association des elfes, des humains et des nains. Cet orc n’est pas comme les autres, c’est un stratège, il va appliquer des méthodes de combats qui font honte à la peuplade mais qui ont l’intérêt de fonctionner : poison, embuscade et j’en passe, l’art de la guerre bien loin du je rentre dedans traditionnel de la peuplade. Il est nécessaire de spoiler pour comprendre la suite, notre orc a fait du chemin, il est devenu roi, a tué l’impératrice des elfes et le roi des humains. Il ne règne pas en despote, il laisse tout le monde vivre en paix, ce qui déplaît encore à sa tribu. La peuplade va devoir reprendre le chemin de la guerre face à une menace zombie qui n’est pas sans faire penser encore à la série elfe. Diptyque réussi qui aurait pu s’inscrire parfaitement dans l’univers des orcs, à croire que ces deux uniques tomes pour ce qui aurait pu être une série complète a dû s’arrêter prématurément pour ne pas faire doublon.

Un jeune homme les jours de pluie, en profite pour faire péter les cours, il va dans un parc public et dessine des chaussures. Son plus grand rêve, c’est de devenir créateur. Une jeune femme aux environs de la trentaine a tendance à faire de même. On sent qu’elle est meurtrie, elle boit de la bière, elle est à moitié ivre. Les deux individus, nouent une étrange amitié et finissent par espérer les jours de pluie pour se retrouver. The garden of words est un anime d’une quarantaine de minutes sur la solitude, l’amour entre les âges. Une jolie histoire qui aura tout de même du mal à passer quand on découvre que la jeune femme a 27 ans, qu’il en a 15 et qu’elle est professeur dans son lycée. Même s’il est difficile de faire abstraction de la situation, c’est bien fait, la musique, le dessin, c’est réussi.

Dans un univers steampunk, deux voleurs mettent la main sur des films de snuff movies destinés à « amuser » l’intégralité de la bourgeoisie locale. Ils ont la mauvaise idée de vouloir faire chanter un baron qui contrôle la production. La faute à pas de chance, ils vont se retrouver avec toute la police dessus, qui est bien sûr de connivence, et devoir sauver une prostituée qui va participer au tournage bien malgré elle. Le réseau bombyce ça démarre plutôt bien, un univers intéressant, des personnages attachants et puis ça commence à partir complètement en sucette quand le passé des protagonistes entre en jeu. Ça donne l’impression de démarrer sur une histoire, d’enchaîner sur une autre, à ce moment le scénario devient confus, et c’est dommage. La bande dessinée aurait mérité de s’arrêter plus tôt.

Chantal Lauby est une chanteuse très célèbre dans un marché de niche, puisqu’elle fait de la chanson pour tango. De renommée internationale elle vit depuis des années en Amérique du Sud. Avec l’âge, elle se dit qu’elle n’a plus de temps à perdre, et va à la rencontre de son petit-fils qu’elle ne connaît pas. Son fils est mort dans un accident de voiture, elle s’était fâchée avec lui parce qu’il l’avait quittée pour une autre, Camille Chamoux qui élève en maman solo le gamin. Traductrice complètement psychorigide, Chantal Lauby sur la base d’un quiproquo n’ose pas lui révéler son identité et devient sa locataire, une locataire envahissante et délurée. Le personnage de Chantal Lauby dans Sol est intéressant car on n’a pas la grand-mère complètement surexcitée mais plutôt la bonne femme nonchalante qui prend tout avec placidité. De la même manière Camille Chamoux n’est pas dans l’excès. Tout ça finalement sonne très juste, le tout sur une superbe bande originale latine.

Sienna Miller est une femme américaine (American Woman), de la classe très moyenne, au début du film, elle vit avec sa fille, en face de chez sa sœur. Sa fille vient d’avoir un enfant alors qu’elle est plus ou moins sortie de l’adolescence, quant à elle, elle se cherche un gars. Elle fréquente un homme marié, elle a bien sûr l’espoir qu’il quitte sa femme. Sa fille disparaît un jour, et elle se retrouve seule à élever son petit fils. On va suivre l’itinéraire de cette femme qui va évoluer de façon positive tout au long de sa vie. Performance d’actrice comme vous pouvez le voir sur l’affiche, un très bon film à Oscar.

Septembre c’est la finale, mai c’est l’entrainement

mercredi 13 mai 2020 à 23:19

L’image de ces gosses dans les carrés est devenue virale. Elle illustre l’école d’aujourd’hui. Personnellement les atermoiements je n’en ai rien à foutre. L’école il y a ceux qui la font, qui la vivent, et ceux qui la fantasment, qui l’imaginent. J’ai été menacé de mort plusieurs fois, j’ai vécu des moments intenses, j’ai pleuré, j’ai ri aux larmes, j’ai fait des cours qui auraient renvoyé Socrate sur les bancs de l’école, j’ai fait des cours minables, j’ai été malade en classe, j’ai eu le genou à terre et je me suis toujours relevé. C’est ça l’enseignement et la photo de dessus c’est de l’enseignement. Alors que des gens voient des gosses qui ont l’air en PLS dans une déprime la plus complète, moi je vois des collègues qui font le job avec les moyens du bord, qui élaborent des stratégies et qui s’ils ont l’intelligence de les partager, donneront des billes pour l’école de demain.

De ce qui ressort de mon épouse qui est retournée au front, des collègues qui ont repris l’activité, trois points ressortent :

C’est certainement ici que tu vois le grand n’importe quoi. Comme disait Roger Gicquel la France a peur. La France craint d’envoyer ses gamins à l’école, et en fait tu te dis que c’est plus l’état qui a peur que les parents avec du recul. Parce que moi public tu m’excuseras mais quand je vois ça, la queue au Perthus pour acheter des clopes à pas cher ou la picole sur le canal Saint Martin (avec les bouteilles du Perthus ?) cher à Mano, je me dis que si le chanteur était encore vivant il nous en aurait fait une tirade sur notre monde à la con.

Les demandes réalisées au niveau des écoles ont finalement beaucoup de sens. En imaginant que papa et maman sans masque faisaient la queue au Perthus la veille, il est important que les enfants dont les parents ne fument pas, ne sortent pas, ne se jettent pas dans les magasins pour consommer n’importe quoi, ne choppent pas la chtouille des irresponsables dont le comportement est exactement le même que quelqu’un qui lécherait une barre de la ligne 13.

Je ne sais pas où on va mais on y va certainement, rouvrir les écoles en même temps que les magasins, les parcs publics, enfin bref la totale, c’est un peu trop. On lit souvent ici ou là que les Français ne sont pas les abrutis indisciplinés qu’on voudrait croire, attendez les résultats du R0 dans les jours à venir, si la seconde vague n’arrive pas c’est qu’on pourra parler de saisonnalité même si dans le sud c’est en ce moment l’automne.

Alors au lieu de larmoyer sur les « chtis nenfants » dans les cours d’école, on ferait peut-être enfin de se poser les vraies bonnes questions. Dans le collège privé de ma nièce qui est en cinquième, donc des gosses de 12 ans, sur des classes de plus de trente élèves, c’est 10 élèves de présents pour les visios des enseignants. Il est certain que l’heure, 9 heures le matin, c’est pas évident avec des enfants qui dorment. Ils dorment parce qu’ils n’ont pas d’heure, ils n’ont pas de rythme, et c’est ainsi que tout naturellement, j’ai des élèves qui m’envoient des travaux à 1h30 du matin en s’excusant du retard.

La crise de la COVID19 met en exergue l’ensemble des failles de la société, des enseignants bien sûr, je ne salue pas ceux qui sont en vacances depuis le mois de mars, ils devraient être dénoncés aux inspecteurs, et les parents déficients aux services sociaux. J’écris souvent dans ma tribune, que sans la relation tripartite, enfant, école, parents ça ne peut pas fonctionner, je crois qu’aujourd’hui on peut dire pleinement qu’à la maison c’est le résultat de l’éducation qui transpire. Mes enfants, qui sont loin d’être les enfants les plus parfaits au monde, se lèvent seuls à 8 heures maximum, sont couchés à 22h maximum, travaillent en autonomie, posent des questions à leurs profs quand ils ne comprennent pas, me les posent à moi quand leur prof ne répond pas, la situation n’est pas si catastrophique. Pourquoi ? Non pas que je sois le meilleur père du monde, mais notre modèle de vie à base de rigueur et d’organisation stricte permet de vivre la situation de façon normale. Oui, un jour mes enfants me remercieront d’être un gros facho qui a voté Chirac en 1995. Jacques qui aurait déjà trouvé le vaccin mais c’est une autre histoire.

c’est la phrase de mon titre que j’ai détournée, la mort c’est la finale, le sommeil c’est l’entrainement

L’école qui se prépare s’observe en ce moment. Au lieu de plaindre les gosses, au lieu de mentir à la population sur les 5% de disparus des radars quand c’est chez 30 ou 40% que ça doit déconner, au lieu de faire des normes d’hygiène un impératif d’apparat pour rassurer la populace quand à l’inspection il n’y a plus de masque, il faut se focaliser sur ce qui fonctionne, sur ce qu’il est possible de mettre en place.

De façon réaliste, l’école l’année prochaine ne pourra pas se faire dans les conditions que nous avons connues et devra s’appuyer sur des profs qui vont devoir faire preuve de souplesse dans leur méthode de travail et des parents qui n’auront pas d’autre choix que de mettre le nez dans la vie de leur enfant sans se cacher derrière toutes les excuses du monde, le travail ou il est grand. À 18 ans, un jeune reste un enfant qui a besoin d’être cadré, la situation est déstabilisante, c’est aux parents de montrer la voie. Ton gosse tu l’as voulu, tu l’assumes.

Ce qu’on peut dire avec une quasi-certitude en ce qui concerne l’an prochain. Le présentiel même s’il est réalisé dans les conditions les plus glauques doit être réalisé pour maintenir le fameux lien social. On critique énormément Jean-Michel Blanquer quant à son propos sur la dangerosité du domicile par rapport à l’école et pourtant il a raison. Il faudra compter les suicides et les traumatismes dans la population chez les jeunes à la sortie.

Le présentiel permet non seulement de créer le lien avec l’enseignant, avec la classe, mais surtout de couper l’isolement et la solitude. Le présentiel c’est aussi ce qui permettra d’évaluer, c’est un manque terrible en cette période où j’ai la conviction que nous aurons perdu un grand nombre d’élèves parce qu’il nous manque les sacro-saintes notes. Pour les enseignants, ce serait l’opportunité de passer aux compétences mais pas seulement les compétences débiles telles qu’on nous les demande où parfois la phrase ressemble plus à du maraboutage, des compétences qu’on n’évalue pas nécessairement : pugnacité, ponctualité, prise de contact, savoir être et j’en passe. Certains élèves auront fait de gros efforts pour placer du bonjour, pour faire des phrases qui auront du sens. Je suis très critique envers les timides par exemple qui ne seront pas sortis de leur zone de confort, cela devrait être évalué. Chaque prof aujourd’hui peut de façon claire mettre une capacité dans la maîtrise des outils informatiques, l’usage de la langue et bien d’autres points encore. Jamais la compétence n’aura paru aussi claire face à une note qui ne veut rien dire tant les outils laissés à portée de main des enfants sont nombreux : triche, entraide, parents, internet.

Ce présentiel doit nous amener à réfléchir maintenant aux méthodes que nous allons mettre en place, chacun à notre niveau. Imaginons que nous avons une classe de 30 élèves, ça rentre pas, on passe à 15. L’internat, la cantine, il faut nécessairement tourner sur des effectifs réduits. Si dans certains établissements de centre-ville c’est « facile », pour des établissements de campagne c’est complexe. Je pense que nous partirions vers un système d’une semaine à l’école, une semaine à la maison et c’est ici qu’il faut déjà commencer à creuser le positionnement y compris au sommet de l’état.

Aujourd’hui le travail depuis la maison est facile. Je ne vous le cache pas, je suis particulièrement à l’aise avec la situation. Je lance un coup de visio quand c’est nécessaire, je fais mes vidéos sur Youtube, je traîne dans le réseau écrit Teams. J’ai amené les élèves à travailler à ma façon, ils sont d’ailleurs à l’aise avec le principe. J’arrive à un niveau d’individualisation jamais réalisé. La semaine prochaine j’aurais fini mon programme de troisième, je vais attaquer par rapport aux élèves encore présents les éléments nécessaires pour attaquer une seconde Générale, PRO ou un CAP. C’est bien évidemment multiplier par trois le travail que je vais à fournir, mais c’est intéressant pour les enfants. C’est facile, parce que je suis en permanence à la maison. Comment gérer alors depuis une présence en classe ? Je pense que je vais m’orienter par demander d’être filmé en classe pour faire éventuellement cours en même temps en présence et à domicile pour tous les élèves. C’est une solution qui ne sera peut-être pas réalisable, certainement intrusive et qui poserait des problèmes éventuels quant au droit à l’image si un enfant passe au tableau et qu’il est filmé, mais sinon cela voudrait dire que les élèves qui ne sont pas présents dans l’établissement, sont livrés à eux-mêmes pendant une semaine complète.

Au sommet de l’état, parce que la mise en application des programmes complets risque de poser des problèmes. La réflexion que je porte à voix haute, ne concerne que mon contexte particulier, ma matière. Pour les matières professionnelles, ça va être complexe. Tout doit être traité au cas par cas avec autant d’exemples et de situations auxquels on ne peut pas penser si on n’est pas concerné. Je pense à mes élèves de Service à la Personne et Aux Territoires, qui doivent faire leurs stages en maison de retraite, ils sont pour l’instant persona non grata.

Dessin d’Eric aka Odysseus

La rentrée de septembre doit être pensée maintenant et j’ai peur que ce qui se passe d’habitude se reproduise comme chaque année, le grand blanc des deux mois de vacances. Pendant l’été l’éducation se refuse de travailler, parce que c’est les vacances et c’est une erreur à ne pas reproduire, une de ces si mauvaises habitudes à changer. Les stratégies doivent être mises en place non seulement dans les établissements scolaires mais aussi avec les partenaires : sociétés de transports, cantines, sociétés de nettoyage, mairies et j’en passe. Pendant les deux mois, il faut bosser, voir les évolutions, préparer. Tous nos cours sont à repenser.

Malheureusement, j’ai l’impression que la grande majorité des individus sont encore sous le choc, bouleversés, bousculés dans leur zone de confort. Un K.O. qui risque d’être fatal à beaucoup de monde, si on ne se reprend pas. On part à l’heure actuelle pour avoir des enfants qui seront six mois sans instruction. Si la rentrée de septembre n’est pas clairement balisée, les fameuses inégalités, les fameux 5%, ce sera des centaines de milliers de jeunes de tout milieu confondu qui n’auront plus de contacts avec l’école pendant peut-être plus d’un an, et ça, il faudra plus d’un vaccin pour arranger les choses.

J’ai profité du déconfinement pour faire ce que j’avais à faire, sans vraiment changer mon mode de vie :

La situation est complexe, les conséquences économiques et sociales qui vont en ressortir vont être gigantesques. Quand je vois que le secteur des machines à café de bureau s’inquiète, on n’imagine pas la portée de l’affaire. Ce qui me paraît évident, c’est que vivre de façon simple, sans être dans la consommation à outrance, vivre sans faire la fête, se contenter de peu, savoir se réinventer, c’est certainement quelques pistes pour l’avenir.

Je vous laisse avec cet énorme mashup, ces gens sont des génies, il se dégage de leur musique une joie de vivre qui file vraiment la patate. Il ne manquerait plus que des compos persos.