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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Le remarquable travail de Bronco le Warrior du dimanche

mardi 11 octobre 2016 à 08:00

Bronco fait partie de ces grands malades qui avec un nombre incalculable de gosses réussit encore à trouver le temps pour coder. Code utile, je crois que c'est une qualité de l'homme, code en vue d'une simplification des choses pour tout le monde, code KISS, c'est à dire qui ne nécessite pas un BAC +12 en informatique pour installer, ce qui nous ramène à mon dernier billet. La difficulté qu'on peut trouver pour faire tourner certains programmes sans éplucher 100 pages de doc, être un expert en sécurité et avoir son dédié. Et enfin dernier point, code communautaire, puisque dernièrement son travail porte sur PluXML en tant que contributeur.

PluXML pour ceux qui ont raté un épisode est le moteur de mes quatre blogs, c'est en train de devenir le moteur de ceux qui veulent se contenter de bloguer en fait. Quand Wordpress permet de tout faire, PluXML permet de moins faire, sauf si on met un peu les mains dans le code. Il suffit souvent de demander directement dans le forum, ou de suivre les conseils de Stéphane le lead project pour améliorer son site. Même si les manipulations sont relativement simples à faire, on peste quand même un peu pour des choses simples, placer un édito, une liste d'amis dans la sidebar, ce genre de fonctionnalités qu'on aimerait tout de même voir exister par défaut sans modification, modification qu'il faudra de plus porter à la prochaine mise à jour.

Bronco vient de publier une série de plugins qui vont dans ce sens, Buddies_links pour avoir dans sa sidebar une liste d'amis sans modification de PluXML.

Un éditeur markdown qui répond à une demande forte. En effet, même moi il m'arrive d'écrire en markdown par accident dans Github ou ailleurs et c'est vrai que quelque part c'est une façon d'homogénéiser sa façon d'écrire. La possibilité d'afficher un flux RSS. D'autres plugins sont disponibles et on ne les trouvera certainement jamais car c'est aussi ça Bronco, il est aussi généreux que bordélique, on ne s'étonnera pas dès lors de ne pas trouver une page dédiée, de devoir remonter toutes les pages de son blog pour se rendre compte qu'un plugin ne porte ni le tag plugin ni le tag pluxml.

Je note que Bronco adopte une stratégie similaire à la mienne, le talent en plus avec une visualisation du dernier "touit" dans la sidebar, en utilisant pluxml pour relayer sa veille. Il fait ce que j'avais fait un temps c'est à dire le mélange dans la page principale du site, j'ai préféré monter l'open bar, j'ai trouvé que c'était plus clair. On voit quand même se dessiner quelques bricoles. Pluxml est un outil à tout faire et qui trouve de plus en plus son public auprès des quelques fous qui ont envie seulement d'écrire. Du fait d'usages multiples, un multi-site serait le bienvenu. 

Pour l'heure merci à Bronco et aux autres contributeurs, de faire vivre ce projet qui ne repose pas que sur les épaules de son développeur principal mais qui au fil du temps voit se dégager une réelle communauté avec des gens vraiment très compétents, des codeurs bien sûr, mais aussi des gens qui font des thèmes comme Pierre le canadien qui fait peur quand il écrit, ou encore les nombreux intervenants qui viennent dépanner dans le forum

La grande muette

lundi 10 octobre 2016 à 08:00

Je lisais cet article de Sébastien et j'ai fait un oh mon dieu devant l'écran. Oui, il m'arrive de faire des oh mon dieu. Sébastien raconte son expérience avec son PC de la marque LDLC et rentre dans les détails comme je ne l'aurais jamais fait. Les détails, pas l'expérience, car l'expérience nous en avons vécu une similaire. Souvenez il y a bien longtemps, je faisais partie des fous furieux à acheter le premier ordinateur de LDLC vendu sans système d'exploitation, le Mercure NB1. C'est tellement vieux, que ça date de l'époque de Blogeee le premier blog de Pierre Lecourt. Je fais un choix politique c'est à dire de jouer la carte du libre en achetant la machine sans système d'exploitation aux environs de 300 €. Je teste toutes les distributions Linux pour réussir à faire marcher le wifi, les caractéristiques sont particulièrement décevantes et première fois que ça m'arrive, les charnières explosent complètement, j'ai cassé l'ordinateur. A l'origine, il s'agit d'un CLEVO, et il est impossible de trouver les plasturgies parce que la marque n'est pas assez connue. 

Je cite Sébastien : 

En effet, on voit que la finition n’est pas toujours heureuse, l’assemblage parfois hasardeux, merci les plastiques, et apparemment c’est une critique récurrente. LDLC ne les conçoit pas eux mêmes de bout en bout, ils se reposent sur des châssis Clevo

Si je devais synthétiser de façon vacharde, ça fait cinq ans qu'on est au courant que Clevo ça casse, que les plastiques ne sont pas solides et pourtant si vous trainez dans les forum de barbus, vous avez de façon très régulière, du achète un Clevo, c'est la rolls des ordinateurs, parce que Clevo​ il te vend de l'ordinateur sans système d'exploitation. Sauf que moi, dans tous les ordinateurs portables que j'ai eu dans les mains, c'est le seul où j'ai la charnière qui a pété, ça et un Acer de ma voisine, et j'ai Sébastien qui rencontre le problème, d'autres personnes qui confirment avoir le même problème. Comment se fait-il alors que tout le monde encourage à l'achat de cette marque ? 

Il s'agit en fait d'un problème récurrent dans le monde du libre, un problème qui dit en gros que si c'est libre, c'est forcément le bien et par le fait de jouir d'une aura, d'une réputation qui dépasse le cadre logique et pragmatique, pire technique pour des choses qui concernent les techniciens. 

On essaie à l'heure actuelle de libérer les utilisateurs des solutions Google, c'est forcément bien parce que Google c'est le mal. Bon on a tous un téléphone Google dans la poche mais c'est pas pareil, c'est parce qu'on a rien d'autre en attendant et que payer un téléphone Ubuntu à 300 € pour rien ça dépasse l'engagement. L'idée bien sûr en quittant Google, c'est d'inviter l'utilisateur à remplacer les services proposés par d'autres libres. Suivez mon raisonnement. Si libérer les utilisateurs de Google, c'est aller prendre une société ou une association qui utilise des services libres, on est sur les bases d'un enfermement similaire. En effet, même si les services sont libres, les données sont hébergées par un tiers, si le tiers ferme, on a des problèmes. Bien sûr, le tiers est éthique, enfin on l'espère, rien ne le prouve, et on espère que le tiers ne fera pas faillite, que le tiers n'ira pas s'amuser à farfouiller les données, mais aussi que le tiers est un kador de la sécurité car ça ferait mal quand même de se retrouver avec toutes les données sur la place publique. Ca commence à faire beaucoup de conditions pour aller chez un prestataire. 

Pour moi la véritable liberté, la seule l'unique, c'est l'auto-hébergement. Je veux être vraiment libre, je m'auto-héberge, comme ça je compte sur moi, pas sur les autres. Enfin je compte quand même sur les gars qui ont fait le programme, je compte aussi sur les types qui font la distribution Linux pour m'héberger et comme je ne sais pas coder, on se rend compte que je ne serai jamais libre d'un point de vue théorique. On va essayer de pas trop faire les pourris et d'être honnête puisque c'est ce que je demande à tout le monde, imaginer que Debian dans 10 ans sera toujours là, que des systèmes types owncloud / nextcloud, seafile et d'autres vont continuer à se développer, si bien que si j'héberge sur une machine dédiée chez moi, je ne crains pas grand chose je suis le maître de mes données. Cela signifie tout de même que je suis quand même quelque part franchement calé en sécurité informatique car je mets une machine dédiée face au web et toutes les attaques que je risque de me prendre dans la tête car un serveur ça peut se faire attaquer. 

Je n'ai pas confiance en moi, je veux quand même être le maître au plus possible, je prends un hébregement mutualisé pour éviter d'avoir à gérer tout l'aspect sécuritaire et par le fait payer un professionnel dont c'est le métier pour faire cette partie du travail qui ne m'intéresse pas et monter mon cloud. La grande majorité des applications proposées ne sont absolument pas KISS et nécessite d'avoir un dédié ce qui fait que je suis un peu dans le cas du serpent qui se mort la queue. Sans trop me tromper je crois que par exemple dans la gestion des fichiers, avec BoZon on est les seuls à proposer quelque chose qui se gère avec un drag and drop dans le ftp et qui ne demande aucune compétence ou presque pour l'utilisateur. 

Oui le libre c'est bien, non le libre n'est pas accessible à tout le monde, imaginer demain que tout un chacun peut devenir le propre gestionnaire de ses données c'est leurrer les individus. Ce discours, vous ne le verrez que rarement sur la toile, et on dira encore que je suis un vieux con qui fait de la provocation pour montrer que je suis un blogueur influent. A l'heure actuelle le libre est une affaire d'expert, et il faut attendre d'avoir un acteur solide émerger, un gars qui fait du tarif fixé, pas libre pour offrir une solution alternative complète, un gars qui s'y entend, un gars qui ne fera pas faillite dans six mois. Pour l'heure cet acteur je ne le vois pas. Le jour où il arrive, il ne faudra pas le culpabiliser si cet acteur devient majeur, si cet acteur centralise, car le gros, le poids c'est ce qui manque. Le jour où on a un acteur libre de poids en France, on peut proposer des passerelles avec l'éducation nationale. Un Google du libre n'est pas honteux, du libre c'est du libre. Si je fais héberger mon compte nextcloud quelque part, j'ai la possibilité demain de monter ma propre instance et de partir. Si vous prenez un Wordpress, vous avez des dizaines d'outils de backup qui vous permettent de déménager en deux temps trois mouvements. 

Pour ma part, je n'ai pas la compétence pour héberger un serveur dédié personnel que je possède pourtant et sur lequel je ne mets pas des données importantes, j'assure mes backups dans l'espace dédié par un hébergeur que je paye, un professionnel qui j'espère a autre chose à faire que de scanner mes données. Professionnel qui me permet d'avoir accès à de l'IMAP, du dav et donc me permet d'utiliser des protocoles libres pour gérer mes mails, mes contacts, mon calendrier, professionnel qui j'espère à autre chose à faire que de regarder mes mails. Je ne prendrai pas le risque d'héberger moi-même mes données sensibles sur un serveur dédié assemblé par mes soins, je sauvegarde encore à l'ancienne sur du disque dur, il ne faut pas avoir honte d'être humble, il faut arrêter de penser que les gens peuvent tout faire et enfin ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à le dire qu'ils ont forcément raison.

Si vous ne vous sentez pas d'être propriétaire de votre nom de domaine, d'héberger vos données, si vous ne vous sentez pas capables d'être libres, ne culpabilisez pas, intéressez vous, cherchez des alternatives mais en aucun ne vous mettez en danger en abandonnant des services que vous utilisez de façon quotidienne en allant vous enfermer ailleurs, rappelez vous que le libre n'est pas simple et que l'informatique est une histoire de professionnels. 

des utilisateurs de logiciels libres qui ont osé ne pas aller dans le sens du vent 

Contrôle

dimanche 9 octobre 2016 à 08:00

Je vous donne le contrôle que j'ai donné en informatique, comme toujours on peut discuter de la qualité, de la pertinence, de ce que vous voulez. Juste quelques points sur les conditions de réalisation : le premier c'est que tout ce qui a été demandé dans le contrôle a été fait en classe, un cours polycopié a été donné aux élèves, l'intégralité des questions sauf pour les adblocker étaient données dans l'ENT

Question 1 : donnez trois navigateurs internet que vous connaissez (3)

Question 2 : donnez deux moteurs de recherche que vous connaissez (2)

Question 3 : expliquez dans un court paragraphe l’ordre d’apparition des résultats d’une recherche sur internet (5)

Question 4 : expliquez ce qu’est un « adblocker ». Qu’en pensez vous ? (4)

Question 5 : donnez trois moyens de préciser une recherche (3)

Question 6 : donnez quelques moyens de préciser une recherche d’image (3)

Entre parenthèses vous avez le barème. Quatre groupes d'informatique, voici, les moyennes 12.3 - 9.4 - 9.7 - 9.3 pour une moyenne donc de 10.175, avec des notes qui démarrent à 6 et pas qu'un peu. De façon générale, les élèves n'ont pas donné d'opinion sur les adblockers, majoritairement ils ont donné la définition, alors que très peu savait à quoi cela correspondait la semaine auparavant. Cela veut bien dire qu'ils y on trouvé l'intérêt. Les confusions entre le navigateur et le moteur de recherche sont très nombreuses, la confusion principale étant sur Google, les enfants ne font pas la distinction entre Google Chrome et Google. Les noms communs marquant quand même quelque part la volonté de Google d'imposer le nom Google et c'est ici qu'on voit la réussite, pour les gosses en fait le navigateur on se rend compte que ça n'a absolument aucune importance, dès lors, il sera difficile dans les prochaines années de faire comprendre la notion de navigateur, encore plus pour les téléphones portables où je pense les enfants ont encore moins tendance à farfouiller pour essayer de changer le navigateur. Rajoutons à cela que sur PC, on se retrouve souvent avec Google Chrome par accident, sur téléphone qui sont pour la plupart android, on comprend qu'il sera difficile de se retrouver par accident avec autre chose que Google. Avenir donc particulièrement sombre pour les navigateurs alternatifs comme Firefox ou Opera, 

Les élèves n'ont pas travaillé, comme d'habitude, et c'est palpable, certains élèves pour broder sur la recherche m'ont fait le plan de je tape un truc dans le moteur de recherche des résultats s'affichent. Une bonne partie se souvenait car c'est ici bien ici une histoire de souvenir que les pubs s'affichaient en premier, pour le reste c'est beaucoup plus confus, les filtres de recherche les guillemets etc ... Les élèves sérieux ou qui ont les parents sur le dos et c'est très facile à pondérer, tape dans les 18 sans problème. On retrouve en fait un phénomène totalement similaire à celui de l'histoire où mon collègue fait la même chose, les questions sont globalement données à l'avance, il suffit vraiment d'un petit effort pour sortir la grosse note, les élèves ne le font pas. 

Une conclusion, on pourrait en faire d'autres.

L'informatique c'est du travail, des choses s'apprennent, se comprennent et c'est peut être ça le plus inquiétant, il y a une semaine la grande majorité des élèves pensaient que les sites qui apparaissaient en premier étaient les meilleurs quand ils sont simplement publicitaires. On est face à de nombreux gamins qui sont mûrs pour les entreprises actuelles à savoir qu'ils prennent pour argent comptant tout ce qui apparaît à l'écran. Si l'utilisation de certains outils bureautiques peut paraître complètement inutile ou désuète dans nos cours, pourtant au programme, la recherche devrait pourtant faire partie des compétences que les enfants doivent maîtriser, ce n'est absolument pas le cas, preuve en est que de grandir avec les ordinateurs ne donne pas des super pouvoirs face à la machine. 

Borne out

samedi 8 octobre 2016 à 21:30

Le 5 janvier 2015 j'écrivais un article qui s'appelait, Je veux rester seul, j'ai peur, j'ai froid, je veux rester seul, achevez moi. Pour les gens qui n'ont pas le bon goût d'être docteur en RAP des années 90 il s'agit en fait d'une intro à la chanson achevez les du groupe I AM issue du double album ombre est lumière. A l'époque la chanson était une critique cinglante d'une certaine forme de la jeunesse, et marquait quand même l'incompréhension d'un groupe de gars en train de vieillir. A cette époque je décrivais mon incompréhension face à l'internet, et je constatais quelques tendances : 

Et j'écrivais que j'étais à 127 flux RSS ... Byzance en fait. A quasiment 2 ans de cet article, la situation est pire, je suis à moins de 50 flux RSS, ce qui fait que j'ai par contre moins de facilité à me rendre compte de l'internet photocopie, les blogueurs qui écrivent de moins en moins, ça reste une évidence, il y a quand même une tendance à la stabilisation à savoir que désormais on va avoir les gars qui écrivent, les mordus, les mecs qui baissent pas les bras et qu'on se dit maintenant que lorsqu'ils vont arrêter d'écrire c'est parce qu'un 38 tonnes leur sera tombé dessus ou qu'ils auront fini dans l'Aude un jour de brouillard (de qui parle-t-il ?). C'est sécurisant d'un côté, je crois qu'on a montré que finalement seule la mort peut désormais nous arrêter, et c'est ce qui donne un côté fragilisant, car c'est un fait, on sait que les Cyrille BORNE, les Genma, les Frédéric Bezies et je me risque à des Sébastien, quelques autres, ont choppé le virus de l'écriture et que c'est la faucheuse qui coupera la ligne de vie, ou de l'internet, c'est selon. Il y a quand même de quoi disserter assez longuement là dessus, tout ce temps perdu pour rien, ces articles non compilés qui disparaîtront avec nos ndd, on aurait dû faire comme les Zola, les Hugo, avoir une barbe ça c'est fait mais écrire des bouquins pour avoir la sensation de continuer à exister après la mort. Pire peut être, le virage planté de la collaboration qui fait que la fourmi aurait pu disparaître en laissant ses écrits, quelqu'un continuera, le passage de témoin assuré dans un projet libre, lourd, complexe avec plein de gars dedans qui autorise la mort, là, mourir, ça ferait tout de suite tâche, faudrait penser à laisser des consignes, ou avoir un espoir fou dans les enfants, de mon côté c'est pas gagné. 

A cette époque, je pense j'avais un compte diaspora*, difficile de savoir avec moi, et de la haine j'en ai vu passer des litres. Finalement d'être dans cette situation d'être en dehors du système, le Borne Out, oui je sais, je suis super drôle, avec des écrits que les gens lisent de moins en moins, de ne pas être sur des réseaux sociaux, de ne pas suivre la rivière mais de la regarder du bord, la situation est finalement très satisfaisante. 

On échappe au flot d'informations permanent, on prend davantage de recul sur les choses, sur les gens, on prend tout moins à coeur, on a plus de temps pour le reste. Les nombreuses expériences qui incitent à la déconnexion sont mauvaises, ce n'est pas tout couper qui compte, c'est mieux gérer. A l'heure actuelle, avec une vie particulièrement chargée et très mouvementée, je me concentre uniquement sur mes sites et c'est ce que je fais de mieux, j'évite de me disperser. Je me rends compte qu'avec les contacts par jabber, les échanges par mails, dans le forum, dans le commentaire, c'est largement suffisant, je ne regrette pas les réseaux sociaux, à part ajouter de la pression, de la méchanceté gratuite, ils ne m'apportaient rien, tant mieux pour ceux qui y trouvent leur compte. 

Cyrille BORNE au bord de la rivière tente parfois de pécher un troll ou deux, mais plus trop.

Ironie

samedi 8 octobre 2016 à 13:00

J'avais dit à mon chef d'établissement, que je ne voulais pas de la place de prof principal pour l'avoir déjà été, je ne fais jamais les choses à moitié, et c'est le cas. Travailler plus pour gagner plus ne m'intéresse absolument pas, mais seulement il était dans l'embarras, j'ai le sens du devoir et de la reconnaissance, j'ai donc rempilé pour cette mission que je ne voulais pas faire. 

J'utilise mon téléphone portable comme ligne professionnelle, les parents m'appellent, j'appelle les parents. J'ai essayé de faire le point avec chaque parent d'élève en appelant aussi et je dirai même surtout les gamins pour qui tout va bien qui sont les grands oubliés du système scolaire. L'école n'appelle que lorsque ça va mal, l'école prend son téléphone pour ceux qui posent des problèmes sans se préoccuper du gamin mignon qui fait son possible pour réussir. J'ai comme souvent choisi un autre chemin, celui d'être l'école de tout le monde, et d'appeler pour dire quand ça va mal, quand ça va bien. Et puis comme il faut être juste, car c'est ça la voie du bonhomme, j'appelle aussi pour dire quand le gosse a fait des efforts, que ça va mieux, vous pouvez imaginer le côté sympa de l'illilmité chez SFR. Après il faut être honnête ça porte. Les élèves qui vous voient déjà évoluer d'une certaine manière dans leur quotidien, savent que vous évoluez de la même manière dans leurs dos, les parents qui vous voient évoluer d'une telle façon dans leur sphère, imaginent comment vous fonctionnez au quotidien. Je l'ai déjà répété, pour moi l'école, c'est les élèves, les profs et les parents, sans le trio, ça ne marche pas.

Alors vous voyez les gars qui viennent m'expliquer que les ENT c'est de la merde et qu'il ne faut pas remplir les cahiers de texte numérique par exemple, si les parents étaient sur les ENT, les échanges par internet c'est formidable car ça peut se faire en différé, ici les gens travaillent, je laisse des messages, ils rappellent comme ils peuvent, quand ils peuvent, pas forcément au moment qui m'arrange. Je me retrouve à faire une quiche le fouet d'un côté, le téléphone de l'autre. La réforme du brevet, c'est un travail conséquent, la paperasse pour les stages, la préparation de l'aide personnalisée, régler les problèmes de discipline d'autres enseignants, arrondir les angles, devient rapidement chronophage. Je l'ai déjà écrit, pour les 1200 € récupérés au mois de juin, il aurait été certainement plus lucratif de faire un job d'été ou d'aller bosser chez Mac DO.

On va rajouter à ça des réunions de concertation qui font désormais parties de nos missions déclarées, un contexte familial tendu avec du médical, deux enfants qui prennent un temps incroyable et qui abusent de la situation, à savoir que c'est pas parce qu'on vous voit courir de partout, qu'un des parents a un problème de santé qu'il va avoir cinq secondes de compassion. C'est mes gosses, je n'accumule pas de rancune, mais c'est une mentalité qu'on trouve désormais chez tous les gamins à savoir que tout le monde peut crever tant qu'on ne touche pas à leur petit confort et c'est inquiétant. J'annonce régulièrement la fin du monde, je pense qu'on a trouvé les artisans, c'est la génération Z.

Je suis donc crevé, tendu, les journées de 7 heures de cours qui s'enchaînent avec deux heures de boulot à la maison par soir parce que ma fille débute dans la sixième et que le collège ça s'apprend, les parents au téléphone, l'informatique du lycée, je sais que je suis fatigué. Alors comme je suis fatigué, j'essaie de dormir au maximum dès que je le peux et surtout je roule comme un vieux. Mais ...

Nous sommes jeudi matin, j'ai mon problème d'imprimantes à régler, et j'ai un rendez vous à 8 heures avec un parent d'élève, je suis à 6h50 dans la voiture. On pourrait penser que je suis reposé après un mercredi passé entre mon travail et les enfants, curieusement ce n'est pas le cas. Il est 7h20 quand j'arrive à mon énorme rond point où je sais qu'un jour j'aurai un carton parce que les gens roulent n'importe comment, et c'est ce jour. La voiture devant moi s'engage, un gars déboule à fond pour lui couper la route, il pile, je pile, nous pilons, je lui rentre dans l'arrière. Je me mets sur le côté du rond point, j'essaie de ne pas me faire tuer, il n'a quasiment rien, j'ai l'avant bien enfoncé. Je me rappelle de l'arbre d'il y a deux ans et de la facture de 2000 €, ça ne coule pas, je vais pouvoir conduire, c'est moins, le phare a pris, 750 €. L'ironie là dedans c'est de gagner une prime de 1200 € pour un travail qu'on ne voulait pas faire en dépenser 750 dans sa voiture et se rajouter de la fatigue à la fatigue à essayer dans la journée de joindre l'assurance, de trouver un garagiste. 

De cette histoire vous pourriez me faire remarquer qu'il est temps peut être de lever le pieds et que je dois être au burn out ou pas loin, en fait pas du tout. Dans le pire moment de merde de la journée qui pouvait osciller à ma première heure après le rendez vous avec le papa qui m'attendait où je commence à avoir quelques vertiges avec 27 élèves de premières, que j'informe mes gamins que je viens de me prendre un carton, qu'il va pas falloir me gonfler, je trouve l'humour pour dire que si je tombe raide au lieu de me faire les poches, on appelle la surveillante. A 10 heures alors que je pense avoir le temps de joindre l'assurance et de prendre cinq minutes de pause, une de mes élèves méritante a besoin de prendre du temps pour finir son contrôle, je lui donne. Ou encore à 13h30 quand je dois recevoir les grands parents d'un gamin car une collègue s'est sentie menacée, ou quand sur une heure de trou j'arrive enfin à montrer la voiture pour savoir si je peux rouler et faire un devis, à aucun moment je ne me suis senti dépassé par les événements. Le regret bien sûr de se dire que peut être un peu moins de fatigue, partir un peu plus tard parce que je n'avais pas ce fameux rendez vous, alors peut être que je serais arrivé à bon port sans encombre. 

Je tourne le problème autrement, la route c'est dangereux, la mienne particulièrement. Mardi je rentre chez moi dans l'après, je vois une énorme bâche grise sur l'autoroute A75, je l'évite tranquille en restant sur la voie de droite, sauf que juste devant il y avait toute la partie métallique de la remorque qu'un gars avait perdu sur la route, zig zag à 120 km/h sans problème, les réflexes ce jour là n'étaient pas trop morts. Vendredi matin alors que je roule avec ma voiture dans un sale état, sur la route la plus pourrie de France, en bord de mer, pendant 25 km une nappe de brouillard qui fait qu'on ne voyait pas à un mètre. L'après midi même, je me fais doubler par un chauffard en moto par la bande d'arrêt d'urgence qui avait une go pro sur la tête, certainement très fier de filmer ses exploits.Que dire du sanglier de l'an dernier, des intempéries où on se retrouve avec les routes innondées, rouler c'est dangereux, pas étonnant qu'on prenne un critère de 15000 km dans les assurances. 

Même avec une méga patate, il continuera de m'arriver des choses, je connais déjà l'un des prochains endroits où j'aurai un problème, un rond point où les voitures s'insèrent sans se poser de questions sur la priorité. La moralité est donc simple, il faut soit déménager ce qui est hors de question, ma vie se fera en bord de mer, soit rouler moins ou ailleurs, des perspectives sont en train de se profiler avec la possibilité désormais pour les enseignants du ministère de l'agriculture d'avoir des passerelles dans l'éducation nationale, ce qui me ferait potentiellement travailler sur Narbonne si une place se libère. 

On ne peut pas dire que je suis vert, c'est un événement de plus. Je réfléchis à me prendre du 100% pour l'assurance mais avec un partner qui a vécu, avec pas un carton tous les matins quand même, je pense qu'en fait c'est un peu comme les mutuelles, on a plus vite fait de payer sa paire de lunette de sa poche que de payer une cotisation qui vous paye trois paires de lunettes. Le seul regret c'est de se dire que les choses auraient pu être différentes, mais que serait la vie si les choses n'étaient pas justement ce qu'elles sont.