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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Pourquoi travailler avec Bronco c'est rigolo et autres réflexions

dimanche 13 novembre 2016 à 08:00

Notre histoire commence toujours par une idée étrange. Dans le forum de pluxml, le Le Cynozophrène Mural avait besoin d'un coup de main pour tester son thème. Comme je suis l'homme qui n'a pas peur de mettre des brouillons en première page, j'ai fait tourner son thème pour lui faire un retour. A l'heure actuelle, je participe à ma façon au projet pluxml, on a pu le voir avec l'annuaire par exemple, faire tourner des templates va certainement faire partie des contributions à venir, il y a du ménage à faire. Globalement tout le monde s'en fout puisque tout le monde passe par le RSS, ça permettra de trouver les anomalies, corriger, tout ça. Le problème c'est que j'ai modifié le template par défaut de trois façons différentes : j'ai rajouté dans la sidebar des liens vers mes comptes jabber, j'ai rajouté les urls des copains, et j'ai mis un édito pour mettre une publicité vers un site qui me paraît pertinent. Le problème car il y a toujours un problème, c'est que j'ai besoin de modifier le template à la main à chaque fois que je vais changer de thème. Il me faut donc trouver une solution, j'ai commencé à élaborer quelques stratégies.

On reconnaît une fois de plus le panache de notre amateur du dimanche, un favicon qui n'est pas récupérée, la taille qui n'est pas la bonne, une erreur dans l'administration, enfin bref, j'ai envie de dire la routine. Comme en ce moment il bosse sur BoZon V3, je sais qu'il est en ligne, je lance son jabber, je l'insulte, je lui dis que j'ai des tas de choses à faire et qu'il faut qu'il code. Je vais faire des courses, c'est pas corrigé, je fais un commentaire désobligeant, je prends son adresse pour lui envoyer une Xbox 360 que ne reprend plus Micromania et que j'aurai vendu à peine à 20 € sur le boncoin, je pars à la plage, je rentre, je vois que ça marche toujours pas, je le pourris, il m'envoie une nouvelle version ...

Au moment où je rédige ce billet, ça ne marche absolument pas, mais c'est sans importance, ça va finir par marcher, j'ai l'habitude, ça finit par marcher au bout d'un moment, jusqu'à ce qu'il casse quelque chose de nouveau. Travailler avec Bronco c'est sympa. C'est du n'importe quoi, c'est pas sérieux, c'est pas conventionnel par rapport à ce qu'on est en droit d'attendre dans le monde informatique, mais c'est cordial, bon enfant, et à la sortie on a une production.

Dire que j'ai pris ma retraite du libre c'est faux, en fait je continue de participer à ma façon, et je me rends compte que je ne participe plus à des projets libres, j'aide des gens dans des projets libres. L'esprit pluxml c'est assez bizarre car c'est du chacun chez soi et tout le monde sur le forum pour participer. Le réflexe serait de parler de mutualisation de façon systématique, mais ici, aussi bizarre cela puisse paraître, avec une communauté très éparpillée qui fournit template et plugin sur son propre espace, ça marche plutôt pas mal. L'idée de l'annuaire d'ailleurs est bonne, il y en a vraiment partout. Pluxml est le projet que j'affectionne, auquel j'ai envie de participer, il me permet de faire ce que j'aime, écrire.

J'aide des gens, des gens qui le valent bien. Par exemple je n'aiderai pas dflinux mais j'aiderai Arpinux s'il a besoin d'un coup de main dans le cadre d'un projet personnel. Alors certes, c'est un peu Thuban, Starsheep, Arpinux que j'abandonne, des gens que j'apprécie, mais je pense que même s'ils ont fait le choix le plus raisonnable en s'associant au forum debian-facile, le projet va dans le mur. Trop de monde, trop de conseilleurs, trop de haine avec les gens qui ont monté handydv, handylinux aurait dû rester un petit projet sans aucune ambition, ou en freinant les ambitions des autres, un petit projet qui marche bien entre copains et virer tous les parasites qui ont pu traîner autour, des parasites qui ne produisent rien, qui ne servent à rien, ce n'est pas ce qui manque.

J'évoquais dans mon billet précédent, l'idée d'aller sur Facebook, si je le fais, c'est évident que c'est à titre d'agrégation, un moteur de recherche dans une information que je ne peux plus atteindre. Car en fait, en me retirant au plus de tout ce qui est vastement communautaire, des fameux projets qui vont changer le monde, du bruit, je réalise que j'entretiens des relations simples, construites, plus saines, plus denses avec des gens un peu partout sur le net. Il faudra comprendre qu'on ne peut pas être ami avec 4000 personnes c'est l'illusion qu'essaie de nous faire croire l'internet.

Le retrait, l'internet de loin, je n'ai pas envie de parler d'isolement, c'est une manière de mieux profiter du net, de mieux cibler ses priorités, ses activités, et certainement d'être plus productif.

Edit 20h15 : je viens de recevoir un zip par jabber, buddy links est à jour, il fonctionne et apporte son lot de nouveauté, la collaboration des enseignants va une fois de plus changer le monde.

La tentation sociale

samedi 12 novembre 2016 à 08:00

J'aimerai démarrer par ceci : Si t’es pas sur Facebook, t’es un extra-terrestre ! Je vous mets une capture d'écran pour vous montrer comment j'aurai pu très facilement ne pas lire cet article (une erreur sordide s'est glissée dans cette capture d'écran, sauras tu la retrouver ?)

C'est à l'heure actuelle un de mes problèmes avec le discours sur la liberté, sur les réseaux, sur Facebook c'est le mal, en fait sur tous les articles qui de façon générale dénoncent, c'est que derrière les auteurs sont eux mêmes usagers de ces services. C'est un des plus gros paradoxes du libre d'ailleurs, ça dénonce beaucoup, mais qu'est ce que ça utilise. Le plus gros réseau social libre en ce moment c'est de toute évidence Twitter devant tout le reste, quand Twitter va fermer ou sera racheté par un super méchant, j'attends de voir les départs du réseau social, ou pas.

A l'heure actuelle, je n'ai plus aucun compte sur les réseaux sociaux et pourtant de plus en plus, avec la disparition des blogs, des sites, je commence à voir des informations pertinentes en provenance de youtube, de twitter bien évidemment mais aussi de facebook. L'effet de bord direct de la fin des sites internet tels que nous les connaissons c'est que la page web simple à papa que montait le gars qui savait faire plus ou moins mal, c'est désormais une page facebook. Facebook pose problème dans la consultation de ces pages, Facebook vous impose tout simplement la création d'un compte Facebook pour avoir accès à l'information. Voyez que lorsqu'on s'inquiète aux États-Unis de la neutralité du net, on peut tout simplement s'interroger sur son accessibilité dans certains cas.

Pourquoi ne pas franchir le pas ?

Aucun rapport avec ça pue c'est pas libre, avec le message culpabilisant qu'essaient de faire passer certains de mes collègues ou que j'ai pu faire moi-même passer, la véritable liberté informatique n'existe pas. Je suis inscrit sur des tas de forum encore, je pense que ce serait la croix et la bannière pour demander la suppression de mes données, j'ai pu l'illustrer par exemple avec le forum debian-fr où le compte a été juste suspendu. Comme l'a souligné un membre dans les commentaires, dire qu'on est libre parce qu'on utilise abiword, c'est peut être rater une forme de définition de la liberté. Une forme de liberté c'est de pouvoir passer d'un système à l'autre, la liberté c'est la connaissance qui vous la donne, ce n'est pas de moi, c'est de Snowden, à mon niveau je ne suis libre que de subir la bonne volonté des codeurs qui font mes logiciels. Un utilisateur lambda de logiciels libres n'est pas plus libre qu'un utilisateur de MAC, ils sont tous les deux tributaires de quelqu'un.

Je n'ai plus de compte sur les réseaux sociaux car je ne sais pas m'en servir ou ce serait redondant. Par exemple, pour Twitter, je fais ma veille dans l'open bar, utiliser la part sociale pour insulter quelqu'un n'aurait pas de sens, pour échanger non plus, je préfère passer par des services comme jabber, c'est plus intime, loin du regard de la foule. De la même manière avoir un facebook pour publier n'a pas de sens, puisque je le fais déjà sur mes blogs. D'ailleurs je pointe exactement du doigt le problème, facebook fait ce que fait un blog, il ne faut pas s'étonner alors que des gens aient fait le choix de l'un ou de l'autre et qu'ils sont allés rejoindre plus d'un milliard d'utilisateurs réguliers. Là encore expliquer que les gens ne sont plus propriétaires de leurs données c'est discutable, oui Facebook va puiser dans les données mais non l'usager peut partir à n'importe quel moment en partant avec ses données même si se pogner deux ans de photos et de texte à la main ça doit pas être évident. Le véritable problème à l'heure actuelle d'un facebook, c'est souligné dans cet article de blog, utiliser facebook c'est se soumettre à d'autres règles du jeu qu'on ne maîtrise pas forcément et prendre le risque un beau matin de se retrouver avec son compte ou sa page cloturés. Pour fermer un site internet il en faut franchement plus, on a pu le voir dans le courant de l'année avec notre ami le plagieur de sites, c'est du dépôt de plainte argumenté auprès des hébergeurs, l'artillerie lourde. Facebook est tellement craintif, il suffit de le voir avec les oeuvres d'art, les photos historiques ou même des mammographies pour se rendre compte que les actions sont rapides et souvent radicales.

Je n'aurai, je n'ai d'intérêt pour les réseaux sociaux qu'en consultation et là ça devient compliqué. Si j'en reviens au cas de twitter par exemple, la masse de retweet est épouvantable, twitter propose le blocage au niveau de l'utilisateur mais pas au niveau global. Je trouve que les gens qui passent leur temps à balancer les tweets des autres sont irrespectueux, ils imposent à leur lecteur des gens qu'ils ne lisent pas et qu'ils ne veulent pas forcément lire. Cela fait certes partie du jeu, mais à ce compte là je préfère mieux remanier et indiquer la source. Twitter est de toute façon un réseau où il est facile de tricher, où l'on peut simplement accéder à l'information, y compris par flux RSS, l'ambiance est de plus tellement nauséabonde que je n'ai pas envie d'en être.

Facebook c'est encore autre chose. En quittant le lycée agricole de Clermont, je faisais un compte pour garder le contact avec les anciens élèves. J'ai clôturé ce compte quelques mois plus tard avec les attentats où l'afflux soudain d'informations, une information brute, violente, absolument pas maîtrisée était devenue insupportable. Il faudrait donc créer un compte facebook et filtrer à fond les gens, bloquer le gros de leurs publications qui sont stériles, ou disons les gens que je pourrais potentiellement avoir sur facebook, c'est à dire mes anciens élèves.

Moralités :

A la croisée des chemins

vendredi 11 novembre 2016 à 08:00

J'ai eu un commentaire très classe sur mon contrôle sur l'image qui se traduit en gros par Cyrille BORNE c'était mieux avant, change de métier. C'est tout ce que j'aime dans le commentaire, anonyme, culpabilisant, lapidaire, pas de véritable échange. D'ailleurs on sent qu'il n'y a pas de volonté d'échange, et de la part de l'individu qui a posé son caca dans mon blog et de ma part qui me suis offert une réponse de président de droite en plus classe mais dont le principe reste le même, aller voir ailleurs si je n'y suis pas.

J'aimerai partir de cette étude : les élèves de primaire font de plus en plus de fautes d’orthographe. De toutes les études c'est celle qui me parait la plus pertinente, depuis 1987 on fait faire la même dictée aux élèves et on regarde les résultats, le résultat baisse. Ce qui est intéressant c'est qu'on fait la même dictée depuis 30 ans, on change rien, si le résultat change, c'est le monde qui a changé, pas la dictée. A ce moment là, vous avez la possibilité de prendre deux chemins.

Le chemin du réactionnaire. Les gosses sont de plus en plus mauvais parce qu'ils ne lisent pas, ils ne lisent pas car ils préfèrent mieux s'abrutir devant Cyprien qui chasse le Roucoul. La lecture demande un effort intellectuel trop important, les enfants ne travaillent plus et c'est certainement la responsabilité des parents trop préoccupés par leur propre vie personnelle pour s'occuper de leurs gosses. En effet, chômage, divorce, se retrouver un compagnon, sont autant de préoccupations qui font passer les devoirs bien loin. Dans une bonne France d'avant, papa allait au travail, maman restait à la maison pour s'occuper des enfants, l'enseignant était respecté et qu'on soit content ou pas tout le monde se taisait pour accomplir le labeur, les anciens nous racontent encore que quand l'enseignant collait une gifle, les parents doublaient à la maison. Et d'ailleurs si on sort du cadre un peu provocateur, on est quand même pas loin de cette réalité, on peine de plus en plus à recruter des gens dans les filières scientifiques par exemple.

Le chemin précédent c'est le chemin de la fatalité mais aussi de la facilité, c'est le chemin du simple constat, le chemin du regret, mais à quoi bon se plaindre, malheureusement on ne reviendra pas à une vieille France d'autrefois et à ses clichés familiaux. Quand dans mon contrôle sur l'image je me pose des questions sur ma pédagogie, sur le fait que j'applique de vieilles méthodes teintées de plus de ma culture libriste, je ne suis pas dans la plainte, je suis dans la franche remise en questions. En gros, je fais mon boulot, j'ai fait une séance dont je ne suis pas pleinement satisfait et comme toujours je le dis à voix haute car j'ai la chance d'avoir une majorité de bons commentaires, pas des commentaires réconfortants, mielleux qui vont dans mon sens mais des commentaires qui permettent les échanges des pratiques, pas le commentaire tout pourri qui dit c'est pas bien et puis c'est tout.

Il faut considérer que lorsqu'on voit un gamin aujourd'hui, c'est potentiellement le président de demain. Sans forcément être le président de demain, c'est lui qui va diriger le monde. Le rejet de l'écriture, de la lecture, est une tendance forte et cela devient palpable même au niveau de l'informatique. A une époque le tutoriel c'était de l'écrit, désormais, par la force des choses, je me retrouve de plus en plus sur youtube pour un test produit ou même pour une documentation. Quand une tendance est aussi forte, quand on voit un tel rejet, il faut quand même s'interroger en tant qu'adulte sur la pertinence de ce qu'on essaie de faire rentrer en force dans la tête des élèves.

Contrairement à mes collègues de français, contrairement aux mathématiques, avec l'informatique j'ai une assez grande liberté d'action. Comprenez que le prof de français ne peut pas scier la branche sur laquelle il est assis et il n'a pas trop le choix, il va devoir continuer à envoyer aux gosses l'appel de la forêt, Molière, du Maupassant, ce genre de choses, continuer les règles de grammaire car en haut on a décidé qu'il faut continuer l'acharnement thérapeutique. Scier la branche sur laquelle on est assis, c'est peut être discutable, les profs de français d'aujourd'hui seront peut être les profs d'expression orale de demain ce qui dès maintenant ne serait peut être pas du luxe quand on entend le jeune s'exprimer. Pour en revenir à ma préoccupation de base, il est impératif dans notre métier de voir ce qu'on peut faire de mieux avec la latitude qu'on a pour le faire. Lorsque j'évoquais mon contrôle sur l'image, ma façon de faire avec des outils de vieux, mon esprit libriste, il faut impérativement faire une remise en question sur ce qu'on fait, sortir régulièrement de sa zone de confort pour faire mieux. A fortiori dans le cadre de l'informatique à raison de une heure par semaine, il est évident qu'il ne faut pas rater son coup.

L'avenir est en marche.

Trump président, une situation qui mérite d'être observée

jeudi 10 novembre 2016 à 16:00

La campagne américaine a été tellement ridicule, tellement petite, bien sûr vu des informations qu'on nous a relayées en Europe, le personnage de Trump tellement caricatural, la victoire de madame Clinton tellement assurée que je ne m'y suis absolument pas intéressé. Déjà que je peine à trouver un candidat français, je trouve surtout des gens pour qui je ne vais pas voter, les États Unis m'ont paru particulièrement loin. Trump président, c'est donc le cauchemar totalement incroyable, l'Amérique qui a la gueule de bois, enfin bref, les grands classiques. Des artistes qui ont annoncé qu'ils quitteraient le sol américain en cas de victoire, l'expérience française avec le passage du président Sarkozy nous a montré d'ailleurs que beaucoup de gens crient au loup, menacent, mais dans les faits ne font pas grand chose.

Si on fait abstraction du discours raciste de l'individu, du discours misogyne, le volet informatique est particulièrement intéressant à suivre.

Le programme de Trump de ce côté là est assez simple et peut se résumer de la façon suivante sur les quelques points qui m'intéressent :

Il faut d'abord prendre conscience de quelque chose, le président des États Unis n'a pas de super pouvoirs et il serait faux de penser que l'homme peut tout faire. Nous connaissons la valeur des promesses électorales, chez ce candidat peut être encore plus, elles valent certainement les promesses de quitter le pays pour des stars américaines. Et c'est justement ceci qui est intéressant, on va peut être assister pour la première fois à un bras de fer entre l'état et les sociétés qui à pas grand chose, sont en train de prendre joyeusement le contrôle du monde, les fameux GAFAM.

Le dernier bras de fer on l'a eu pour le téléphone du terroriste entre le FBI et Apple, quelle que soit l'opinion qu'on peut avoir sur la protection de la vie privée, je me contente juste de souligner qu'une compagnie privée a refusé de se soumettre à l'état sur une question de sécurité nationale et qu'aucune sanction n'a été prise derrière, c'est donc une société privée qui à un instant t a dicté sa loi.

Ce qui est intéressant c'est de savoir jusqu'où pourra aller le président américain. Est-ce qu'il va réellement taxer les produits étranger et notamment les produits Chinois et par le fait perturber quand même l'ordre économique mondial. Est-ce qu'il va réellement réussir à faire payer des fortunes fiscales à des entreprises qui jouent de leur côté virtuel et de nombreuses astuces financières pour ne pas cracher au bassinet ? Est-ce qu'il va imposer une modération profonde de l'internet, une forme de contrôle, pour que comme a pu le dire un ancien président français, l'internet ne soit plus une zone de non droit ?

Il y a dans cette élection une bataille qui est à suivre, celle qui déterminera si la politique a encore une prise sur les industries. Si Trump se fait totalement clouer le bec, je ne parle bien que sur certains points précis, cela signifiera que le pouvoir est désormais pleinement entre les mains des groupes financiers et que la politique c'est bel et bien mort.

Prof 2.0

mercredi 9 novembre 2016 à 08:00

On organisait en ce mardi une journée atypique, la journée Jordan. Jordan est un élève que je n'ai pas connu et qui est décédé de longue maladie, chaque année des associations viennent, on y parle de différence, de solidarité, ce qui est une bonne chose. J'ai assisté à un bout de conférence avec mes secondes sur le Togo, la prise de conscience que les gens en sont à laver les préservatifs ça interpelle, ça parmi d'autres choses, les kilomètres qu'il faut faire pour aller à la rivière quand ici il suffit d'ouvrir le robinet pour tout et n'importe quoi. Dans notre monde à la con consumériste où la seule nouvelle ce sont les bijoux de Kim Kardashian, que nos élèves entendent autre chose c'est bien.

Cet après-midi c'était des productions, des ateliers, des chants qui étaient réalisés autour de la solidarité, c'est le genre de choses avec lequel j'ai du mal, trop pudique, trop cynique, même Sinik, allez je mets un peu de Sinik avec Kool Shen, j'ai d'autres façons de dire je t'aime que les gens qui me pratiquent connaissent, je suis allé épauler ma collègue qui a pris mes élèves pour faire du reportage toute la journée.

La mission était simple, ma classe de troisième se divisait en autant de groupes que d'ateliers, prenait des photos, revenait en salle informatique et faisait des articles qui seront publiés sur le site internet. Moi à la technique, une évidence, ma collègue prof de français à l'écriture. J'aime la pluridisciplinarité, travailler à deux dans la même pièce avec une vingtaine de gosses c'est apprendre à partager l'espace, à s'effacer face à la compétence de l'autre, on ne peut pas le faire avec tout le monde, il faut une alchimie, comme un mariage.

Au lycée, c'est cette liberté d'éducation qui est la notre, merci l'agricole, on travaille avec les smartphones. Les gosses ne sont pas à l'aise avec les ordinateurs, vestiges du passé, la tablette c'est pas terrible, le smartphone même lui, ils le maîtrisent de façon médiocre. Le fait d'utiliser leur outil et de ne pas fustiger le téléphone comme l'oeuvre de Satan mais bien le présenter comme un appareil qui peut être utilisé à des fins pédagogiques change complètement la donne. Les photos ont donc été réalisées avec les smartphones et c'est moi qui devait ensuite les récupérer. Dans cette classe 80% des gamins utilisent des iphone et pour une raison que je ne connais pas, qui ne m'intéresse pas, pas de bluetooth sur les iphones. Donc dans l'urgence, j'ai fait ce qu'il fallait faire, j'ai fait un bozon, j'ai fait un partage de connexion avec mon téléphone pour que des gosses qui n'ont pas d'illimité puisse uploader. Il est intéressant de constater que ce n'est pas l'interface qui a posé problème mais bien d'entrer une url, la notion d'url n'est pas normale pour les gamins. En fait, ils ne vont pas sur un site de manière naturelle, ils vont sur un site en passant par le biais d'une application ou par le moteur de recherche. Par le fait on comprend bien que c'est le moteur qui fait la pluie et le beau temps. Quand j'ai commencé à voir que certains pédalaient dans la semoule pour trouver le bozon, j'ai changé de stratégie, ils ont balancé les photos sur facebook puisqu'ils ont tous un facebook puis on les a récupéré sur les ordinateurs où je les ai récupérées par bozon moi même. Là encore vous noterez qu'on est passé par Facebook, l'outil du mal.

J'ai utilisé les méthodes des élèves, je pense que je vais essayer désormais de plus en plus de partir de ceux qu'ils font pour arriver à quelque chose. Il y avait 40 manières d'arriver au résultat, une boîte mail, un dropbox, un office365, mais en fait ils ne connaissent que facebook.

On reste toujours perplexe pour se rendre compte qu'en 2016, balancer une photo à quelqu'un d'autre quand on ne sait pas, quand on n'a pas les bons outils ce n'est pas simple. La réflexion toutefois est autre, et il faut l'accepter. Celui qui finalement n'avait peut être pas les bons outils, celui qui a posé des problèmes pour la communication, celui qui a donc emmerdé tout le monde, c'est moi avec la non possession de compte facebook. Car si j'avais possédé un compte facebook ça aurait été fait directement en utilisant messenger. En même temps si mon ENT avait été plus performant, s'il avait une véritable interface mobile, s'il était capable d'envoyer plusieurs pièces jointes en même temps, alors peut être que nous serions passés par l'outil pédagogique.

Nous savons, vous savez, je sais que créer un compte facebook pour se mettre à bosser aurait été franchir un peu plus la ligne rouge qui a déjà été franchie en passant quand même plus ou moins mal par ce biais pour récupérer les photos. Néanmoins il faut être interpellé sur la qualité des outils qui sont mis à notre disposition et se rendre à l'évidence, l'empire du mal fait de bons outils, et des solutions faciles, c'est le coeur du problème, les gens normaux ne peuvent pas se contenter d'un truc qui marchote ou de la médiocrité qu'on s'impose dans notre masochiste libriste.

Cet article a été écrit principalement sur un concert de Radio Head, je suis amusé de voir au premier rang plein de mamans qui reprennent Creep et de se dire que le public de Radiohead a bien vieilli, enfin bien vieilli, a vieilli. Radiohead d'ailleurs aussi a vieilli, son chanteur a toujours un côté paillasson qui réussit à faire passer l'émotion mais on sent que le show est rodé et maîtrisé à l'extrême. Alors comme c'était une journée de solidarité, sur la différence, sur l'autre, je finirai là dessus