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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Deuxième coup de massue

jeudi 24 novembre 2016 à 10:15

Je crois qu'il est désormais important que j'acte le fait que je suis devenu une pauvre petite chose fragile. Hier mercredi, jour de congé, je suis quand même allé mettre à jour les PC à l'école de ma femme, Debian, ça tourne tout seul sauf quand on change un photocopieur ou faire les mises à jour, ça reste une carence de ne pas avoir un système automatique par défaut à la Ubuntu. Au retour à la maison climatisation à 25 degrés, complètement gelé, des courbatures, peut être huit heures au lit sans amélioration à me bourrer de doliprane. La nuit à se réveiller toutes les deux heures pour regarder la tempête et crever de chaud en sueur, je vous écris en slip, la classe, avec des auréoles sous les bras avant d'aller chez le médecin, j'espère qu'on va me prescrire du ciflox pour me coller la patate.

Bon pour me consoler, je peux me dire que c'est une année de merde qui fait que je pars avec un lourd handicap de fatigue, que les allers retours à Toulouse n'ont pas arrangé les choses, que les vacances de la Toussaint avec la femme au bandeau de pirate n'ont pas arrangé les choses, que rien n'a arrangé les choses ou presque. Alors que mes élèves de troisième sont en stage et que j'aurai dû en profiter pour lever le pied, j'ai eu la bonne idée de monter une nouvelle salle informatique. Pour monter une salle informatique, rien de plus simple, des dizaines de PC à la maison à mettre au propre, merci le fils, et au lycée recruter des gamins qui s'ennuient pour déposer le matériel, mettre un clavier, une souris, une tour et un écran sur la table. Si d'un point de vue intellectuel demander un effort à des élèves ça commence à devenir difficile, pour mettre la main à la pâte par contre, on a vraiment des enfants qui sont très serviables, plus ou moins habiles. Et quand je dis plus ou moins habile, j'en ai vu un se casser la gueule avec deux PC, ça va que les P4 de chez HP sont indestructibles.

Ce qui m'inquiète c'est qu'il y a toujours quelque chose à faire, quelque chose de plus. Je pensais que j'avais fait le gros oeuvre l'an dernier, ça continue encore et encore. Mais en fait, ça a toujours été comme ça. La seule différence c'est que c'est moi qui commence à avoir du mal à suivre, physiquement en tout cas. Partant du principe que les choses ne vont certainement pas aller en s'arrangeant en vieillissant, c'est à moi de trouver la nouvelle limite, physique de ce que je peux faire, comment je dois l'étaler dans le temps, arrêter de céder aux sirènes de l'urgence.

Le vrai faux problème de l'école

mardi 22 novembre 2016 à 20:30

Même si je ne suis pas allé voter pour la primaire de droite, ça va en décevoir plusieurs qui me considèrent comme un vrai réac, il est intéressant de regarder le programme du futur candidat d'un des principaux partis. J'avais exprimé mes inquiétudes quant au candidat Sarkozy, on va retrouver les mêmes avec le candidat Fillon, de façon générale la droite est convaincue avec d'autres mesures bien sûr pour ne pas être trop réducteur, qu'en faisant travailler davantage les professeurs, en augmentant les salaires, on va régler les problèmes de l'école, c'est une grosse erreur.

Il faut constater quelques bricoles :

Je vais vous expliquer une part du problème de l'école et la façon très simple de le solutionner. Aujourd'hui je donne un travail à faire à mes élèves, quelques exercices de mathématiques, c'est 90% des gosses qui ne vont pas faire le boulot. J'exagère mais c'est une forte proportion d'enfants qui ne travaillent plus. Coller ne sert à rien, ils sont capables de rester trois heures et ne rien rendre, j'appelle les parents pour les informer de la situation, votre enfant ne travaille pas, on promet, on s'engage, et finalement rien de plus. Les parents ont été informés, et après ? Après, c'est la situation actuelle. Quelques rares enfants ont la pression scolaire, une pression qui a disparu ou presque sauf dans quelques foyers, professeurs en tête qui se retrouveraient bien bête si leurs gosses ne faisaient pas le travail en se retrouvant face aux collègues. Ces gosses, nos gosses, mes gosses, sont un peu comme des martiens, "oh t'as vu le gosse, il a fait son boulot". C'est un peu comme il y a 30 ans où on avait le fils de parents divorcés, le gamin différent, le honteux, aujourd'hui les gosses de parents mariés sont des anomalies.

Alors votre gosse, lui il voit que tout le monde glande autour de lui, se couche à pas d'heure, ben votre gosse il vous met une pression incroyable pour rien faire et c'est normal. Beaucoup de parents finissent par lâcher car l'adolescent est increvable, l'adolescent vous épuise.

A partir du moment où tout le monde ou presque commence à admettre le postulat que les gosses ne feront rien à la maison, on déplace donc une grande partie du travail en classe, des exercices notamment. La moralité c'est que lorsque vous pouviez aller plus loin avec des élèves, les faire chercher, ben vous faites pas car il faut voir l'essentiel. Il ne faut pas se leurrer, il ne faut pas être un génie pour faire des équations, un gosse qui a fait deux cents équations saura toujours en faire, seulement le truc c'est qu'on n'a pas le temps d'en faire et que ça ne sera pas fait ailleurs. Pas difficile de comprendre pourquoi le niveau baisse, l'absence de plus en plus complète de travail personnel, ce fameux entraînement pourtant si indispensable à la réussite des gosses, à la réussite tout court, demandez le nombre d'heures d'entrainement d'un sportif par exemple.

La responsabilité pour que le travail demandé soit réalisé, incombe aux parents. Moi me parler d'un gosse de 14 ans responsable, un gosse qui doit avoir conscience de son avenir, ce fameux gosse qui travaille pour lui c'est ne pas trop fréquenter les enfants qui à l'image des adultes calculent au maximum à la glandouille et c'est compréhensible. Si on cautionne, ou disons si on ne met pas les moyens en place pour que le gosse travaille, on est dans la situation dans laquelle nous sommes.

Le jour où l'on passera une salle de classe où 90% des élèves auront fait le boulot, que 90% des enfants sauront de quoi vous parlez alors peut être on pourra faire autre chose que de répéter le cours de la dernière fois et faire de l'exercice de base, certainement on pourra se poser de vraies questions pédagogiques et analyser réellement comment faire avancer le système. Avec des enfants qui ont pris l'habitude de ne pas travailler c'est réinventer le système scolaire ou le médical, comment réussir à faire entrer un truc dans la tête d'un gamin. Alors que jusqu'à maintenant l'histoire faisait partie des matières privilégiées, des matières à l'abri, les enfants expliquent désormais qu'ils ne comprennent rien à l'histoire, sauf que pour une grande partie, l'histoire, la géographie, ça s'apprend. Attention, il est important que vous compreniez que mon billet ne réfléchit pas à la pertinence de faire apprendre 500 dates à un gamin, mon billet dit juste que dans le système actuel où on veut qu'un gosse connaisse quelques villes, quelques dates, s'il n'apprend pas, ce n'est pas possible de réussir.

Il existe une autre politique qui consisterait à faire autrement que de l'assistanat puisque reprendre le cours, refaire des exos de base en entrée de séance c'est cautionner le fait qu'on sait que les élèves ont glandé, le marche ou crève. Le marche ou crève, c'est pas compliqué, on avance, on fait le programme tel qu'il doit être fait en abordant les cas particuliers, les extravagances et j'en passe. Seulement, le retour de bâton est immédiat. En prenant le temps de rabâcher, de faire simple, on arrive à faire accrocher une classe complète à pas grand chose. Si demain on se lance dans l'avancée sèche en laissant un maximum d'élèves sur le bas côté, élèves qui n'auraient eu qu'à apprendre leur cours et faire les exercices de base, c'est au devant de lourds problèmes de discipline qu'on va car un enfant qui ne comprend pas, qui ne peut pas suivre, va s'occuper autrement, en mettant la foire ou en tapant la discute avec les copains. Convoquer alors les parents pour signifier que le gamin ne sait pas se tenir, c'est se faire expliquer par maman ou papa que le gamin n'arrive pas à suivre, donc il fait n'importe quoi, sans jamais en revenir à la question de fond : est ce que le gamin a fait le tarif syndical ?

Oui l'école va mal, l'école va mal car tous ses acteurs ne répondent pas présent à l'appel. Une école qui fonctionne c'est une école dans laquelle les enseignants font leur travail main dans la main avec des parents qui font le leur pour contraindre les enfants à en faire. J'ai employé le mot contraindre et c'est l'autre partie du problème, la partie réellement technique, celle sur laquelle nous devrions consacrer notre temps de façon exclusive, transformer un savoir contraignant en plaisir d'apprendre. Et là j'arrête tout de suite les gauchistes qui tenteraient de m'expliquer que si on commençait par là, le ludique tout ça, alors ça réglerait tout, c'est une aberration. Nous les passionnés d'informatique, qui avons construit un savoir colossal savons pertinemment que l'apprentissage se fait souvent dans la douleur, qu'il faut de la détermination, de la persévérance, de la pratique, de la rigueur, des qualités qui ne sont pas associées au plaisir, plaisir qui est la récompense de ceux qui ont réussi après de nombreux échecs et de nombreux efforts.

Qu'on me donne l'envie d'avoir envie

lundi 21 novembre 2016 à 08:00

Ça fait souvent rire mes élèves quand je leur dis d'un air faussement horrifié que je ne peux pas me faire de rastas, et pourtant cette prise de conscience, le fait d'être chauve et de l'assumer, c'est certainement ce qui me permet d'avancer dans la vie. En gros, c'est ce que je dis toujours, la question est toujours la même, qui suis-je ? En sachant qui je suis, je peux réussir à savoir ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire. J'essaie d'inculquer ça à mes gamins, les miens, mais aussi ceux qui m'ont en classe, à partir de ce moment là ça permet à des enfants qui ont quatre de moyenne en maths de déculpabiliser car cela fait partie des choses qu'ils ne peuvent pas faire ou difficilement, ce n'est pas pour ça qu'ils ne vont rien faire, ils vont faire autre chose, juste à trouver quoi.

A 41 ans, est en train d'entrer un nouveau paramètre, les choses que je ne peux plus faire. Avec un mal de dos de chien conséquent ces derniers temps, je suis en train de me rendre compte que les deux ans de marteau piqueur et les tonnes de terre et de pierre ont laissé quelques séquelles. Donc, dans les choses que je ne peux plus faire, les grands travaux, j'en suis convaincu, pas encore ma femme par contre. Je pense d'ailleurs que mon prochain véhicule ne sera pas un Partner, le véhicule idéal pour se casser le dos, même si la joie de pouvoir faire ça, n'a pas de prix.

Le partner de Cyrille BORNE prêt pour aller bosser, sachez qu'au moment où j'écris, j'ai deux tours de plus, je suis un bonhomme à Tétris

Cela fait plusieurs semaines que j'ai constaté que j'étais incapable de regarder un film jusqu'à son terme, le cinéma américain en première ligne. Les scènes d'action vues deux cents fois, le traître, la fille, le garçon, le héros, le copain drôle, je regarde les trente premières minutes, je peux vous raconter la fin du film. Bien sûr, je pourrai vous dire que le cinéma américain est tellement codifié, prévisible, qu'il est normal que je me retrouve dans cette situation, mais l'honnêteté intellectuelle, c'est de dire que le problème vient de moi, trop vieux, trop vu, plus de patience, j'ai épuisé mes stocks. Je vois mon gamin dévorer les films les plus bourrins comme j'ai pu le faire plus jeune, son tour viendra sûrement un jour quand il sera gavé.

Il est certain que l'enjeu dans le cinéma est tel que les gars peuvent difficilement se rater. C'est une situation qu'on connaît bien avec le jeu vidéo, où on se contente de reprendre le précédent opus en bougeant un iota, mais sans faire le pari, la prise de risque, parce que quand on a posé plusieurs centaines de millions sur la table, on ne peut pas se permettre l'échec. On vous dira dès lors que le coup de poker vient de l'"indé", ça se discute, si j'étais vachard je dirai que l'indé se limite à du retrogaming, t'as pas de rond tu fais un jeu à l'ancienne en 8 bits, tout le monde crie au génie. Même ici on sent que le formatage est passé par là et que même à moindre coût, sans pression particulière on a l'héritage lourd des heures trop nombreuses passées à jouer aux jeux des autres. Quelque part, l'indé du cinéma c'est la série télé, pour quel résultat, Games Of Throne la série la plus vue, piratée au monde, n'est qu'un énième film de fantasy en plus long, avec plus de sexe et de violence, mais où est l'innovation, lisez l'intégrale de Moorcock vous aurez plus de sexe et de violence. 

L'innovation n'est certainement pas morte mais elle est bien cachée. Elle est cachée par notre faute d'ailleurs, la culture à portée de clics, l'opulence entraîne l'overdose. Souvenez vous, il y a 30 ans, enfin souvenez vous, seulement ceux qui ont la classe d'être vieux, on attendait les films de Stallone et de Schwarzenegger comme le messie, chaque mercredi l'ascension des douze maisons dans les chevaliers du zodiaque et la marave dans Dragon Ball. Aujourd'hui, comme dirait Orelsan, on peut regarder sans difficulté les 899 épisodes de Naruto neuf fois. On n'est pas loin d'ailleurs des réseaux sociaux, connectés avec 1000 personnes par jour sans avoir de vraie relation avec l'une d'entre elles, on a tué la notion de petit.

C'est certainement ça l'enjeu de demain, apprendre à nos gosses à rentrer dans la plus grande boulangerie du monde, dans laquelle il y a tout et de repartir avec un seul article qu'on a payé. A partir de ce moment là, à chaque fois qu'on ira à la boulangerie, pas tous les jours, le moment sera exceptionnel et on savourera avec grand plaisir ce qu'on a pu acheter dans la boutique et de penser avec impatience au prochain moment où on y retournera. Ça sera réellement notre objectif de l'apprendre, parce que c'est pas les grosses boites dont le but est de nous vendre plus et encore plus qui le feront.

Pour moi, c'est un deuil de plus, pas un drame non plus, c'est comme mes cheveux, on se fait à tout.

Voilà un personnage qui ferait bien de s'inspirer de ma personne et de prendre conscience qu'il n'a plus 20 ans

Ca pue c'est libre ou la provocation du dimanche (sous vos applaudissements)

dimanche 20 novembre 2016 à 10:00

Comme d'habitude, j'écris sans trop me poser de questions, ceux qui seraient tentés de débattre auraient vraiment du temps à perdre.

J'ai redémarré mon concours cette année, mon fameux concours où les gamins doivent réaliser une maquette de journal. En fait ils peuvent réaliser autre chose, une vidéo youtube, un blog mais il disparaît donc sans intérêt, et enfin un article de presse, ce qui avec des gens qui ne savent pas écrire, n'aide pas vraiment. La vidéo youtube aurait pû être intéressante mais à raison de 1 heure par semaine, avec des moments où l'élève doit être seul s'il veut faire un travail individuel, ça peut commencer à devenir particulièrement tendu. Je vais quand même prospecter pour voir si certains ont un talent là dedans et les faire candidater.

La maquette de journal a ceci d'intéressant, qu'elle force à utiliser l'image, la source de l'image, le poids de l'image, la mise en forme, le texte, en gros ça se cale bien dans mon programme. L'an dernier souvenez vous, je fanfaronnais comme toujours pour dire que deux de mes filles étaient sur le podium régional dont la première place. Avant d'en arriver là je pestais que le thème imposé, le réchauffement climatique, c'était une mauvaise idée, car le thème libre permet au gamin d'exprimer sa passion, son envie et là c'est le drame. Il faut reconnaître que mes troisièmes de cette année ne sont pas très vaillants mais sont particulièrement gentils. J'ai présenté le concours, ils ont regardé, j'ai montré les travaux de l'an dernier et surtout la maquette vide de départ, ils ont bien compris que ce n'était pas un travail qui serait bâclé en une heure et j'ai fait un grand lancez vous, faites vous plaisir, faut y aller, plouf on se jette à l'eau, youhou. Je pense que j'ai un bon quart des gamins qui ne sait pas quoi faire. Donc on essaie d'aider un peu, tu es passionné par quoi, tu fais quoi tes weekends, et on se rend compte que des gosses à part fumer avec les copains à attendre, à part rester devant la télé ou devant l'ordinateur, c'est le néant. C'est d'une part très triste pour eux, c'est d'autre part représentatif de la société actuelle, et ça interpelle quant à un projet pédagogique, comme si finalement un thème imposé, un cadre c'était plus simple pour les élèves, comme si en fait la liberté ça puait.

Et là les gens, car avec un titre pareil vous savez que je vais dévier sur le logiciel libre, oui vous le savez, vous saluez cette introduction aussi longue que dix billets de blog chez certains confrères ou même une année de bloging, pour placer un c'est libre ça pue. J'ai suivi un peu les aventures de Genma dernièrement qui est en train de se lancer dans le chemin de croix du militantisme libriste et je lui faisais remarquer qu'à mon sens il faudra quand même qu'il se justifie de son utilisation plus importante de Twitter que de son compte Diaspora*. L'idée n'était pas de jeter un gros filet de pêche pour chopper mon gros panda, mais bien de lui rendre service. Mon positionnement, celui qui consiste à dire, on fait une semaine Windows, un peu de Xubuntu avant de retourner sous Debian, faire tourner 100 machines sous Linux pour se connecter à un serveur Windows est celui du technicien sans état d'âme qui me permet donc d'écrire tout et son contraire pourvu que ça marche. Celui de Genma, qui fait des conférences, qui essaie d'expliquer aux gens comment se comporter, c'est celui qui vous expose aux peaux de bananes, celle de l'utilisation de Twitter, plus que celle du réseau Diaspora* en est une, Twitter est réseau social propriétaire on n'a donc pas de contrôle sur ses données, Diaspora* quant à lui permet de s'autohéberger et d'être maître de ses données. On a brièvement échangé par mail, il devra certainement écrire une réponse à ce billet mais il n'a pas trouvé le temps, il y a toutefois quelque chose que je retiens de nos échanges et surtout une piste de réponse à savoir pourquoi on va trouver tous les libristes sur Twitter plus que sur Diaspora* c'est que même RMS n'a pas grand chose à redire à ce service.

Le librisme radical pose de nombreux problèmes. Si vous êtes libriste, le raisonnement est binaire. Vous êtes libre ou vous ne l'êtes pas. Vous utilisez un logiciel ou un service privateur vous n'êtes pas libre. Et à y réfléchir, c'est en partie ici que les choses se jouent. Quelqu'un qui est allergique aux arachides ne s'envoie pas quelques cacahouètes de temps en temps sinon il tombe raide mort. L'informatique c'est comme la nourriture, si on se dit que de manger une pizza de temps en temps ça ne fait de mal à personne, on aura du mal à perdre du poids. Et bien ici c'est pareil, si on utilise un service propriétaire, c'est la porte ouverte à l'utilisation d'autres services propriétaires. Et encore mon analogie avec la nourriture n'est pas si bonne, le gars au régime qui a mangé une part de pizza peut faire trois heures de sport pour la perdre derrière, ou manger trois feuilles de salade pendant deux jours, le logiciel lui, est totalement binaire, si j'utilise Twitter, j'utilise Twitter et utiliser 60 autres services libres ne changera rien à la donne.

Moi les gens qui utilisent Twitter je les comprends. Le service est bien fait, et vous avez tout le monde c'est à dire que vous n'allez pas vous retrouver plus ou moins dans une secte. Le problème c'est que dès lors avoir un compte Diaspora* en même temps qu'un Twitter, c'est soit utiliser des robots pour diffuser deux fois l'information, soit faire vivre les deux comptes, dans tous les cas c'est un compte de trop, sauf si bien sûr on arrive à avoir une utilisation très différente des réseaux, troller sur Twitter, la famille et les amis sur Facebook par exemple. J'en suis personnellement incapable, c'est pour cela qu'à l'heure actuelle je ne suis sous aucun réseau social.

Si un réseau social libre ne décolle pas, si un logiciel libre ne décolle pas c'est pour au moins deux raisons :

Le libre à vouloir être trop un courant philosophique finit par oublier quelques réalités, quelques questions qu'il serait bon de se poser. RMS aussi pointilleux soit-il, doit aussi pécher de temps en temps, par inattention la plupart du temps car il est impossible dans notre monde capitaliste à outrance de ne pas se rater quelque part, à savoir qu'à un endroit de la chaîne de production, quelque chose sera forcément discutable.

Dans ce style de billet, j'ai tendance à proposer une remédiation, il n'y en n'a pas. La seule chose que je peux proposer c'est de l'honnêteté, du bon sens, de l'empathie et de la pratique. Aujourd'hui culpabiliser les autres car ils utilisent un MAC ou un service propriétaire, c'est être un abruti fini car aussi bien on a un téléphone Android dans la poche ou une paire de Nike fabriquée par un enfant de 10 ans à ses pieds. Il faut être capable de remettre l'informatique à sa place, un outil, pas un art de vivre ou une philosophie. Le libre est une façon de faire qui permet de combler une partie des besoins, pas tous, le fait que Microsoft rejoigne la fondation Linux montre que les choses sont bien plus compliquées que cela, comme le fait que les contributeurs principaux du noyau et de tous les gros logiciels soient payés par des boîtes qui n'ont pas forcément bonne presse dans le monde du libre.

Le libre tel qu'il est présenté par RMS ne correspond pas à 2016, il relève plus de l'utopie qu'une philosophie qui pourrait être appliquée car notre monde est trop complexe. Il faut évoluer dans la forme car pas mal de solutions tiennent quand même plutôt la route dans le fond et déculpabiliser quant à l'utilisation de certains services propriétaires. Si vous utilisez Twitter aujourd'hui pour échanger des informations qui ne sont pas à caractère privé, si vous l'utilisez de façon intelligente pour échanger du jetable, pourquoi vous en priver sous prétexte que ce n'est pas libre ? Aujourd'hui éviter des réseaux sociaux fréquentés quand on cherche à faire connaître quelque chose c'est se tirer une balle dans le pied, si vous savez utiliser correctement, si vous savez éviter les pièges, FAITES LE !


Bon Dimanche de Jacques Martin 1980 Antenne 2 par inconnu25

Cyrille "Stakhanov" BORNE

samedi 19 novembre 2016 à 22:30

Comme vous l'avez compris, pas d'article ce matin, soit je suis mort, soit j'ai la panne d'inspiration, soit je croule sous le travail, c'est le cas et cela va être tendu jusqu'à Noël. Comme j'ai la joie d'être professeur principal en classe de troisième, une situation que tout le monde envie, il fallait que je rassemble les conventions de stage pour la semaine prochaine, tamponner, faire signer, entrer tout ça dans mon fichier partagé et des tas d'autres choses. Dans mon précédent établissement je récupérais un bon quart des conventions le vendredi avant le départ, la routine, ici on sent la différence, tous les gosses étaient dans les temps sauf une, j'ai reçu à l'arrache la convention par la maman par mail, merci ma secrétaire préférée pour m'avoir géré les tampons, les signatures et le reste. Les troisièmes absents c'est au moins quinze heures de mon emploi du temps qui saute, il me reste les secondes, et les premières pour une semaine allégée en face à face élève. Vous le savez, plutôt que de calculer comment profiter d'une semaine de vacances, j'en profite pour me faire une nouvelle salle informatique et avancer les choses en chantier, j'ai toujours des chantiers.

Commande de 20 écrans sur le site plusdepc.com un site d'occasions sur lequel on tombe assez rapidement quand on est sur le net et qui, la vie est bien faite, est positionné à Béziers, donc dans le territoire Piscénois, sans rapport avec la Piscine mais avec Pézenas. Je pense qu'on va devenir copain, ça fonctionne par téléphone, ça fait des devis vite fait, c'est efficace et c'est très correct au niveau des prix, on achetait à Montpellier, désormais on achètera chez nous. Pour les PC, ben à l'ancienne, j'ai récupéré dernièrement un lot de vieilles configurations, installation de debian dessus, je mets du LXDE par contre, plus de Xfce, un rejet de ma Xubuntu, et remmina comme client RDP ce qui m'évite d'être dépendant de 2X, logiciel propriétaire.

A propos de RDP, j'aimerai un peu revenir là dessus et expliquer comment on fonctionne. Au lycée personne n'est parfait, nous avons un serveur Windows de la mort, la connexion RDP c'est le protocole qu'utilise Windows pour travailler sur un poste distant, sans utiliser ou pas trop les ressources de la machine. Comprenez qu'on utilise des vieux P4 dont on prolonge la vie et que le gamin a la sensation de bosser sur une machine puissante. La démarche est intéressante à bien des niveaux même si elle est discutable à bien d'autres. Par exemple, utiliser des P4 qui ont des alimentations de 200 ou 300 W quand on pourrait utiliser des pi, c'est pas super écolo, c'est peut être à mettre dans la balance, recycler les vieux PC et acheter du matériel plus léger en consommation électrique. Et pourtant j'ai un argument "pédagogique", personne ne viendra nous faucher des P4 alors que les Pi je pense qu'ils ne font pas la journée, on est allé nous faucher des dongles Wifi, c'est pour dire. Donc des vieux PC pour se connecter à un serveur Windows, ça pourrait être aussi du Linux, on imagine dès lors une distribution Linux minimaliste qui embarquerait uniquement remmina par exemple, et bien en fait non, ça n'existe pas. J'ai fait un essai sur thinstation qui a l'air d'être décrit comme le graal, mais soit quelque chose m'échappe, soit la distribution me réclame 2 Go de RAM pour s'installer. Y a donc pas un génie qui a fait un fork de puppy ou de slitaz pour assurer le service et par le fait remplacer des Windows XP par légion pour continuer à faire vivre des vieux PC, un raté, un de plus.

J'ai déjà des machines d'avance mais j'ai encore transformé la maison en foutoir le plus complet. Je clone à la chaîne, redobackup, j'ouvre des tours qui traînaient au lycée pour découvrir ici une absence de RAM, là le radiateur arraché et d'autres choses bizarres. Il faut mettre un coup de propre physique, parfois changer une alimentation, mon fils me donne un sacré coup de main pour le faire. Ca reste très formateur pour lui.

Parallèlement à ça, je continue de faire migrer les postes de mes collègues vers des SSD, les gens qui ont basculé sont ravis, c'est vraiment LA révolution informatique de ces dernières années. La méthode avec Easeus est très efficace même si c'est super long, je passe par le port USB de la machine. A réfléchir, on fait un apport de moins de 40 € par machine pour dynamiser le parc informatique de façon conséquente, mon temps, mon énergie, mais c'est toujours sur le même principe, viser au confort du groupe pou récupérer derrière un gain personnel, une équipe qui travaille dans de bonnes conditions, qui travaille mieux, c'est forcément bénéfique surtout quand on partage les mêmes élèves. Nouveauté à gérer, un départ à la retraite, donc une mise au propre d'un ordinateur. Microsoft propose une réinitialisation des données personnelles ou un formatage d'usine. Sur une machine sans SSD, j'ai choisi en toute logique le formatage d'usine, six heures de réinstallation, c'est difficilement acceptable. En même temps, le cas ne se présente pas tous les matins, si vous avez un truc qui conserve les logiciels, vire les fichiers personnels, les fichiers de configuration pour mettre une machine au propre, je preneur.

Je vais jouer à ça une partie de la semaine, d'autres choses encore, je dois dire que je m'impose en ce moment une discipline de fer pour ne rien oublier, c'est certainement le plus difficile. Car la difficulté c'est ici, c'est de penser à tout. De cet élève qui vous envoie un SMS de la veille pour le lendemain parce qu'il a besoin des conventions pour son prochain stage, de ce collègue qui vous a demandé un nouvel ordinateur, de ma fille qui soudainement se rend compte qu'elle a besoin d'une nouvelle paire de pompes, le contexte de parent c'est déjà de penser à ses gosses, pour ses gosses car ils ne pensent à rien, pour ceux qui sont parents, imaginez que je suis le parent de plus d'une centaine de gosses, de quelques dizaines d'adultes, c'est beaucoup, beaucoup trop, il faudra que je pense à moi un de ces quatre.

Il est 22h30 au moment où je finis d'écrire ce billet, j'ai été plutôt bon entre vendredi et samedi, j'ai passé 4 ordinateurs portables, 8 tours, sans négliger la famille, ni vous d'ailleurs puisque j'ai fini par produire un écrit.

un temps doux, Joe Dassin aurait chanté l'été indien s'il avait eu le bon goût de s'installer à Saint Pierre