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Le Blog de Cyrille BORNE

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Control, meilleur jeu de l’année (pour l’instant)

vendredi 26 juin 2020 à 16:09

Après un très bon Spider Man mais certainement pas le jeu de l’année, j’avais repéré Control depuis un moment vendu à l’heure actuelle 20 balles ce qui fait que j’ai vraiment amorti mon PS NOW. Control c’est un jeu réalisé par les gens qui ont fait Alan Wake qui m’avait laissé un souvenir plutôt correct avec un côté mystico glauque plutôt sympa. Sans le savoir j’ai trouvé que ce control avait un air de parenté avec Alan Wake parce que lui aussi mise sur le mystico glauque mais en version beaucoup plus bourrine.

On incarne le rôle d’une jeune femme qui entre dans une grande agence façon FBI, sauf qu’ici il s’agit du bureau fédéral de contrôle. La narration est assez particulière, assez sombre en ce début de jeu, on erre seule dans de grands couloirs, des bureaux. Ce sera d’ailleurs la composition de 80% des décors mais ce n’est pas choquant. La première scène est assez surprenante puisque vous allez assister au suicide du directeur et récupérer son arme. Assez rapidement, vous commencez à vous faire agresser par des soldats possédés par le « hiss ».

Comme quoi ça ne tient pas à grand-chose une ambiance, d’un coup vous rentrez dans une salle où tout est rouge et vous allez devoir procéder à la prise du point de contrôle, plus ou moins un équivalent du feu de camp dans Dark Souls. J’insiste d’ailleurs sur ce point car il y a un petit clin d’œil, votre personnage prend des points d’XP il pourra dépenser au fur et à mesure qu’il trucide du monde et en cas de décès, non seulement c’est le retour au point de contrôle mais aussi une perte de 10% d’XP. Le challenge étant assez relevé, on a tendance à mourir assez souvent.

Le jeu propose un gameplay particulièrement simple mais très efficace. Jesse Faden notre héroïne en prenant l’arme du directeur devient la nouvelle directrice. L’arme est ce qu’on appelle un objet de pouvoir, c’est un peu là-dessus que s’appuie l’ensemble du jeu. Cette espèce de bureau façon FBI est en fait un bureau spécialisé dans le paranormal qui va gérer ces fameux objets de pouvoir. L’ambiance n’est pas sans faire penser à fallout pour le côté rétro, à X-Files de façon évidente pour l’ambiance et à the surge pour l’aspect solitude. Ces objets de pouvoir qu’il faudra maîtriser dans des scènes habiles d’entraînement dans les mondes parallèles sont autant de pouvoir que va posséder votre personnage. Le pistolet donc, qui change de forme, du classique, au fusil à pompe, à la perforation des armures en passant par le pistolet mitrailleur. Pour le reste Jesse est capable d’envoyer des objets, de dresser un bouclier ou encore de voler, mais ce sera plus tard. On retrouve pour le vol, un côté Zelda, certains passages sont inaccessibles tant qu’on n’a pas déclenché ce pouvoir, tant qu’on n’a pas récupéré certains badges d’accès.

Alors que je me plaignais dans Spiderman d’avoir tout un tas de spider-gadgets qui ne servent à rien à part le bouclier que je n’ai pas utilisé car comme dans Jeanne et Serge la meilleure défense c’est l’attaque, j’ai vraiment joué avec les possibilités offertes par le personnage. Un gameplay simple, efficace, jubilatoire. Survoler ses ennemis en leur envoyant des morceaux de mur puis les terminer au pistolet mitrailleur, c’est vraiment sympa.

On s’amuse beaucoup, mais je pense que c’est surtout l’histoire, l’ambiance, qui tiennent vraiment le joueur. Jesse a donc des pouvoirs psy qui lui sont conférés par une entité du nom de Polaris. C’est elle qui lui a permis de trouver le bureau qui est un objet de pouvoir et qui donc se dissimule des gens, il faut être spécial pour y arriver. C’est d’ailleurs un élément présent tout au long du jeu, on voit des notes de service qui expliquent que si des documents changent de couleur il faut impérativement les détruire sous peine de sanctions et de blessures ou des plaintes sur les toilettes qui disparaissent. Elle est en fait au bureau à la recherche de son frère que des agents ont capturé quand il y a plusieurs années, ils ont été témoins d’un événement paranormal.

Les personnages sont tous des caricatures de scientifiques qui évoluent dans ce monde où tout est fou de façon rationnelle, habitués à côtoyer l’étrange. Même si les personnages sont assez moches, la technique n’est pas le point fort du jeu, les dialogues sont convaincants et bien travaillés. L’homme de ménage est assez énorme, absolument pas affecté par le Hiss pour une raison qu’on ignore, il considère la directrice comme son employée et lui donne des corvées à faire comme tuer un monstre gigantesque qui bouche les canalisations.

Ce que je trouve de vraiment réussi, à part cette atmosphère bizarre c’est que le jeu casse complètement les codes, le jeu surprend. À certains endroits du jeu vous trouvez une lampe à allumer, vous tirez trois fois dessus et vous arrivez dans un motel, c’est l’image ci-dessus. Une sonnette qui permet d’ouvrir trois portes, aucune indication particulière sur ce qu’il faut faire. Dans une chambre tout est en vrac, on se rend compte que dans l’autre on peut retourner un tableau, ce qui permet de remettre dans le bon sens la première. Que dire aussi du labyrinthe dans lequel on se perd jusqu’à ce qu’on récupère le vieux walkman du concierge qui vous permet de le traverser sur du hard rock en finlandais, en flinguant tout le monde. Ou encore, le frigo qu’il faut regarder en permanence sinon un drame ce produit, et c’est un boss gigantesque à l’intérieur dans une mission secondaire, le seul du jeu pour les missions que j’ai faites.

Bien écrit, un gameplay très simple d’accès, prenant, surprenant, Control est pour l’heure, mon meilleur jeu de 2020.

Nous nous désaimerons

vendredi 26 juin 2020 à 10:40

J’ai réalisé mardi ma dernière journée de face-à-face élèves avec quelques quatrièmes. Leur niveau est catastrophique et ça n’a pas de rapport avec le confinement. Si dans mon établissement la reprise n’a pas été un succès ce qui s’explique en partie du fait que nous soyons lycée, le déconfinement scolaire malgré ses trop nombreux rebondissements reste un succès. J’ai quelques collègues qui bataillent avec l’établissement scolaire pour faire reprendre leur enfant, les places sont chères.

Il y a tout de même une première réflexion à faire et pas forcément celle à laquelle on pense, la reconquête du mois de juin annoncée depuis des années mais jamais sans réussite. Imaginez tout de même, nous sommes à la fin du mois de juin, les parents se battent pour mettre leurs enfants à l’école, les élèves travaillent sans rechigner, ça laisse rêveur. En même temps, les enseignants sont dans le stress avec la lumière « programme à finir » qui clignote en boucle dans la tête ce qui évite les traditionnels avengers de fin d’année. De l’autre côté, on s’est arrangé pour que les enseignants soient présents puisqu’il n’y a pas de convocation aux corrections ou presque, quelques harmonisations pour qu’on puisse arriver au taux de 98% de réussite au BAC. Oui c’est pas l’année à redoubler avec la réforme du BAC, et puis quelle importance, parcoursup fera le reste. Ce qui fait sourire ici et comme beaucoup l’annoncent, il n’y aura pas de monde de demain. La proposition de rouler à 110 km/h qui ferait baisser de 20% les émissions de CO2, qui serait dans l’air du temps, on irait moins vite, vous aurez la retour des gilets jaunes dans la rue. Les mêmes qui gueulent aujourd’hui pour remettre leur enfant à l’école sont ceux qui leur feront stopper l’école au dix juin l’année prochaine.

Qui aurait pu prévoir que le déconfinement se passerait sans encombre ? Pas moi, je l’ai déjà dit dans un billet. Certainement pas la presse et c’est certainement mon gros point de désamour du moment. Si on regarde les journaux, on voit que la menace du Corona plane sur nous, on va tous re-mourir. On annonçait que remettre les gamins dans le système scolaire c’était une folie, on annonce en ce moment que le fameux R0 est en train de franchir la barre dangereuse des 1 notamment en Occitanie, et pourtant quand on regarde les chiffres qu’on veut bien nous donner, il apparaît que le nombre de réanimations et d’hospitalisations continue de diminuer, comme si la maladie disparaissait. Bien évidemment si on regarde la presse internationale, on voit bien que la maladie ne disparaît pas, mais qui croire ?

Le problème de fond, c’est que dans ce monde nouveau, on aurait espéré une information qui va moins vite, une information plus posée, une information surtout plus crédible. À force de dire tout et son contraire, de jouer à faire peur, car la peur maintient le téléspectateur devant son écran, on peine un peu à faire la différence entre une théorie du complot d’un réseau social et le journal. Finalement, c’est peut-être le journal de Jean-Pierre Pernaut ou les éditions régionales de France 3 qu’il faut suivre. Il y a plus de crédibilité dans un reportage sur la fabrication des tripoux et des bleus de travail, que dans le traitement de la crise du Covid.

Si depuis longtemps on a compris que trop s’informer était une mauvaise chose, la crise du Covid aura enfoncé le clou mais aura soulevé un nouveau problème, comment bien s’informer. Quand on explique à nos élèves qu’il faut rester curieux, qu’il faut s’informer, qu’il faut multiplier les sources, je suis dans l’incapacité de leur indiquer une source sérieuse. La seule source sérieuse en ce moment c’est celle qui dirait, on ne sait pas, c’est celle qui dirait que le retour à l’école des gosses même si c’est pour quinze jours, est plutôt un succès.

Ma rupture avec l’informatique aura certainement été aussi accentuée avec cette crise du Covid. J’ai une maman qui est venue rapporter les livres de sa fille et qui m’a remercié pour tout, le fait de m’être activé sur le net, les vidéos que je vais continuer pendant l’année scolaire. Elle m’évoquait les limites de la visio, elle me racontait qu’elle avait surpris sa fille pendant une visio, le son coupé, l’ordinateur allumé, en train de regarder son téléphone.

Je pense qu’on a vraiment atteint les limites de l’outil, en corrélation avec l’autonomie des enfants. Ce que décrit cette dame, je l’ai vécu avec ma fille, qui faisait autre chose en écoutant l’enseignant en toile de fond. Même si on sait que cette génération a la capacité de faire plusieurs choses en même temps, de mal faire plusieurs choses en même temps, la classe rend tout de même difficile l’échappatoire. J’évoquais la défiance des enfants face au système et la rupture qu’a pu créer la crise Covid, le télétravail aura été une belle lame à double tranchant. La sensation de faire le travail, mais pas mieux qu’une vidéo Youtube, tant l’interactivité est limitée. Enfants qui coupent les micros, l’absence des regards, l’absence des corps, à l’heure actuelle, rien ne remplace la salle de classe. Je ne rejette pas les outils, dans le cadre d’explications individuelles, ça a dépanné plus d’une fois, mais c’est un mauvais outil de groupe, en tout cas avec un jeune public.

L’informatique n’aura donc pas sauvé ce monde, et ceux qui auront pu réussir à maintenir le système sont les GAFAM. Le logiciel libre aura été le grand absent de cette crise, il sera certainement le grand perdant. Je pense qu’on aura aura le libre amateur au profit d’une informatique robuste et professionnelle. On en vient même à réfléchir à la sécurité informatique, le truc dont tout le monde se fout. Les prestataires informatiques certainement à l’instar des vitriers qui se rappelleront cette année folle où ils auront mis du verre et du plexiglas sur toutes les caisses de France, ont leur carnet de commande plein et ne savent plus où donner de la tête. On se doute que ce n’est pas vers des solutions de bricolo qu’ils vont se lancer, et qu’on mettra bien du Microsoft à tous les étages. On se doute aussi que si vous n’êtes pas contents, il y a 20 clients qui attendent derrière et qui seront moins pénibles. Les solutions dans les nuages vont s’accentuer, logique, demain on va tous télé-travailler, on se prend déjà à rêver de le faire depuis sa maison à la campagne, ici ou ailleurs. Pour cela il faut de la mobilité, ordinateur portable et solutions accessibles depuis n’importe où, du cloud et encore du cloud.

Dans ce contexte, le poste de travail apparaît réellement secondaire, inutile. Un navigateur internet ou presque et en voiture Simone. Je suis encore sous Elementary pour vous écrire ce billet, ça ne va pas durer, je vais retourner sous Windows 10. Mon désamour pour le bureau Linux n’a pas eu besoin d’attendre la crise Covid et se situe certainement ailleurs. Petit historique rapide.

Il est apparu avec les années, que vouloir mettre tout le monde sous Linux est une erreur. Mon beau père est encore sous Linux, et c’est finalement peut-être le dernier qui restera. À cliquer partout, et faire n’importe quoi, Linux est réellement salvateur dans ce cas. Il aurait déjà contaminé sa machine cinquante fois. Mes gosses sous Linux, une limitation sur certains logiciels, mon fils pour ses logiciels métier en électricité c’est Windows, ma fille aura l’ordinateur de la région l’an prochain ce sera Windows aussi. Je crois que je me suis fourvoyé pendant de nombreuses années en pensant que j’allais rendre le monde meilleur en mettant des Linux chez les gens. Avec quelques alertes de santé dans les dernières années, ou quelques intempéries qui auraient pu me noyer dans l’Aude, si j’étais mort en laissant un parc Linuxien à domicile, j’aurais rajouté de la complexité à la complexité. Le bureau Linux, l’informatique « complexe » qui consiste à mettre des petits serveurs à domicile pour réaliser tout un tas de tâches, c’est bon pour les gens seuls ou les immortels.

D’un point de vue professionnel, Linux aura permis d’avoir à faible coût des clients pour se connecter au serveur TSE Windows. À 20 € le poste sous Debian, il aura été aisé de monter des salles informatiques à pas cher. Néanmoins ce n’est pas une solution d’avenir. La crise Covid a montré quelque chose, les gosses ne savent pas utiliser le matériel donné par la région, à savoir leur ordinateur portable. La salle informatique c’est la facilité de l’informaticien, mais la faiblesse de la pédagogie, et accessoirement de la confiance en l’humanité. Quand vous faites cours en salle informatique, vous savez que chaque élève a son poste de travail. Si demain vous demandez aux élèves de venir avec l’ordinateur portable, on sait que ça va devenir compliqué. Les dalles cassées, les ordinateurs vérolés, le manque d’entretien, font qu’on prend le risque d’avoir une bonne partie des élèves qui ne pourront pas faire la séance et pourtant il faut le faire même s’il faut sanctionner derrière ou prévoir des ordinateurs de passe. Plus on va créer le besoin plus les gosses prendront soin de l’appareil. Mais pour ça il faut créer le besoin.

À l’instar de la sphère familiale où il ne fait pas bon mourir, j’ai dû installer plus de 120 postes sous Debian au lycée dont je ne m’occupe plus de façon théorique, n’ayant plus de responsabilités informatiques. Seulement, le prestataire ne sait / ne veut pas faire, mon collègue d’informatique qui est désormais « responsable » part du principe que tant que ça marche pas de souci, même si les versions de Debian ne sont pas à jour. C’est peut-être lui qui a raison de ne pas se poser de questions et réagir quand le système est par terre. Je suis donc coupable d’avoir mis des systèmes pas cher mais que personne ne veut, ne peut entretenir, et comme je suis un débile qui culpabilise, je vais certainement faire le nécessaire, pour rien bien sûr.

Le début d’une passion dont le feu est éteint par de nombreux passages de canadair.

Si pendant des années, le fait d’avoir bricolé de l’informatique m’a permis d’avoir des opportunités, du travail, aujourd’hui je suis dans une situation de régression. Je lisais l’article de utux qui a douze ans de moins que moi, qui est du métier, qui racontait comment il avait eu du mal à se mettre à Kubernetes. J’écris depuis des années que l’informatique est de plus en plus complexe, si vous rajoutez le manque d’envie de ma part, un écœurement, bricoler un bureau Linux pour dire qu’on est sur Linux, ça n’a pas de sens.

Le champ des possibles en informatique s’est franchement restreint à l’instar d’ailleurs des solutions libres pour monsieur et madame tout le monde. Aujourd’hui faire du libre pour un particulier, c’est entretenir un serveur Nextcloud et avoir un bureau Linux dans une distribution de son choix. Est-ce que ça a vraiment du sens ? Est-ce que ça change quelque chose ? Si de façon évidente je paye un hébergeur Nextcloud, oui, je fais vivre une société qui vit du libre comme si je participe à la remontée d’anomalies. Mais la philosophie dans tout ça ? La philosophie est passée à la trappe depuis des années, je pense que c’est avec la mort de FirefoxOS. Cela peut vous paraître étonnant comme raisonnement, mais pour ma part, avec une utilisation indispensable d’un appareil Google au quotidien, sachant que je refuse de revenir à un téléphone classique, la guerre est définitivement perdue. C’est exactement pareil que de fabriquer sa propre électricité à la maison avec une éolienne mais de continuer d’aller bosser en diesel parce qu’on n’a pas vraiment le choix. Alors effectivement le choix on l’a toujours, je peux effectivement revenir au téléphone à touche. Il y a quelques années ça aurait été peut-être le cas, à une époque où j’avais encore des convictions, ce qui n’est plus du tout le cas.

Et si on fait désormais abstraction totalement de la philosophie pour ne réfléchir qu’à la pratique, qu’à l’utilisation quotidienne. À une époque, je vous aurais dit que ma machine de pauvre n’aurait pas supporté Windows, que le bureau Linux par sa légèreté me permet de prolonger la vie de mon ordinateur. J’ai payé 70 € une tour en i3 avec 8 Go de RAM pour ma belle sœur, entre les frais de port, le SSD que je rajoute, on est à 110 € la machine. Dernièrement j’ai acheté chez Tony pour ma collègue un ordinateur portable en i5 de chez Lenovo, 8 Go de RAM, 240 de SSD, pour 180 €. Mon htop m’indique que j’ai une consommation de 7 Go de RAM alors que je n’ai pas tant de choses d’ouvertes, j’ai de plus en plus la sensation qu’en termes de performances, le système de Microsoft fait jeu égal avec Linux ou même qu’il est plus léger. Entre des performances qui sont désormais très discutables pour l’OS, des prix d’ordinateurs d’occasion tout à fait raisonnable, l’acharnement thérapeutique sur une machine de 15 ans, ou choisir Linux parce que c’est plus léger n’a pas vraiment de sens. À la décharge du manchot, c’est le navigateur qui fait la différence.

Que reste-t-il quand on a fait abstraction de l’éthique, de la technique ? Il reste la sécurité. Effectivement, un ordinateur sur Windows 10 c’est un ordinateur qui communique avec Microsoft, c’est un ordinateur qui est une cible, plus qu’avoir une machine chez les 2% d’utilisateurs de Linux. Pour la première partie, avoir un téléphone chez Google, c’est déjà donner beaucoup, un peu plus, un peu moins, quelle importance ? En ce qui concerne la sécurité, à part la crise du Sasser en 2001, je n’ai pas vu grand-chose.

Ne voyez pas dans ce message une justification, mais bien une explication de parcours, un partage d’expérience comme c’est toujours le cas sur ce blog. Je fais mes 45 ans au mois de juillet, et à chaque âge ses passions. Un peu comme le gars qui a trente ans et qui se débarrasse de sa collection de statuettes de mangas, on finit parfois par tourner la page et ce qui paraissait important devient futile. Ça me fait penser au vide-grenier à côté de chez moi où un type vendait l’intégralité d’une collection de Johnny.

Si j’ai bon espoir de gérer mon informatique personnelle pendant de nombreuses années, si je continue de m’intéresser, je sors totalement de la peur de manquer quelque chose. De la même manière, je pense avoir fait le tour du bureau Linux, et je peux aujourd’hui dire qu’il ne m’apporte aucun bonheur, plus de contraintes que de plaisir.

La fin de l’année est encore très mouvementée, nous vivons au jour le jour avec des informations de dernière minute, des réunions qui apparaissent pour le jour de la sortie, je vais certainement attendre la première semaine de vacances pour réaliser ma bascule sous Windows 10.

Spiderman PS4, bravo l’artiste

dimanche 21 juin 2020 à 22:57

Je continue donc de rentabiliser mon PS4 now, était offert le Spiderman, une exclusivité PS4 développée par les gens qui ont fait le dernier God Of War, un beau CV. Si je ne tiens pas compte des jeux débiles sur DS, c’est le troisième jeu un peu sérieux Spiderman que je fais, les deux derniers étaient sur PS3, j’avais gardé un assez bon souvenir d’un open world, c’est encore le cas.

Qui dit open world dit quêtes débiles, dit Assassin’s creed, dit Batman. Qui dit Batman dit trouver les deux cinquante-quatre trophées de Nigma et dit répétitivité à outrance ou qui dit Assassin’s Creed dit trouver les cent plumes dans la ville de Rome. Je me suis tapé l’intégralité des quêtes débiles de ce type qui vont de photographier l’intégralité des bâtiments de New York, à chopper une douzaine de pigeons, trouver les cinquante sacs à dos et j’en passe, sans une once de lassitude. Et c’est ici ce qui me paraît important de signaler, la map, les indications sont telles qu’on ne se décourage pas, il n’y a pas de quête infaisable et stérile. Il doit me manquer quelques défis où je n’ai pas eu le maximum, je finis honorablement le jeu à 79%. Le jeu est vraiment plaisant, très fluide, on massacre des hordes d’ennemis sans trop de difficultés, en se régalant de maîtriser l’ensemble des supers pouvoirs de Spiderman. Je noterai toutefois deux défauts :

Au niveau de l’histoire et de l’ambiance, c’est tout le contraire du Tomb Raider que j’estimais mauvais. Les doublages sont excellents, les très nombreuses cinématiques, y compris les plus anodines, sont parfaitement jouées et vous plongent vraiment dans l’ambiance.

Peter Parker est donc Spiderman, et on démarre le jeu en fanfare en mettant en prison Fisk, le truand de la ville qui a main mise sur l’ensemble des trafics. Il apparaît alors qu’il vient d’être mis en prison, qu’un mystérieux groupe d’hommes asiatiques avec des masques qui font peur, prend la relève pour s’emparer de l’ensemble du trafic de Fisk. Cet aspect de faction est particulièrement intéressant, puisque vous avez les hommes de Fisk qui affrontent les démons, et quand la situation devient incontrôlable c’est le Sabre qui débarque, une armée privée avec du gros matériel. La ville de New-York très réussie comme on peut s’en douter, les monuments, l’animation, est une ville changeante et c’est un point très positif, qui va évoluer selon les incidents qui se produisent. Le cycle nuit, jour est aussi fait pour rajouter à cette ambiance de réalisme.

Et pendant qu’on fait la vie trépidante de Spiderman, on fait aussi la vie moins trépidante de Peter Parker, ses difficultés à payer son loyer, sa rupture avec MJ sa copine journaliste, son job mal payé pour Otto avec qui il fabrique des prothèses ou encore son aide au centre bénévole de tante May. C’est cet ensemble qui est remarquable, bien plus qu’un Batman, la narration est tout simplement parfaite.

Je dois reconnaître que le jeu m’a surpris, parce qu’après avoir fait le boss des démons, je pensais que j’allais vers le combat final, et j’étais quelque part déçu, car on n’affronte quasiment aucun super méchant dans le jeu. Il s’agit d’ailleurs pour moi d’une erreur. Dans Batman, ce qui est vraiment l’éclate, c’est que les missions secondaires vous amènent vers un méchant bien connu, qu’on prend beaucoup de plaisir à marave, quand dans ce Spiderman, on ne tabasse quasiment aucun super ennemi. Le jeu a fait le choix de les réserver pour la fin, ce qui fait que le final fait monter le jeu en puissance de façon très conséquente, trop conséquente, quand on s’attend à voir une montée crescendo.

Et le final, quel final, c’est digne d’un block buster américain. Le jeu pourrait être adapté tel quel, ce ne serait pas honteux. À part les quelques problèmes techniques et d’armements signalés plus haut, pas grand-chose à dire, si ce n’est pas la possibilité de jouer MJ et Miles qui sera le prochain Spiderman sur la PS5 dans des scènes d’infiltrations que j’ai trouvée franchement pénibles au début et qui s’améliorent par la suite avec une très bonne scénarisation. On notera aussi l’abus de mini-jeux, toujours mauvais pour la santé qui consistent à assembler des pièces pour faire du séquençage de matières inconnues ou faire circuler du courant électrique d’un point A vers un point B.

Spiderman est une très grande réussite, un très bon jeu, qui s’inscrit parfaitement dans un abonnement de jeux à la demande. Un jeu qu’on fait une fois, d’un trait, mais qui finalement ne prête pas à y revenir, un peu comme un film. Vendu aux environs de 15 € actuellement, avec les 15 € du Tomb Raider, je suis quasiment à l’amortissement.

Cultures, épisode 61

samedi 20 juin 2020 à 08:53

Jean-Paul Rouve après la mort de son père est devenu le chef de famille, le pilier pour son frère, sa mère et ses deux sœurs. Un bon job, une petite fille adorable, une femme qui l’aime et pourtant il ne va pas bien. Le retour dans sa vie de Elsa Zylberstein, une actrice connue avec qui il a eu une grande histoire d’amour va le bouleverser et remettre en question cette vie si rangée, si parfaite, dans laquelle il est complètement malheureux. J’ai du mal à évaluer ce je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part qui parfois donne l’impression d’être un entraînement décousu pour acteurs. Je joue la tristesse, je joue la joie, sans vrai fil conducteur. Une sensation de brouillon, mais un brouillon tellement bien joué, qu’on regarde jusqu’au bout.

Anais Demoustier vit avec Robinson Stevenin, elle travaille dans une boutique de fringues dans des conditions précaires pendant que lui s’est endetté pour devenir chauffeur Uber. Ils viennent d’avoir un enfant, la situation financière est particulièrement compliquée. Elle a été élevée par Jean-Pierre Darroussin comme sa propre fille, avec Ariane Ascaride. Père d’un second un enfant, Lola Naymark, une femme dure qui réussit dans les affaires avec une chaîne de magasin. Elle pourrait sortir sa sœur de la misère mais ne le fait pas, les non-dits, les haines, jalousies. Gloria Mundi est un film qui est presque un reportage sur la France des gilets jaunes, sur les difficultés financières, sur les gens qui peinent à finir les fins de mois. Le film est déprimant au possible, caricatural, on reste tout de même pour voir comment ça se finit forcément mal.

Je me cherchais un jeu à pas cher sur la PS4 et je suis tombé sur Deus Ex Mankind Divided. J’avais un souvenir positif de Deus Ex Man Revolution, par contre un très lointain souvenir, pour ainsi dire je me souvenais qu’on avait un jeu type FPS infiltration mais pas plus. Le jeu est la suite de l’autre, pas terrible quand on fait douze tonnes de références dans le nouveau, il se situe deux ans après le drame. Toutes les personnes augmentées ou presque, des gens avec des implants qui leur donnent des talents supplémentaires ont disjoncté et se sont lancés dans une vaste boucherie. Dès lors, les augmentés dont vous faites partie sont considérés comme des pestiférés, cette ambiance est parfaitement retranscrite dans le jeu où l’on vous demande vos papiers toutes les trois minutes.

Avec votre personnage qui évolue, avec des bases solides, un moteur de jeu très joli, ça partait d’une bonne idée sauf que ce jeu est une véritable horreur. L’histoire est ennuyeuse, les dialogues sont ennuyeux, le level design est tellement tordu avec ses passages de partout qu’on est là comme un couillon à chercher la meilleure entrée. Rajoutons à cela, un certain manque d’action qui aurait pu compenser l’ennui, et on a un jeu basé sur l’errance du personnage. J’ai fini par le désinstaller de la console.

Je viens de mettre 40 € et des brouettes dans le PS Now, à ne pas confondre avec le PS PLUS. Le Parigot Manchot, Gilles a donné une définition que je trouve assez sympathique, le PS PLUS c’est pour jouer en réseau, le PS Now pour jouer à des vieux jeux pourris de PS3. Je vais être un peu plus nuancé. Oui de toute évidence, on va oublier désormais les jeux offerts qui ne sont pas offerts puisqu’ils ne sont plus téléchargeables après la date d’achat pour se concentrer sur ce qu’il reste, le jeu en réseau pour les bourgeois. Je m’explique. Effectivement Gilles n’a pas totalement tort, la grande majorité des jeux qui sont accessibles depuis le PS Now ne sont pas de grosses nouveautés. Néanmoins et contrairement à ce que je pensais, le jeu en ligne est accessible pour les jeux qui sont disponibles, en tout cas je le pense, la preuve je suis en train de télécharger the Elder Scroll Online. En outre il est certain que quelqu’un qui vient de se payer une nouveauté, s’il veut accéder aux fonctionnalités réseaux, sera obligé de mettre la main à la poche pour avoir le PS PLUS.

Du fait d’avoir des raisonnements de radasse ou de bon père de famille c’est selon, il est certain que je n’irais pas me payer un jeu à 70 € et les 60 € pour y jouer en réseau. J’ai le temps, si bien que l’offre du PS Now que j’ai souscrite en promotion puisque sur le papier c’est 60 € de base, répond parfaitement à mon besoin.

Je viens de faire le Shadow Of The Tomb Raider, qui est côté entre 15 et 20 €, je vais me faire le spider man et quelques autres jeux assez intéressants que j’ai vu passer. Moralité, mon abonnement pour l’année est déjà amorti, sachant que le service injecte de façon régulière des « nouveautés ». Je trouve de plus que cela correspond à mon mode de consommation, il y aura peu de jeux à part les souls que j’aurais refaits, Skyrim bien sûr, mais sinon pour le reste, j’ai quand même tendance à « torcher » le jeu et passer à autre chose.

Les 15 à 20 € pour le Shadow of The Tomb Raider qui me finance entre un tiers et la moitié de mon abonnement pour l’année, ça ne les valait pas. J’avais beaucoup apprécié les deux premiers opus, le premier en particulier qui était un très bon reboot de la série, je suis plus partagé pour celui-ci. Il y a à mon sens deux problèmes de fond :

Souvenez-vous, Lara Croft est en lutte contre une guilde de méchants qui sont à la recherche d’un super secret qui pourrait changer la face de la terre. Lara toujours trop curieuse ramasse un des artefacts recherchés et déclenche l’apocalypse. Techniquement les premières scènes en mettent vraiment plein la vue, le jeu est magnifique à un gros détail, les expressions du visage. Concrètement Lara a un grave problème de paralysie faciale, ce qui fait que lorsqu’un événement dramatique se produit ou qu’elle est émue, ça ne se voit pas sur son visage. Rajoutez à ça un doublage pas vraiment convainquant, avec une histoire qu’on a déjà vue cinquante fois et on a beaucoup de mal à rentrer dans l’aventure dans laquelle aucune cinématique aux dialogues insipides ne vous sera épargnée.

L’action se passe plus ou moins chez les mayas, enfin les gars du côté du Mexique, on peut rester dans l’approximation étant donné que les recherches ont dû être réalisées par un stagiaire en Deug d’histoire. Vous allez passer l’intégralité des clichés historiques mais aussi ceux vus dans le jeu vidéo, en lorgnant bien évidemment du côté de Uncharted. Les sacrifices humains bien sûr avec des scènes vraiment sales qui claquent bien qui font penser au film de Mel Gibson Apocalypto, côté mise en scène certains passages sont très réussis, et malheureusement l’inévitable tribu ancestrale qui vit dans la jungle et qui protège les secrets avec leurs corps mutilés pour faire peur. Le manque d’originalité est un poids tout au long du jeu.

Pour le gameplay, c’est la fausse impression de liberté qui me pose problème. Vous savez que vous allez devoir passer par là parce que vous avez le grappin qui va bien. Le point d’orgue de ce système, ce sont des courses qu’on a déjà pu voir dans Assassin’s creed où Lara doit s’évader d’une situation catastrophique. Si effectivement on y croit parce que c’est un rythme de foufou, le morceau de bois qui forme une passerelle pile poil trois secondes avant votre passage, une chance incroyable qui manque largement de crédibilité. Pareil pour les combats où vous avez les herbes hautes à l’endroit qui va bien, ou le tonneau d’explosif juste à côté des ennemis qui ne demande qu’à exploser. Comprenez que la façon dont on est guidé dans le jeu quand on a joué à Dishonnored 2 où l’on a la sensation que tout est possible, fait franchement pitié.

J’ai plié le jeu en trois jours, sans rencontrer de difficulté particulière, et en m’ennuyant assez régulièrement. Le point réellement positif du jeu, c’est l’architecture des tombeaux cachés qui vous permettent de débloquer des compétences. De ce côté-là, les développeurs se sont vraiment cassés la tête, avec des mécanismes complexes, on a vraiment la sensation de retrouver l’esprit Tomb Raider ou Indiana Jones. À l’instar des Assassin’s Creed dont j’ai désormais la curée, il y a de bonnes chances pour que les Tomb Raider viennent remplir la même pile de jeu dont la licence a été un peu trop utilisée à mon goût.

Altherat, troisième épisode de la série mages et nécromancien a du mal à supporter son roi. Un roi brutal, vicieux, cruel, qui tue un peu tout le monde sur son passage. Altherat se retrouve au milieu de grandes manœuvres politiques mais la faute à pas de chance, des représentants sont tués par un poison qui porte sa marque. Je rappelle que l’idée générale de la série mage, c’est de présenter à l’instar du jeu vidéo Dragon Age, des mages qui sont sous contrôle. Altherat est le parfait représentant, tiraillé entre ses opinions et l’obligation de servir son roi. Comme toujours, une bande dessinée de bonne facture, un bon dessin, une enquête intéressante, même si on connaît le coupable dès les premières pages.

Comme vous pouvez le voir, je fais référence régulièrement aux séries elfes, orcs et gobelins, nains et mages désormais. Il faut dire que depuis ces dernières années, la série de base, elfes, et ses « spin off » ou dérivés, ont cannibalisé totalement l’héroic fantasy, un style dont on nous avait gavé dans les années 90 avec comme fer de lance, les chroniques de la lune noire qu’on n’a malheureusement pas encore achevée, mais c’est une autre histoire. La série Wollodrïn, en dix tomes achevée est donc devenue quelque part une rareté dans le paysage de la fantasy francophone. C’est une bande dessinée assez étonnante, articulée en diptyque, avec un fil pas vraiment conducteur. On verra apparaître environ une dizaine de protagonistes qui seront tous liés, donc cinq en particulier, originaire de chaque espèce, qui ont tous un grand pouvoir. C’est assez classique dans les « contenus », plus que dans cette construction qui pourrait semblait désordonnées, où des personnages centraux arrivent aux environs du tome 6, soit pas loin de la fin. Le dernier elfe, un nain à qui il manque une main, un orc et une femme qui ont un enfant ensemble, un dragon incarné dans une petite fille, on est vraiment dans le classique de la fantasy jusqu’au nain berserker. Bande dessinée qui intrigue vraiment le lecteur, bien écrite, on ne sait pas trop où on va mais on y va, pour un final peu conventionnel.

Oui, il faut faire rentrer les enfants

jeudi 18 juin 2020 à 19:38

J’ai pris un moment avant de me lancer dans l’écriture de ce billet pour être un peu sûr de pas dire trop de conneries même si on en raconte forcément. Pas évident de faire de la politique dans notre pays, car quelle que soit la décision, elle est contestée, critiquée ou moquée.

Je peux continuer comme ça pendant des heures, avec tout et son contraire. Cela fait donc désormais deux semaines que j’ai redémarré en présentiel à très faible échelle puisque c’est à raison de 4 heures par semaine, une seule journée. Si pour les élèves de seconde BAC PRO qui viennent en classe ça ne se voit pas trop, pour les quatrièmes c’est dramatique. Le retard accumulé, la perte des habitudes, il faut comprendre que pour certains élèves lorsqu’on arrivera au mois de septembre ce sera quasiment six mois sans école. Six mois sans école, ce n’est pas que le travail scolaire, c’est l’école avec tout ce qu’elle représente. La collectivité, les règles, l’apprentissage, l’ambiance et j’en passe. L’école c’est une seconde famille, une seconde maison, l’école c’est plus qu’apprendre à faire des équations.

Je peux vous garantir qu’à la rentrée, on va tous sortir les rames et pas qu’un peu. Les connaissances manquantes bien sûr, mais aussi les règles de vie de base, se coucher à des heures normales, avoir des obligations, obéir, respecter des consignes, vivre en collectivité, c’est toute une éducation qui à est reprendre, et je pense que le mal est profond. Si on voit des adultes qui souffrent de syndromes post-traumatiques, si on voit des gens qui ne veulent pas se déconfiner, qui remettent leur vie en question, imaginer les séquelles que ça peut représenter chez les gamins. On aura forcément les traumatismes en lien avec la peur de reprendre, mais aussi des entrées en résistance. Nous aurons à faire à des enfants qui refuseront de reprendre le travail car ils auront joué pendant six mois à Fortnite.

Rentrer aujourd’hui ne réglera pas les problèmes mais permettra de fermer une parenthèse qui a été ouverte à la mi-mars et c’est bien plus important que cela puisse paraître malgré l’aspect effectivement ridicule de rentrer pour quinze jours. Il est important pour les enfants d’intégrer l’idée d’un début, la rentrée du mois de septembre, qu’il s’est produit quelque chose mais que cela se finit normalement ou presque. Il est important pour les enfants, pour les enseignants, de pouvoir aussi se dire au-revoir. Cette rentrée qui effectivement coûte un bras, pose plus de soucis matériels qu’elle n’en arrange est un rite de passage qui me semble totalement obligatoire.

Dans mon établissement qui est lycée agricole, la date de clôture des cours était prévue le 26. La moralité c’est que peu d’élèves supplémentaires rentreront la semaine prochaine, encore moins les troisièmes qui ont largement fini le programme. Nos élèves ont été convoqués pour passer l’ASSR2. L’ASSR2 c’est un diplôme de sécurité routière de fin de troisième, comme l’ASSR1 en fin de cinquième, indispensable pour pouvoir présenter le permis de conduire même si vous êtes titulaire du code. À priori, en auto-école, c’est une cinquantaine d’euros, il y avait donc un caractère motivant pour nos élèves de venir à l’école, la quasi-totalité des élèves étaient présents. Ma collègue étant enceinte, c’est moi qui m’y suis collé, je suis le professeur principal caché, le gars qui fait le job sans être payé.

L’idée c’était de faire des entraînements pour les préparer mais aussi de faire des explications sur le calcul des points du brevet des collèges ou encore faire le point sur l’orientation. Comme c’était prévisible, la majorité des enfants qui comptaient partir en apprentissage n’ont pas trouvé de patron, la crise COVID étant passée par là. Et comme chaque année avec des enfants qui jouent la carte d’une confiance mal placée, tellement persuadés qu’ils peuvent se contenter de la parole d’un homme à un instant t, ils n’avaient positionné que ce seul vœu d’apprentissage sans penser à assurer les arrières. J’ai ramassé les noms, les appels aux parents dans l’urgence, le serveur pour l’an prochain est clôturé demain.

La gamine que vous voyez devant en orange, claquettes chaussettes, presque un hommage à mon style bien connu, une barrette en fausses perles dans les cheveux, je lui dis souvent qu’elle l’a volée à Barbie, fait partie de ces enfants qui racontent n’importe quoi avec une conviction totale. On a souvent ce profil d’élèves, des gamins où on met un certain temps pour savoir s’ils se foutent de votre gueule ou si c’est naturel, pour elle c’est naturel. Au premier entraînement elle prend 7 sur 20. Un bus est à l’arrêt, je suis à vélo, qu’est-ce que je fais : je passe rapidement avant qu’il ne redémarre, j’attends, je double sur la droite en passant par le trottoir. Bien évidemment elle passe par la droite sur le trottoir. S’engage alors un grand débat car sûre d’elle et de bonne foi, elle m’explique qu’à vélo tout le monde le fait. Nous sommes alors nombreux à lui expliquer que de nombreuses personnes font n’importe quoi, mais qu’il y a tout de même un code à respecter. Alors évidemment à chaque question, elle nous sort plus ou moins la réponse la plus absurde. Lors d’un entraînement, on voit un scooter se garer sur une place handicapée, on entend les murmures amusés des autres gosses qui disent son prénom.

Ça c’est l’école. Et c’est à ce moment que tu souris derrière ton masque, que dans cette situation où tout est anormal, on retrouve la normalité. Les gosses dans la cours de récré te disent qu’ils ont grandi, viennent te raconter ce qu’ils ont fait ce qu’ils vont faire, les surveillants s’époumonent pour leur faire respecter les consignes de sécurité quand ils se serrent tous d’un côté, pendant que d’autres se courent après pour se taper sur la gueule. La semaine prochaine ma fille reprendra l’école, ce sera la dernière fois qu’elle mettra les pieds au collège. Je suis content qu’elle ne reste pas sur une fausse fin, qu’elle puisse dire au revoir à certains de ses enseignants qui ont pu la suivre pendant quatre ans, à ses camarades de classe qu’elle ne reverra plus. Oui, c’est bien plus important que ce qu’on peut penser pour nos enfants de fermer cette parenthèse même si elle doit s’ouvrir dans une deuxième vague quelque temps plus tard.

Ne croyez pas ce que vous pourriez lire à gauche ou à droite et écoutez l’expert, cette reprise est importante pour nous tous, et pas que pour les parents puissent retourner bosser, elle est importante pour les élèves, pour les enseignants pour tous ceux qui font l’école et qui la vivent.

Lorsqu’on fera les bilans, il sera bien sûr trop tard, on commence déjà tous à oublier, certainement grâce à cette rentrée surprise, il faudra se souvenir qu’on nous aura pas aidé, et que le décrochage scolaire a été principalement engendré par nos dirigeants. Si j’ai tendance à une certaine forme d’indulgence dans la gestion de la crise, parce que personne ne pouvait s’attendre à ça, la gestion du volet éducatif a été catastrophique à partir du moment où on nous a retiré la notation. Comme je vous l’ai écrit plus haut, certains enfants auront pris des habitudes de défiance face au système. Certains enfants très sérieux, qui rendent tous les devoirs, ont à un instant t fait le choix d’arrêter de travailler. C’est d’une gravité qu’on n’imagine pas. La triche on connaît, le travail non fait aussi, mais c’est une chose honteuse, qu’on essaie de dissimuler, en tentant la chance ou le talent pour ne pas que ça se voit. Ici c’est en toute impunité, c’est comme le voleur qui ferait son délit devant le gendarme, sans d’ailleurs que celui-ci puisse faire quoi que ce soit. Vous verrez d’ailleurs à la rentrée que la bienveillance professorale passera à la trappe dès la rentrée, le prof il en a gros, il a travaillé comme un chien, s’est fait encore craché à la gueule en se faisant traiter de faignasse, je vous garantis que les heures de colle ça démarre le premier mercredi du mois de septembre. Discours tenu ce matin à trois de mes élèves que j’aurais l’an prochain et qui ont tiré au flanc.

Bien évidemment la culpabilité est aussi celle des parents qui auront laissé faire, sauf que le décrochage s’est observé clairement au déconfinement. Il serait donc facile de faire porter le chapeau seulement aux parents. En effet, pour avoir eu pas mal de monde au téléphone, il est apparu que lorsqu’il a fallu partir travailler et faire confiance à son 14 ans pour qu’il bosse seul, les choses sont bien évidemment devenues beaucoup plus compliquées. On aura vu réellement le meilleur comme le pire, les profs décrocheurs n’ont pas été une légende urbaine, et de nombreux comptes sont à solder entre nous. Un linge sale qui s’est souvent lavé sur les réseaux sociaux, je suis content de ne plus en être pour éviter de le voir.

J’ai envie pour ma part de retenir que ma pédagogie va certainement changer sur de nombreux points, mais aussi mes contacts auprès des parents. C’est certainement une vision qui aura aussi changé pour beaucoup d’entre eux je pense, le professeur n’est plus dans une tour d’ivoire totalement inaccessible, il est quelqu’un qu’on peut contacter pour régler des problèmes sans forcément se faire stigmatiser.

Mais tout ça, ce n’est pas du contenu pédagogique, ce n’est pas du cours à fabriquer, ce sont des habitudes, de l’organisation, que je devrais mettre en place à la rentrée. Pour l’heure, au jour le jour, puisque c’est ainsi que nous vivons, je règle les problèmes du quotidien comme une convocation de dernière minute pour aller signer le papier du BEP de mon fils. Il est temps que cela s’arrête quand tout pourrait recommencer, même si les « secondes vagues » qui apparaissent dans certains pays contrastent avec les vacanciers qui arrivent en masse chez moi. La valse des campings cars et des véhicules immatriculés de l’étranger, comprendre tout ce qui est en dehors de l’Occitanie est lancée. Pour l’instant je n’ai pas mis les pieds à la mer, mon parasol m’attend avec impatience, je m’occupe en vidant de la terre, en faisant des coffrages les plus borniens possibles et en jouant à la PS4.