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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Il y a 15 ans

jeudi 9 mars 2017 à 08:00

Nous sommes en 2002, nous vivons dans un petit appartement à Melun, je suis ingénieur pour BNP Paribas, je travaille dans les beaux quartiers à proximité du musée Grévin. Chaque jour je fais les allers retours entre le bus, le train et le métro. La température est de façon systématique caniculaire dans les transports en communs, on respire les aisselles de son voisin, pour ça on est aux premières loges et parfois l'intimité est telle qu'on se retrouve avec un bagage dans le fondement. Cette histoire vous la connaissez si vous avez lu les archives, j'aimerai la compléter.

Les premières payes ont changé notre vie. Nous qui avons connu la cité universitaire, le manque d'argent, chaque mois avec la paye qui tombe c'est un peu Noël alors on craque le pognon. J'achète beaucoup de bandes dessinées, ma femme des bouquins, on se pointe dans le carré Sénart ou le Val d'Europe à côté de chez Disney pour acheter des objets inutiles. Le gigantisme est tel, le faste, le ridicule quand on y pense, qu'on trouve même un gars qui joue du piano au milieu du centre.

Le soir ou les weekend quand je suis derrière l'ordinateur je me désole de voir que la barre de mon agrégateur RSS a franchi les 1300 nouvelles quotidiennes, akregator à l'époque, j'étais sous KDE 3.5, je m'en souviens parfaitement, j'avais des problèmes de saturation de la base de données, l'ordinateur ramait comme c'était pas permis. Je n'avais parfois pas le temps de tout lire, c'était un stress. Je faisais évoluer mon PC tous les trois mois ou presque, je faisais un détour par la rue Montgallet, à cette époque Surcouf était encore en place, je me suis promis d'aller y faire un tour quand je ferais du toursime à Paris pour voir ce que c'est devenu. J'achète des tours de CD vierges avec mes collègues ingénieurs par 500, je copie et je télécharge tout ce qui passe sur les sites de Warez de l'époque où ce n'était pas les films ou les séries télés mais les jeux et les utilitaires qui font qu'on se retrouvent avec plusieurs centaines de milliers de francs sur un seul disque.

Nous sommes en mars 2017, un saut temporel de 15 ans ça fait mal, c'est tellement violent qu'on en perd les cheveux. Mon agrégateur est tombé à moins de 300 nouvelles par jour, pour moins de 50 sites suivis, cela va certainement encore baisser. Je me rends compte que je m'intéresse de plus en plus à l'actualité du coin, et que dans mes sites suivis figure désormais l'indépendant ou le midi libre (même pas honte). Aller en grande surface est désormais une véritable punition, j'y vais surtout pour les enfants, je vois en eux les rêves consuméristes de leur génération, des rêves que j'ai pu avoir, que j'ai pu embrasser, des rêves qui aujourd'hui ne sont plus les miens. Mon plaisir est ailleurs, à chaque fois que je retire un truc qui sert à rien dans la maison, un service inutile, ou quand je répare ou je fais quelque chose de mes mains, le bonheur c'est peut être de vivre en slip avec une clé à molette ? Ma dernière satisfaction c'est désormais d'acheter le pain bio au lycée. La farine provient de l'établissement puis elle est travaillée par le boulanger du village à côté. Désormais dès que je peux faire travailler quelqu'un du coin, que je peux éviter l'internet, que tout le monde y trouve son compte, alors je le fais.

J'ai souvent évoqué que mon arrêt du warez de masse et mon passage à Linux était issu d'une prise de conscience, ici le cheminement est complètement différent. Avec du recul, j'aurai pu dire que le changement radical est lié au départ de la capitale, le passage de Paris au Cantal aurait pu être le déclic, mais en fait ce n'est pas le cas. Dès que nous quittions le Cantal pour voir nos familles dans le sud, comme des toxicos de la consommation on compensait dans les magasins du coin, sur internet aussi. A mon sens, le point de départ est une forme d'écoeurement de l'informatique lié de façon étroite à l'infobésité. J'ai certainement fait trop d'ordinateurs ces dernières années, les plus de 200 PC que j'ai passés au lycée par exemple, une saturation des technologies qu'il faut suivre pour être au point, la masse d'actus de plus en plus importante. Faut être fort en Linux, faut être fort en Windows, faut être fort en web, en applications Android, faut même maîtriser Apple pour les bourgeois, c'est un peu le syndrome qu'on trouve en pédagogie que je décrivais il y a peu, ça part dans toutes les directions sans savoir sur quel cheval miser et à force de courir tous les lièvres à la fois, on sait qu'on finit par se casser la gueule. Donc on refuse la masse d'informations en se disant que c'est quand même idiot d'être ouvert sur le monde sans savoir ce qui se passe dans son propre village, on refuse de se mettre à la page de toutes les technologies pour se concentrer sur ce qu'on maîtrise jusqu'à une défaillance de ces mêmes technologies pour chercher autre chose, on se contente alors des logiciels et des machines qu'on a, on s'extrait en fait du cours du temps pour mieux apprécier le moment présent et ne pas vivre en permanence tourné vers demain et ailleurs. Le seul risque en se coupant sèchement de l'actualité c'est rater quelque chose, ne plus anticiper, se rouiller tout simplement.

Vous portez nécessairement un regard sur mes textes, sur moi, notamment les gens qui lisent mes aventures depuis longtemps. Je porte souvent un regard sur moi-même, sinon je ne serai pas blogueur, narcissisme power tout ça et ce que je peux dire c'est que sur certaines parties, Cyrille BORNE c'était pas mieux avant, c'est mieux maintenant, ça fait déjà moins mal au porte feuille pour acheter n'importe quoi. Si j'apprécie ce que je suis devenu, dans le sens où j'ai quand même franchement levé le pied sur les excès à tous les niveaux, que je fais des efforts dans pas mal de domaines, l'alimentaire, le matériel, l'écologie, je ne regrette qu'une seule chose, c'est cette capacité que j'avais à pondre un tutoriel et d'aimer ça. Si je n'ai pas perdu le feu sacré de l'écriture, j'ai largement perdu l'envie de partage "complexe" pour surtout raconter des conneries, pour un certain choix de la facilité, je suis devenu paresseux avec les années, peut être un peu comme tous les vieux. Encore heureux que certains ont pris la relève et qu'il y a surtout ce foutu manuel, qu'on devrait tous prendre le temps de lire.

Réparer les vivants

mercredi 8 mars 2017 à 14:41

Un jeune part faire du surf, à son retour c'est l'accident, il est mort de façon cérébrale. C'est un peu difficile de faire plus le pitch parce que ça correspondrait presque à un reportage médical, son coeur, la transplantation, la personne qui en a besoin, ces parents, les réactions et j'en passe. Peu d'action, beaucoup de choses prévisibles, je pense que le film essaie d'accrocher au plus à la réalité en insistant notamment sur des scènes d'opérations par exemple, c'est lent mais c'est un beau film. A noter dans le rôle du père la présence de Kool Shen qui fait une carrière moins remarquée que Joey Starr son homologue du Suprème NTM mais qui n'est pas mauvais à la comédie, à croire que le rap français des années 90 mène à tous les succès.

La Folle Histoire de Max et Léon

mercredi 8 mars 2017 à 13:57

Max et Léon alias David Marsais et Grégoire Ludig si j'ai tout compris ça correspond à deux gars qui ont eu un certain succès sur internet puis sur Direct 8 qui curieusement n'est pas une chaîne de télévision que je regarde, comme la télé de façon générale d'ailleurs. Ne connaissant absolument pas la production de ces deux garçons j'ai regardé ce film qui a dû coûter une blinde avec pas mal de gens connus dans le cinéma français, sans aucun à priori. Max et Léon sont donc deux loosers, amis depuis l'enfance, qui font les quatre cents coups et qui se retrouvent projetés en pleine seconde guerre mondiale. Par le biais de leurs maladresses ils vont devenir des supers agents, aller en Syrie, aller en Angleterre et j'en passe.

C'est très bien, un peu désuet, un peu burlesque, on sent de vieilles inspirations jusqu'à Mel Brooks avec un petit passage de comédie musicale mais actualisé. Une invitation à voir le reste de leur production.

Mr Wolff

mercredi 8 mars 2017 à 11:27

Si on arrive à faire la comparaison avec un film de Steven Seagal c'est qu'il y a quand même du souci à se faire sur la qualité d'un film et c'est le cas. Souvenez vous, the cook, le cuisinier, qui se déroule à l'intérieur d'un bateau où l'on découvre que Steven Seagal n'est pas qu'un simple cuisinier mais un super marines qui fait la cuisine. Il y a dans ce film, une scène d'anthologie dans laquelle Steven fait un duel façon cape et d'épée avec un couteau de cuisine, c'est un des sommets du cinéma. Bon ben vous allez remplacer le rôle du cuisinier par celui d'un expert comptable autiste qui est super tueur de la mort et vous obtenez un film qui certes est complètement ridicule mais c'est accrocheur, ça se laisse franchement regarder aussi débile cela puisse-t-il être. Au niveau de l'histoire c'est lamentable, Ben Affleck est comptable pour la mafia pour des raisons qui lui sont propres, et il a besoin pour limiter l'attention sur ses activités de faire un travail honorable, il part dans une boîte de robotique où il y a une histoire encore plus mafieuse que mafieuse et ça tourne au grand n'importe quoi alors il range ses lunettes et tire sur tout le monde.

L'interdiction du portable à l'école, la réforme qui va tout changer

mercredi 8 mars 2017 à 08:00

La rupture entre la politique et le reste du monde est simple à comprendre, les affaires qui montrent que les hommes politiques visent à un enrichissement personnel en font partie, l'incompréhension complète du monde dans lequel nous vivons n'aide vraiment pas. Macron a force de dire qu'il n'a pas de programme, a fini par sortir quelque chose, un peu comme un élève qui vous rend sa copie à l'arrache d'ailleurs. Dans les mesures phares, en tout cas on peut le supposer puisque la presse la mise en avant, l'interdiction du portable à l'école, ce qui soit dit en passant est inapplicable à moins de faire des fouilles à l'entrée avec des détecteurs de métaux.

Et puis la vraie question de fond, est ce que c'est vraiment la mesure qui va régler la baisse de niveau, le manque d'engagement des parents, la réformite aiguë ? Est ce que c'est vraiment ça l'urgence ? Absolument pas et je dirai même pire, ça ne va pas dans le bon sens. Je suis en classe de seconde GT, nous faisons un exercice de statistiques où il faut comparer la médiane de la taille des joueurs de quatre équipes, et les résultats, sauf que sesamaths ne donne pas les résultats mais uniquement les références en plus la faute à pas de chance avec une news tirée d'un site qui s'appelle "cougar's", le genre de recherches qui ne va pas ramener que des gros chats agressifs avec des tâches. Je fais sortir aux élèves leur smartphone pour faire la recherche, je donne de l'internet depuis mon propre smartphone aux gamins qui ont tué leur forfait, nous trouvons le résultat nous continuons l'exercice.

Il y a deux ans le téléphone portable était une obsession pour les élèves, j'ai la sensation que plus on a tendance à le faire utiliser en outil pédagogique, ce que j'ai pu faire ici ou que nous utilisons dans tous les projets pour les photos notamment, moins les gamins l'utilisent en classe de façon personnelle, comme si le smartphone ne devenait plus un outil interdit mais un outil pédagogique, que le smartphone devenait moins tabou donc moins intéressant de transgresser. La consultation du smartphone en classe dans mes cours devient de plus en plus rare et quand on demande à un gamin de ranger son portable, il le range. Et nous avons tout intérêt à partir dans ce sens avec un taux d'équipement de 93% des élèves, on a plus de chance aujourd'hui d'avoir un élève qui a son smartphone dans sa poche que des stylos dans sa trousse.

Nous sommes ici dans l'illustration classique du quotidien du monde enseignant : incompréhension la plus complète, quand on commence à voir émerger des solutions, qu'on commence à gagner un peu de terrain dans les pratiques, vous avez nécessairement quelqu'un qui souffle sur le château de carte. Youtube qui est perçu par grand nombre d'enseignants comme la possibilité de diffuser un c'est pas sorcier à l'arrache et de faire la sieste mais aussi comme l'empire du mal et de la bêtise est en train de changer, les intellectuels arrivent. Vous connaissez mon exemple sur la différence entre la médiane et la moyenne que je fais avec les souris et l'éléphant, dernièrement, la chaîne belge la statistique expliquée à mon chat a pondu une vidéo très bien faite sur la différence entre le salaire moyen et le salaire médian avec une illustration très intéressante quant à la moyenne colorimétrique sur un tableau où il montre que ça fait un truc tout vert alors qu'il s'agit d'un Van Gogh.

L'éducation qui a toujours un train de retard sur les technologies est en train de commencer à gentiment évoluer vers de nouvelles pratiques de façon naturelle, le smartphone est certainement un outil facilitateur sur lequel les enseignants peuvent s'appuyer avec la certitude que les élèves les auront. Toute initiative utopique de plus quand on sait que ce sont les parents qui achètent et payent les forfaits de leurs enfants pour supprimer ce type d'appareil à l'école est une hérésie et montre qu'on n'a certainement pas tout compris au monde de l'éducation. Macron rejoint ainsi le club très ouvert des politiciens qui ratent la cible.