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Le Blog de Cyrille BORNE

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Règlement de contes

lundi 27 mars 2017 à 15:40

J'ai eu un peu de mal à comprendre car ce n'est pas forcément évident, mais règlement de contes c'est la suite des trois petits cochons sur les deux premiers tomes et les deux derniers c'est l'histoire des trois petits cochons version Western. C'est une construction d'ailleurs franchement astucieuse, si ça avait été à l'envers on aurait pu trouver ça sans imagination, ce n'est pas le cas. On a donc de façon étrange trois hommes qui sont des cochons avec deux bras deux jambes, le shérif, le frère débile et le maire de la ville qui tient l'ensemble d'une main de maître. Il a d'ailleurs embauché des loups pour accomplir la salle besogne, intimidation, meurtre et j'en passe. Un jour arrive au village la petite fille de la tenancière du saloon de la ville et les événements se précipitent. Un premier diptyque très efficace, western donc, suivi du second diptyque qui raconte comment les trois cochons ont construit la ville, leur guerre avec les loups. Très bon, avec un énorme à priori lié à la ressemblance avec Black Sad quand ça n'a absolument aucun rapport si ce n'est qu'on a des animaux sur deux pattes.

Lulu

lundi 27 mars 2017 à 08:00

Lulu c'est le triple album de Saez qui vient de sortir et finalement la meilleure des synthèses c'est cette critique de Télérama, une critique dégueulasse, assassine, facile, mais malheureusement pas si loin de la vérité. Saez s'est lancé dans un concept de crowdfunding qui englobe, albums, tournée de concert, un packaging en quelque sorte mais vraiment en quelque sorte. En fin de l'année 2016, il sort la première partie et si certaines chansons sont vraiment de pures merveilles, il y a une gêne, la répétition, à la limite de l'obsession. L'album est écrit en réponse aux attentats et on tourne sur cinq chansons avec pas loin du même texte, la même idée, les mêmes mélodies d'ailleurs dont certaines qui font penser à de précédents albums. C'est discutable. Comprenez que si vous lisez du Michel Houellebecq, sans dire que vous lisez le même bouquin à chaque fois, vous avez quand même le style d'un gars très imprégné dans ses obsessions. Je pourrai d'ailleurs pousser la comparaison avec moi-même, il m'arrive de faire des billets qui sont similaires, comme si j'avais besoin de récrire quelque chose de façon régulière pour être sûr de l'avoir bien dit. Et puis il ne faut pas se mentir, je pense qu'on finit tous à tourner en rond à raconter plus ou moins les mêmes conneries, le renouvellement passe ailleurs, par de nouvelles passions, de nouvelles expériences.

On arrive donc avec ce Lulu, qui se veut un triple album et le "malaise" est bien présent, avec un nouveau qui s'installe, la sensation de puiser dans mistral gagnant de Renaud en boucle, pas que Renaud d'ailleurs, du Brel à tous les étages. Je trouve qu'à cette sensation de déjà vu se rajoute une vulgarité exagérée quand l'auteur est capable de faire des textes magnifiques, et enfin un manque de rock, je suis un grand fan de pilules ou de cigarettes.

Vous ne me verrez pas écrire Saez c'était mieux avant. Saez c'est pour moi un véritable artiste, le gars qui calcule pas, et si à un moment il fait six fois la même chanson, s'il fait des textes outranciers, je ne peux que regarder et respecter, même si on sent que l'artiste n'a pas l'air d'aller bien, ça s'accompagne sûrement du côté autodestructeur des "vrais", les gars écorchés, Mano Solo en faisait partie. Cette lassitude, cette fatigue, ce malaise, enfin ce qu'on voudra, j'ai l'impression de le voir palpable sur scène. De plus en plus gros, de plus en plus statique, même s'il n'a jamais été très expansif, une sensation d'ennui.

J'écrivais dans le billet sur le micro d'argent que nous sommes désormais dans une période où l'on n'attend plus rien. Même si je ne suis pas emballé par ce dernier album, comme je n'étais pas emballé par Messina, mais pas déçu, ce serait comme être déçu par un animal, l'animal fait ce qu'il a à faire par instinct, je continue d'attendre le prochain Saez car Saez c'est le gars qui peut faire n'importe quoi, il n'a pas de plan de carrière, il n'a pas de calcul pour faire plaisir, il fait son job, être lui-même et je pense que ça doit pas être facile tous les jours.

Et puis quand tu entends ça, le Damien tout seul avec sa guitare, ou même à capella face à un public silencieux qui n'ose même pas chanter en coeur, face à un texte tellement magnifique que tu n'aurais jamais imaginer l'écrire, tu sais même pas comment finir ton billet, presque honteux.

Manipulations

dimanche 26 mars 2017 à 18:51

Le pitch est pas forcément évident à faire mais on va quand même essayer. Avec une histoire pas réellement linéaire, on a globalement un avocat qui a les dents qui rayent le parquet qui s'en prend à un magnat de la finance, il récupère des informations de son ex copine avec qui il aurait tendance à remettre le couvert, alors que sa situation personnelle est assez tendue avec sa femme. Seulement à s'attaquer à un gars très puissant et à pratiquer l'adultère on finit par s'attirer des problèmes. Pas extraordinaire, pas très original, un peu d'ailleurs comme tous les films qu'on peut avoir avec Al Pacino qui fait une carrière auto-destructrice à la Nicolas Cage, à se demander d'ailleurs si Anthony Hopkins ne prend pas le même chemin.

chouf

dimanche 26 mars 2017 à 18:35

C'est l'histoire d'un gars qui a réussi à se sortir de la violence des quartiers de Marseille, qui fait ses études. Tout le monde trouve ça plutôt bien d'ailleurs et lorsqu'il déambule au milieu des guetteurs, des gars qui font des tirs de mitraillettes automatiques, on ne manque pas de lui faire remarquer qu'il s'habille n'importe comment et de le traiter d'intello. Seulement pendant cette visite en famille, son frère se fait abattre. Pour comprendre ce qui s'est produit, il va tout quitter et suivre le chemin de la violence. C'est assez réussi et quelque part c'est effrayant, car si on a eu des films sur la mafia, sur les gangs, inspirés de faits réels, on se dit que ça doit bien exister quelque part et qu'on n'ira pas passer ses vacances dans la cité phocéenne.

Demain c'est vraiment pas si loin

dimanche 26 mars 2017 à 08:00

La campagne présidentielle, enfin ce qui ressemble à la campagne présidentielle est quand même franchement pathétique. D'ailleurs ce n'est pas le mot campagne qui est adapté, nous sommes face à une succession d'affaires qui élude complètement le reste et pourtant le reste il faudrait quand même en parler. L'emploi, la sécurité, la bouffe, l'école, tous ces thèmes qui forment notre quotidien mais pas seulement, la relation des français avec les politiques. Ma génération, qui fait encore semblant de s'intéresser à l'actualité ne peut que constater le drame, que ce soit Fillon qui est quand même franchement dedans, le ministre qui vient de démissionner après avoir fait bosser ses filles de 16 ans, et puis pourquoi pas Jacques Cheminade qui montre son incompréhension du monde avec le refrain sur le jeu vidéo. Que penser par exemple d'un Macron qui veut nous faire sauter le portable mais qui veut aussi relancer le service militaire, un service militaire de un mois. En un mois le gosse qui vit avec son téléphone portable, qui est insolent qui vient de passer en gros 16 ans dans les mailles du filet scolaire va apprendre à lire et à devenir un petit soldat de la nation, se lever et faire son lit au carré à 6 heures du matin. En fait Macron devrait transposer cette idée à l'éducation tout simplement et nous envoyer les billes pédagogiques, car à ce niveau là c'est du miracle, certains parents me font signe aussi de leur intérêt.

C'est moche. Mais en fait c'est encore plus moche que ce qu'on peut imaginer. La notion de responsabilité, celle que veulent embrasser ces gens, et bien curieusement à une petite échelle les gens fuient. En 2014 on s'inquiétait déjà de voir qu'il manquait des candidats pour certaines municipalités. Ah ben c'est sûr c'est pas la grosse municipalité mais la petite, celle où l'indemnité de maire n'est pas assez importante pour s'arrêter de travailler mais où par contre les responsabilités sont suffisamment importantes pour vous envoyer en prison si un gamin qui se pend aux barres de foot se casse une jambe parce qu'elles ont cédé sous ses assauts. Le problème que je souligne ici pour les mairies, je n'ai pas besoin d'aller en fait si loin, il suffit de regarder dans mon quotidien. Désormais dans les écoles, c'est souvent la petite dernière qui se retrouve directrice, ou le petit dernier. Pourquoi ? Parce que pour 200 € par mois, les gens n'ont pas envie d'en faire encore et encore, toujours plus et encore plus. Oui il y a de façon indiscutable, pouvoir et pouvoir, et ce qui est certain c'est qu'il faut réellement que la mise soit importante pour avoir envie de prendre le risque. Tiens même à mon niveau, j'ai accepté à contre coeur la place de prof principal, nous sommes au moins deux à rendre le tablier l'an prochain et préférer consacrer son temps à autre chose.

Ma génération a été fortement politisée. Les manifestations étudiantes, 1981, l'Europe, j'ai souvenir à l'époque que ceux qui avaient 18 ans en terminale nous racontaient qu'ils allaient voter pour ou contre Maastricht. Moi-même je me souviens que très rapidement âgé de 18 ans, j'ai voulu ma carte d'électeur parce qu'à l'époque ça avait du sens. Bien sûr, les trafics d'armes, Pasqua, la corruption, on y était en plein de dedans, c'était pas forcément mieux avant mais j'avais 20 ans de moi, et quand tu as cet âge là tu penses encore qu'on peut changer le monde avec ton bulletin dans l'urne. Enfin ça c'était il y a 20, aujourd'hui les choses sont différentes.

En seconde, des élèves de 15 à 16, mon collègue d'histoire géographie a voulu faire un peu d'actualité et a présenté les différents candidats de l'élection aux élèves. C'est une catastrophe, ils font la confusion entre les partis politiques, ne reconnaissent pas les gens. Catastrophe ? Vraiment ? Peut être pas tant que ça. A force d'entendre leurs parents de ma génération dire que la politique c'est pourri que c'est que des corrompus, il y a forcément un désintéressement qui est évident. Pourquoi on va s'intéresser à des escrocs, bandits, voleurs, tout ça. Et puis je pense qu'il est en train de s'ancrer deux tendances fortes. La première c'est le désintéressement pour le monde qui nous entoure pour ne se consacrer qu'à la sphère et aux petites histoires. La journée ils passent leur temps ensemble, le soir ils prolongent par les réseaux sociaux, ils ne peuvent pas être partout et ne déconnecte jamais de leur petit univers pour rester sur ce qui les intéresse, concerne vraiment. J'aurai tendance à leur jeter de moins en moins la pierre, mon ouverture sur le monde en prend de plus en plus un coup, j'essaie de plus en plus de comprendre mon territoire. La différence est tout de même palpable, car en fait ce qui m'intéresse n'est pas la "petite histoire", mais l'économie, les commerces, la politique, cela fait trois ans que je suis à Saint Pierre, je ne connais même pas le nom du maire. Le second point c'est certainement le fait que cette génération est en train de comprendre que de plus en plus on peut se passer du pouvoir politique, qu'on doit faire les choses par soi-même. Il n'y a qu'à voir l'explosion de l'uberisation de l'économie pour se dire qu'on n'attend pas les 15 ans pour développer un tel modèle mais je pense que c'est désormais acté, le pouvoir est ailleurs.

Quand on évoque la notion de sixième république, je crois que c'est un fait. Les jeunes d'aujourd'hui, je ne les vois pas reprendre les commandes d'un système pareil. Sans tomber dans l'Arpinux qui pourrait évoquer l'anarchie, la révolution ce genre de choses, le système actuel ne fonctionne pas et les futurs votants ne pourront pas rentrer dans le moule des aînés. On a pourtant besoin de gens qui s'impliquent, on a pourtant besoin de gens qui s'engagent et pas que pour l'argent mais bien pour le bien être collectif. Il devient urgent que le pouvoir change de main et qu'on trouve autre chose, quoi je ne sais pas mais vite car demain c'est vraiment pas si loin.