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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Une rentrée malheureusement normale

mercredi 2 septembre 2020 à 19:05

Je crois que malheureusement on s’habitue à tout, à trouver des parades, dans les circonstances qui sont toujours complexes. Tu es vieux, tu achètes un ascenseur Stannah, et tu rajoutes des barres de maintien dans ta douche pour pas te péter la gueule. Toute situation aussi dramatique, amène sa réponse.

Le masque est bien sûr un problème, à de nombreux niveaux mais il serait faux de dire qu’on n’a pas fait une rentrée normale, c’est juste une rentrée avec des contraintes en plus. Les quelques problèmes que j’ai pu rencontrer à cause de la COVID :

Vous l’aurez compris, l’inconfort de la situation est assez énorme sachant qu’on est en non stop, sauf pour la pause méridienne où l’on s’octroie le retrait du masque le temps des 30 minutes où l’on peut s’enfourner quelque chose dans la bouche. Dans une journée de 7 heures de cours, je vais arriver au lycée aux environs de 7h30 pour partir à 16h30 ce qui nous fait 9 heures, je retire 30 minutes ce qui nous donne la bagatelle de 8h30 masqué sachant que je garde mon masque aux toilettes. Vivement qu’il commence à faire froid qu’on puisse garder les portes ouvertes pour aérer et chopper la mort.

Il n’y a malheureusement pas le feu de camp pour ressusciter

À part cela, effectivement écrit de cette façon on pourrait penser que c’est beaucoup mais dans mon métier on s’adapte à tout, tout est normal. Les gosses courent dans tous les sens, viennent vous saluer, vous n’arrivez pas à les reconnaître, mais c’est pas grave vous dites bonjour quand même, le virus est présent sans vraiment l’être, c’est l’aspect social qui prend le dessus. Six mois sans une ambiance d’école pour la majorité des élèves, il était temps, on va faire réaliser à la sécurité sociale des économies de psychiatrie, et certainement du reste puisque malgré nos carences en entretien des locaux et des personnes, nous allons sauver le monde.

Quand j’écris que la rentrée est malheureusement normale, c’est qu’il n’y aura pas de miracle pour cette année encore. J’écrivais je ne sais où que le manque de préparation et d’anticipation en lien avec la sacro-sainte période des vacances où toute forme de travail est proscrite « parce qu’on est en vacances » font que j’en suis à traiter environ 50 problèmes dans la même journée.

Je vais vous donner un exemple parmi d’autres. Mon établissement est en travaux, de très gros travaux, puisque nous allons accueillir un collège et une école de l’éducation nationale. À l’instar d’autres établissements scolaires, nous créons de gros complexes éducatifs, la mutualisation, les bâtiments neufs et j’en passe font que l’union fait toujours la force et l’oignon fait la soupe. Seulement dans cette période où tout est compliqué, comprenez l’été dans le sud de la France où les entreprises qui n’ont pas travaillé pendant le confinement prennent quand même des vacances, il y a du retard. La moralité c’est que je n’ai pas de salle informatique pour démarrer l’année et je dois composer avec les moyens du bord. Des exemples comme ça, j’en ai à la pelle, je rajouterai par exemple les TBI qui sont arrivés pendant l’été et mes collègues qui ne sont pas formés. J’ai fait cours à 15 profs pour montrer comment on allume et qu’on écrit au stylet.

Bien évidemment, il n’y a pas que dans mon établissement où ça se réveille, les lycées de mes enfants qui nous arrosent de messages pour nous rassurer quant aux normes sanitaires mais qui nous demandent aussi d’acheter du répulsif anti-moustique pour la semaine prochaine pour la semaine d’intégration. Ma fille sera accompagnée des coccinelles de Saint-Pierre la mer, un peu comme les mouches de Troll de Troy … Je me prépare donc à passer un week-end à courir pour aller chercher des cahiers au format A12 avec une partie plastifiée pour la première page et une page de couleur toutes les sept pages dans un magasin bondé. Enfin bon en fin de semaine, la menace sera certainement moi plus que les autres.

Le boulot bien sûr, les enfants, mais aussi les collègues qui se rappellent à votre bon plaisir. Je me retrouve donc à répondre à toutes les questions possibles, en même temps parce que sinon ce n’est pas rigolo. Mes collègues qui pensent que l’appel numérique a disparu parce qu’il n’est plus en raccourci sur leur téléphone, les synchronisations avec onedrive qui ne fonctionnent pas sur l’ordinateur qui n’a pas été allumé depuis six mois. Je continue de courir, car comme précisé plus haut, on ne se donne pas la volonté de distiller un peu pendant la période des vacances.

Cyrille BORNE entre deux tâches, on notera qu’il porte mal son masque

La normalité c’est aussi du côté des élèves. J’ai deux collègues qui débutent dans la fonction de professeur principal de troisième, du fait d’être l’encyclopédie vivante de la troisième, je les ai pris en stage. Je suis donc intervenu en classe pour faire les calculs de points du DNB et expliquer le lien plus qu’étroit entre contrôle continu et orientation. Il faut savoir en effet que l’ensemble des notes de contrôle continu qu’ont les gosses en classe de troisième conditionnera leur acceptation dans les établissements professionnels en classe de seconde quand tout enfant a sa place en seconde générale. C’est concrètement un parcoursup pour élèves de collège. La moralité de l’histoire, c’est qu’en fin d’année scolaire, une élève à 14.5 de moyenne n’a pas été prise dans son BAC PRO esthétique, et un autre qui tournait à 14 – 15 de moyenne n’a pas été pris dans son BAC PRO pâtisserie.

C’est donc à mon sens, le genre d’informations qu’il me paraît pertinent de donner en début d’année, histoire de mettre le coup de pression et d’expliquer que le contrôle continu qui se résume à du travail, te permettra d’arriver au niveau supérieur. J’ai expliqué ceci face à deux classes amorphes, j’ai dû mettre un carton à un gamin qui avait sorti un compas pour faire une rosace, et à un autre qui ne voulait pas quitter sa sacoche. Je n’ai pas commencé les cours et on attaque déjà la discipline.

Vous imaginez donc ce que ça va donner avec des profs tendus à cause du masque, entre autre, des gosses qui sont égaux à eux-mêmes qui ont pris encore plus de mauvaises habitudes pendant les derniers mois, eux-mêmes irrités par leur masque et nous allons avoir un cocktail particulièrement explosif où on ne peut même pas les coller parce qu’il ne faut pas qu’ils soient trop nombreux au même endroit.

Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ou presque. J’ai écrit que je n’ai pas commencé à enseigner, c’est inexact. Mon collègue prof principal de seconde générale, me dit j’ai fini prend les … Ça aussi ça fait partie des choses qui ne changent pas. Du fait d’être à la fois leur prof de maths, de python et de SNT, j’ai démarré sur l’aspect pratique des choses, l’utilisation du cahier de texte numérique et l’utilisation de la messagerie. J’ai mis un travail pour demain, je n’ai que la moitié des gamins qui ont fait le nécessaire, je prends sur moi pour demain expliquer à nouveau, et les yeux injectés de sang, préciser le caractère exceptionnel du fait que je tolère que le travail n’a pas été fait.

Je ne sais pas qui a dit qu’il fallait profiter de l’opportunité d’avoir un masque en travers du visage pour utiliser de nouvelles parties de son corps, travailler l’expression corporelle, certainement un gauchiste, je vais pour ma part essayer toutes les variantes des larmes.

Je vous souhaite une excellente rentrée à tous !

Et si Jacques Toubon était le père du rap français ?

dimanche 30 août 2020 à 14:32

Si on fait abstraction de l’image sulfureuse du rappeur, de certains textes qui peuvent être discutés, Médine est un incontournable du RAP français. Il fait partie de ces hommes qui à l’instar d’un Johnny, c’est un peu la référence de celui qui a su passer tous les styles musicaux et les générations, ont fait du rap hardcore puis de la trap. Comprenez qu’il ne s’agit pas d’être péjoratif mais bien réaliste, certains rappeurs ont désormais de l’âge, et contrairement à un Suprême NTM qui s’est contenté de faire tourner en boucle ses vieux morceaux à mi-chemin entre la nostalgie et le côté incontournable des « pionniers » du rap français, Médine a changé comme d’autres son style musical pour toucher un public plus large, plus jeune. S’il fallait le catégoriser, il fait partie de l’équipe Youssoupha, Kery James, des gens qui font donc un effort sur les textes et qu’on peut qualifier d’engagés. Le jour où j’ai arrêté le rap est un titre qui mérite d’être écouté mais aussi d’être vu.

Il cautionne quelque part mon propos, puisqu’il dit que ses chansons s’écoutent entre père et fils, papa écoutait les versions hardcore, aujourd’hui il écoute avec le fiston de la trap. Le clip est très bien foutu, il s’agit d’un concours officiel de Médine auquel il participe et perd. Ce n’est pas sans faire penser à l’histoire de Charlie Chaplin. En 1915, Charlie Chaplin se pointe à un concours de Charlot organisé par la ville de Chicago, totalement incognito. Il perd le concours et n’arrive pas à la finale.

Le problème c’est que personne n’est capable de sourcer l’histoire, il aurait d’ailleurs fini troisième ou vingt-septième selon les différents sites qui présentent le « fait ». Le propos tenu par le propriétaire du site le Toaster, me paraît assez lucide, à savoir qu’aussi bien cette histoire n’a jamais existé, qu’elle fait partie peut-être d’une légende déjà bien remplie. En effet, Charlot avait peut-être autre chose à faire de ses journées que de se pointer à un concours alors qu’il est déjà une superstar. C’est un peu l’histoire du rasoir d’Ockham, qui explique qu’il faut penser à la théorie la plus simple avant de chercher une explication complexe. De façon populaire, on dit que lorsqu’on entend le bruit de sabots, il est plus rationnel de penser à un cheval qu’à un zèbre, ou une licorne.

Le contexte historique, la culture, je trouve que c’est quand même franchement pertinent d’en avoir un peu pour comprendre les contextes. Le groupe Silmarils s’est reformé de façon exceptionnelle pour un concert confiné, ça donne ça.

La casquette et les lunettes noires, c’est assez prétentieux, une image qui a l’air de coller à la peau du chanteur d’après l’interview franchement intéressante de la chaîne, une chanson l’addition qui revient sur le succès de l’époque, cours vite.

Si dans les commentaires, les gens les plus rageux expliquent qu’ils n’étaient pas si bons que ça sur scène et que le chanteur est franchement prétentieux, j’ai un autre souvenir de l’époque. On peut lire sur Wikipedia :

En 1994, la loi Toubon exige qu’à partir du 1er janvier 1996, un quota minimum de 40 % de chansons francophones dont la moitié au moins provenant de nouveaux talents ou de nouvelles productions.

Wikipedia

Dans cette période entre 1994 et 1996, je suis à l’université, je n’ai pas 20 ans ou un tout début. À cette époque comme vous pouvez vous en douter, on n’a pas l’internet, on écoute la radio, plus qu’on ne regarde la télé, surtout quand on est nomade comme moi. J’ai fait ma première année d’université dans le train entre Nîmes et Montpellier. La radio c’est aussi le soir, avec Maurice, l’animateur qui raccroche aux auditeurs, un type un peu gourou avec une voix extraordinaire, au style complètement décalé, qui fait ce qu’il veut à l’antenne. Et c’est aussi en parallèle de 1992 à 1996, Doc et Difool, avec l’émission Lovin’Fun, une émission qui aura rencontré un tel succès qu’Antoine Decausnes et José Garcia en font des parodies sur Nulle part ailleurs, la grande époque Canal avec le regretté Philippe Gildas.

Avec l’arrivée de la loi Toubon, une imposition donc, les stations de radio sont totalement prises au dépourvu car on ne joue en fait que les succès américains. Comme des stations comme Fun ou Skyrock ne peuvent pas balancer du Sardou ou du Johnny pendant toute la journée de peur de se retrouver ringardisé, on fait jouer les fonds de tiroir, c’est ainsi qu’on se retrouvera à bouffer du téléphone à longueur de journée. Je pense que c’est de cette époque que j’ai du mal à écouter Cendrillon, la plus jolie des mamans.

C’est ici que je pense qu’on oublie cette histoire, car la chanson cours vite est datée de 1995, comme le bruit et l’odeur de Zebda est aussi datée de 1995 comme Dieu m’a donné la foi est datée de 1995.

Cyrille BORNE ose tout, même mettre du Ophélie Winter sur son site.

Et à partir de ce moment-là je pense qu’on apporte un éclairage différent sur de nombreux succès de l’époque et qui n’auraient certainement jamais été diffusés si une loi qualifiée de liberticide n’avait pas vu le jour. Car si l’on prend la chanson cours vite de Silmarils, c’est un mélange de rap, de rock, de hardrock qui fait penser à du rage against the machine à la française. Déjà qu’on ne diffusait pas de rap ou peu, encore moins de métal, imaginez la fusion des deux. Rajoutez à cela un clip réalisé avec les stars du porno de l’époque, et on comprend qu’avec Silmarils on misait sur le mauvais cheval.

Que dire de Zebda et du bruit et l’odeur, un groupe toulousain où les chanteurs d’origines diverses et variées utilisent des sonorités arabes quand seuls en France le très regretté Rachid Taha en 1987 avait fait scandale avec sa reprise de douce France, ou Khaled en 1991 avaient réussi le tour de force de se faire connaître dans notre pays pas si tolérant.

Zebda qui bien au-delà des sonorités dénonçait le discours de 1991 de Jacques Chiract qui évoquait le « bruit et l’odeur » insupportables des familles de l’immigration pour les français de souche. Comprenez qu’à l’époque en plus, 1995, Chirac est président et c’est important de le souligner pour deux raisons. À cette époque on était moins con, quand on avait dans la chanson le discours de Chirac, tout le monde savait à quoi on faisait référence, s’en prendre en frontal au président de la république, il fallait oser, quand aujourd’hui on grime en esclave nos femmes politiques sous couvert de la fiction.

Il est intéressant de constater que sans une loi qualifiée de liberticide à l’époque, nous n’aurions certainement pas connu de nombreux talents. Tout n’est pas rose non plus puisque cette période a offert son lot de « dérives ». Curieusement les 2B3, Alliance ou les G-Squad, boys band montés de toute pièce par les maisons de disque sont arrivés sur la scène en … 1996.

Il faut aussi se dire qu’on passe tout de même d’une diffusion de presque rien à l’époque en musique française, à plus d’un tiers de diffusion. Le bourrage qu’on met dans les oreilles des classiques du rock français c’est que forcément il y a un malaise. J’entends par là que de cette époque, des Silmarils et des Zebda, on n’en a pas pondu des légions. Aujourd’hui encore les groupes de musique française un peu rock ne sont pas si nombreux, c’est certainement pour cela que le retour des Insus a cartonné ou qu’Indochine remplit facilement les stades. Quel est le style musical où on ne manque ni de talent ni de quantité ? Le rap français. Seulement le problème du rap français, c’est que dans le début des années 90, c’est de la revendication, c’est souvent violent et parfois ce n’est tout simplement pas possible de le diffuser. J’appuie sur la gâchette de NTM en 93 est censuré, puisqu’il s’agit d’un homme qui finit par passer à l’acte. On avait peur de diffuser sur les grandes ondes écoutées par les jeunes, une invitation au suicide.

On ne s’étonne pas alors de voir arriver un rap beaucoup plus positif, je pense par exemple à Alliance Ethnik avec respect.

Il serait faux de dire que la musique de la fin des années n’a existé que par la présence de la loi Toubon. Le rap est la musique la plus écoutée au monde aujourd’hui, il s’agit là d’une leçon d’humilité pour tous face à notre jeunesse. Le courant musical qui était défini comme la sous-culture de l’époque écrase aujourd’hui tous les courants musicaux, ce sont les rappeurs désormais qui font jouer les orchestres philharmoniques.

Même si j’ai tendance à considérer que le rap qu’on fait actuellement est franchement mauvais, notamment dans les textes creux, dans l’utilisation à outrance de l’auto-tune ou dans les valeurs qui sont revendiquées comme la violence gratuite ou la drogue, que serait devenu le rap français si la loi Toubon n’avait pas été présente. Il serait facile d’imaginer qu’il n’existerait pas ou presque, seule la face apparente de l’iceberg serait visible. Comme il n’y a plus de frigos fabriqués en France, de téléphone, ou pas de système d’exploitation, il est facile d’imaginer un monde sans rap français dominé par l’anglais.

Le protectionnisme a parfois du bon et il est intéressant de constater que ce qui avait été perçu comme une imposition s’est avérée être une opportunité et pour les artistes et pour les radios et bien sûr pour les auditeurs.

Je crois que tout a commencé quand Kevin a éternué.

jeudi 27 août 2020 à 12:38

Nous sommes désormais à moins de une semaine de l’apocalypse, je suis toujours confiant, même si comme vous pouvez le voir, tout le monde essaie d’exister au détriment de l’actualité. Les syndicats de profs qui étaient en vacances pendant deux mois, les syndicats de parents qui espèrent se débarrasser de leurs gosses parce qu’ils n’en peuvent plus, les présidents de région qui donnent des masques pour montrer qu’eux c’est des gens bien, les médecins qui après avoir dit que les gosses ça passe crème, que finalement les gosses c’est un problème ont tellement noyé le poisson que plus personne ne sait sur quel pied danser. Je reste pour ma part toujours confiant, en sachant que je vais quand même m’engager dans une grosse année de merde, et pas forcément à cause du COVID.

Il est bien évidemment qu’avec le protocole sanitaire obscur, il y a de fortes chances pour que je me fasse curer le nez trois fois par semaine. J’ai vu ma femme et ma fille se faire tester, ça donne pas vraiment envie, je ne sais même pas d’ailleurs si c’est légal de tester les gens comme ça, mais c’est pas grave, s’il faut se faire casser le nez, j’irais. Je dis ça tout simplement parce qu’à priori on a bien compris que la fermeture d’école ça serait vraiment si on avait un cas façon Cap d’Agde, et qu’avant d’en arriver là, il faudra se faire casser le nez à chaque fois qu’un gosse est malade dans une classe. Du fait de n’enseigner que dans quatre classes, ça passe, j’ai un grand moment de compassion pour mes collègues de dessin ou de musique qui ont plus de 400 élèves, je me demande à quoi ressembleront leurs narines à la fin de l’année.

Même pas mal, une enseignante qui a oublié qu’elle avait été testée douze fois du COVID dans la quinzaine.

Comme je l’écrivais plus haut, le problème en tout cas parmi les nombreux problèmes comme la gestion du masque en classe, si le COVID arrive bien sûr en pôle position avec le bonus passage par la case réanimation ou six pieds sous terre, la récupération d’enfants qui n’ont rien fait depuis six mois est une perspective pédagogique très réjouissante. Surmonter ce nouveau défi avec des enfants qui ont déjà un niveau de plus en plus catastrophique chaque année, qui pour certains seront revenus à l’état sauvage en s’étalant leur caca sur le corps, le tout avec un masque sur le visage, je crois qu’on pouvait difficilement espérer mieux.

On comprendra d’ailleurs qu’il s’agira d’un des enjeux de cette année, enseigner à tout prix, et c’est pour cela que je ne m’étonne pas qu’on veuille éviter impérativement les fermetures d’école. Le télé-travail avec ce public ne fonctionne pas, les propos rassurants de l’éducation nationale sur les 4% de décrocheurs sont complètement détachés de la réalité, ou disons que c’est un peu comme quand Poutine dit qu’il a trouvé le vaccin, on essaie de rassurer la population comme on peut. Je suppose d’ailleurs que si on n’évoque pas les fermetures mais bien des procédures de test c’est qu’on a quand même conscience qu’on a tout intérêt pour les gosses à ceux qu’ils étudient, mais aussi que les parents ne se retrouvent plus dans une situation de garderie. On ira bosser avec une cage de plexiglas ou avec un respirateur, mais je vous garantis qu’on gardera tout ce beau monde. Et comme en France on ose tout, on ne s’étonnera pas qu’on n’envisage aucune baisse de niveau ou remise à plat des programmes, on fera du deux années en une, simply the best.

Vous comprendrez que le volet pédagogique cette année, j’ai peu d’espoir, ce sera l’occasion de tester quelques trucs, mes cours de SNT, mes capacités à gérer des situations de crise, ma résistance physique, ce genre de choses. Ce n’est pas au niveau de l’informatique que je trouverais du réconfort, il suffit de m’y plonger quelques secondes pour y trouver un profond dégoût. On nous a interpellé sur le forum sur un problème dans une installation de Nextcloud et de Onlyoffice.

J’ai fait quelques essais qui se sont tous soldés par un échec. Dans les grandes lignes voici ce qu’il faut comprendre.

L’installation de Nextcloud et de Onlyoffice est décrite ici : Comment déployer ONLYOFFICE avec Nextcloud sans effort. Ce n’est pas moi qui l’invente, c’est la documentation officielle, de Onlyoffice datée de 2018, la préhistoire en informatique. La mise en œuvre est basée comme souvent sur une image docker, on suit la doc. Lorsque vous arrivez à la ligne docker-compose up -d, ça ne fonctionne pas, vous avez une erreur de type : ERROR: Couldn’t connect to Docker daemon at http+docker://localunixsocket – is it running? J’ai parcouru des tonnes de pages anglophones sans succès avec des tas de gens qui rencontrent la même erreur. Je vous donne la solution, il faut redémarrer le service docker, sans être sûr de la commande ça doit être ça : service docker restart. Je me suis arrêté pour une autre erreur, pour essayer d’aborder le problème sous d’autres angles. On trouve des images virtuelles directement et là encore ça ne fonctionne pas. Je pense que comme je n’avais pas encore tout compris, je serais peut-être capable de le faire tourner, mais ces images sont particulièrement lourdes et mal foutues. Il y a en effet un autre problème avec l’intégration, c’est le fait que les certificats auto-signés ne sont pas acceptés, il faudrait en fait un domaine avec let’s encrypt derrière.

Ma tentative avec Yunohost n’a rien donné non plus. J’ai finalement opté pour la solution la plus logique, l’utilisation des paquets snap pour Ubuntu Server. En effet, et Nextcloud, et Onlyoffice existent sous forme de snap. À nouveau sans succès. J’ai finalement décidé de me résoudre au service minimum, à savoir l’installation seulement de Nextcloud puis de télécharger depuis le store d’applications la fameuse version compilée du serveur Onlyoffice. Une erreur de timeout …

Comprenez déjà qu’après avoir essayé pas mal de solutions, la solution la plus évidente qui ne marche pas laisse perplexe, mais elle mérite d’être un peu creusée. Il apparaît que le serveur Onlyoffice pré-compilé pèse aux environs de 300 Mo. Il y a une limite de temps sur les fichiers de configuration de 120 secondes, ce qui explique que les gars qui ont monté ça tournent sur fibre optique et n’imaginent pas qu’on ne puisse pas télécharger 300 Mo en 120 secondes. Il suffit alors d’éditer le fichier  lib/private/Installer.php pour changer le 120 secondes en ce qu’on veut. Sauf que les fichiers snap sont des fichiers read-only, retour à la case départ.

Je lisais un article de Djan GICQUEL qui écrit « Parce que je ne suis pas adminsys » qui explique que ça commence à devenir de plus en plus tendu pour faire de l’installation d’applications web à titre personnel. Il s’agit d’un propos que je martèle depuis un moment maintenant. Il faut d’ailleurs aller plus loin. Installer Linux sur un poste client c’est facile, mais demain à quoi bon. Si vous prenez le cas de Nextcloud, il répond à vos problématiques de gestion des fichiers, des mails, des contacts, des calendriers, de l’édition des documents et plus encore. Il serait donc à lui tout seul, le futur et le remplaçant de logiciels comme Libreoffice, Thunderbird, et d’autres.

Avec un nombre de documentations fausses ou non mises à jour, avec des bugs conséquents, avec une installation complexe, à laquelle il faut rajouter l’entretien du serveur quant à la sécurité, nous sommes passés d’une informatique où l’amateur pouvait faire des trucs sans trop de difficultés à une demande professionnelle et c’est ici que pour moi ça coince. Sans rentrer dans les débats stériles, libre égal gratuit, nous avons été nombreux à nous orienter vers le libre pour au moins éviter de passer à la caisse et certainement plus si affinités. Aujourd’hui, il est nécessaire pour rester « libre » dans une conjecture cloud qui ne va faire que s’accroître de prendre un prestataire et c’est ici pour ma part que s’arrête l’histoire.

Être libre n’a du sens que si vous êtes libre, vous êtes chez un prestataire, vous n’êtes pas libre. Cette notion de liberté il faudra arrêter de l’employer parce que c’est de la trompette. Si demain les développeurs de Nextcloud cessent le projet, vous êtes libre de le reprendre et de le coder, vous êtes donc libre de chercher une autre solution. Nous sommes trop dépendants des développeurs pour être autre chose que des gens qui subissent sans possibilité d’influencer. À partir du moment où vous êtes dans une relation de prestation de services, vont entrer en compétition de nombreux paramètres : qualité, prix, relation. Si on fait le parallèle à la voiture parce qu’on aime bien ici, mon garagiste est à même de s’occuper aussi bien de mon Partner que le garage Peugeot, ce n’est peut-être pas le cas pour tous les véhicules. La comparaison n’est pas très bonne mais elle fera l’affaire, car Office365 et Nextcloud ne sont pas les mêmes produits, la comparaison s’oriente plutôt entre BMW et Peugeot. Car quand je vois les bugs, le fait de mettre les mains dans le code pour ne serait-ce que télécharger une application du market, je me dis que je n’ai vraiment pas le même produit.

Dès lors, quand on a balayé la philosophie et qu’il ne reste que la prestation, l’offre libre ne tient pas la route face à l’offre propriétaire. S’il fallait payer pour un service, je vous inviterai certainement à vous orienter vers Office365. Pour ma part, mes documents sont trop complexes, il faudrait que je fasse une passe pour avoir un véritable Libreoffice en ligne, je vous rappelle que mon souci c’est le langage mathématique où j’utilise le pseudo-code de Libreoffice. Le cloud même si on connaît ses défauts a tout de même quelques avantages, et dans le cas précis de Libreoffice, le fait de ne pas retrouver ses documents en vrac à chaque changement de version et / ou de système d’exploitation en fait partie. Je me suis rendu compte que depuis mon passage à Windows, j’ai certains documents qui ont bougé, les copains me diront que cela ne se produirait pas avec LaTeX, ils ont certainement raison.

De toute façon, l’informatique personnelle est condamnée, je pense qu’il faut désormais s’y résoudre et passer à autre chose comme cultiver des patates dans son jardin.

Tony mon revendeur m’appelle pour me dire qu’il a des NAS en pagaille à vendre. Il s’agit de Tandberg Data BizNAS D400 vendus au prix de 60 € avec des 2 To à l’intérieur, si vous êtes intéressés, envoyez-moi un mail ou demandez dans le forum. Comme souvent, il me demande de prendre un modèle pour regarder ce que j’en pense. Il s’agit de modèles professionnels qui acceptent quatre disques, avec l’ensemble des protocoles RAID qui vont bien, FTP, SSH, NFS. On trouve une possibilité d’accéder à Dropbox mais illustration que l’informatique personnelle et locale c’est mort, le NAS date de 2013, le dernier firmware de 2014, aucun firmware alternatif, si bien que ce service était déjà mort avant d’être né.

Alors que le NAS date de 2013, qu’il possède un port USB 3, cet appareil n’est utilisable que par ceux qui savent. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à l’instar de la NB4 la box de SFE, le protocole samba c’est du SMB V1. SMB V1 il faut l’activer à la main et dans Windows 10 et Ubuntu, c’est cette passoire qui a été utilisée pendant la vague de crypto-virus qui est passée il y a quelques années. La moralité, c’est que pour une utilisation simple, il faudrait activer SMB V1 dans Windows, ça se fait, je le déconseille ou passer par SSH ou FTP ce qui se fait sans aucun problème.

Une bien belle interface

Sept ans et déjà obsolète, cela ne se produit pas avec le cloud où les gars vous livrent un service toujours à jour et dont vous n’avez pas à vous soucier. Ce que j’écris est valable pour les serveurs qui vieillissent mal, les NAS, le hardware de façon générale. Alors bien évidemment c’est se positionner dans d’autres règles du jeu, avec de gros débits, miser tout sur l’internet, sur le réseau mais aussi accepter une forme de prise d’otage du prestataire de service. Car bien sûr, il faut accepter de voir la note grossir, de plus en plus, ou de voir ici ou là un illimité raboté pour ne plus être si illimité. Néanmoins le calcul qui consistait à dire, je suis propriétaire de mon serveur, demain si je veux partir ailleurs, je fais ce que je veux, ou même encore mieux je mets du logiciel libre et je suis indépendant, c’est le même principe qui consiste à croire qu’on est maître de son logiciel libre.

La liberté logiciel, c’est de la poudre de perlimpinpin, l’informatique c’est désormais l’histoire des professionnels d’un côté, des consommateurs de l’autre, car c’est certainement l’une de nos seules possibilités, décider à qui on donne notre argent.

Je dois vous laisser, je dois faire mes exercices d’écartement de narines. Nous nous quittons avec le rappeur Dooz Kawa. Il s’agit d’un gars dont j’aime bien sa définition de faire du son car je me retrouve aussi dans ma façon d’écrire :

C’est comme aller faire un basket le dimanche après-midi. Quand tu as fait du street ball toute ton enfance, tu te dis que t’aimerais bien aller claquer quelques ballons de temps en temps. Ça fait plaisir mais t’es moins à fond en train de travailler ta détente, tes doubles pas, tes dribbles. Mais tu as une base solide qui fait que tu as quand même envie de montrer un petit peu ce que tu vaux. C’est un petit peu pareil avec la musique pour moi.

Dooz Kawa

Pour la petite histoire, le type est fils de militaire qui a passé un certain temps dans les bases en Allemagne. Les inspirations musicales sont tournées vers l’est, nous sommes à des années lumières de la trap qui aura assassiné le rap. Je ne me permettrai pas de parler de rap à l’ancienne, car le style est bien trop personnel pour être catégorisé.

Nous nous retrouvons la semaine prochaine pour une bien belle année, il paraît que c’est l’année du putois dans le calendrier Chinois.

Cultures, épisode 63

mercredi 26 août 2020 à 13:35

J’ai donc fait le tour du PS NOW, c’est un peu comme Chuck Norris qui a compté jusqu’à l’infini deux fois et j’ai repris le chemin de la PS3. Mon fils est content, il peut retrouver Fortnite, quelle misère. X-Men Origins : Wolverine est un jeu d’action à la troisième personne où vous incarnez curieusement Wolverine. Le jeu essaie de manger au moins dans deux râteliers, celui du beat them all traditionnel où vous griffez beaucoup, celui de Tomb Raider où vous résolvez des énigmes un peu pourries. L’action se situe dans deux temps différents, le passé où Logan est en Afrique pour une mission qui va mal se dérouler, de nos jours où l’on aura droit à la fameuse scène de l’introduction d’adamantium dans son organisme.

Le jeu est assez joli avec des cinématiques très réussies, mais a un lourd problème technique sur PS3, ça lague. Rajoutons à ça des soucis de collision assez impardonnables, je pense notamment aux monstres qui vous touchent alors que vous êtes à un mètre et on a un gameplay plutôt raté. À priori d’après le testeur de JV.com, le problème n’apparaît pas sur 360 ou sur PC. C’est donc dans de grands mouvements saccadés que vous tuez de très nombreux ennemis, toujours les mêmes, et vous allez trouver ça franchement répétitif. C’est pourtant dommage, le jeu mérite (un peu mais pas trop) d’être poussé jusqu’à la fin pour pouvoir affronter des boss, qui ont curieusement été regroupés à la fin du jeu, un choix étrange.

Comme je suis le grand maître de la transition, retrouvons cette fois-ci Hugh Jackman non plus sous les traits de Wolverine mais en tant que directeur d’une prestigieuse école. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, directeur consciencieux, il se fait un devoir de reconnaître l’ensemble de ses élèves, connaître les passions de chacun de ses professeurs. Un beau jour, il apparaît un gros trou dans les caisses de l’école, la secrétaire fait refaire sa maison ou paye des Playstations à sa nièce. Plutôt que de lui faire porter l’intégralité de cette responsabilité qui traîne depuis plusieurs années et pour un montant minimum de 250.000 dollars, il va convaincre le comité de l’école de dissimuler l’ensemble, mais pas forcément pour de très nobles motifs. Bon film, bien mené, bien joué, Bad Education montre une fois de plus le talent de Jackman qui n’endosse pas le beau rôle, mais un personnage très nuancé, ambigu, qu’on peine à détester.

Et comme je suis vraiment le génie de la transition, Deadpool le jeu. Deadpool, même si les films sont d’une vulgarité sans nom, force est de reconnaître que c’est un peu le héros badass qui a su dépoussiérer le monde trop exploité des super-héros. Stupide, de mauvais goût, ne prenant rien au sérieux, le personnage est haut en couleur et détonne complètement dans l’univers des comics. La majorité des jeux à licence sont ratés, c’est le cas du Wolverine plus haut, c’est relativement le cas pour ce Deadpool. Ce qu’il faut par contre reconnaître c’est que l’appropriation du personnage par le studio du jeu est parfaite. C’est vraiment très étonnant, le jeu s’arrête pour mettre en avant une scène débile, les réflexions sont drôles, les situations assez surprenantes. Vous allez soudainement vous retrouver dans un jeu façon RPG en 2D ou encore marcher sur vos propres bulles de paroles pour faire un chemin. Que dire des cinématiques vraiment bien foutues comme cette espèce de remake de Pulp fiction où vous dansez avec la mort. On va donc faire ce jeu pour ça, mais ce sera tout, car il s’agit d’un beat them all qui souffre de trop nombreux défauts. La précision est catastrophique, comme le Wolverine, un boss vous jette une grosse pierre, elle tombe à deux mètres vous avez des dégâts, la gestion des pistolets est lamentable, les ralentissements trop nombreux, c’est vraiment dommage. On ne fait malheureusement pas un jeu sur quelques bonnes idées et sur une excellente mise en scène, il en faut plus.

Dans un orphelinat des enfants coulent des jours heureux, en présence de Mama, qui les élèvent comme le ferait une véritable mère. Bien nourris, les journées sont ponctuées de jeux et de tests intellectuels. Parfois un enfant s’en va, une famille vient le chercher. Tout pourrait se passer dans le meilleur des mondes possibles, si un jour deux enfants, Norman et Emma qui sont les héros de the promised neverland avec leur acolyte Ray, ne suivaient pas une des enfants qui a oublié son lapin pour se rendre compte qu’elle a été assassinée pour être donnée à manger à des démons.

Le scénario n’est effectivement pas très original puisqu’il fait penser à Matrix d’un côté ou encore à the island avec Ewan McGregor et Scarlett Johansson qui vivent dans un endroit merveilleux mais dont l’utilité c’est de remplacer les membres usés de personnes célèbres. On pourra aussi rajouter qu’il y a du prison break là-dedans puisque les enfants vont bien sûr échafauder un plan pour s’échapper de l’orphelinat. La comparaison s’arrêtera là, car il y a la vie à l’extérieur et j’ai déjà assez spoilé. Techniquement le manga est une véritable réussite, le contraste entre l’enfance d’un côté et du véritable gore de l’autre puisque les gosses se font quand même bouffer par des démons, est franchement osé.

L’histoire tient très bien la route, avec son lot de mystères, puisque les enfants trouveront dans l’orphelinat des indices, un guide à l’extérieur qui leur donne une destination pour s’enfuir. Bien évidemment comme c’est un manga, on va tout de même tomber dans le niais avec une articulation de valeurs autour de la famille, où chacun fera tout pour sauver la sienne. À part quelques scènes vraiment lourdes, c’est très bon, j’ai notamment apprécié la rigueur, à savoir que l’ensemble des secrets sont révélés, qu’on s’égare peu, même si bien évidemment en Europe, des 180 chapitres on aurait pu en faire 50. On notera aussi que le manga n’hésite pas à faire mourir certaines personnes, tous les éléments sont mis en place pour tenir le lecteur en haleine avec un final sans surprise mais juste.

Faire le pitch de seules les bêtes est trop compliqué, trop compliqué sans spoiler. En gros, mais vraiment en très gros, on retrouve une femme assassinée dans un trou perdu, à la montagne. Aucune piste n’est disponible et pourtant cinq personnes sont liées à son meurtre. On va revivre les mêmes événements vus par différentes personnes, pour donner un thriller passionnant, génial. La qualité de l’écriture est remarquable, l’idée formidable, comme le jeu des acteurs,  Denis Ménochet comme toujours est à son sommet dans un rôle pas simple et peu glorieux. À voir d’urgence.

Ben Affleck, homme taciturne, qui tâte un peu trop fort du goulot, un rôle de composition, a perdu sa femme qui est partie. On comprendra plus loin dans le film que le couple a dû affronter un drame dont ni l’un ni l’autre ne s’est vraiment remis. Dire qu’il est au fond du trou est un euphémisme. Ancienne gloire universitaire de Basketball, il va être contacté par l’un de ses anciens professeurs, un prêtre, pour entraîner l’équipe de l’école, qui perd tous ses matchs. The way back n’est pas un mauvais film, ce serait injuste, c’est prenant et joué juste. Néanmoins, combien de films avons-nous vu sur la rédemption, sur le concept qu’aider les autres c’est s’aider soi-même ? Je ne sais pas mais avec celui-ci, c’est un de plus.

Les productions Netflix qu’on se le dise, c’est au-dessus de la sortie directe en DVD notamment quand on a un casting avec Jamie Foxx, Joseph Gordon-Levitt, ou encore des effets spéciaux plutôt réussis, oui, on sent indéniablement qu’il y a plus d’argent. Néanmoins, au point de vue des histoires, ça casse franchement pas trois pattes à un canard. De nos jours à la Nouvelle Orléans, on distribue une drogue qui a deux effets possibles. Tuer son consommateur, lui conférer cinq minutes de super pouvoir. On comprend dès lors que les gens plutôt que de jouer les super-héros vont utiliser leur pouvoir pour faire de mauvaises actions. Voici le pitch de project power, une idée plutôt mal exploitée, puisque finalement la trame se résume à retrouver la fille perdue de Jamie Foxx kidnappée par le grand méchant. Pas passionnant pour un film d’action, laborieux pour arriver jusqu’au bout, dispensable.

Final Exam fait partie de ces nombreux jeux sans prétention qu’on trouve sur le PSN ou selon l’adage quand tu as pas de moyens tu fais un Metroidvania en 2.5D. On reconnaîtra tout de même qu’il ne s’agit pas vraiment d’un Metroidvania étant donné que ce n’est pas un très gros labyrinthe mais un jeu en 2.5D où l’on incarne une bande d’ados aux prises avec des monstres zombifiés. Le jeu est joli, pas vraiment original et la lassitude arrive TRÈS rapidement. Ça commence quand on arrive à la station de métro et qu’il faut trouver deux barils d’essence pour allumer la rame puis revenir à la station de métro. Ce genre de mécaniques assez insupportables qui imposent au joueur de faire de nombreux aller-retours, apparaissent dès le début du jeu, faisant comprendre que tous les moyens seront bons pour faire monter de façon artificielle la difficulté. Malgré les qualités du gameplay, de la technique, je passe, je n’ai pas la patience. Vous noterez que j’ai mis la jaquette PC, j’y ai joué sur PS3, je ne pense pas que ça change grand-chose.

C’est l’histoire de trois générations de femme, la grand-mère complètement délurée qui a rencontré un certain succès en racontant des histoires, la fille qui fait la gueule en permanence et qui a des crises d’aphasie, elle perd totalement la voix en stress, et la petite-fille, une adolescente qui tient plutôt du côté de la grand-mère, joyeuse, vive et forcément en conflit avec sa mère. La grand-mère fait une forme d’AVC et la petite fille se fait agresser à domicile par un homme qui aurait été croisé avec un corbeau qui vient lui réclamer un paquet, paquet que donnait régulièrement la grand-mère. La mère et la fille vont mener l’enquête, une enquête qui les conduira à une enfance oubliée et plus qu’à un secret de famille, un lourd héritage. L’homme gribouillé est une bande dessinée intégralement en noir et blanc, de plus de 330 pages qu’on lira d’un trait. C’est particulièrement plaisant, les personnages sont intéressants, comme les relations entre les personnages, c’est très cohérent. Une excellente bande dessinée à lire.

Quand tu n’as pas d’argent, tu fais un Metroidvania en 2.5D, il me semble avoir déjà placé cette phrase quelque part. Et ici encore ce n’est pas un Metroidvania mais un jeu de rôle au tour par tout réalisé par une section dite « parent pauvre » chez Ubisoft Montreal. Néanmoins ce Child of Light démontre que ce n’est pas parce que tu ne mets pas une armée de développeurs que forcément tu ponds une daube. On passera sur le scénario qui sert de décor, Aurora est avec son gentil papa, une méchante belle-mère, on connaît l’histoire, et après un incident elle se retrouve projetée dans un monde parallèle où elle va se faire des tas d’amis et marave des tas de monstres. La particularité du système de combat c’est que vous pouvez influencer sur la rapidité d’action de votre adversaire en l’éblouissant. Vous ne pouvez pas le faire de façon illimitée, quand vous avez trois monstres il faut bien sûr faire des choix. Le jeu est une merveille avec des dessins façon gosses aux couleurs pastel, les musiques simples mais splendides. Le jeu ne présente pas de grandes difficultés, je suis mort deux fois, il suffit de trouver la faiblesse de l’adversaire et d’opposer le personnage qui a le pouvoir qui va bien. Un très joli jeu à faire.

« Ça fait huit jours qu’on a repris, j’essaie de me procurer du vaccin Russe » a déclaré cet enseignant

samedi 22 août 2020 à 18:10

Je ne suis pas inquiet pour la rentrée et cela va vous paraître peut-être stupide, inconscient, sachant que je vais me retrouver en première ligne pas protégé par du plexiglas comme la caissière de chez Leclerc. Face à moi, des nids à microbes qui vivent collés les uns contre les autres, à se rouler des pelles ou se taper dessus. L’ennemi est clairement défini, il est venu nombreux, prêt à en découdre avec ses mauvaises habitudes. Avoir peur d’aller à l’école, serait avoir peur des élèves, et je crois que c’est pour cela que la très grande majorité des enseignants vous annonceront une forme de confiance un peu folle. Les élèves à pas grand-chose c’est comme tes gosses. Tu partages tout, les emmerdements, les alertes incendies, les préparations aux attentats, les drames, les joies comme les peines. Imaginer qu’un élève puisse te contaminer c’est imaginer qu’un élève puisse te faire du mal, et ça c’est difficile à croire. Oui je sais que c’est complètement con comme raisonnement mais c’est certainement de façon irrationnelle ce que ressentent la majorité des gens qui partagent de très longs moments avec les gosses, ça fera un moment bizarre de plus à partager jusqu’à la sortie du vaccin.

Oui je passe à la télé masqué, j’ai de l’expérience

Car n’allons pas nous mentir, nous nous orientons pour passer une année qui sera forcément pourrave et qui ne trouvera de solution pérenne que lorsque l’épidémie aura cessé. Personnellement je vois mal comment ça pourrait passer sans vaccination ou atteindre cette fameuse immunité collective. On saluera d’ailleurs les efforts de tout le monde pour l’atteindre dans le courant de l’été.

Le masque toute la journée sera une nouvelle source de tension mais je tiens à vous le dire et je me cite :

Les enseignants vont sauver la France du virus parce que les enseignants Français savent tout faire : apprendre le code de la route, apprendre à nager, apprendre la politesse, apprendre à enfiler ton masque maintenant sinon tu vas prendre trois heures mercredi.

Cyrille BORNE, philosophe seulement le vendredi

À l’heure actuelle et pour vivre en bord de mer où c’est l’anarchie la plus complète, pas si loin des camps de naturistes où l’on vit collé serré, ou des espaces de jeu pour enfants où l’on joue à la pétanque jusqu’à une heure du matin, je peux vous prédire au moins deux choses. Le R0 va devenir négatif chez nous quand les touristes vont partir. Je n’ai jamais vu autant de monde ici, une salle de classe ne peut pas être pire que ce qu’on vit ici où les restaurants sont pleins, où tout le monde se fait la bise, où l’on va au contact dans le marché pour se faire une place dans la foule. Rajoutons à cela le Puy du fou d’un côté, les footeux de l’autre, les raves party à 7000 personnes et je me dis qu’on pourra difficilement faire pire. On va redresser la barre grâce au système scolaire, du fait de remettre de la discipline et accessoirement arrêter d’avoir tout le monde qui se promène en France pour limiter une certaine forme de brassage et favoriser bien sûr un autre, le brassage scolaire.

Ce qui est certain c’est que dans un système avec un million de personnes face à des gosses qui ont plus de chances de vous tuer qu’eux d’éternuer, ou vous tuer en éternuant, je peux vous garantir qu’on va vous remettre ça sur les rails.

Mets ton masque. Non pas comme ça. Il faut que ça couvre tout ton visage. Je vois ton nez, mets mieux ton masque. Toi aussi je t’ai vu mets, ton masque. Toi tu as pas de masque tu rentres pas et tu prends trois heures. Tu viens de te prêter ton feutre, mets du gel. Tu viens de te gratter les parties, mets du gel. Arrête de toucher ton voisin, mettez du gel. Arrêtez de vous taper vous allez chopper la chtouille, mettez du gel. Non vous vous roulez pas des pelles ou en gardant vos masques et vous les changez après. Vous venez de vous tripoter, mettez du gel. Remets ton masque et arrête de jouer avec l’élastique. Et comme tu viens de toucher ton masque mets du gel.

Message prononcé 12 millions de fois par jour

Nous ferons donc office de rempart éducatif à remettre ce cadre qui était tellement présent et qui a désormais complètement disparu, sacrifié sur l’autel de la sacro-sainte économie. Passer du confinement total à ça, c’est d’une extrême à l’autre, on ne va pas se mentir, il faut sauver l’économie, ce qu’il en reste. Les couillons dans l’histoire c’est quand même les gérants de boîte de nuit et le monde du spectacle. Face au grand n’importe quoi passé et futur, 35 personnes réunies dans moins de 50 mètres carrés par jour pour se retrouver à la cantoche les uns sur les autres, c’est pour ma part l’équivalent des soirées discos qui se sont tenues chez les particuliers. Que dire des victoires des clubs de foot avec les braillards qui se sautent dessus sur les grands axes sans protection, on aurait pu au moins faire travailler le commerce de nuit et les chanteurs. Quand je vois ce concert de Ziggy Marley avec les joueurs masqués et les choristes dans le plexy, que je vois les journalistes de BFM qui interviewent les supporters sans masque en faisant passer le micro de l’un à l’autre, je me dis qu’on est quand même dans l’hérésie la plus complète.

Les couillons de l’histoire sont aussi ceux qui vont se retrouver licenciés alors que leur entreprise aura dégagé des millions de bénéfices profitant de l’opportunité COVID pour dire que tout va mal. Enfin les derniers couillons seront les victimes collatérales du monde qui change, le COVID a résolument convaincu tout le monde qu’il fallait être écolo, je n’aimerais personnellement pas actuellement travailler en lien avec une compagnie aérienne.

Alors effectivement la rentrée arrive, et comme vous m’avez vu préparer mes cours de SNT, que j’ai refait certains cours d’informatique durant le confinement, que mes cours de maths sont une affaire qui roule, I’m ready, ready as anybody can be. Le problème n’est pas tant d’être prêt, c’est d’être tous prêts et là forcément ça flanche. Comme on a pu le voir avec le discours de Jean-Michel notre bon ministre de l’éducation nationale, on y va une fois encore la fleur au fusil, les mains dans les poches. Il serait d’ailleurs trop facile de faire reporter le poids du manque de préparation sur Jean-Michel ou sur l’institution. En effet, les vacances sacralisées dans ma profession sont bloquantes. Concrètement tu ne peux pas prendre mesures pendant l’été pour la simple et bonne raison que personne ne travaille, des enseignants aux personnels du rectorat, et pourtant preuve en est qu’il se passe deux trois bricoles pendant l’été.

Je touche ici du doigt un problème sensible, un problème qui me concerne de plus. Si effectivement je suis en vacances, je ne suis pas au travail, me demander de réfléchir et de participer à quelque chose pour s’organiser face au COVID alors que je suis en vacances, nécessiterait que je sois payé pour le faire, ce qui n’est pas le cas. Et c’est partant de ce postulat qu’une rentrée scolaire quand tout va bien se prépare en fin d’année sans s’interroger sur les problématiques, en lien avec ce qui peut se passer pendant les vacances pour s’organiser à l’arrache à la rentrée. Par exemple dans mon établissement, en fin d’année scolaire aucun protocole n’avait été édicté en cas de reconfinement, ou même une préparation plus élaborée pour savoir ce qu’il faut faire. Peut-être, je l’espère, la direction y a travaillé pendant le mois de juillet et d’août, pour l’instant aucune nouvelle. J’ai envoyé un protocole à mon chef d’établissement pour établir la constitution des classes virtuelles, je n’ai pas eu de réponse. Il est possible qu’il soit en vacances ou qu’il considère que je n’ai pas à travailler en vacances. Tout ça pour dire qu’à force de tout vouloir segmenter à la perfection pour se donner l’illusion de contrôle, le refus d’en faire un peu durant la période de congés estivaux risque de nous en faire réaliser beaucoup pendant la période scolaire. Pour mémoire, les semaines de 70 heures de travail pendant le confinement ou le fait de continuer à faire du télé-travail tout en faisant cours en présentiel sont autant de travaux que nous n’aurions pas dû exécuter.

Je suis donc prêt mais je ne me fais absolument aucune illusion sur cette année scolaire qui sera ratée, qui sera usante, j’ai envie de dire une de plus au compteur. Les conditions du métier s’étant largement dégradées, comme le niveau des élèves ou la considération qu’on porte à la fonction, le COVID ne fera qu’alourdir une addition déjà franchement salée. On notera que les syndicats essaient d’exister en tentant de repousser la rentrée. Les syndicats qui s’étaient déjà fourrés le doigt dans l’œil jusqu’au coude comme moi d’ailleurs pour la reprise du mois de mai où le drame ne s’est pas produit. Des syndicats qui devraient surtout batailler pour la gratuité du masque car c’est certainement ici l’un des enjeux. Dans certaines familles, demander une calculatrice à 70 balles est un énorme effort, effort qui sera pourtant amorti sur trois ans le temps de passer le BAC. Le masque va être un problème, tout simplement parce que certaines familles n’auront pas les moyens et ce sont les enfants qui devront ouvertement devoir gérer le problème avec la honte d’être stigmatisés parmi les pauvres dans une période d’adolescence qui est déjà assez complexe comme cela.

Quand Jean-Michel dit que ce sera une fourniture comme les autres, il a tort, aucune fourniture scolaire à ma connaissance n’est obligatoire pour le respect des normes sanitaires à part le slip de bain. Et c’est certainement ici que je trouve Jean-Michel léger quand il dit :  « dans certains cas extrêmes, on sera capable de fournir des masques aux enfants ». Car encore faudrait-il définir de façon précise les cas extrêmes et la capacité de l’état à fournir ces masques. Au prix moyen de 50 centimes par masque jetable, à raison de deux masques par jour pour 180 jours d’école, c’est donc 180 € de la poche des ménages qui doivent sortir par enfant. C’est ici le principal reproche, de l’approximatif, du on verra, ce qu’on pourrait qualifier d’amateurisme à la différence que nous sommes face à une situation qu’aucun professionnel n’a prévue et ne peut prévoir. La suite au prochain épisode.

Sans absolument aucun rapport nous nous quittons sur une chanson de Paul Weller, un arrangement de The Strange Museum. J’aime beaucoup Paul Weller qui continue de tourner encore aujourd’hui, avec ses beaux cheveux blancs, son élégance aussi bien à l’aise avec le piano qu’avec la guitare.