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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Professionnel

samedi 19 septembre 2020 à 22:21

Je suis sur les rotules. Les semaines pour l’instant se suivent et se rencontrent, une chaleur à crever dans le sud, une météo où l’on vous annonce une alerte rouge et finalement il ne tombe pas une seule goutte. C’est aussi un peu ça la technologie, les machines sont capables de tout sauf de prévoir la météo du jour. Je l’ai évoqué sur le forum mais je n’en ai pas parlé sur le blog, le crop-top, qui est ma tenue favorite.

j’ai le même en 46

Comme vous avez pu le voir, certaines filles dans des établissements scolaires ont eu des remarques par rapport à leur tenue vestimentaire, le crop-top en question. Et forcément c’est parti en sucette, réseaux sociaux, rébellion, et sexisme bien évidemment, puisque un gars qui porte un short, une fille qui porte un short de la même longueur, la fille on lui dit que c’est trop court, pas le garçon. Jean-Michel notre bon ministre a dit qu’il suffisait de s’habiller normalement et c’est ici une erreur fatale car le crop-top est une tenue normale pour une adolescente de 15 ans.

Le problème ici est toujours le même, et je trouve regrettable qu’on n’ait pas posé la question à des professionnels, des profs de lycée professionnel. Cela fait 17 ans que j’enseigne et comme j’aime souvent à le rappeler, nous vivons avec nos élèves. Nous vivons donc au gré des modes vestimentaires, musicales, des jeux débiles, des réseaux sociaux, on a vu des gosses danser la tecktonik, et nous portons un regard bienveillant dans l’ensemble sauf quand ça devient trop con ou dangereux. J’ai donc majoritairement mes élèves qui sont en crop-top et cela ne me pose qu’un seul problème, l’application du règlement intérieur qui reste trop flou quant à la tenue correcte. Et c’est certainement ici la grande noyade de Jean-Michel, la définition d’une tenue normale. Dans ma vie d’enseignant comme je l’écrivais dans le forum, un jour de rentrée dans le Cantal, on a vu débarquer une élève en tenue de cosplay de soubrette, les cheveux en rose. Ça fait de mal à qui ? À personne, sauf qu’il faudrait peut-être de temps en temps contextualiser et faire un peu de pédagogie avec les enfants, pour trouver un terrain d’entente. La définition d’une tenue normale n’existe pas, elle est propre à chacun, il faudrait peut-être évoquer tenue de travail, tenue de circonstances, et tenue adaptée. Car à partir du moment où tout est permis, pourquoi pas débarquer avec un pyjama licorne au bahut, en short de bain, torse nu avec des tongs. Le problème est toujours le même, la sanction, les menaces, les interdictions mais jamais donner une bonne explication.

Ma fille avait rendez-vous pour ce lieu de stage, elle est en lycée agricole, pas le mien, le rendez-vous est reporté mais j’avais donné les consignes suivantes : cheveux attachés, pas de boucles d’oreilles, pas de mascara, pas de bijoux sur les doigts. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit tout simplement d’une tenue professionnelle et ça s’explique. Les gamines qui travaillent avec les enfants, les colliers, les boucles d’oreilles c’est proscrit. Pourquoi ? Tout simplement parce que Jean-Kevin, 4 ans, quand il va voir la grosse créole sur l’oreille de la jeune et qu’il se dit que ça va lui faire un super anneau pour jouer avec ses copains, la gamine qui va se retrouver avec l’oreille arrachée, elle s’en rappellera toute sa vie. De la même manière, les bagues, pour aller faire la toilette aux personnes âgées, il faut imaginer que dans les fesses ça pique un peu. J’ai souvenir que dans mon précédent lycée, les élèves en BAC PRO vente qui comme tout bon jeune de base se traînaient en jogging à longueur de journée arrivaient tous les vendredis en jupe, chemise et pantalons un peu classe, une demande réalisée par les profs de vente de la filière.

Ce que j’écris ici, est une évidence pour le lycée professionnel. Alors forcément au sein d’un établissement traditionnel, on peut discuter car c’est plus difficile à faire comprendre. Un gamin se pointe en tongs, il faut lui expliquer qu’au niveau hygiène c’est dégueulasse. Finalement le président Macron a raison au moins sur ce point, ça serait bien de passer une semaine sans polémique dans notre pays, ça serait bien de ne pas trouver tous les motifs possibles pour faire querelle. Je salue toutefois l’initiative des jeunes qui ont su utiliser les réseaux sociaux pour faire réagir, jusqu’au président de la république. Qu’on les laisse avec leur crop-top, leur short parce qu’il fait chaud, parce que nos vieux établissements ne sont pas climatisés ou pas adaptés aux températures, tant que les enfants sont à même d’avoir leur tenue de sport, le matériel adéquat pour faire le travail. Un jour mon CPE a fait le commentaire qu’il était toujours en pantalon alors que je me pointe en bermuda, je lui ai fait remarquer que lui était dans un bureau climatisé toute la journée pendant qu’on m’enfermait dans des classes caniculaires avec des ados. Le jour où j’ai la clim de partout, j’arrive en pantalon. La pédagogie ça sert à tout, à expliquer que se lever quand un adulte rentre c’est une maque de respect comme on se lève pour serrer la main de son patron, tout s’explique quand on veut simplement s’en donner la peine. Si on ne trouve pas d’explication à fournir aux enfants, c’est qu’il s’agit d’un dogme.

En parlant de pédagogie, j’aimerais revenir sur un épisode que j’ai vécu cette semaine et qui m’interpelle profondément sur ce que je vais faire ou ne pas faire avec mes collégiens. Comme un Jedi en fait, fais le ou ne le fais pas.

J’ai cette année des élèves plutôt calmes, c’est le début de l’année, je suis un bonhomme qui bataille pour que ça finisse par rentrer ce qui impose un grand respect chez mes élèves qui me voient mouiller le maillot, je crois qu’ils sont en manque d’école et que le souvenir du confinement est encore présent, ça n’a pas été les vacances qu’on voudrait croire même s’ils n’ont absolument pas bossé. Face à des écrans c’est l’hystérie, j’ai viré mon premier élève de cours depuis trois semaines.

On se rend compte que tous les troubles du comportement en lien avec les écrans sont présents. Il faut que ça aille vite, quand on demande l’attention, il faut gueuler parce qu’ils font bouger la souris ou faire haut les mains, l’absence de respect des consignes, mais ce qui m’a marqué le plus cette semaine c’est que ça y est, c’est la première fois où je me rends compte qu’utiliser un ordinateur est un handicap pour les élèves, une vraie difficulté. La manipulation de la souris, la manipulation du clavier, baisser les fenêtres, faire un double clic, c’est devenu complexe pour plus de la moitié des élèves.

La manipulation de SCOLINFO mon ENT par le téléphone n’a finalement posé aucun problème. Du fait d’avoir récupéré une salle informatique, j’ai fait les mêmes manipulations et là c’est devenu franchement tendu. Le but de la séance, c’était de déposer un travail dans une enveloppe. L’idée derrière est toujours la même, faire manipuler au plus l’ENT pour d’une part, les pousser à l’utiliser, à chercher et trouver l’info qu’il y a dessus, d’autre part se préparer à un potentiel confinement. J’ai demandé d’aller sur un traitement de texte, m’écrire une bafouille, insérer une image à l’intérieur et de déposer le travail. On sort totalement des compétences des élèves, très peu sont capables de le faire seuls. Pour la semaine prochaine, j’ai demandé de reproduire en faisant le travail suivant : dans un traitement de texte, me faire un copier coller des paroles de sa chanson préférée, insérer une photo en lien avec la chanson (pochette du disque ou chanteur), mettre le titre de la chanson en gros, en gras et en couleur.

Et c’est ici qu’il apparaît le problème qui va devenir récurrent : « je fais comment, j’ai pas d’ordinateur à la maison ». J’ai bien évidemment envoyé bouler en expliquant qu’au CDI on avait des ordis et qu’il suffisait de prendre 10 minutes de sa précieuse pause méridienne pour faire mon travail. D’autres plus sérieusement, m’ont demandé si c’était faisable depuis le téléphone portable, j’ai commencé à étudier la question.

Il existe une pléthore de suites bureautiques pour téléphone, je me suis orienté vers Microsoft Word Mobile. On se rappellera juste pour rire que ce blog a été tenu par un type qui a passé plus de 15 ans sous Linux. Le choix de Word Mobile est cohérent pour au moins deux raisons. Microsoft est un acteur de confiance. J’entends par là que ce n’est pas une obscure suite bureautique qui sort d’on ne sait où. L’intégralité de mes élèves bénéficie d’un compte office365 ce qui est cohérent avec mon environnement de travail. Vous comprenez dès lors que le libre va quand même avoir du mal à tenir la cadence. Il ne s’agit pas pour moi de faire preuve de mauvaise volonté mais bien de faire avec les moyens du bord. Je ne vais pas dire à mes élèves de troisième d’acheter des ordis d’occasion, de mettre Linux dessus et de bosser sur Libreoffice. Il est important de comprendre que le but de la manœuvre c’est de faire faire à l’élève avec les moyens du bord, et ici les moyens du bord c’est le smartphone.

On ne peut pas gagner sur tous les points. Le compromis c’est d’autoriser un travail réalisé par le téléphone, je vais par contre être intransigeant sur l’information. Comme je l’ai expliqué, mon établissement est à feu et à sang, j’ai réussi à récupérer des salles informatiques le jeudi à la place du vendredi. J’ai dit oralement de prendre les affaires de maths le vendredi, j’ai envoyé un message par l’ENT, c’est dans mon cahier de texte, un quart de mes trois classes me regarde l’air étonné : « ah bon fait maths et pas info ? ». Une fois que j’ai craché du feu, j’ai expliqué que désormais, ne pas être informé c’est la punition qui va avec. Je fais mon job, mon cahier de texte est toujours à jour, les copies sont corrigées le jour même, quand on est capable d’aller regarder les stories sur trois réseaux sociaux différents, les dernières vidéos, on est capable de s’informer pour son job, car c’est aussi ça le travail de l’élève. Et j’ai envie de dire que c’est aussi le travail de l’enseignant, je dis souvent à l’oral des choses que j’ai écrites à des collègues car je sais qu’ils ne lisent pas leur mail.

C’est certainement ici la véritable difficulté du travail aujourd’hui, plus que de faire passer les mathématiques, avoir des élèves capables de faire ce job de base : obéir. C’est un mot que j’emploie de plus en plus souvent en ce moment, l’obéissance. Les gosses qui respectent les consignes, qui écoutent, qui appliquent ce que je raconte, trouve curieusement que les maths et l’informatique c’est pas si compliqué.

Avec des élèves qui sont rodés à l’exercice, tout de suite c’est plus facile. Je vous écris ce billet samedi soir, je viens de faire une visio rapide avec une élève de première, mes anciennes GT de l’an dernier qu’on a fait travailler comme des esclaves. La gamine avait envoyé de façon précise les photos de son travail, où ça bloque, la relation n’est plus une relation de professeur à élève mais bien une relation d’accompagnement, une relation professionnelle. Bien sûr, la troisième et la première techno ne sont pas le même public, mais il faut bien commencer quelque part et le plus tôt c’est le mieux.

Professionnel c’est aussi ça :

Depuis que je n’ai plus de réseaux sociaux, grand bien m’en fasse, j’utilise RSS-Bridge pour consulter les pages Facebook. Seulement la faute à pas de chance, ce matin je me prends des erreurs en masse. Il apparaît, c’est peut-être une erreur ou une stratégie de Facebook qui peut tout à fait se comprendre, que sur le principe de pas de bras pas de chocolat, pas de compte Facebook pas de consultation des pages même publiques. Et forcément vous vous demandez quelle page je veux bien consulter ? La page Facebook de ma mairie. Il y a bien un site de la commune de Fleury d’Aude avec un partage d’actualité mais pas de flux RSS. Et quand ce genre d’actus apparaît, je n’ai pas envie de les rater :

La plus belle route de France est fermée pour la journée, si je ne le sais pas, je fais 7 kilomètres de route dégueulasse pour me retrouver face à un pont que je ne peux pas traverser. À force de ne rien comprendre à l’informatique, à force de ne pas confier ses sites à des professionnels, les mairies de trous perdus comme les miens font le choix de passer par Facebook pour leurs publications. Le souci est le même avec le bahut de ma fille, avec bien d’autres encore. Et si c’était jouable quand c’était accessible sans compte, cela devient quasiment obligatoire pour s’informer de s’abonner chez les américains. L’alternative serait de passer par le compte twitter de la mairie, malheureusement il n’est pas maintenu depuis le mois de janvier de cette année, tout comme la newsletter que je n’ai jamais reçue. J’ai envoyé un mail courtois pour au moins demander l’alimentation de la newsletter ou du compte twitter, j’ai expliqué aussi l’absence de flux RSS sur la page. Je pense que je n’aurais pas de réponse ou je vais me retrouver avec des gendarmes qui vont m’interroger pour terrorisme et mes liens avec l’ancienne URSS.

Nous nous quittons ce soir forcément sur du Busta Flex, car comme lui je fais mon job à plein temps. Démonstration de RAP pour un homme qui a franchi les 40 ans. Le RAP c’est comme tout, c’était mieux avant.

La 5G et l’arbre de Bordeaux sont sur un bateau

mercredi 16 septembre 2020 à 22:07

Manu notre bon président a dit :

« Nous allons expliquer, débattre, lever les doutes, tordre le cou à toutes les fausses idées, mais oui, la France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation. Et j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile, je ne crois pas au modèle Amish et je ne crois pas que le modèle Amish permet de régler les défis de l’écologie contemporaine ».

Manu

Le souci est multiple. L’utilisation du cynisme, dénigrer les gens, c’est un langage de politicien et cela ne devrait pas être celui d’un président de la république qui doit de façon générale être plus grand que ça. La fonction présidentielle en prend un coup, Manu d’habitude sait mieux faire. Car ici c’est de façon claire les écologistes qui sont dénigrés, mais c’est plus profond je trouve, ce sont les gens qui s’inquiètent de voir un emballement de la société dont je fais partie. Et c’est ici le problème de la caricature, c’est qu’à force de manquer de nuance, on finit par rater la cible.

Je suis convaincu que la technologie est indispensable comme je suis convaincu que la technologie doit être maîtrisée.

Il y a deux débats à considérer, il y a l’écologique et l’écologique, ce n’est pas une faute de frappe. Le premier débat écologique porte sur l’idée qu’on va se retrouver avec des tumeurs grosses comme des pastèques à cause de la 5G du fait qu’il n’y a aucun recul sur les ondes balancées. Et c’est ici qu’il y a certainement une part d’obscurantisme chez les cons, à savoir qu’on a pu voir dans les réseaux un lien entre la 5G et le COVID. Fake news quand tu nous tiens. C’est certainement un débat qu’il faut avoir, car on a tendance à balancer un produit sur le marché puis se poser les questions après. Non seulement sur l’aspect sanitaire physique mais désormais on devrait s’interroger sur l’aspect sanitaire intellectuel. La multiplication des cas de suicides, d’auto-mutilations, d’opérations de chirurgie esthétique en lien avec les réseaux sociaux devraient nous interpeller sur l’impact intellectuel qu’ont les réseaux sur les gens. Force est de constater qu’il y a une véritable question de fond écologique, sanitaire, scientifique et sur le papier, qui d’autres que le parti écologiste est le mieux placé pour se positionner sur ces questions, pour être les garants du changement. Seulement, ce qui est médiatisé chez les écolos actuellement c’est ça :

Je ne tomberai pas dans la caricature pour dire que les maires écolos ont une idée à la con par jour, car l’idée n’est pas de faire de la caricature, je me contenterai de souligner que les décisions politiques qui sont mises en avant par la presse font bien les affaires du discours présidentiel. S’attaquer à un symbole familial comme le sapin de Noël c’est obligatoirement une décision qui ne passera pas, c’est une décision qui ne se discute même pas, elle sera impopulaire, contestée, raillée, quoi qu’il arrive. On ne manquera certainement pas de dénoncer des éclairages, ou d’autres décisions bien plus polluantes que l’arbre de Noël.

Je n’ai pas envie de dire que le débat sanitaire ne m’intéresse pas, ce débat sanitaire, car j’ai envie de dire qu’à l’instar de la 4G, de toutes les ondes qu’on se balance et certainement les pires, le téléphone dans la poche ou à proximité du cerveau de façon régulière, il y a bien des chances pour qu’on meure d’autres choses que de la 5G. C’est le second débat qui m’intéresse davantage.

Aujourd’hui, pour mes usages, mes usages de bon père de famille, la 4G est largement suffisante pour moi. À l’instar de la 4K en vidéo, de la 8K, des téléviseurs 3D, on a la curieuse sensation sur ce dossier, qu’il s’agit d’une technologie de plus qu’on pousse sans que le besoin soit présent. Il est bien sûr évident que le besoin ça se crée, nos industriels sont très bons à ce jeu-là. On pourrait me faire remarquer que je pourrais encore aujourd’hui me contenter de la PS2, j’attends sans impatience la PS5 mais je dois reconnaître que la PS3 a pris un sacré coup de vieux. Et pourtant, dans le cas présent, j’ai la sensation que c’est du superflu. Poussons donc la 5G pourquoi pas, mais il faut tout de même s’interroger sur l’existant. À l’heure actuelle la couverture 4G n’est pas totale, la fibre optique est loin d’être déployée de partout. Pousser la 5G quand la génération précédente n’a pas été déployée de partout me gêne. Avec la 5G, ce sont tous les téléphones actuels qui partent à la poubelle, ou disons qui finiront par devenir obsolète. Bien sûr, on peut toujours se cacher derrière le fait que le citoyen lambda change son téléphone tous les deux ans et que par le fait, c’est difficile de jeter la pierre à la 5G, et pourtant.

La 5G c’est certainement la première fois que des gens ouvrent publiquement, et qu’ils sont entendus, le débat sur l’utilité de la course en avant. Est-ce qu’on a réellement besoin d’avoir autant d’objets connectés ? Est-ce qu’on a vraiment besoin d’aller plus vite sur le net, pour des usages qui seront certainement dédiés à encore plus de vidéos, pour de gros consommateurs. C’est un débat qu’il faut avoir aujourd’hui, un débat qu’il faut accompagner d’un autre, les inégalités numériques qui se creusent et l’éducation.

Dans mon billet précédent, j’évoquais que dans les familles, il y avait peu d’ordinateurs, souvent un vieux téléphone pourri, peu de forfait, de plus en plus de gens qui n’ont même plus de box. Alors que nous avons vécu un épisode de confinement, que la seule passerelle ou presque vers le monde extérieur aura été la technologie, les habitudes n’ont finalement pas changé. Je fais un travail de fond auprès des enfants en ce moment pour les fidéliser à l’ENT et à Teams, pour être prêt au cas où. Comme j’aime à le rappeler à chaque billet, on y va, et on y va très vite, la situation dans les établissements que je fréquente devient de plus en plus tendue, complexe. Une complexité qui vient de la maladie car il y en a, une complexité qui vient des cas contacts qui doivent sortir de l’école, une complexité qui vient du gamin qui éternue et qu’on demande de faire tester, des tests qui dans le sud voient leur résultat arriver au bout de 10 jours. On pourrait donc imaginer que les parents vont faire un effort de connexion, afin de ne plus voir leur gamin ne rien faire à la maison pendant six mois et prendre l’information où elle est.

Il apparaît que pour chaque mail envoyé aux familles, j’ai moins de 40% de lectures. Alors on n’a pas le choix et on prend le téléphone, les gens ne savent plus où est le code, ne comprennent pas comment aller sur l’ENT, sont perdus face à nos technologies éducatives quand ils maîtrisent pleinement les usages des réseaux sociaux américains.

Et c’est donc ici le fond du problème, cette société qui n’en finit plus de créer de l’inégalité dans chacune de ses décisions. Quand Emmanuel Macron voit dans les détracteurs de la 5G des Amish, des gens qui voudraient se couper du monde et revenir à la lampe à huile, c’est oublier qu’actuellement c’est la majorité de la population française qui vit à la lampe à huile des technologies.

Dans mon établissement scolaire, il faudrait suspendre le temps une bonne quinzaine de jours pour les profs. Vérifier que chacun d’eux sait aller sur sa boîte mail, compléter son cahier de texte numérique, utiliser le TBI, réaliser des opérations simples en informatique, pointer pour voir s’il a une machine adaptée à son travail. Il faudrait ensuite imposer des habitudes et ça, la rigueur ne s’apprend pas en deux semaines. Et c’est de la même manière qu’il faudrait en faire autant avec les familles, montrer où se trouvent les informations pour leurs enfants, prendre l’habitude d’aller pointer tous les soirs, mettre une alerte quand un événement est en lieu avec les établissements scolaires. Nous nous épuisons aujourd’hui pour informer des parents pour des messages que nous avons déjà envoyés par la messagerie de l’ENT.

Avec cette course en avant, ce qui se produit est évident. Les familles structurées où les parents suivent la scolarité de leur enfant en utilisant les outils qui vont bien sont dans le train, les autres ne sont même pas montés à l’intérieur. Bien sûr on va téléphoner, on va rappeler que l’action se passe sur internet, mais au bout d’un moment on va arrêter, car on s’épuise. L’inégalité a bien sûr commencé avant, mais elle se continue aussi ici.

Il est évident que c’est une question d’éducation, une éducation parentale, la volonté de s’occuper de son gosse. Néanmoins, à la décharge des familles, lorsque je me situe du côté de la barrière parentale, à savoir avec mes deux gosses au lycée, suivre le fil n’est pas simple, les outils ne sont pas toujours intuitifs, sont souvent plantés, ne sont pas totalement au point.

Un exemple parmi d’autres, la tête de mon fils qui n’est pas la sienne depuis 3 ans maintenant comme une très grande partie des élèves de son lycée. Lui ne se plaint pas, d’autres gamins ont une fille à la place. De la même manière, certains enseignants mettent sur Pronotes, d’autres sur l’ENT de la région. Information partout, facilité nulle part.

À vouloir courir vers l’avenir, on finit par se manger les pieds dans le tapis. C’est déjà le cas pour l’IA, la robotisation qui détruisent les emplois, les réseaux sociaux qui rendent fous les gens. Se poser pour construire la société qu’on veut et ne pas embrasser toute nouvelle technologie qui se présente, ce n’est pas forcément être rétrograde, ce n’est pas forcément vouloir s’éclairer à la lampe à huile. Et d’ailleurs l’exemple est assez bon, est-ce que j’ai réellement besoin d’une ampoule connectée, si les ampoules actuelles sont suffisantes ? Est-ce qu’embarquer toute l’électronique du monde dans les voitures les as rendues plus fiables ? On connaît la réponse avec une multiplication des pannes.

Plutôt que de créer du besoin au travers de mauvaises innovations, il faut s’arrêter, éduquer et équiper les populations. Il faut aussi avoir le courage de s’interroger pour savoir ce qu’on veut demain, des puces dans le cul ou un monde meilleur, plus juste, plus égalitaire, mais aussi plus simple et plus accessible pour que tout le monde en profite.

Nous nous quittons sur « le monstre », celui que nous avons créé et que nous nourrissons tous les jours.

Un reconfinement ça se prépare !

samedi 12 septembre 2020 à 21:53

On ne va pas se mentir, dans les écoles c’est quand même la fête du slip. Je vous expliquais la dernière fois que nous n’avions pas la capacité des professionnels à faire respecter les gestes barrières à la perfection, j’aimerais pousser un peu plus loin. Mon épouse travaille avec des élèves de CM2, ils ne portent pas le masque. Elle m’explique qu’entre, rayer la mention inutile, le rhume, la COVID, les allergies, chaque enfant éternue en moyenne 14 fois par jour. La remédiation étant de l’envoyer se laver les mains, 14 fois par jour. Dès lors on ne s’étonne pas de voir des écoles principalement touchées par rapport à des collèges et des lycées. Nous sommes donc face à une aberration pour le port du masque, puisque la frontière entre un élève de CM2 et un élève de sixième est mince, tellement mince que mon épouse a des élèves de 11 ans en CM2 sans masque et que ma nièce qui fait sa maline a 10 ans en sixième avec masque.

Avec à l’heure actuelle des écoles qui renvoient des gamins qui éternuent, des politiques qui ont invité les gens à se faire tester en masse, le système de santé est pris d’assaut par des gens qui ne sont pas forcément contagieux mais on a peur qu’ils le soient. De l’autre côté, les gens continuent de faire des fêtes, de fréquenter un maximum de personnes et de se contaminer joyeusement comme si de rien n’était. Si désormais on rajoute à ça les jeunes asymptomatiques, les jeunes qui attendent les résultats, mais qui continuent à faire la fête comme tout jeune de façon générale collés les uns contre les autres à toute heure, il y a de bonnes chances pour qu’on finisse par fermer tôt ou tard pour une période plus ou moins longue.

Le confinement ça se prépare, le souvenir des semaines de soixante-dix heures avec des gamins qui sont incapables de se servir de l’outil informatique et à qui il faut répéter cinquante fois les choses par téléphone, est encore frais dans ma mémoire.

Nous sommes vendredi et je dois passer mes élèves de troisième. La majorité des élèves de troisième de mon établissement étaient en quatrième chez nous, cela veut dire que sur le papier, ce sont des power users de nos outils … Alors qu’ils devaient être utilisateurs de Teams l’an dernier, je dois réinitialiser 90% des comptes … Avant d’aller plus loin, je rappelle mes conditions de travail : pas de salle informatique, pas de wifi pour les élèves, on travaille donc avec leur téléphone portable et pour la grande majorité d’entre eux avec ma 4G. J’ai bouffé 5 gigas dans la matinée de vendredi … Globalement le téléphone du gamin c’est ça :

Et ce qu’il faut surtout vraiment comprendre c’est qu’il s’agit dans la très grande majorité des cas de l’unique appareil pour travailler. On a donc de très mauvais outils, mais surtout de très mauvais artisans. La connexion au compte Teams est complexe. Certains élèves qui ne lisent pas les consignes, comme souvent, foncent tête baissée dans la création d’un compte alors qu’ils en possèdent déjà un. Ils se retrouvent à ne pas pouvoir rejoindre l’équipe et ne comprennent pas pourquoi. Pour les autres ceux qui ont compris qu’il faut utiliser le mot de passe et l’identifiant que j’ai envoyé, c’est aussi compliqué. Teams ou Office365 puisque c’est pareil impose la réinitialisation du mot de passe donné pour le remplacer par un mot de passe de son choix. Par conséquent quand les gosses passent le premier écran, comme ils ne lisent pas, remettre l’ancien mot de passe et mettre deux fois le nouveau qui respecte certaines normes comme les majuscules, les chiffres et la longueur c’est compliqué, il faut accompagner dans la démarche.

J’ai donc passé l’heure complète de vendredi avec chaque groupe d’élèves pour juste réussir à les faire se connecter.

Il serait facile de jeter la pierre aux enfants, même si dans certaines circonstances on aurait envie de leur déverser les cailloux de la clape que j’ai creusée pendant deux ans. En classe de première c’est-à-dire mes anciens secondes, les gosses que j’ai fait trimer comme des esclaves durant le confinement, il apparaît qu’une seule avait oublié son identifiant. C’est la pratique qui permet d’entretenir les usages, comme le sport. Et ça, c’est de la responsabilité de l’équipe pédagogique ce qui nous amène à de nouvelles difficultés.

À mon niveau, je peux entretenir en informatique les connaissances et les compétences autour de Scolinfo l’ENT officiel et de Teams l’outil officiel des confinements. Seulement à raison de une heure et de une fois par semaine, ce n’est pas suffisant. Je vais donc étendre aux mathématiques, en demandant par exemple de faire un travail à la maison et de me l’envoyer en photo que ce soit par Teams ou par Scolinfo. Si l’ensemble des collègues, de façon ponctuelle en fait autant, on entretient l’usage des outils et on prépare le travail à distance. Seulement ici, je suis passé du côté obscur de la force, le doux monde des bisounours.

Et le pire c’est qu’il n’y a absolument aucune complexité, c’est juste une question de volonté. La grande majorité des collègues savent aujourd’hui gérer le dépôt d’enveloppes c’est-à-dire dans le cahier de texte, déclarer un travail et le récupérer directement au niveau de l’ENT Scolinfo. Seulement, comme toujours, les vieilles habitudes ont la peau dure et finalement la situation est trop bonne pour réaliser que tôt ou tard on va se retrouver dans une situation similaire à celle de l’an dernier.

On pourrait voir un côté particulièrement pessimiste de ma part, mais tout le monde s’écrie du matin au soir, on y va, car nous connaissons tous des cas COVID dans les écoles de nos enfants ou de nos collègues, avec des fermetures, mais personne n’imagine qu’on pourrait se retrouver avec un cluster et qu’il faut être prêt. Quand bien même, nous passerions totalement à travers, la préparation à l’école à distance va devenir une obligation, et elle n’est pas si compliquée que cela à mettre en place quand on en a la volonté et les moyens.

Et c’est ici certainement que ça coincera le plus, et c’est certainement sur ce point où nous sommes impuissants. On s’interroge sur la disparition des 4000 élèves en Seine-Saint-Denis, je peux vous donner un élément de réponse qui va finir par se généraliser, le prix du masque. Quand on a certains élèves qui s’étouffent en fin de journée et qui retirent le masque de façon très régulière, souvent les mêmes, ce n’est pas forcément parce qu’ils ont des problèmes respiratoires mais parce qu’ils portent le même masque toute la journée. Au bout d’un moment des familles qui rencontrent des difficultés financières à tous les étages, le prix du masque est un problème de plus à devoir gérer. La honte de ne pas avoir les moyens financiers, peut amener des gens à ne pas envoyer leur enfant à l’école de peur d’être stigmatisé. Des gamins qui ont un vieux téléphone pourri, pas de 4G, pas d’ordinateur à la maison, ce n’est pas forcément un choix de minimalisme et de lutte contre l’obsolescence programmée mais bien l’absence de choix, sans les moyens, y a pas moyen.

Tout est éducation et pognon. La COVID est pour cela un révélateur et un accélérateur extraordinaire. Pendant le confinement, les familles stables ont pu faire travailler leur enfant le moins mal possible, entre les habitudes éducatives solides et le matériel adapté. Les gens pour qui c’est compliqué, ça a été encore plus compliqué et demain avec le suçage de cailloux qui arrive au grand galop ça va être encore plus compliqué.

Pour conclure ce billet, on se rend compte que la crise COVID aura remis pas mal de choses en question. L’écologie d’un côté, les usages uniques de l’autre pour l’aspect sanitaire. Il y a des choses auxquelles on ne préfère pas penser, qu’on préfère éluder, qu’on préfère remettre à plus tard. Un jour la COVID partira, le masque avec, c’est donc une situation provisoire. Il y en a d’autres pour lesquelles le gouvernement et notamment Jean-Michel devraient revoir totalement leur copie, je pense notamment à l’usage du téléphone. Alors qu’on insiste sur l’aspect social, alors qu’on essaie de retrouver les élèves décrocheurs, on oublie que désormais le premier lien vers l’élève, souvent le seul c’est ce smartphone qu’on a interdit de toutes les cours de collège quand il aurait fallu et qu’il faut encore car il n’est jamais trop tard pour bien faire, remettre au centre des apprentissages. Et d’ailleurs, si on réfléchit d’un point de vue économique. S’il est évident que les usages avec un téléphone sont plus limités qu’un ordinateur. Pour un élève de collège, où la priorité reste la communication et le contact avec l’établissement scolaire, à 120 € on paye un téléphone à 4 Go de RAM et 64 Go de stockage, ce qui est largement suffisant pour faire ce qu’on a à faire, loin des 350 € d’un ordinateur portable d’entrée de gamme.

La crise COVID, le confinement, nous ont montré que demain on pouvait se retrouver dans un monde qui se casse la gueule, et que le téléphone portable c’est un peu la radio pendant la guerre. Plutôt que de diaboliser, montrons à nos enfants que c’est un outil, qu’il s’entretient et qu’il faut le respecter.

Je vous laisse, j’ai fait une semaine à 650 km de voitures et j’ai fini par récupérer mon Némo, quel nom à la con, en ce samedi après-midi. Comme Michael Knight, la semaine prochaine je prendrai mon fidèle destrier pour aller bosser. On verra s’il accuse le choc des 400 kms de la semaine. Je dois reconnaître que je n’ai pas touché terre, comme à chaque rentrée, et qu’il me tarde que ça se tasse un peu, trop peu de temps pour poutrer du monstre ou pour bouquiner, j’aimerais bien glander un peu !

On est encore là, prêts à faire cours et tout le monde est cor-da

mercredi 9 septembre 2020 à 21:11

Bon je reconnais que j’attaque un peu fort avec les références au rap français, il s’agit bien évidemment de la chanson de NTM, on est encore là. Vous noterez « C’est pour ça qu’j’ai gardé ma tenue de combat Que j’lâcherai pas mon ton-ba Fais gaffe à ton dos, protège tes abdos », qu’on traduira par j’ai ma tenue de combat effectivement, je ne lâcherai pas mon masque, fait gaffe à tes poumons protège tes narines.

Nous sommes donc à une semaine de la rentrée, les choses se déroulent plutôt correctement. Bien évidemment on reprend les élèves toutes les trois minutes pour remonter le masque sur le nez, mais ça se passe de façon courtoise, pas de scène surréaliste comme dans certains bahuts avec des gosses anti-masques. Ce qui est aussi certain c’est que je vois de plus en plus d’élèves, d’adultes dont moi, porter des masques jetables. J’aurais pu penser que je suis une petite personne fragile, mais finalement à croire qu’en termes de confort, ça ne se discute pas. Peut-être quand il fera plus froid, mais pour l’instant avec des températures de 28 degrés, ressenti 45, le tissu c’est compliqué.

Je crois d’ailleurs que la meilleure illustration de la difficulté de l’expression avec le masque, c’est Emmanuel Macron notre bon président qui la donne.

Je ne suis pas allé voir, mais forcément dans le camp enseignant on a dû se moquer pour aller dire, oh la petite fille avec des couettes, moi je fais 8 heures à me casser la voix, lui ne fait pas trois minutes. La moquerie n’a pas sa place ici, l’exercice de l’expression est d’une complexité violente pour tous, les enseignants d’un côté mais les enfants aussi de l’autre. J’ai des gamines qui sont timides, le son est totalement écrasé par le bruit du masque, elles sont inaudibles, je suis forcé de faire répéter quatre fois les choses. On s’use la voix, on a chaud, on se rend compte que le masque est trop saturé d’humidité et qu’il faut le changer, on a mal à la tête, c’est compliqué. Ce que nous ressentons, les enfants aussi, l’inconfort est permanent.

Le chef de l’état qui s’étouffe, vous comprenez bien que les gestes barrières en prennent un coup. Si lui tout seul n’arrive pas à se gérer, il se prend un verre d’eau limite au contact avec la personne qui lui tend, imaginez un enseignant, ses élèves et tout le bordel que ça peut-être autour. C’est mission impossible, on essaie de faire au mieux, toutes les situations sont compliquées.

Je crois que c’est un peu ce qu’on retiendra de cette période, faire au mieux. La problématique c’est qu’on n’a pas tout écrit, qu’on ne sait pas, qu’on n’a pas de réponse au cas par cas. Les enseignants, enfin les syndicats, ont gueulé pour parler de l’impréparation de la rentrée, c’est à moitié vrai. C’est vrai qu’on n’est pas préparé, mais les cas sont tellement tordus, qu’il est impossible de tout prévoir. On s’est retrouvé avec le cas d’un élève dont un proche a le COVID. Il doit se faire tester. J’ai proposé parce que ça va devenir compliqué de faire cours en visio, en direct. Tu le sais public, Cyrille BORNE ose tout, et je trouve que c’est une méthode pédagogique qui ne manque pas d’intérêt. Je me suis contenté d’allumer mon portable, de balancer la visio sur Teams, et l’élève a pu suivre. Réaction amusante et surréaliste, le gamin qui dit « est-ce que vous pouvez me changer de place ? ».

Avant de me lancer j’ai demandé à mon chef, j’aime bien demander à mon chef avant de faire des trucs bizarres. Imaginez le nombre d’infractions, le droit à l’image par exemple, et tant de choses qu’on n’imagine même pas. Mon chef me dit, avec des élèves masqués et de dos à la caméra quand ils écrivent au tableau, ça passe. Alors effectivement nous avons violé certainement la loi, une loi qui laisse des gens squatter chez les vieux sans balancer des cars de CRS, mais ça en valait la peine. Le gosse était ravi, il a demandé si mes collègues allaient faire pareil, no comment. Nous vivons une période où l’on se rend compte que les enfants sont tellement contents d’être à l’école, qu’ils sont à l’écoute et peu dans l’amusement. C’est assez impressionnant d’ailleurs. Nous savons que comme pour un président de la république, l’état de grâce ne durera pas. Pour moi, face à ce type de situations qui peut se produire dans un sens, celui de l’élève mais aussi du prof, tous les moyens sont bons pour réaliser un maintien de la scolarité, le lien social, la fameuse continuité pédagogique.

L’histoire a d’ailleurs tendance à me donner raison, le ministre de la médecine vise à réduire la durée de la quarantaine, les amphithéâtres sont bondés mais ça passe parce que la distanciation ne doit s’appliquer que quand elle peut s’appliquer. Comme je l’écrivais, tous les cas sont possibles, il faut tout faire au talent. Le même garçon pour qui j’ai fait la visio reçoit son test et il est négatif et c’est ici qu’on se rend compte que de toute façon on est dans le n’importe quoi. Il est personne contact en permanence tant que sa famille est contagieuse, à instant t il n’est pas contaminé mais qu’en sera-t-il demain ? C’est ça l’éducation aujourd’hui, fonctionner à l’aveugle.

Ce début d’année est donc comme vous pouvez l’imaginer fatiguant. Je m’investis dans l’informatique quand je ne suis pas payé pour le faire, mais quelque part je sais que je travaille aussi pour moi. J’ai créé l’intégralité des comptes Teams pour les élèves car il faut se tenir prêt. Pour l’instant, on fait cours les fenêtres ouvertes, on bouffe de la vitamine D mais qu’en sera-t-il demain encore une fois ? La première saucée est tombée de façon prématurée sur l’Aude, l’an dernier c’est quasiment quatre mois de temps dégueulasse qu’on a ramassé avec les alertes rouges. Là encore, l’aération préconisée risque d’en prendre un coup, on voit à la télé le nombre de cas qui augmente, dans les conditions actuelles, je ne vois pas comment on va éviter la chtouille. Je prends donc le temps de former, pas que les élèves mais aussi mes collègues, on réglera les comptes plus tard avec la direction. Les difficultés sont en fait les mêmes, les réfractaires, ceux pour qui rien n’est possible quand les gamins s’adaptent à tout.

J’essaie de profiter comme je peux, et cette année profiter c’est le mercredi avec ma femme. L’absence des enfants qui sont tous les deux à l’internat fait un bien fou. Ne pas se lever à l’aube pour déposer la gosse au bus, ne pas rentrer de façon précipitée pour préparer le repas, la paix.

Le mercredi c’est désormais moule frites, pendant que les restaurants sont ouverts. Si vous voulez manger des moules frites à Saint-Pierre la Mer sans vous empoisonner, c’est le Palmarium. Pour manger des glaces et des crêpes de qualité à tarif raisonnable, c’est le Bubble café. Ailleurs c’est souvent dégueulasse, cher et largement plus chimique. À part la saucée du jour, les quelques touristes profitent d’un temps magnifique, de l’absence de masque, c’est un coup à se mettre en arrêt maladie ou lécher des barres de bus pour être positif.

Je réalise que je fais de moins en moins d’informatique et que ça ne me manque absolument pas. La seule chose que j’ai fait pour compenser le problème DLNA de mon Blueendless Kimax BS-U35-WF c’est d’installer le logiciel SimpleDLNA sur mon PC. C’est l’un des rares créneaux où l’offre Windows est moins intéressante que l’offre Linux. Néanmoins celui-ci fonctionne plutôt bien, une interface simple comme son nom l’indique.

Pour le reste, comme je l’ai déjà écrit, Linux ne me manque absolument pas. Quand je vois comment Sébastien perd du temps pour essayer de faire tourner Teams sur KDE, je me dis que je suis non seulement trop vieux pour ça, mais surtout que je n’en ai plus envie. Pour moi, l’idée ce n’est pas de réussir à lancer Teams, l’idée c’est d’amener un maximum de personnes à l’utiliser.

Je peux comprendre que le propos peut paraître choquant dans la bouche de quelqu’un qui n’est pas loin d’avoir des idées libres, néanmoins il me paraît toujours important de se rapporter à nos contextes. Avec la COVID, chacun s’est lancé dans l’ambiance du moment dans les solutions qu’il maîtrisait le mieux, notamment quand les outils institutionnels étaient en carafe. Certains ont préféré utiliser Discord et ont continué à l’utiliser, ils sont aujourd’hui en faute, les outils de l’éducation nationale fonctionnent. Teams est l’outil de ma fédération, c’est donc en toute logique que nous l’utilisons, c’est un souci de cohérence. Si nous étions une petite entreprise, que nous étions indépendants, le choix des outils serait certainement différent. Et c’est ici qu’il faut comprendre les limites du logiciel libre, les limites de jouer les rebelles de la forêt. On peut penser ce qu’on veut des outils Microsoft, mais ils sont robustes. Si vous rajoutez à ça que c’est l’outil que tout le monde utilise chez vous, vous l’utilisez et puis c’est tout. La liberté, la liberté pédagogique a certaines limites mais n’est pas non plus totalement bloquante. S’il paraît évident qu’on ne va pas jouer au tennis avec une casserole parce que ce n’est pas réglementaire, si j’utilise des outils Microsoft je ne les utilise pas tous. Libreoffice reste en mathématiques un indétrônable pour les gens qui ne veulent pas se mettre à LaTeX, le contournement se fait en passant par le biais de fichiers PDF. Je rajouterai que les outils libres ont aussi montré leurs limites, qu’ils demandent de l’entretien, les solutions Cloud même si elles sont toutes sauf gratuites, nous permettent au moins de nous concentrer sur le principal, l’utilisation.

En conclusion pour ce paragraphe, lorsque vous êtes dans la situation comme la mienne où tout est organisé avec des outils Microsoft, que l’interopérabilité est particulièrement limitée, vous vous conformez et vous utilisez des outils Microsoft car tout le monde utilise ces outils. De la même manière que lorsque vous êtes sur l’autoroute vous ne décidez pas des limitations de vitesse, en entreprise vous avez aussi des impositions. Contourner pour essayer d’utiliser tant bien que mal des outils Microsoft sous Linux, c’est une perte de temps qui aurait pu être utilisée pour former les gens.

Sur ces belles paroles, je vous souhaite une bonne soirée, demain je vais au charbon pendant sept heures de cours.

Adieu partner, tu auras fait rêver la France, moi un peu moins.

samedi 5 septembre 2020 à 21:00

J’évoquais dans l’épisode précédent la normalité de ma rentrée, je vais vous prouver à quel point nous vivons dans la normalité. Je dois reconnaître que les sept heures de cours de jeudi, je les ai senties passer. Le masque, le masque, le masque et bien sûr le masque sont au centre de nos préoccupations. Mets ton masque, sur le nez le masque, sur le nez, du gel, mets du gel, et ainsi de suite comme c’était prévu. Parfois de ma voix puissante on m’entend crier à travers la cours de récréation « LE MASQUE » en montrant du doigt un enfant, ce qui a pour effet de faire remettre le masque correctement à tout le monde.

Je suis toujours en phase de test et après avoir vanté les mérites par le calcul des masques en tissu par rapport aux masques jetables, j’en viens à retourner ma veste … en tissu. J’avais en effet à cette époque, dimanche dernier, omis un aspect assez fondamental du masque, le confort. Le masque en tissu l’épaisseur fait crever, ça se gorge d’eau, on finit noyé dans sa bave. L’écologie ne gagnera pas sur ce coup. 8 balles les 50 masques sur le marché, bien évidemment on se doute que c’est fabriqué par des enfants chinois. Comme le Canada Dry ça ressemble à un masque chirurgical, tout est fait sur la boîte pour te faire croire que c’est chirurgical sauf que c’est noté en clair pour dire que ça ne protège. Bon ça protège ce que ça protège, le principal c’est que c’est plus léger et que j’ai moins l’impression de mourir.

J’écrivais donc dans le précédent billet, tout cette normalité dans ma vie, la banalité. Je vous expliquais que je me retrouvais sans salle informatique, on peut faire encore mieux, sans salle informatique et sans internet. Mes collègues m’appellent en cours, normal, les élèves commencent à s’habituer alors qu’ils ne me connaissent pas de me voir répondre au téléphone, pas d’internet dans le bahut. Après enquête, il apparaît que quelqu’un de la mairie en faisant une opération de nettoyage aurait coupé un câble. Je me retrouve donc le vendredi matin à faire un cours d’informatique avec un partage de ma 4G, de celles de certains élèves depuis les téléphones, et dans l’ensemble ça fonctionne plutôt bien. Amusant tout de même de voir que ce téléphone tellement diabolisé par Jean-Michel, lorsqu’il est apprivoisé permet d’être un outil de travail puissant et ce n’est qu’un début.

J’ai envoyé un bon d’achat pour les familles afin d’acheter la calculatrice Numworks. Une maman me dit qu’elle ne sait pas quand son fils va revenir et me demande de lui mettre une machine de côté. Je demande donc ce qu’a son gamin. Elle vient d’être testée positive au COVID, son fils pour l’instant n’a rien mais doit se faire casser les narines lundi. Et c’est ici que ça commence à devenir tendu puisqu’elle me demande le cours et les exercices. J’ai créé un compte Teams au gamin, nous avons fait ce matin un essai, je ferai donc visio en même temps que je fais cours, de façon à ce qu’il puisse suivre normalement. Il a bien évidemment installé Teams sur son smartphone.

Venons-en au vif du sujet, car je sais que vous trépignez d’impatience. Nous sommes vendredi matin, un vendredi, et forcément comme c’est vendredi il doit m’arriver quelque chose. Je sors de l’autoroute à vive allure comme toujours, et la voiture ne tourne pas dans le virage … Bien sûr le temps que ça monte au cerveau il faut un certain temps, mais ça finit quand même à monter quand on voit le décor arriver rapidement. La voiture finit par tourner, je finis par arriver sur le parking du lycée. Un collègue me regarde en train de faire des tours comme un con, je lui réponds que je ne suis pas devenu fou mais que j’ai perdu la direction assistée … 205 inside. Comme d’habitude, j’appelle mon beau-père parce que je sens que c’est du lourd et l’informe qu’il faudra certainement venir me chercher. J’ai un collègue qui fait partie de ces hommes talentueux qui savent tout faire, il est d’ailleurs Linuxien sous Debian et se débrouille avec talent en mécanique. Il me dit qu’il ira jeter un coup d’œil parce qu’il a un trou de deux heures.

Le verdict est simple, une poulie de la direction assistée a cassé si bien que la direction assistée ne fonctionne plus mais pour une raison qui m’échappe et j’irai me renseigner, le système de refroidissement non plus. Coup de chance, le mercredi je finis à midi, mon beau-père vient me récupérer, j’amène tant bien que mal la voiture au garage, la poulie et la courroie à la main pour le plus grand bonheur de mes garagistes qui à chaque fois que j’arrive sont toujours étonnés par ce que je suis capable de faire. La secrétaire qui ne manque pas d’humour me dit que c’est bien pour moi, comme ça je vais me faire les bras. Nous partons donc en direction de Lézignan où vit mon beau-père parce qu’il faut bien le ramener chez lui, il me laisse les clés de la voiture et je récupère au lycée ma fille et son « copain » à Narbonne qui vit à 200 mètres de chez nous. J’insiste bien sur les guillemets. C’est un gamin que j’aime bien, il est inoffensif et c’est certainement le gosse le plus paumé de France. Il est magnifique tellement il est perdu. Ma fille qui n’est pas dans sa classe est forcée de demander à ses camarades ce qu’il faut acheter comme affaires scolaires, tellement il est à la ramasse. Il n’est au courant de rien. Les parents forcément sont ravis, ça fait quatre ans que ça dure, ils veulent les marier pour être sûr que quelqu’un s’occupe de lui, je suis personnellement moins jouasse. Quand j’écrivais :

Je me prépare donc à passer un week-end à courir pour aller chercher des cahiers au format A12 avec une partie plastifiée pour la première page et une page de couleur toutes les sept pages dans un magasin bondé

Cyrille BORNE, Philosophe le vendredi

Je n’étais pas loin de la réalité. Voici ce qu’on a pu trouver dans les fournitures scolaires.

Des palmes ! En 2020 le jeune va à la piscine et il a besoin de palmes ! En 1990 on avait juste besoin d’un moule-bite comme Alain Juppé. Je me demande sérieusement où va la France.

Je dois vous reconnaître que la panne de la poulie m’a pris un peu par surprise. Après avoir réparé dans l’année le capteur de régime, après avoir répandu du liquide de refroidissement comme j’aurais répandu mon sang sur le sol mais en bleu comme les nobles ou les Schtroumpfs, je me voyais déjà non pas en haut de l’affiche mais avec une paix certaine qui m’emmènerait vers les 300.000 km. J’y ai cru.

Je me suis laissé deux mois pour trouver une voiture. Pourquoi deux mois ? C’est d’une part le temps qu’il me faudra pour arriver à la vidange tranquillement, mais aussi l’arrivée fatidique du contrôle technique. J’ai les plaquettes, les pneus avant, la vidange à faire, une histoire qui m’aurait certainement coûté la bagatelle de 400 à 500 €. Je me suis lancé dans le bon coin, à corps perdu. Je vous invite à regarder cette excellente vidéo sur le guide d’achat de la voiture :

Cette vidéo extrêmement bien faite vous filera certainement des frissons, de la fièvre, une bonne partie des symptômes du COVID. C’est pour cela que pour ma part, je fais une recherche uniquement sur les garages, même si c’est plus cher. Cela fait un moment que je n’avais pas acheté de voiture, 4 ans pour être exact, la C1 de ma femme. Les choses ont l’air d’avoir franchement évolué, et pas dans le bon sens. J’avais déjà dû l’écrire il y a quelques temps mais je n’ai pas la patience de le chercher donc je vais l’écrire à nouveau, il y a 11 ans lorsque j’avais payé le Partner̈, j’avais mis 10.000 € pour acheter une voiture à 27.000 km avec 3 ans d’âge. À cette époque on nous disait qu’on avait payé cher, on était quand même content de notre achat.

10 ans plus tard, l’électronique est passée par là, et il apparaît que l’utilitaire n’est plus une voiture de pauvre, ou qu’il est cassé en fait en deux catégories ce qui n’existait pas avant. Les gens qui ne sont pas si stupides se sont rendus compte que quand tu veux partir en vacances, avec un partner ou un kangoo tu prends les gosses, le chien, le poney et tu peux rajouter encore quelques bricoles dans la voiture. L’utilitaire pour répondre malheureusement à une demande de conducteurs bourgeois qui aiment le confort car ils n’aiment pas la sensation de rouler sur l’essieu a subi un large schisme, l’utilitaire véridique à deux ou trois places pour les entrepreneurs, l’utilitaire des familles avec son confort de merde. Dès lors, on trouve des modèles de Partner à plus de 25000 € si bien que l’occasion s’en ressent largement. À 10.000 € aujourd’hui, vous avez une voiture de 5 à 6 ans avec 100.000 km. Alors avant de m’envoyer des courriers à la con pour me dire que vous avez déniché la perle rare, je me permets juste de vous dire que c’est en ce moment, et dans le sud, la temporalité et la géographie jouant beaucoup.

J’ai donc fait une affaire médiocre qui nous permettra certainement de vivre de nouvelles aventures.

Il s’agit d’un Némo de 2012 ce qui en fait une vieille voiture de 9 ans. C’est 5 ans de gagné par rapport au Partner. 60.000 km au compteur, c’est 160.000 km de gagné par rapport au Partner, je me fixe cette fois-ci un objectif de 5 à 6 ans pour le finir. Un cheval de moins par rapport au partner, 75 chevaux, j’espère réussir à doubler les tracteurs. Le tarif n’est pas non plus attractif à 8000 €, mais avec une reprise du partner, et la carte grise, l’opération se ramène à 7000 € ce qui me permet de m’en sortir sans me ruiner avec une voiture. L’entretien est réalisé, il s’agit d’une chaîne et pas d’une courroie, peu d’électronique à l’intérieur, c’est donc une voiture qui me convient.

Sans se ruiner c’est bien sûr un bien grand mot, nous attendrons tous ensembles la première panne et nous rirons à gorges déployées derrières nos masques quand je me prendrais une réparation à 1500 €. Comme dirait le Docteur Dre, on se retrouve in the next épisode. Bon dimanche à tous, sous vos applaudissements.