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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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La stratégie de l’échec

mercredi 7 octobre 2020 à 22:04

Avec les moyens du bord, j’essaie tant bien que mal de faire des cours d’informatique, la situation se débloquerait sous peu et je vais bientôt récupérer une salle. En ce moment je fais un petit travail sur l’image, aucun élève ou presque n’est capable de savoir quel est le nombre de megapixels de son appareil. Il est intéressant de voir que les digital natives l’expression qui fait bondir les spécialistes de la palpation n’ont aucune connaissance, on le savait déjà, mais sont finalement de bien mauvais consommateurs. Et c’est ici qu’on se rend compte que donner le droit de vote à 16 ans serait une très bonne idée, le candidat un peu démago qui proposerait des chocolatines à toutes les récrés, serait élu au premier tour. Qu’on ne me dise pas qu’avec les adultes ça fonctionne de la même façon, même si Trump a été élu.

La moralité de ce qui précède, c’est que les enfants découvrent ce que ça veut dire 720p, la notion de résolution, de millions de pixels et les performances de leur appareil qu’ils achètent uniquement par rapport à la marque, sans se poser la question de la performance. Voyez donc que la notion de liberté informatique est loin quand on achète son paquet de céréales avec la meilleure surprise dedans. En tant que consommateur si on devait faire l’analogie avec la voiture qu’on adore tous tellement ici, les enfants ne font pas de différence entre le diesel et l’essence, n’achèteront jamais de Dacia parce que c’est des voitures de pauvres mais les grosses allemandes c’est super, les rappeurs ont les mêmes.

Du fait de préparer à minima mon concours Koad9 qui je le rappelle consiste à imaginer une page fictive de journal, un travail agréable pour tout le monde à faire et qui fait un peu bosser l’imagination, j’ai expliqué comment compresser les images et les rogner dans Libreoffice. Je n’utilise en effet plus de logiciels de type Paint ou Photofiltre du fait d’avoir tout dans Libreoffice. Je me suis aussi rendu compte que c’est une complexité supplémentaire pour les gosses. Voici le travail que je demande :

L’image originale, au choix de l’élève à partir du moment où on n’est pas dans la drogue, les armes à feu et les filles à poil, la copie compressée et rognée. Pour ce travail je mets 20/20 à faible coefficient mais suffisamment pour compenser les contrôles théoriques d’informatique à 7 de moyenne parce que donner trois navigateurs et deux moteurs de recherche c’est compliqué.

Seulement pour arriver à la gloire, il est nécessaire de franchir quelques étapes :

Plus ou moins dans l’ordre. Alors que j’ai précisé que ce serait compliqué de le faire depuis le téléphone, certains m’envoient une photo depuis le téléphone. Nous sommes mercredi au moment où j’écris, il y a une semaine pour faire le travail, dans mes quatre groupes d’informatique, un quart, deux à un tiers, et les champions du monde la moitié qui l’a rendu. Je dois être à moins de un tiers de rendu, 48 heures avant l’échéance, le jeune aime jouer à se faire peur. Demain ils vont commencer à s’affoler, je mise toutefois sur un bon quart de 0 pour travail non fait. Les enfants ne comprennent pas les consignes simples, on va dire que sur la moitié des élèves qui ont fait le travail, j’ai dû envoyer un message pour dire que le travail n’était pas correct avec plus ou moins de succès. Une gamine m’envoie le travail par mail en utilisant le compte de son père, je lui envoie un mail pour lui dire qu’elle écrit du compte de son père et qu’il faut qu’elle me le dépose dans l’enveloppe à partir de son compte. Cinq minutes plus tard, elle m’envoie le travail par mail en utilisant son compte et pas celui de son père. Cela fait cinq jours qu’elle a fait le travail et n’a toujours pas déposé dans l’enveloppe.

Voici donc mon quotidien, un quotidien à assister des enfants qui sont en difficulté intellectuelle, car à ce niveau-là, je pense qu’il faut appeler un chat un chat. Des enfants qui ne sont plus capables d’appliquer des consignes simples pour des motifs aussi variés que les perturbateurs endocriniens, le trop plein d’écran, l’espèce humaine qui va à sa perte, ce sont des gosses qui ont des troubles cognitifs.

Ce qu’il faut comprendre c’est qu’à mon niveau je n’ai qu’une centaine d’élèves répartis sur quatre classes et c’est très peu. 25 par classe, c’est mieux que 35 comme certains de mes collègues de l’éducation nationale, mais surtout c’est le fait de les avoir dans plusieurs matières. Je suis le prof de maths mais aussi le prof d’informatique, dans une des classes je participe aussi à l’EPI vente. Je passe dans une classe de troisième jusqu’à 7 heures par semaine. L’an dernier en réunion parents profs avec le prof de bio de ma fille, il expliquait qu’il avait 400 élèves et 100 gamins avaient un PAP, PAI ou une notification MDPH. Pour ceux qui ne connaissent pas le jargon, cela veut dire que le quart de ses élèves a un aménagement qui va de la relecture des consignes, le tiers temps à l’aide d’un humain en classe ou la prise des cours par ordinateur.

l’inclusion

Mon propos ne sera pas de refaire le monde, mais simplement de faire un constat du côté de ma barrière. Avec une volonté d’inclusion qui consiste à mélanger tous les gosses dans l’école, quelles que soient les difficultés, l’enseignant devient un homme orchestre. J’essaie de pousser l’individualisation à son maximum en envoyant des mails personnalisés aux élèves, en répondant sur Teams, même en donnant un coup de main le week-end en faisant des courtes visios. J’ai un faible effectif à gérer, je travaille dans un établissement privé, je considère que nous devons jouer la carte de la différence et puis, j’ai ça dans les tripes je peine à voir un gosse se prendre le mur sans réagir. Je vous le dis tout de suite, la masse de gamins pour qui il faut faire quelque chose est devenue tellement importante, que j’ai de plus en plus de mal à suivre. L’individualisation en ce moment est à son paroxysme, j’ai dû mal à m’en sortir tant les demandes affluent. Si je ne m’en sors pas, comment peut faire mon collègue à 400 élèves ? Je suppose qu’il ne fait certainement pas.

Je viens d’envoyer un message copie les parents pour dire qu’à la sortie des vacances de la Toussaint je finis d’envoyer des messages pour dire que le boulot n’est pas fait correctement et que les enfants qui se prendront 0, comprendront après plutôt que de pouvoir corriger avant, l’assistanat aura duré un mois et demi. En ce moment, sur le temps de la pause entre midi et deux, j’appelle deux à trois parents. L’idée n’est pas de stigmatiser, l’idée c’est de trouver des solutions. Quand j’appelle c’est de savoir ce qu’on peut mettre en place pour qu’un élève sorte la tête de l’eau et arrête de s’enfoncer car tout est lié. À l’heure actuelle j’ai des élèves qui sont en train de sabrer leur scolarité en ne foutant rien. Ils n’ont pas la moyenne au premier trimestre, ils n’auront pas le brevet et auront une orientation qui ne correspondra pas à ce qu’ils veulent faire, ou en tout cas ce sera certainement une orientation qu’ils ne veulent pas faire. Nous créons donc de l’échec scolaire, nous ne sommes pas responsables, c’est le gamin qui décide de lui-même de se noyer.

Mardi matin un élève arrive, n’a pas d’affaires de cours, refuse même de sortir une feuille pour écrire. Je l’exclus de classe. Si je le conserve en cours, c’est une incitation pour les autres à ne rien faire, certains comportements ne sont pas acceptables. Il a procédé de la même manière dans les cours suivants. Entre midi et deux je vois que mes collègues mettent trois heures de colles chacune ce qui veut dire qu’il va prendre six heures pour ne pas avoir pris ses cahiers. Sanction que je trouve complètement disproportionnée, qui ne résoudra pas le problème et encore moins le conflit du jeune avec le système. J’appelle sa mère qui m’explique que son fils de 15 ans en a plein le cul de l’école et qu’il veut partir travailler. Il était dans une mauvaise journée, il pensait pouvoir faire péter l’école, sa mère l’a contraint pour qu’il y aille, il nous a fait partager son mécontentement. Ce que j’expliquais à sa mère c’est que d’une part, se taper 6 heures de colle donc d’école en plus pour quelqu’un qui n’aime pas l’école c’est un mauvais calcul, mais surtout que pour prétendre à un apprentissage il faut finir sa classe de troisième. J’irai le dire de vive voix au jeune et l’inviter à faire le tarif syndical pour finir l’année scolaire et pouvoir faire son apprentissage.

Dans la masse des problèmes que nous rencontrons, le manque d’autonomie, les problèmes de compréhension sur des choses simples, le refus de faire est devenu le problème principal. Vous pouvez désormais coller des gosses en pagaille, ils s’en foutent, vous pouvez mettre des 0 en pagaille ils s’en foutent aussi. Cela signifie certainement quelque part que les parents s’en foutent aussi. Souvent tout n’est qu’une simple histoire de levier et de dominos. Tu prends 0, tu t’en fous, ton père s’en fout pas, il t’enferme le weekend sur tes exercices de maths. Le levier parent ne fonctionne plus, ou mal, on a surtout des parents qui sont désarmés face à leurs enfants qui ne veulent rien faire. Nous appelons les parents, nous collons, nous donnons du travail supplémentaire, nous nous épuisons pour remettre le jeune sur les rails, certainement de la mauvaise façon. Il est certain que l’apprentissage en sortie de cinquième à l’âge de 14 ans comme il y a 30 ans aurait bien fait nos affaires. À force de s’épuiser, une bonne partie des collègues finissent par prendre la solution de facilité, ne plus rien faire, essayer uniquement de sauver ceux qui travaillent encore.

Il faut tout de même prendre conscience que le système est en train de nous péter à la gueule. Aujourd’hui à l’école, on ne valorise pas le bon élève comme on le faisait à l’époque. Le système de tri à la note sur lequel on s’est appuyé depuis que la note existe est totalement biaisé. On valorise désormais un peu de travail, un comportement normal, la bonne volonté. Lorsque vous voyez que je donne des 20/20 à foison, mon collègue d’histoire donne 8 points de question à l’avance pour se retrouver avec des classes qui ont entre 6 et 7 de moyenne. Nous sommes complètement désarmés face à nos jeunes qui ne veulent rien faire, et qui deviendront peut-être des adultes qui ne feront rien.

Je n’ai pas de certitude et je me refuse d’en avoir, personne n’aurait pu imaginer que demain je prendrais mon némo pour aller me faire 7 heures de cours masqué. Quand l’idée serait de tacler tous ces gosses, car ils sont finalement les principaux artisans de leur échec, vous noterez que j’ai peu évoqué les difficultés scolaires inhérentes à des pathologies qui se multiplient, j’ai au contraire envie de les aider et c’est pour cela que je suis dans la négociation permanente. J’ai de plus en plus l’intime conviction que l’école telle que nous la faisons ne sert à rien, que je suis plus utile à expliquer à des élèves qu’on n’achète pas des choses parce qu’elles s’appellent Samsung ou Iphone qu’à enseigner le théorème de Pythagore. Le décalage entre notre réalité et les aspirations du ministère qui pense que si nos élèves sont mauvais en maths c’est parce que les enseignants sont mal formés est terrible, c’est un coup à monter sa propre école privée. Pas de chance, on me dit dans l’oreillette que le président Macron vient de couper un peu les alternatives à nos écoles.

Les artifices d’un BAC réussi à 90%, des notations devenues laxistes plutôt que bienveillantes, sont autant d’artifices qui dissimulent la situation actuelle : des gosses qui ne savent plus écrire, qui sont cassés physiquement, qui n’ont aucun goût de l’effort, qui ont très peu de recul sur le monde qui les entoure, y compris en tant que consommateur. Sauf quand on est dedans, ou qu’on accueille des jeunes dans une entreprise, je pense que c’est réellement difficile de concevoir à quel point ça va mal. Tous les adultes qui peuvent participer à l’éducation des jeunes doivent comprendre que laisser faire n’est pas une solution, tout sanctionner non plus. À l’instar du colibri qui participe à l’extinction de l’incendie à coup de gouttes d’eau, j’essaie de faire ma part.

Prof en 2020 c’est toujours pas gagné

samedi 3 octobre 2020 à 21:57

Nous avons eu la joie de faire passer les évaluations d’entrée en classe de seconde. Forcément c’est moi qui m’y colle. Je dis chaque année que c’est la dernière année, il se trouve que je m’y colle encore tout simplement parce que je suis celui qui sait faire. La procédure informatique n’est pas compliquée, sauf quand tu es établissement agricole où tout est compliqué. Les épreuves relèvent de l’éducation nationale mais tous les élèves de CAP / BAC PRO / EGT entrant en première année doivent passer ces épreuves de français et de mathématiques y compris ceux de l’agricole. C’est un problème que nous rencontrons chaque année pour le brevet des collèges ou l’orientation, où l’on peine encore et toujours à se rappeler que nous avons des formations de classe de troisième.

Voyez ici un paradoxe tout de même, enfin pas cette année puisque le brevet a été donné sur le contrôle continu, a été donné tout court. Le brevet passé en fin de troisième permet d’obtenir théoriquement le niveau des élèves. Que ce serait-il donc passé entre la fin de l’année et la rentrée pour avoir besoin de faire des épreuves ? Et si tout simplement, le brevet des collèges était le brevet des collages, un cadeau bonux dans la lessive. Sur le principe les épreuves sont intéressantes car elles sont évolutives. Comprenez qu’un élève va démarrer ses épreuves et selon son niveau, il va y avoir une adaptation des questions. La moralité c’est que le gamin qui a fini sur des additions en moins de trente minutes et qui pense que tout s’est bien passé, quand son camarade sort les rames sur des questions qu’il ne comprend même pas, se trompe très largement. Si c’est facile c’est que les questions ont été nivelées vers le bas et c’est sans doute mauvais, sauf si on a un petit génie dans la partie. De façon exceptionnelle cette année, on a posé des questions aux élèves sur le confinement, sur le moral, sur les conditions de travail, mais aussi sur l’équipement, big brother is watching you.

La création des classes est réalisée de façon automatique, il me manquait toutefois une classe qui n’apparaissait pas et que j’ai dû réaliser manuellement. Ma cheffe fait le calendrier de passage, il ne faut pas que les élèves passent les épreuves le même jour, et je vous rappelle que je n’ai pas de salle informatique. J’en suis à la cinquième semaine de réalisation de cours d’informatiques sans salle informatique, je ne me félicite pas. Tout ça pour dire qu’il faut composer avec cinq classes et dix épreuves, le tout avec un bout de salle info. Il faut donc positionner le calendrier dans l’application et je me rends compte que l’intégralité de mes élèves est en double, toutes les classes ont été doublées. Bien sûr, nous sommes vendredi, et je fais passer les premières épreuves le lundi matin, j’appelle le rectorat. On m’explique que pour des lycées comme nous, on a voulu bien faire et c’est ainsi qu’on a fait passer la moulinette une seconde fois. Bien sûr il est impossible de supprimer les classes, il faut les vider manuellement, je m’exécute. Les épreuves se déroulent sans souci et je m’oriente vers la récupération des résultats. Il faut télécharger 24 heures après la fin de la dernière épreuve, un fichier xls contenant le code d’accès de la restitution. Je vais pour télécharger, fichier indisponible … Rappel au rectorat et on me dit que c’est normal, enfin c’est un bug, il se trouve que pour des gens comme nous, c’est-à-dire pour lesquels il y a plusieurs classes, il faut essayer de télécharger le fichier de restitution dans une autre classe, pour voir si ça marche, comme c’est le même identifiant pas de souci. J’arrive à me connecter, j’ai le technicien en direct, je lui fais remarquer que j’ai des élèves qui sont en train de passer l’épreuve depuis plus de 48 heures ce qui est inquiétant, et que ma classe de seconde générale se retrouve en classe temporaire … L’an dernier, il était apparu un bug particulièrement amusant, où des élèves avaient récupéré les résultats d’autres.

Et c’est ici qu’on se rend compte que le système a désormais trois ans, qu’il n’est toujours pas au point, et qu’à la sortie l’exploitation pour les enseignants est quand même assez discutable. On part du principe que je dois personnaliser l’enseignement de façon à compenser les carences des gosses. Si un gosse a des lacunes en géométrie, je devrais donc faire des exercices supplémentaires en géométrie spécialement pour lui et là je dis stop.

Mon métier c’est être partout à la fois, ce que je ne supporte plus. Le confinement est passé par là, on récupère des élèves dans un état ravagé, il faut le voir pour le croire. Concrètement on a des élèves qui n’étaient pas très vaillants avant, qui sont complètement perdus aujourd’hui. Diminués physiquement, mes collègues me racontaient qu’en trois heures nos élèves avaient réussi à faire 14 km de vélo pour ceux qui savent encore faire du vélo. On peut donc les dépasser à pied … Ils s’endorment en cours, ils sont anormalement fatigués, j’en réveille parfois. À une époque ça aurait été vie scolaire et appel aux parents direct, on a des enfants qui sont épuisés et qui n’y peuvent rien. L’organisation des affaires est devenue particulièrement complexe, ils oublient tout, il faut repasser derrière pour tout. Je n’ai pour l’instant collé personne, car je trouve complètement con d’aller coller un gamin pendant trois heures pour qu’il soit capable de mettre à jour son porte-vues. Je repasse tous les jours dans les rangs pour pointer, noter les noms, à force de négociation je finis par y arriver. Quand les élèves pourraient y voir un acte de faiblesse, ils respectent au contraire le gars qui se sort les doigts pour aller au charbon et leur courir après. Je vois que certains élèves ne sont pas capables de faire certaines actions, je joue la carte de la solidarité, je fais travailler les élèves ensembles, j’ai une gamine qui a dû expliquer à un autre élève sur les heures d’études comment organiser un classeur.

Mon niveau d’individualisation est très élevé, pour de simples fondamentaux, on va peut-être arrêter de se rajouter du travail en plus du travail que je n’ai pas demandé. Alors forcément, quand après avoir donné un DM en classe de seconde générale avec un délai de 17 jours pour faire des calculs de niveau troisième, vous vous doutez bien que j’ai d’autres chats à fouetter que d’aller regarder le résultat d’évaluations que je connais déjà pour pratiquer mes gamins depuis cinq semaines. Juste pour rire, ils sont quelques uns à se réveiller sur Teams et m’écrire pour me montrer leur brouillon et me poser des questions, 48 heures avant l’échéance. Comme ils se pompent tous dessus dans les groupes snap ça va leur faire drôle quand je vais leur planter un DS sur le DM. Aujourd’hui les évaluations de seconde, demain ce sera PIX, dans les cours de SNT les gosses sont étonnés par tout, ne comprennent pas des enjeux comme la neutralité du net, ne savent pas ce qu’est HADOPI, bittorrent ou le bitcoin. Je n’ai pas encore attaqué Python avec cette promo, ça va être une catastrophe. Il va falloir que je déploie des efforts considérables pour réussir à élever le niveau et les sortir du marasme dans lequel ils sont. Pendant ce temps là on apprend que PIX la plateforme de savoirs en informatique apparaît, certains collègues en France ont été parachuté référents, ils sont ravis et ne gagneront pas un centime avec ça. Encore un truc de plus qu’il faudra gérer quand il y a tellement de choses à faire. Voyez pendant que je suis en train de répondre au petit Quentin sur des exercices de puissance, de rédiger mon billet de blog, je prépare un contrôle de rattrapage pour mes troisièmes qui ont réussi à faire la performance de prendre moins de 5 sur un contrôle de statistiques. Il faut que je trouve dans leur emploi du temps un trou et que je m’arrange avec la vie scolaire.

j’ai pas trouvé pour les enseignants mais ça illustre un peu ma pensée

J’ai 45 ans, je fais partie de la tranche jeune de mon équipe pédagogique. Il devient de plus en plus complexe de recruter des enseignants qui trouvent que le travail n’est pas intéressant, financièrement parlant, mais pas seulement. Les gens en quête de sens qui pensent qu’enseigner c’est donner du sens à sa vie, se prennent une sacrée rincée quand ils ont passé quelques heures avec les troisièmes. On pourrait penser qu’avec le grand suçage de cailloux qui se profile, on trouve un regain d’intérêt à la profession, et pourtant mon délégué syndical reçoit chaque jour des demandes pour savoir comment on s’y prend pour démissionner. Nous avons droit à du rajout de tâches permanent, autant d’entraves administratives qui nous empêchent de faire ce que nous avons à faire. Pour moi, les épreuves d’entrée, c’est deux heures de perdues en face à face élève, et c’est deux heures de perdues entre les appels téléphoniques et l’organisation. Il est bien sûr évident que je suis à 50% responsable, et il va falloir que j’apprenne réellement à dire stop et à dire non.

Je n’ai pas allumé la Playstation, que ce soit la 3 ou la 4 depuis la rentrée. Je passe le clair de mon temps à travailler ou faire des corvées. Pour la partie corvée, qui concerne la maison, c’est légitime, pour le travail, je suis en train de me dire qu’il va falloir que je me mette un coup de frein. J’ai repris la mauvaise habitude de faire de l’informatique au lycée, c’était le début de l’année, il fallait que je m’y colle pour pouvoir avancer, et je me rends compte que c’était une connerie, je n’aurais pas dû m’en mêler. Je vais avoir une réunion informatique pour l’avenir du lycée, nous procédons à de gros changements, on m’a forcément demandé mon avis que je me suis empressé de donner comme un couillon. La moralité c’est que depuis le début de l’année, j’ai fait plus d’une vingtaine d’heures de bénévolat que j’aurais pu consacrer à autre chose comme tuer des aliens.

Je me rends compte que je ne vis pas, ne fais pas, mon métier comme de nombreux collègues qui ne s’impliquent pas, qui font le tarif syndical, ils ont certainement raison. Ils vivront plus vieux que moi, se posent moins de questions, font-ils pour autant plus mal leur boulot. Le fait de me remuer pour les enfants me paraît totalement légitime, et je suis content par exemple de poursuivre le travail que je fais avec ma chaîne Youtube, une bonne habitude du confinement. Un gamin la dernière fois avait fait du travail en plus, il m’a dit qu’il avait su le faire en regardant l’une de mes vidéos. C’est une manière d’individualiser le travail de façon franchement pertinente, l’enfant peut regarder à volonté, à son rythme pour comprendre. En ce qui concerne l’informatique, je me rends compte que je me fourvoie et je me donne cette année pour finir avec toute forme de responsabilité. L’idéal bien sûr, serait d’obtenir sa mutation et de remettre les compteurs à zéro.

Depuis que je suis devenu prof, l’aspect salarial m’a totalement désintéressé. Cela peut vous paraître étrange, mensonger, mais c’est le cas. À l’époque, quand j’étais ingénieur, j’appelais mon commercial qui répondait au surnom de Supermenteur en référence au guignol de Chirac à l’époque et je gueulais pour avoir du pognon. Dans ma profession, tous les efforts mis en place ne servent finalement à rien, vous gagnez par rapport à votre échelon, votre ancienneté et pas par rapport à vos efforts. Lorsque l’on évoque une revalorisation des salaires des enseignants, pendant pas mal de temps j’ai surtout évoqué l’importance des conditions de travail, plus que le pognon. Aujourd’hui, j’aurais tendance à avoir un avis un peu nuancé. S’il n’y a pas de revalorisation des salaires, les enseignants présents vont commencer à partir quand il sera impossible de recruter de jeunes profs. Mais la revalorisation de salaires n’est pas suffisante. Si on veut impliquer les profs, il va falloir sérieusement réfléchir à leur filer des sous par rapport aux actions qui sont entreprises et qui débordent un peu du cadre pédagogique. Chez nous ça devient compliqué de recruter un professeur principal, tout simplement parce que ce n’est pas assez lucratif par rapport aux responsabilités et au travail à fournir.

Il fut une époque où j’étais en quête de reconnaissance, où j’avais envie de m’impliquer, aujourd’hui la seule reconnaissance c’est le pognon qu’on me donne pour faire les choses. À nuancer bien sûr pour tout ce qui concerne l’extra-scolaire, la satisfaction de porter sa pierre à l’édifice de la société, d’aider le jeune à se construire n’a pas de prix, discours que je tiens à 45 ans, il sera peut-être différent dans dix ans quand davantage de désillusions et d’aigreur seront passées par là.

Je vous laisse, plus de 2100 mots et le petit Quentin essaie de me faire croire qu’il fait les choses de tête quand c’est sa Numworks qui travaille pour lui.

Cultures, épisode 64

mercredi 30 septembre 2020 à 21:36

Journées rouges et boulettes bleues c’est l’histoire d’un homme de 45 ans (sic), qui part en vacances avec ses deux fils, un ado caricature de l’ado et un gamin caricature du gamin, le chien. Sa femme est restée à Paris, il l’attend, elle travaille. Destination le village où il passait tous ses étés, à la recherche d’un passé perdu. Le chien disparaît et il le retrouve malheureusement écrasé, il dissimule son cadavre mais n’ose pas l’avouer à son jeune fils qui est déjà assez insupportable comme cela. Le reste c’est une succession de quiproquos, d’interrogations sur le sens de la vie quand on est à mi-parcours. J’ai bien accroché même si les auteurs font dans la facilité et dans les clichés, chacun jouant son rôle de cliché à la perfection jusqu’à la petite copine d’enfance retrouvée et qui a bien grandi …

Comme j’aime souvent à le rappeler, Netflix c’est quand même franchement le Canada Dry du cinéma. Ça ressemble un peu à du cinéma suffisamment pour ne pas trop ressembler à ces fameux films sortis directement en DVD avec Nicolas Cage ou Bruce Willis, mais pas assez pour concurrencer le cinéma traditionnel en termes de qualité. Freaks You’re one of us est une tentative de films de super héros du Netflix allemand et curieusement ça refroidit tout de suite. Mais pourquoi pas, soyons fous, Captain América et la fête de la saucisse à la bière, osons. L’histoire démarre avec une gosse à côté d’un énorme trou, on la retrouve des années plus tard dans un fast-food. Un SDF lui dit d’arrêter de prendre ses pilules, et lui explique qu’elle est un d’entre eux, il se jette enfin du haut d’un pont, sacrée conclusion pour un discours. C’est quand elle le voit quelques jours plus tard qu’elle est intriguée, et qu’elle arrête son traitement pour réaliser qu’elle est trop forte. Alors bien sûr à l’instar de tout film de super héros, il y a les gentils et les méchants, il y a les gens du gouvernement qui sont là pour tout contrôler. La problématique des films de ce genre c’est qu’à part dans incassable où l’on réussit à faire la performance de ne placer qu’un seul effet spécial avec une levée de voiture, le reste étant psychologique, le film Freaks You’re one of us on a un peu d’ambition. La moralité c’est que ça fait film de pauvre, déjà vu, ça fait passer un moment, on l’oubliera bien vite.

J’ai lu la série Elfes pendant pas mal de temps, j’avais d’ailleurs fait un billet spécial sur les séries elfes et nains, et puis j’ai un peu décroché. Après la bataille contre la nécromancienne, la série a perdu de son intérêt, on a franchi le cap des 28 tomes, la série étant divisée en six univers d’elfes différents, j’ai trouvé qu’il était devenu complexe de réussir à suivre. J’ai lu par hasard le tome 26, Raïten Kalhaal. Voici l’illustration de ma difficulté. Athé’non est le fils du roi d’Elsémur, c’est un personnage, qui je pense est intervenu dans les précédents albums, c’est un prince déchu. Pour oublier la mort de sa compagne mangée par les goules qu’il a dû tuer d’une flèche dans la tête, il s’est réfugié dans la drogue. Il a la mauvaise idée de voler une caravane, comme il est dans un sale état, il se fait capturer par des hommes. Ces derniers le traînent dans une ville où l’on fait combattre des elfes, des nains et des orcs, les hommes voulant l’anéantissement des autres races. On retrouve à mon sens, les qualités de la série, c’est-à-dire de la marave à tous les étages, des personnages charismatiques, des batailles épiques. Le problème par contre pour moi reste entier, la sensation d’avoir raté un épisode, et c’est la faute de la construction de la série qui à force de multiplier les personnages a fini par perdre le lecteur.

J’écrivais que Netflix c’était le canada dry du cinéma, ça marche aussi avec le documentaire. The social Dilemna est un docu drama sur les réseaux sociaux. Le docu drama c’est le documentaire qui mélange témoignage et image de fictions, je trouve que c’est une mauvaise idée. Les entretiens réalisés sont pertinents car ils réunissent de nombreux acteurs de la tech, des gens qui ont, qui ont eu des responsabilités dans de très grandes entreprises. Vous aurez donc droit à tous les poncifs du genre, la manipulation et j’en passe, c’est donc plus que du réchauffé, le documentaire n’apporte rien qu’on ne sait déjà et c’est certainement cela que je trouve le plus tendancieux. On dénonce souvent dans les réseaux sociaux la fameuse bulle de filtre, à savoir qu’on va suivre des gens qui vont nous conforter dans nos propres opinions. Avec un format particulièrement long de 1h40, les gens qui regarderont sont les gens qui ont la capacité de suivre un reportage de 1h40 sur une thématique qui les tient à cœur. Comprenez que le jeune, qui est pourtant le premier concerné sur la manipulation et les addictions, ce format n’est pas fait pour lui, aucun de mes élèves n’aurait la patience de suivre jusqu’au bout. Le reportage cible donc ceux qui savent sur la même mécanique que les réseaux, et n’apporte aucun nouvel éclairage à la situation. Passez votre chemin. À noter l’analyse de la journaliste de Numerama, j’ai écrit mon texte sans avoir lu le sien.

Maléfices – les contes d’Alombrar est typiquement la bande dessinée qui pour moi démarrait mal et finit particulièrement bien, je suppose que je ne suis pas le cœur de cible non plus. Une bande dessinée qui sera appréciée par les adolescents, avec un style qu’on retrouve de plus en plus, une influence profonde manga tout en pointant une appartenance à la bande dessinée franco-belge le tout dans des couleurs très vives. Le pitch donc, pas franchement original, dans un pays trois royaumes coexistent, deux royaumes humains, un royaume de démons. Le fils d’un royaume humain a disparu, le père prépare donc la guerre. Dans l’autre royaume, le roi envoie ses deux fils à tour de rôle, pour aller épouser la fille du roi des démons, et former une alliance afin d’apaiser les tensions. Le premier fils, un gros dragueur, finit dans le royaume des sirènes et passe son tour. Le second c’est quant à lui un homme avide, il fait donc une halte dans le royaume des nains pour profiter des trésors, et passe son tour. Il ne reste donc que la petite dernière, le roi tente la supercherie de la faire passer pour un homme. La malheureuse n’ayant reçu aucune éducation, a bien du mal à traverser la forêt, elle est secourue par une jeune femme qui est en fait la princesse des démons. Elles vont vivre des tas d’aventures, mais je n’en dirais pas plus pour éviter le spoil.

Bande dessinée donc franchement gnagnan sur le papier, encore plus quand tu as 45 ans et que tu apparais en guest star à côté de la définition du mot aigri dans le dictionnaire. J’ai pourtant dévoré ce one shot qui est très positif, très joliment dessiné, féministe de façon indéniable avec un côté les hommes c’est des pas beaux qui finit par se voir mais ça passe pourtant bien. Un agréable moment de lecture.

Lanfeust de Troy aura quand même fait des dégâts dans la bande dessinée franco-belge, à savoir un courant potache, limite du vulgaire où la forme d’humour qu’on essaie de faire passer nuit à la bande dessinée et c’est dommage. Questor fait typiquement partie de ce type de bédé qu’on sent de l’école de Troy, et c’est regrettable, l’intrigue n’est pas si mauvaise, le dessin est remarquable. À la fin de la guerre de Troie, un guerrier grec décide de devenir le premier enquêteur de l’humanité, écœuré par les massacres, il veut se dévouer à rendre la justice. Accompagné par son fidèle esclave qu’il décide d’affranchir, on le retrouve vingt ans plus tard, le plus grand enquêteur du monde grec. La justice a surtout laissé la place à l’argent, la fête, le vin et les femmes. On vient le chercher pour mener l’enquête en Atlantide, où l’on essaie de discréditer les prêtresses, les accusant d’avoir ouvert les portes qui retiennent l’eau de la cité. C’est donc assez prenant, même si c’est globalement bateau, le dessin est franchement réussi, mais l’humour raté omniprésent finit par rendre l’ambiance très lourde. On se rend compte du malaise dès les premières pages, quand le héros explique qu’il a bien connu Homère, sa femme Marge, ses enfants Bart et Lisa … Les mauvais gags s’enchaînent au détriment de la narration, on ne s’étonnera pas qu’on attende le tome 4 depuis 2014.

Florent est un jeune homme qui tombe amoureux d’une jeune fille anglaise. Elle lui dit qu’avec elle se sera l’amour vrai, la gosse qui s’appellera Lili et une maison en Normandie à manger du fromage. C’est effectivement la vie qu’ils ont eue, mais il n’avait pas prévu qu’il se retrouverait veuf à 40 ans. La bande dessinée arrive très rapidement sur un ferry au retour de son voyage d’Angleterre pour enterrer sa femme, et c’est un drame de plus, il perd sa fille. Ceux qui me restent est une bande dessinée complexe et si je vais trop loin je vais spoiler, néanmoins le titre vous donne une indication avec la typographie qui s’efface. Récit déstabilisant au départ, il devient particulièrement concret quand on a compris, et il faut reconnaître que c’est remarquable, dans le dessin, dans la construction des personnages, dans la narration. À lire.

Enrique Fernandez est un auteur et dessinateur qui fait des bandes dessinées très très joliment dessinées. Il s’était fait connaître il y a quelques années avec une adaptation du magicien d’Oz en trois tomes. Avec l’île sans sourire, il signe un one shot avec un dessin encore magnifique pour une histoire qui ne casse pas trois pattes à un canard. C’est l’histoire d’un géologue très triste, car il porte un lourd secret, qui vient étudier les pierres sur une île toute aussi triste que lui ou presque. Il est logé chez une dame dont la nièce est particulièrement joyeuse, invente des tas d’histoires extraordinaires et va essayer de redonner le sourire à ce pauvre homme. Alors effectivement l’histoire est plutôt bateau, le dessin et les dialogues réussissent à faire passer très bien l’ensemble.

Complément 113 : je voulais rester confiné, mon père m’a dit lé, lé, la

samedi 26 septembre 2020 à 21:23

Comme on le disait avec les collègues, je trouve que jusqu’à maintenant on s’en sort pas si mal. Comprenez qu’on vient de passer le cap des quatre semaines de la rentrée, qu’on est encore vivant, qu’on fait cours, et on est même encore ouvert. Forcément dans l’entourage, on a des malades de façon chronique, les résultats des tests sont longs à obtenir, et ils reviennent tous négatifs. La complexité actuelle c’est qu’on a pas mal de gens qui ont développé des états grippaux, de la toux, de la fièvre, et dans d’autres circonstances on aurait dit, tu as une grippette, mais le principe de précautions impose un dépistage systématique.

Je le répète assez souvent dans ma colonne, nous vivons un monde qui change profondément, nous vivons un monde où notre métier de prof prend de plus en plus de sens et pas pour apprendre le théorème de Pythagore. Dans mon établissement, nous avons pris du retard sur les sorties VTT de cohésion que nous devions réaliser, la météo a été pour le moins capricieuse. Les inondations dans le Gard c’est à 150 km de chez nous, la tempête qui est passée dans l’Aude sans vraiment s’en rendre compte, c’est chez moi. Oui, dans l’Aude, on a la tempête et la tempête forte, mais dans l’ensemble on vit dans la tempête, on s’en rend compte à ce qu’on ramasse au sol que c’était la tempête forte.

Les épingles mortes se ramassent à la pelle. La photo ne rend pas hommage à mon balayage de ce matin, il y en a pour plusieurs kilos.

Mes collègues de sport ont dressé un compte rendu de ces sorties VTT et leur constat est toujours intéressant. J’ai vécu pendant les années de ma jeunesse dans le mépris des enseignants de sport, à tort, comme dirait Saez, jeune et con. En effet, quand tu fais des études scientifiques, que tu n’es pas sportif, que tu vois des gros bœufs te dire de courir, tu as dû mal à comprendre l’intérêt. Aujourd’hui, même si mes collègues ne sont pas des philosophes, j’écoute toujours leur discours avec une attention particulière. Le professeur de sport est capable de vous parler des problèmes de motricité, de l’intégration du jeune au sein du groupe, et de tout un tas de paramètres que nous ne voyons pas nécessairement ou d’autres qui sont exactement à l’identique de ce que nous voyons en classe.

Mes collègues dépeignent des enfants dans un état physique catastrophique, de plus en plus ne savent pas faire de vélo, quand la grande majorité ne font plus d’activité sportive à l’extérieur de l’établissement. Ils soulignent aussi les problèmes pour comprendre des consignes simples. Si vous saviez.

J’ai demandé à mes élèves cette semaine de déposer un travail dans l’enveloppe de dépôt de SCOLINFO. Comme vous le savez, je prépare le reconfinement, même si on a très peu de chance que ça se produise étant donné qu’on sera certainement les derniers à fermer pour ne pas rendre les parents dingues. J’ai demandé une consigne simple, dans un document texte, coller les paroles de la chanson qui vous fait plaisir et la photo du chanteur. Vous vous doutez que j’ai bouffé du Jul même si un gamin m’a balancé allumer le feu de Johnny, je l’ai bien sûr signalé aux services à l’enfance. Je compte un quart des enfants qui n’a pas fait le travail, alors que j’ai passé ma semaine à gueuler, avec mon laïus parfaitement rodé sur le temps passé sur les réseaux sociaux et les cinq minutes que prend mon travail. Un quart des enfants m’a envoyé le travail par mail … Et c’est ici qu’on en revient à la consigne simple. Quand j’ai commenté ce travail en classe, j’ai dit à mes élèves. Vous décidez de faire des crêpes, et vous envoyez votre enfant chercher du lait, il revient avec du Coca. Est-ce que vous pouvez faire des crêpes ? Est-ce que cela correspond à ce que vous avez demandé ? Absolument pas et ils sont d’accord dessus. Il y a quelque temps j’aurais mis zéro directement pour travail non fait, puisque ce n’est pas le travail que j’attendais, mais quand je les regarde derrière le masque, le regard triste dans le monde de merde dans lequel nous vivons, dans lequel vivent mes enfants, je respire un grand coup, mal parce que mon masque est plein de ma propre flotte, et j’ai mis deux tiers des points pour valoriser le travail.

J’avais réunion parents professeurs vendredi et chacun se livre à un laïus comme tous les profs savent le faire. Dans les grandes lignes j’explique que depuis des années je ne cesse de revoir mes exigences à la baisse et que depuis quelques années maintenant pour les classes de collège je demande un porte-vues avec mon cours de maths qui est distribué depuis le début de l’année, parce que le cahier de maths, prendre un cours, c’est devenu trop compliqué pour les élèves. Cette année, c’est la première fois que j’ai des élèves qui sortent les feuilles et qui réussissent à les perdre car en fin de cours ils ne les ont pas remis dans le porte-vues. Les parents derrière le masque me regarde d’un air atterré, comme si c’était impossible et pourtant on en est rendu là. Sans être méchant, sans être stigmatisant, j’ai dit que jamais nos enfants n’avaient eu autant besoin d’aide, et qu’enseignants, parents, devaient s’unir même si pour cela il fallait préparer les sacs de son couillon de 14 ans des boutons plein la gueule et 1m70 au compteur.

J’espère que mon appel sera entendu. Pendant ce temps-là on vient de crever le plafond du nombre d’IVG en France, et quelque chose me fait dire que ce n’est pas fini, il y a quand même quelques questions à se poser avant d’avoir un enfant aujourd’hui. Quel avenir ? Une vie avec des maladies, des guerres, du chômage ?

On va essayer de continuer sur une note plus gaie. J’ai largement franchi les 1000 km avec mon Némo, la voiture qui porte un nom inspirant.

Némo plus proche du thon que du poisson rouge. À pas grand-chose on dirait le fourgon de Barracuda de l’agence tout risque.

La conduite en quatre chevaux c’était peut-être ce qu’il me fallait. Je suis forcé de rouler plus doucement, je double moins parce que doubler ça se réfléchit franchement, notamment sur mes routes. La conduite en quatre chevaux c’est la kryptonite de Cyrille BORNE. 1000 km et je me rends compte que j’ai dû mal à oublier le partner. Dix ans de conduite dans une voiture, vous maîtrisez le poids, la vitesse, le comportement, la machine alors qu’elle est plus légère, donne l’impression d’être plus lourde, freine moins, tourne moins, ce qui par rapport au partner pourrait sembler impossible. Ce qui par contre ne change pas, c’est Cyrille BORNE et la voiture du vendredi, car oui, on y est, il peut aussi le faire avec un Némo.

Je suis engagé sur la voie rapide dans les rocades de Béziers, la ville de Robert Menard, faut-il y voir un lien et le voyant d’huile se met à clignoter en rouge ……………………. Forcément tu te dis que tu es maudit, mais tu reprends la confiance quand tu vois un message qui te dit qu’il est temps de vidanger l’huile moteur. C’est une découverte pour moi, les deux appareils ont cinq ans d’écart et moi j’avais une clé 1000 km avant la vidange. J’avais aussi un compteur qui m’indiquait à combien de kilomètres j’étais avant la vidange avant l’allumage et une jauge électronique d’huile qui m’a bien dépanné. Comme quoi, la température, l’indication de la consommation moyenne ou d’autres gadgets, c’est pas franchement l’essentiel qui m’intéresse. J’appelle le garage et leur signale qu’ils ont fait la vidange sans réinitialiser le compteur. Et c’est ici que je fais le calcul que je vais devoir aller sur Narbonne lundi, soit cinquante kilomètres de plus pour quelqu’un qui roule déjà trop perdre du temps avec l’attente de pouvoir passer, de trouver le bon code. On se dit quand même que la réinitialisation de l’appareil, il doit bien y avoir une façon manuelle de le faire, et pourtant au gré des forums, les techniques données ne correspondent pas à mon modèle de Némo ou on écrit noir sur blanc, gravé dans la roche qu’il faut passer par la valise. Et puis je tombe sur ce message :

– mettre le contact

– appuyer sur l’accélérateur à fond et rester appuyé

– presser 7 fois la pédale de frein

– attendre 1 min en restant sur l’accélérateur, puis le relâcher

– couper le contact

– attendre 1 min

– remettre le contact et démarrer

Rien ne remplacera jamais les forums et certainement pas les réseaux sociaux tout pourris.

Je commence à raconter ça à mon fils, et je lui dis, le gars qui a écrit ça doit certainement prendre énormément de plaisir à imaginer des gars appuyer sept fois comme des cons sur une pédale de frein, et rester cinq minutes dans la voiture avec un peu d’espoir. Il y a ici un côté mystique, le gars vous aurez demandé de pisser autour de la voiture, on serait tenté de le faire. Il s’agit d’une solution que j’ai écartée au départ en pensant que c’était une plaisanterie et après avoir épuisé les forums, j’ai fait ce que tout être intelligent qui cherche une réponse à toutes les questions existentielles au monde aurait fait : aller sur Youtube.

On était avec mon fils dans la bagnole, pour partager ce genre de moment que seuls des hommes peuvent comprendre et après un échec au départ parce que je n’avais pas attendu la minute avant de redémarrer la voiture, ça a disparu. La fierté, la surprise, on a pleuré et bu des bières. Mon fils me racontait d’ailleurs une autre anecdote où cette semaine il a pu montrer qu’il était un homme. Dans une salle informatique, un optiplex 360 affiche le code 3 et 4. Il regarde son prof d’un air de bonhomme, et lui dit « faut ouvrir retirer la RAM et souffler dessus ». Peu convaincu l’auditoire se prête au jeu, la machine redémarre. Il m’a reconnu qu’il a connu ce moment de fierté, de toute puissance, que seuls les hommes peuvent comprendre et que désormais on l’appelle l’informaticien. Je suis heureux de l’avoir fait dépoussiéré des dizaines d’ordinateurs, comme l’entraînement de Tortue géniale dans Dragon Ball à porter des cailloux, il y avait un sens derrière tout ça, l’attente de ce moment.

Nous avons tous nos moments de gloire, et moi j’ai décidé de connaître celui-ci en utilisant scrcpy sous le regard médusé de mes élèves. À l’heure actuelle dans toutes mes classes dans lesquelles j’enseigne j’ai un TBI. Seulement sur le TBI je n’ai pas mes cours, je n’ai pour ainsi dire rien et je n’ai pas envie d’avoir un cloud en ligne pour faire de l’affichage ou aller sur mon onedrive et oublier de me déconnecter. J’ai fait des essais avec la chromecast en faisant un partage de connexion sur mon téléphone. Ça paraissait une bonne idée, ça fonctionnait à la maison mais le partage de connexion ne s’est pas fait au lycée, je n’ai pas creusé plus. J’ai demandé dans le forum une idée, et il est apparu le logiciel scrcpy. 

Le concept de scrcpy est simple. Vous passez votre téléphone en mode développeur, ce qui curieusement comme dans le Némo consiste à tapoter 6 fois sur le firmware de votre téléphone et vous activez le débogage adb par l’USB. Vous lancez le logiciel et vous avez l’écran suivant.

Quand on tourne le téléphone, ça tourne bien, l’affichage ne pose aucun problème, c’est la classe. L’idée c’est du fait de synchroniser mes contenus avec syncthing de pouvoir avoir l’intégralité de mes documents disponibles en un simple branchement de câble et éventuellement de profiter de quelques applications disponibles sur le téléphone. Vous noterez tout de même une cohérence dans mes propos, à savoir que mon téléphone n’est finalement qu’un outil de travail, je n’ai pas de second écran d’applications, tout tient. On voit bien ici inoreader, syncthing, outlook que j’utilise à la place de K9mail, le pronotes de mes gosses. Traîne un Word que j’essaie d’exploiter pour compenser les problèmes d’informatisation de mes élèves qui n’ont souvent que le téléphone portable pour travailler.

Cette semaine, je dois vous reconnaître que je me suis posé quelques questions quant à la poursuite d’utilisation de Libreoffice au lycée, avec les élèves, et pas pour mes besoins personnels. J’ai réussi à faire une première séance en « salle informatique », à savoir une demi salle avec des ordinateurs portables qui traînaient plus ou moins. C’est ici qu’on se rend compte que nos élèves sont gentils, ce sont des conditions de travail inacceptables mais c’est une autre histoire. Nous faisons réaliser aux élèves des étiquettes pour le magasin école, parce que les amandes sont arrivées au lycée. Dans notre chaîne de production, nos CAP ramassent et mettent dans les sacs, nos autres CAP font la vente, et nos troisièmes les étiquettes. Nous les faisons travailler en utilisant Libreoffice. Compte tenu du peu de place qu’il y a sur la maquette de l’étiquette, on leur fait utiliser les fenêtres textes. Jusqu’à maintenant parce qu’on conserve de mauvaises habitudes, notamment quand on est utilisateur de Libreoffice / openoffice depuis les débuts. Pour faire tourner jusqu’à maintenant c’était clic droit, position et taille, aller sur le menu rotation quand Word permet de faire une simple sélection sur l’objet et de faire une rotation. Partant du postulat que chaque élève a son compte office365, pourquoi ne pas travailler sur Word Online et tout mettre dans le cloud. J’ai trouvé la raison directement sur le site de Microsoft. En fait, j’ai cherché dans la version en ligne, à mettre une fenêtre texte, on ne peut pas, comme on ne peut pas mettre de Wordart, voici ce qu’on peut voir dans la doc :

Et c’est ici une petite leçon de plus qui ne m’interpelle plus car j’ai conscience de mes failles, je vieillis, je dois régulièrement me rappeler que je ne prends pas toujours les bonnes solutions et qu’il faut se remuer pour creuser, innover et faire mieux, ou différent. Je me suis rendu compte que dans le menu trop touffu de Libreoffice, en cliquant sur la fenêtre texte, on a une icone de rotation qui doit exister depuis un bon moment. J’ai fait un erratum à mes élèves en leur envoyant une vidéo, car c’est une nouvelle façon de travailler que j’ai désormais intégrée, des tutoriaux Youtube comme support. À noter que c’est la première vidéo que je réalise sur Windows et que je suis passé de Simple Screen Recorder à Vokoscreen qui existe aussi sous Linux.

Nous nous quittons bien évidemment sur Tonton du Bled, avec un Rim’K à l’instar d’un Johnny du rap qui est depuis passé à la trap comme tout le monde et qui continue à cartonner en faisant des millions de vues. La chanson a désormais plus de 20 ans (sic).

Que reste-t-il de mon librisme ?

dimanche 20 septembre 2020 à 19:12

De temps en temps j’aime bien m’arrêter et faire le point surtout quand j’ai balancé dans un dernier billet que j’allais faire installer Word pour mobile à mes élèves de collège.

S’il fallait évoquer les raisons pour lesquelles j’en suis arrivé là, je pense qu’il est difficile d’établir les points par ordre chronologique, mais plutôt par remplissage d’un vase qui a fini par déborder.

Le pragmatisme. Le pragmatisme, le vase a fini par déborder de façon très claire dans le confinement. Le fait d’être dans un monde professionnel très Microsoft, d’utiliser Teams, Onedrive, l’étau a fini par se resserrer un peu violemment autour de mes Linux. À la fin, c’était une utilisation de Teams sur Linux en utilisant Google Chrome, on a franchi franchement le cap du paradoxe et du ridicule.

Le but, plus de pédagogie, moins d’informatique. On le voit de façon claire depuis plusieurs mois sur le blog, on n’est plus dans le bidouillage, on n’est plus dans les solutions techniques bizarres, on est dans le comment essayer d’élever un peu le niveau de nos pauvres enfants, quels que soient les moyens à notre disposition. Si pendant des années le but c’était de coloniser le monde avec Linux, ce qui il faut le reconnaître est un cuisant échec, aujourd’hui le but est éducatif. J’ai aussi l’impression qu’avec une crise COVID, les plus de trente degrés au mois de septembre, des gosses perdus, l’urgence n’est plus de faire passer les gens à Linux pour fuir l’égide de Microsoft. En cours de SNT cette semaine, j’expliquais le principe de fonctionnement de notre réseau, et j’écrivais qu’il y avait une obligation de logs pour savoir qui s’était connecté à quel endroit dans le respect de la RGPD. J’ai ensuite expliqué que le principe des boîtes noires était partout et de façon générale la surveillance de masse. Personne dans la pièce ne savait qui était Edouard Snowden ni la NSA. On part de tellement loin d’un point de vue culture, et encore plus culture informatique, que la compréhension du logiciel libre face au logiciel privateur est purement anecdotique. Facebook, les fake news, la dopamine, il y a certainement des choses plus graves à expliquer à nos jeunes.

Je rêvais d’un autre monde.

La déception. C’est certainement ici le point le plus personnel, le moins discutable, une forme profonde de rejet de l’informatique car c’est devenu pour moi une source de tension avec les autres. Mes connaissances en informatique ont quand même réussi à m’amener à l’hôpital. Face à l’urgence permanente, au manque de volonté de comprendre, à l’immédiateté, il est apparu que les gens ont des comportements de crevards. Tout est dû, tout est acquis, vous êtes au service de l’autre car vous savez. Le monde du libre s’est totalement fourvoyé avec cette notion de gratuité mal comprise. C’est finalement les projets qui ne font aucun support gratuit qui ont raison, ou les communautés qui sont réellement soudées, où l’entraide a encore du sens. Le royaume du donnant donnant que ce soit sous une forme financière ou de coup de main. Le libre c’est finalement la porte ouverte pour profiter d’un technicien informatique gratuitement. Alors forcément, après toutes ces années à aider, toutes ces années de service, tu fais le compte de ce qu’il reste, de ce que tu as pu récolter car tu n’es pas mère Térésa et tu réalises que si c’était à refaire tu ne referais certainement pas les trois quarts de ce que tu as fait. J’aide encore mais moins, je traîne de plus en plus des pieds, je n’aide pas n’importe qui.

La performance. Pendant des années l’utilisation de Linux permettait de faire tourner de façon correcte des machines qui étaient très lentes sur Windows, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il faut être juste et voir les problèmes qui sont apparus :

Finalement, si on se débarrasse de l’aspect éthique de la chose, Linux et Windows sont dans le même bateau, jouent dans la même catégorie, et rien à mes yeux aujourd’hui ne fait pencher la balance chez le manchot.

L’utilisation d’un système propriétaire, ne rend pas l’utilisation de logiciels libres totalement hérétiques, si comme moi on fait l’abstraction de la récupération des données. Il faut en effet comprendre que dire j’utilise Linux, mon système d’exploitation ne m’espionne pas, et utiliser Facebook ou Instagram, c’est un grand coup d’épée dans l’eau. Je prends donc acte que je suis espionné par mon système d’exploitation, tout comme je prends acte que je suis espionné par mon téléphone. Par conséquent si j’utilise un logiciel libre, c’est qu’il est meilleur que les autres logiciels, y compris les propriétaires.

Alors que le projet a été abandonné par la fondation Mozilla, puis repris, un projet qu’on trouvait moribond, Thunderbird va certainement survivre à Firefox. L’explication est assez simple. Dans le secteur ultra-concurrentiel des navigateurs web, avec son propre moteur face à Chrome, Firefox est toujours en retard. Plus lent, gourmand, de mauvaises stratégies, le seul espoir pour moi qu’il reste au navigateur c’est de prendre une base Chrome et tant pis pour la fameuse diversité de l’écosystème des navigateurs. L’économie réalisée sur le développement permettrait d’en créer d’autres, des briques de liberté certainement. Je suis sur Opera, et le chantre de la liberté c’est désormais Brave, un héros qui a montré déjà plusieurs fois des failles. J’ai envie de dire que Firefox sera certainement le dernier navigateur grand public libre.

En ce qui concerne Thunderbird, comme je l’écrivais, l’explication est assez simple. Il n’y a quasiment pas de clients mails sur PC et c’est outlook qui tient le marché. Les gens utilisent les webmails car pour beaucoup ils sont incapables de configurer un client mail. Et pourtant, le multi-compte est pour moi indispensable, je gère cinq comptes mails différents depuis Thunderbird d’autant de fournisseurs d’accès différents. Le gain de temps est conséquent, sinon j’aurais dû jongler entre autant de webmails. On rajoutera à ça l’intégration de lightning, qui me permet de gérer mon calendrier sur grand écran et c’est un incontournable du monde du travail, largement supérieur à la version de base de Outlook livrée dans Windows 10.

Je pourrais utiliser Office365 pour la réalisation de mes cours et je serai quelque part gagnant. En effet, plus besoin de stockage, tout en ligne, une haute compatibilité avec mes outils de travail au lycée. Quelques points néanmoins font que c’est une solution que je réfute. Dans Libreoffice que j’utilise, l’éditeur d’équations mathématiques est un gain de temps considérable du fait de son langage texte qu’il est facile de transformer. En effet l’éditeur de Word impose une manipulation souris clavier trop longue lorsqu’on écrit souvent des maths. Si ma fédération utilise aujourd’hui Office365, ce ne sera peut-être pas vrai demain. De la même manière si aujourd’hui j’utilise Office365 demain si j’obtiens ma mutation pour l’éducation nationale, il faudrait que je mette la main à la poche pour continuer à utiliser l’outil, ce qui n’a pas d’intérêt pour moi. Par conséquent entre un tout en ligne accessible de partout mais qui pourrait un jour disparaître de mes usages de ma propre volonté ou non et une solution robuste en dur, je préfère Libreoffice. Il est toutefois nécessaire de faire preuve de rigueur, une conversion systématique en PDF que je vais copier coller dans mon Onedrive de façon à les récupérer au lycée avec la présentation qui va bien. En effet, une différence dans les polices de caractères utilisées ou de version de logiciel et on se retrouve très rapidement avec des décalages dans les textes, ce qui ne se produit pas quand on travaille en ligne, tout l’intérêt d’une solution centralisée.

J’évoque ici Onedrive et mon utilisation, elle est très ponctuelle et ciblée. Comprenez que même si j’ai un To de stockage, je ne l’utilise pas pour enregistrer mes données personnelles. S’il avait fallu regarder du côté des solutions de stockage cloud pour externaliser les données sensibles si la maison brûle puisque désormais la thèse du cambriolage où on irait voler une tour n’a pas vraiment de sens, ce serait sans aucun doute Google Drive. Microsoft et Google font une offre raisonnable, et j’ai l’impression qu’elles sont les plus intéressantes du marché avec 20 € par an pour 100 Go. 100 Go, personnellement ça me laisserait le temps de voir venir. Si bien sûr on fait encore une fois de plus abstraction qu’il s’agit d’un acteur du marché qui ira jeter un coup d’œil dans les fichiers, j’aurais davantage intérêt à prendre Google que Microsoft. En effet, d’un point de vue personnel, je n’ai rien chez Microsoft, si demain je quittais l’enseignement agricole, le seul compte Microsoft que j’ai est celui en lien avec la Xbox360. Par contre, du fait d’avoir un smartphone Android, je suis largement chez Google dont j’utilise déjà les services pour les contacts et l’agenda. On ne serait donc quelque part plus à ça. Néanmoins d’une part je me dis que je n’en suis pas encore là, et que d’autre part, 20 € c’est toujours 20 € que je pourrais mettre ailleurs.

La solution syncthing reste encore d’actualité chez moi et j’en reste très satisfait. Syncthing est un logiciel de synchronisation de fichiers décentralisés pour lequel j’avais fait une série d’articles. Voici à l’heure actuelle la structure chez moi.

Concrètement, les documents de mon épouse sont poussés automatiquement sur mon disque dur. Si sa machine tombe en rade, ça arrive chez moi. Mes documents sont pour ma part poussés automatiquement sur mon ordinateur portable et sur mon smartphone. J’ai un répertoire bd qui est synchronisé entre ma tablette et mon PC. Il y a quelqu’un qui avait écrit sur le forum qu’il s’agissait du type de logiciel qu’on finissait par oublier et c’est effectivement le cas.

Pour le reste, on est dans le très classique, Filezilla ou encore VLC. Mon passage à Windows n’a pas entraîné de changement radical dans mes habitudes, c’est principalement l’utilisation des logiciels métiers qui me poserait des problèmes si je devais lâcher Windows. Comme je l’ai déjà écrit, le confinement a joué le rôle d’un révélateur, d’un accélérateur. Je trouve que le libre francophone tel que j’ai pu le connaître ne va pas très fort. Peu d’engouement, peu d’articles, etc … La crise COVID a montré que pour assurer la communication, les gens avaient besoin de solutions robustes et qui fonctionnent, j’ai envie de dire professionnelle. Non seulement les solutions libres ont montré leur limite dans le déploiement même si l’état a mis un portail de logiciels libre pour répondre à une demande, mais aussi face à la RGPD européenne qui a sonné la fin de la récré pour les solutions alternatives. J’ai aussi envie de dire que si le libre en a pris un coup, certains acteurs qui se veulent professionnels ont montré qu’ils n’en avaient que le nom. SCOLINFO mon ENT est planté depuis hier matin, à priori dans cette société qui fait quand même de l’informatique, il n’y a pas d’astreinte parce qu’on sait bien que les élèves ne travaillent pas le week-end, élèves qui passent par Teams, logiciel de Microsoft pour me demander si c’est normal qu’ils n’accèdent pas à l’ENT. La boucle est bouclée ?