PROJET AUTOBLOG


Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

⇐ retour index

Cultures, épisode 65

dimanche 25 octobre 2020 à 07:00

Durant l’été 63 un père de famille apprend à son fils qu’il a une sœur née au Vietnam. C’est une grande claque forcément pour le jeune qui avait une autre image de son père et c’est le rejet direct, la sensation d’avoir été trahi par son géniteur et sa grand-mère qui était au courant. C’est justement chez elle qu’ils vont, avec la petite qui débarque tout droit de son pays d’origine. En 63 forcément, ce n’est pas la fête au Vietnam et on comprend que la petite a été éloignée pour sa sécurité. Le diptyque raconte au cœur de l’Auvergne la relation difficile entre le frère et la sœur, mais pas seulement, le racisme des locaux, la France des années 60 et j’en passe. Trop cliché, trop de clichés, une machine à clichés sur tous les thèmes. La guerre c’est pas bien, les paysans racistes c’est pas bien, être jeune et con c’est pas bien, mais à la fin on sait qu’il va devenir un gentil grand frère et parce que la rédemption c’est bien. Le récit est agréable à lire malgré tout.

Dans un hôtel luxueux, une jeune femme plaque mari et enfants pour partir avec un jeune surfeur. Tout le monde la condamne sauf un écrivain qui explique que la vie peut basculer. L’une des anciennes pensionnaires lui raconte une histoire, une histoire où sa vie à elle aussi a basculé en moins de 24 heures. 24 heures dans la vie d’une femme est l’adaptation d’un livre, on s’en rend compte assez rapidement car le niveau de français est particulièrement soutenu pour une bande dessinée, c’est même parfois décalé, ça fait un peu too much. L’histoire de jeunesse que nous raconte cette vieille dame, une passion amoureuse d’une journée est pour le moins passionnante. À lire.

Hippolyte c’est le nom de la bande dessinée mais c’est aussi le nom d’une ville secrète, uniquement tenue par des femmes qui ont décidé de se réfugier dans un univers western particulièrement violent. Violent, c’est vraiment ce qui ressort principalement de cette bande dessinée, plus que l’aspect féministe, c’est vraiment d’une sauvagerie assez rare. Ces femmes pour assurer leur survie se sont transformées en bandit qui ne laissent aucune chance à leur victime. Tout pourrait aller dans le meilleur des mondes possibles si un homme n’avait pas trouvé l’emplacement et si une ancienne membre qui avait quitté la ville n’était pas de retour. Plutôt accrocheur même si je trouve l’ensemble relativement décevant à la sortie, on se rend compte qu’on s’est contenté de lire une simple boucherie.

Au VII° siècle, pour une raison inexpliquée les morts ne meurent plus et deviennent des zombis. De l’autre côté de l’atlantique, plusieurs siècles plus tard, chez les Aztèques qui n’ont pas subi les invasions Européennes, on a ramassé de ces zombis qui sont arrivés sur les côtes. Le vieux roi qui les conserve depuis des années comme dans un zoo, imagine qu’ils détiennent le secret de l’immortalité puisqu’ils ne vieillissent effectivement pas. Il envoie son fils dans le vieux continent à la recherche de ce qu’il pense être la fontaine de jouvence. Nous les morts, est vous l’aurez compris une uchronie, uchronie d’autant plus surprenante qu’elle mélange tous les genres avec un côté prononcé pour the Walking Deads, mais qui utilise surtout une idée de Valérie Mangin dans Luxley. Souvenez-vous, il s’agissait des peuples d’Amérique du Sud qui attaquaient l’Europe et c’est robin des bois qui s’opposait. Le copier coller est d’autant plus frappant qu’ici aussi on a développé des navires de guerre volants. Pour en revenir à la bande dessinée, les personnages sont assez bien travaillés et on suit avec un certain plaisir ce monde en proie aux morts-vivants. Quatre albums pour une série finie qui si elle se laisse lire ne marquera pas franchement les esprits.

Le chanteur perdu est la meilleure bd que j’ai eu l’occasion de lire en cette année 2020 et c’est d’autant plus surprenant que cela vient de Tronchet, auteur bien connu de fluide glacial. J’entends par là qu’on n’est pas dans l’humour le plus fin au monde et on a ici une enquête passionnante, humaine, intelligente. C’est l’histoire d’un bibliothécaire qui fait un burnout. Aussi paradoxal que cela puisse paraître dans une profession où il ne se passe pas grand-chose, il ne supporte plus la masse de bouquins à lire, de vidéos à voir, l’infobésité en quelque sorte. Il se rappelle alors de sa jeunesse et de ce chanteur qui l’accompagne depuis une trentaine d’années, Rémy Bé. Et c’est à la recherche de ce chanteur au disque introuvable qu’il va se lancer du fin fond de la France jusque sur une île perdue. Drôle, émouvant, passionnant et le plus fou : vrai. Vous avez à la fin de la bande dessinée un carnet qui raconte comment Tronchet est vraiment parti à la recherche du chanteur de sa jeunesse. Plutôt que d’offrir un cadeau de merde à Noël, offrez cette bd.

Je suis joueur de la saga des Trine depuis le premier opus et j’ai envie de dire que je suis joueur de la saga des Trine depuis The Lots Vickings sur Amiga. Le concept est assez simple, vous incarnez trois aventuriers, un voleur, un magicien et un guerrier. Chacun a des capacités particulières qu’il est nécessaire de combiner pour pouvoir progresser dans l’aventure. On va donc enchaîner les casse-têtes qui vont permettre de retrouver un prince qui incarne ses cauchemars en monstre. Très joli jeu comme tous les Trine, mélange de 2D et de 3D, le jeu est dans la digne succession des autres et j’ai envie de dire que c’est un peu regrettable. Si on ne change pas une équipe qui gagne, on l’entend, reproduire pour la quatrième fois le même jeu finit par devenir lourd. Alors que j’ai tendance à terminer les jeux, j’ai arrêté celui-ci à mi-chemin. Dans les Trine, c’était le compromis entre l’aventure, l’action, les plateformes et la réflexion qui fonctionnait plutôt bien. Je trouve ici que c’est la réflexion qui est très largement mise en avant, trop, au point qu’on finit par se lasser. Je suis tombé sur une sorcière, un boss de fin, il est nécessaire de faire bouillir sa marmite en guidant un rayon de lumière. Après avoir réalisé trois parcours différents, je n’arrive pas à faire le quatrième, et je n’ai même pas envie d’aller regarder comment on fait sur Youtube. Comprenez que le jeu n’est jamais assez accrocheur pour donner envie, et que la répétition des énigmes n’apporte rien à une aventure qui n’a rien de bien passionnant.

Au far west, un cow-boy arrive, un taiseux, il a avec lui le corps de deux malfrats. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si celui-ci ne portait pas le nom d’un homme qui avait fait du grabuge dans la ville des années plus tôt et tué par le shérif. On pense alors à une vengeance, toutes les spéculations vont bon train mais aussi les histoires passées qui reviennent à la surface. Après la nuit est un one shot efficace à l’intrigue surprenante.

C’est toujours avec grand plaisir que je lis les bandes dessinées de Lupano à qui l’on doit par exemple Alim le tanneur, Célestin Gobe la lune ou ma révérence. C’est certainement bateau comme phrase mais je le pense, il s’agit certainement d’un des meilleurs scénaristes de sa génération. Avec l’assassin qu’elle mérite, l’auteur nous embarque à l’exposition universelle du début du siècle dans une histoire qui commence à Vienne. L’intrigue démarre avec deux hommes, des bourgeois, des hommes qui passent leur temps à faire la fête, à provoquer, abusant et jouissant de leur richesse. Ils relèvent le défi de créer une  » œuvre d’art », à savoir un jeune homme qui n’a rien et le transformer en danger de la société. C’est Victor, un garçon écrasé par la pauvreté et par son père qui va être l’heureux élu. Comme toujours avec Lupano, très difficile de savoir où l’on va, et comme toujours chez Lupano c’est drôle, c’est fin, c’est violent, c’est très bien écrit, et on se laisse embarquer dans l’aventure.

D’habitude à la Toussaint nous partons nous promener. Jamais très loin de la maison mais pas à la maison quand même. On ne va pas se mentir, mais dans un contexte COVID particulièrement prononcé, dans un contexte d’épisode Cévenol attendu mais qui pour l’instant n’a pas eu lieu, nous restons dans les parages. Il faut toutefois reconnaître qu’en termes de situation géographique on aurait pu vivre dans un endroit plus pourri, face à la mer, dans l’Aude, ça va. Ma femme comme j’ai dû l’écrire est fan de jeux de société, mon fils ça ne lui déplaît pas, ma fille c’est difficile il faut réfléchir et moi de force, la PS4 et ses zombis c’est mieux. Pour faire sortir mes gamins, ce n’est pas compliqué, il faut leur promettre à bouffer, pour une tartine de Nutella ils feraient le tour du monde. Le compromis donc c’est le comptoir ludique de Carcassonne un restaurant qui permet de jouer sur place.

Il s’agit d’un restaurant tenu par deux jeunes, en même temps je suis entré dans la tranche où les gens sont souvent plus jeunes que moi, tout est fait main, et c’est plutôt orienté végan. On mange bien pour pas cher, le repas complet et à 11 ou 14 €. Si vous voulez jouer, il faudra payer 2 € par personne, vous avez des gâteaux franchement bons à 3.5 €. À quatre 81 € ce qui est peu cher quand on sait que les gosses ça reprend forcément du gâteau. L’endroit est assez petit et n’a pas désempli du temps sur lequel nous sommes restés.

Il s’agit de notre premier « bar » à jeux et il est intéressant de se dire que ma femme pensait essayer des tas de trucs. Sauf qu’il apparaît que lorsque tu es dans un endroit bruyant, entre la vaisselle, les gens qui parlent, il est difficile d’appréhender de nouvelles règles. C’était donc une expérience intéressante pour elle, elle sait désormais qu’il faut qu’elle potasse les règles avant d’aller dans ce genre d’endroit. Pendant qu’ils étaient en train de se battre sur un jeu mystérieux avec mon fils, je devais occuper la fille qui a besoin de règles de jeux simples.

Nous avons sorti un unlock, que je ne connaissais que de réputation. Que de réputation, parce que dans la famille nous sommes très partagés sur le concept de jeu jetable. Trente balles pour trois heures de jeu et puis c’est fini, puisqu’il s’agit d’une aventure unique, d’un escape game. Le concept est assez simple, c’est d’ailleurs pour cela que je l’ai sorti, vous posez des cartes, chacune des numéros, vous résolvez des énigmes par des additions qui vous permettent d’atteindre d’autres numéros de cartes et vous arrivez à atteindre la sortie. On notera que vous devez parfois saisir des codes, ces codes sont validés par l’application qu’il est indispensable de télécharger sur le smartphone ce qui rend à mon sens le jeu doublement jetable. J’entends par là que les gars qui ont développé l’application doivent la mettre à jour pour qu’elle soit compatible pour les douze prochaines versions d’Android. Alors que le jeu sur table a la force de justement éviter l’informatisation, les écrans, pour assurer une jouabilité même lorsqu’il n’y aura plus d’électricité sur terre après une attaque de zombis, le mélange des genres est pour moi très mal venu.

Alors que ma femme et mon fils ne comprenaient rien dans le jeu qu’ils avaient sorti, ils ont fini par nous rejoindre pour une expérience à plusieurs plutôt convaincante. On en fera certainement un autre quand on y retournera, mais de là à acheter la collection, c’est une autre histoire.

Chemins

jeudi 22 octobre 2020 à 14:04

La première période d’un point de vue sanitaire a finalement été plutôt correcte. Alors qu’on s’attendait à un véritable drame, tout se passe plutôt bien dans l’ensemble et je dois vous reconnaître mon étonnement. Mes élèves sont âgés de douze à plus de vingt ans. Comme on ne redouble plus en France nous avons des quatrièmes très jeunes, comme les erreurs d’orientation sont très nombreuses, on a pas mal erré avant d’arriver à valider son BAC ce qui fait qu’on devient bachelier plutôt vieux. Faire appliquer les consignes sanitaires c’est relativement compliqué. Ce n’est pas compliqué dans le sens où les gamins ne font pas les rebelles et se prêtent facilement au jeu, c’est compliqué dans le rappel permanent, plusieurs dizaines de fois par heure. Alors comme j’aime à souvent le rappeler entre les gamins qui se collent, qui baissent leur masque et j’en passe, je ne vois que deux hypothèses :

Les Irlandais qui sont les premiers à reconfiner ont l’air d’aller dans mon sens puisque les écoles restent ouvertes. Si j’étais mauvaise langue, un brin calculateur, j’aurais envie de dire que le grenelle de l’éducation visant à revaloriser les salaires arrive au bon moment. Je n’ai pas commenté la décapitation de mon collègue et je ne la commenterai pas car elle dépasse le cadre de l’école. Il n’empêche que la crise COVID où les parents ont découvert ce que ça fait de garder un gamin à longueur de journée et cet acte dramatique que l’on va certainement combiner bientôt à une France fermée sauf pour les profs et leurs élèves, sont autant d’éléments qui sont à considérer pour graisser la patte de l’enseignant. Malheureusement c’est à tout le service public qu’il faudra graisser la patte, le personnel médical bien sûr, mais aussi la police qui se fait attaquer dans les commissariats, c’est tout le système qui se casse la gueule et ce n’est qu’un début. Rassurez-vous, je sais pertinemment que nous n’aurons que des miettes, une déception de plus comme pour les autres professions qui attendent au moins un peu de considération. Pourtant pas cher la considération.

« Detachment » voilà une bonne idée !

Si d’un point de vue sanitaire ça passe, d’un point de vue scolaire c’est mauvais, j’en prends acte et change de stratégie. J’ai tiré la sonnette d’alarme au niveau de mon établissement pour évoquer les résultats catastrophiques dans ma matière, situation que j’avais signalée l’an dernier au second trimestre avant le confinement. Nous avons plus de trois mois d’avance sur le planning de la cata, le confinement a fait de gros dégâts. J’ai déjà une classe qui n’a pas la moyenne en maths, nous ne sommes pas à la fin du trimestre, les choses vont donc empirer tout au long de l’année. La plupart du temps, la motivation s’effrite au fur et à mesure de l’année scolaire. Les bonnes intentions du début s’envolent plus ou moins rapidement pour un réveil face à l’examen, et encore.

L’explication est particulièrement simple, mes élèves ne font rien. J’ai donné un DM à me rendre avant les vacances. Quatre exercices, douze jours de réalisation, j’estime la charge de travail à moins de 1h30 soit moins de 10 minutes. Dans une classe, j’ai 45% des élèves qui n’ont pas rendu le travail et qui ont pris zéro. Je n’ai pas été trop regardant sur la triche car les élèves ont recopié des trucs qui étaient stupides les uns sur les autres, ceux qui ont donc triché sont plus proches des 7 à 12 que des 19. J’ai d’ailleurs écrit aux parents de ceux qui avaient 19 et dont je sais qu’ils ne sont pas l’auteur du travail. Pour un devoir maison donc, aucune de mes trois classes de troisième n’a la moyenne. Les résultats sont largement meilleurs quand le travail est fait en classe.

Je vais essayer d’être le plus clair possible, malheureusement c’est difficile car tout n’est qu’une question de choix, d’embranchements, quelque part un algorithme de positionnement.

Premier chemin, le travail. Les élèves ne font rien, alors ne leur faisons rien faire. C’est un positionnement que j’ai adopté pendant plusieurs années, à savoir que j’avais cessé de donner des devoirs maison à rendre sur feuille. J’ai arrêté de donner des DM lorsque dans une classe de première, je me suis retrouvé avec 17 travaux identiques. Je suis revenu sur ce point car il faut que les élèves produisent, c’est une consigne de l’inspection, on trouve dans le référentiel de la matière :

Les travaux de résolution d’exercices et de problèmes, en classe ou au cours d’une recherche personnelle en dehors du temps d’enseignement, ont des fonctions diversifiées :

la résolution d’exercices d’entraînement, associés à l’étude du cours, permet aux élèves de consolider leurs connaissances de base, d’acquérir des automatismes et de les mettre en oeuvre sur des exemples simples ;

l’étude de situations plus complexes, sous forme d’activités en classe ou de problèmes à résoudre ou à rédiger, alimente le travail de recherche individuel ou en équipe ;

les travaux individuels de rédaction doivent être fréquents et de longueur raisonnable ; ils visent essentiellement à développer les capacités de mise au point d’un raisonnement et d’expression écrite

Référentiel de l’enseignement agricole

Je pense être dans les clous, mes travaux ne sont pas très longs et permettent de maintenir les connaissances pour le DNB. Je rajoute en effet des exercices du chapitre précédent à chaque nouveau DM pour forcer les élèves à maintenir les connaissances. Dans le DM que j’ai donné, la grande majorité des élèves n’était plus capables de présenter une probabilité comme attendu, ce qui veut dire qu’effectivement, il faut réactiver les connaissances.

On part donc du postulat qu’il faut donner des DM, de façon régulière et pas des DM pourris. Je tire mes exercices majoritairement des sujets de brevet, donc ici encore, je ne suis pas trop mal.

À partir du moment où l’on a posé le postulat de « faut donner du boulot », arrive alors l’embranchement en lien avec le travail non rendu.

Jusqu’à maintenant mon positionnement était de tout faire pour que le travail soit rendu et d’éviter la bulle. C’est quelque chose qui me paraît évident pour quelques raisons. Le travail doit être fait, on ne peut pas laisser un élève ne rien faire, ce n’est pas bon pour lui, ce n’est pas bon pour le groupe. Mettre un 0 c’est planter une moyenne, c’est donc laisser l’élève s’embourber dans l’échec scolaire. Même à coefficient plus faible, un 0 plombe une moyenne. Il me paraissait légitime de tout faire pour que le gosse travaille, travaille le mieux possible, progresse, avance. Imposer que le travail soit fait c’est un nouvel embranchement. Je peux hors temps scolaire donner un nouveau travail, mais c’est du travail supplémentaire pour moi pour quelqu’un qui ne veut pas faire le travail. Je peux coller, mais c’est filer du travail à mes collègues de la vie scolaire et c’est encore ici discutable. Si je devais coller pour le travail non rendu, c’est plus de 20 élèves que je dois envoyer en colle. On peut partir du principe que si le travail n’est pas fait chez moi, il n’est pas fait chez mes collègues, ce qui est effectivement le cas, et qu’on peut mutualiser. Mais il y a ici un problème d’obstination qui nous dépasse, je vais essayer de ne pas trop perdre le fil.

Le cerveau d’un jeune

Pour un élève, nous avons dû téléphoner je pense entre quatre et cinq fois pour informer les parents qu’il ne rendait aucun travail. Les parents nous ont répondu à chaque fois que le nécessaire serait réalisé, il fait bien sûr partie des élèves qui n’ont rendu aucun travail. Ce gamin s’est pris plusieurs mercredi, cela ne le gêne pas plus que ça, c’est une nouveauté que nous constatons depuis quelques années. Avant on avait des élèves qui avaient des activités, qui n’avaient pas le temps, aujourd’hui vous pouvez mettre un mercredi après-midi, les gosses sont capables de passer trois heures plus ou moins déconnectés. La production n’est pas nécessairement meilleure lorsque l’enfant se retrouve seul face à sa copie pour un travail non fait. La colle ne sert à rien ou presque.

Petit résumé puisque je viens déjà de passer les 1300 mots :

Continuons. On avertit ou pas les parents ? À minima je vais une fois par jour sur l’ENT de mes enfants, même en période de vacances. L’ENT de mes enfants PRONOTES a l’avantage d’avoir une application smartphone et d’envoyer une notification s’il y a une nouvelle information. C’est certainement une pénalité conséquente pour SCOLINFO, on ne me retira toutefois pas l’idée qu’il s’agit d’une simple question de volonté. Avertir les parents c’est notre métier, s’il y avait un problème avec un de mes enfants j’aimerais pouvoir être averti, si je veux être averti en tant que parent, même si je me préoccupe de la situation de mes enfants, il est normal que je le fasse en tant qu’enseignant. Nouvel embranchement. J’avertis par téléphone ou par l’ENT ?

Il apparaît que lorsque j’envoie un message par l’ENT, moins de 40% des gens consultent. Je vous passe mes commentaires, mais je peux tout à fait comprendre que les gens ne soient pas à l’aise avec l’outil informatique, alors je prends mon téléphone. J’ai une petite toute gentille qui est en train de s’enfoncer, un peu de paresse mais une fatigue qui semble anormale. J’ai pris le téléphone et laissé un message sur le répondeur de son père. Bien sûr avec ma ligne personnelle, que je considère comme un outil de travail, même des élèves ont mon numéro de téléphone. Le papa ne m’a jamais rappelé.

De façon synthétique :

Alors forcément j’en prends acte et je me rends compte que le problème vient de moi. Au lieu de me faire du souci pour des enfants qui ne s’en font pas pour leur propre avenir, ni leur parent, ni l’école de façon générale, je ferai mieux de m’inscrire dans le moule et c’est ce que je compte faire :

Justice pas vraiment aveugle

J’ai une élève qui travaille particulièrement bien chez moi, qui en plus est sympa parce qu’elle s’occupe des élèves en difficulté. Elle m’aide donc. La petite a honteusement triché sur un de ses camarades à mon DM. Dans le cadre d’une justice aveugle je mets 0 aux deux sans savoir qui a triché. Le papa du garçon sur qui elle a triché me répond à 23h30 à mes mails. La famille est sérieuse, suit le gamin, je laisse le 19, je sais qu’il a ramassé à la maison et que je n’ai pas besoin d’en rajouter. La petite sera retenue pour faire un travail supplémentaire.

L’idée sous-jacente c’est d’une part d’arrêter de me stresser, d’autre part de valoriser les gens qui travaillent encore, élèves et parents. Et j’insiste bien sur élèves et parents. Dans certains cas, je sais que des parents font le maximum et que le gosse est horrible. Par respect pour les parents qui font le maximum, il est légitime de donner un coup de main car ces gens sont pour la réussite du système et de leur enfant.

À partir du moment où j’ai fait mon travail, que je me retrouve face à un public, parents et élèves qui est totalement hermétique, il me paraît difficile de m’en demander toujours plus. Je vais donc arrêter de m’énerver, aligner des 0, même si je vois bien un effet de bord.

Nous n’allons pas nous mentir, nous sommes dans une école construite dans le mensonge et dans l’hypocrisie. Nous mentons de façon éhontée aux parents, aux enfants sur leur niveau. Si les collègues œuvrent dans le même sens que moi, à savoir ne pas se poser de questions et cartonner, ce sont nos résultats au DNB et à l’orientation qui vont en prendre un sacré coup. Et c’est certainement ici que je me ferai taper sur les doigts, nous ferons taper sur les doigts, quand on viendra nous demander pourquoi nos élèves sont à 60% de réussite au DNB, n’arrivent pas à s’orienter dans les établissements de leur choix parce que les notes ne sont pas assez bonnes. L’hypocrisie est de tout bord, et je vois bien qu’on nous explique que si les enfants ne font pas le travail c’est certainement parce que nos cours ne sont pas intéressants. C’est le mythe pédagogique, il fonctionne toujours de façon formidable, la culpabilité d’imaginer que si le cours était inversé, avec des majorettes qui défilent toutes les quatre minutes, les élèves feraient le travail. C’est un leurre, il ne faut pas tomber dans le piège.

N’allez pas croire que je me dédouane, que je ne me remets pas en question, mais chez moi les points sont à prendre, il suffit de se pencher pour les ramasser, comme chez certains de mes collègues qui donnent huit points de questions à apprendre et les élèves n’apprennent pas. On peut toujours essayer de trouver une justification dans le goût des choses, malheureusement nous en revenons toujours au même point, certaines obligations, certaines corvées sont totalement incontournables et nous n’avons d’autres choix que de les réaliser. Je préférerai mieux passer mes journées à regarder la télé qu’à travailler un masque sur le nez, rime riche en é. La problématique c’est qu’un gamin doit être encadré par ses parents pour faire ses fameuses obligations. Sans rejeter la faute sur les autres, si les parents s’insurgeaient un peu plus sur un zéro pris pour travail non rendu, ça fonctionnerait certainement mieux de mon côté.

Je vais donc baisser la cadence, moins m’impliquer même si ça fait de la peine car c’est accepter l’échec, l’échec des autres et le sien de ne pas avoir été le Socrate qui a su donner l’envie de faire des exercices avec passion. Je connais par contre parfaitement l’issue, qui sera celle de se faire taper sur les doigts quand nos résultats seront devenus tellement mauvais qu’ils finiront par perturber quelqu’un de plus haut placé dans la hiérarchie. À ce moment-là les réponses, je les connais, il me suffira d’arrêter de donner des DM ou de donner des DM facultatifs pour que dans le monde de la bienveillance, seront valorisés seulement ceux qui les font même si c’est l’ensemble vide.

J’allais vous mettre le chemin de Kyo mais comme c’est une chanson que je n’aime pas, on finira de façon traditionnelle avec Jacky et Ben’j qui font le bilan.

Complément 114

dimanche 18 octobre 2020 à 12:08

De Easeus to do backup à AOMEI Backupper

L’ordinateur de ma femme c’est finalement un peu comme sa voiture, je devrais regarder plus souvent. C’est d’ailleurs ici qu’on se rend compte que l’informatique pour les gens normaux c’est mort. Je ne sais plus quelle manipulation je faisais sur son ordinateur et je me rends compte que son SSD est plein, il reste à peine quelques gigas. Les gens normaux non seulement laissent s’accumuler des tas de documents mais quand l’ordinateur est plein, disent l’ordinateur il marche plus, il faut le changer. C’est le fameux SSD que j’ai fini par recevoir par la poste. Nous passons d’un SSD de 120 Go à un SSD de 240 ce qui ne règle pas le problème de l’organisation où elle télécharge tout et stocke. Il est intéressant de voir que les gens gèrent leurs fichiers comme leurs objets. Mon épouse garde tout parce que tout objet peut avoir une utilisation pédagogique, elle télécharge des tas de ressources en pagaille qu’elle ne trie pas, donc qu’elle n’utilisera jamais. Je pense que je vais certainement adopter le positionnement de vider en cachette son disque dur pour mettre sur le NAS et purger au bout d’un certain temps. Elle ne se rendra certainement compte de rien.

Jusqu’à maintenant la procédure de transfert de disque dur à SSD, c’est Easeus to do backup avec le SSD de destination sur un câble USB. La procédure est identique de SSD à SSD. Il se trouve que je me suis retrouvé en échec avec des codes erreurs qui ne veulent rien dire, ce qui m’a particulièrement irrité. Quand ça ne marche pas j’aime bien savoir pourquoi, à fortiori en informatique où l’on ne doit pas sortir la boule de cristal. J’ai tenté de le faire avec Clonezilla ce que je ne fais jamais car d’habitude ça ne fonctionne pas et ça a été le cas présent, il voulait faire un fsck sur la partition système ce que j’ai refusé. Alors on finit toujours au même endroit, alternative.to. Dans les logiciels connus, sort assez rapidement AOMEI Backupper, qui fait penser à Easeus to do backup mais dans une version simplifiée. La version standard fait le job en quelques clics et sans message d’erreur bizarre :

Le clonage se fait sans intelligence, c’est-à-dire qu’il va copier les 120 premiers gigas sans même prendre la peine d’agrandir la partition serrée et faire propre. Il faudra reprendre tout à la main, avec dans la famille AOMEI, AOMEI Partition Assistant. Ici encore dans sa version gratuite le logiciel a fait le job, déplacer la partition de 500 Mo à la fin du SSD pour pouvoir agrandir la partition principale. Le job est fait sans même faire un reboot, à suivre donc.

Toujours pas de réseaux sociaux et c’est tant mieux.

Je n’arrive pas à trouver l’article où j’y fais référence mais cela doit être dans la période du confinement où j’ai coupé littéralement les réseaux sociaux. Il y a six mois nous vivions une période particulièrement anxiogène, dangereuse pour l’esprit. Tout le monde balançait ses angoisses, l’isolement, la peur, la maladie, la mort. Dans ce contexte de terrorisme, de terreur tout court, crise économique, de seconde vague qui revient en force, je pense que cela relève du masochisme aujourd’hui d’affronter ça, de se connecter et de se prendre un torrent d’angoisse dans la face.

Si je devais noter un point négatif, c’est de ne plus avoir de contact avec mes anciens élèves mais je me rends compte que c’est aussi un point positif. Je n’ai pas assez d’amour à donner, je n’ai pas assez d’attention à donner, c’est trop compliqué. Au quotidien je dois me rappeler que la fille de ma collègue est dans le plâtre, prendre des nouvelles du père d’un autre, une multitude d’informations que la politesse m’impose de retenir et de replacer dans ma dimension sociale quotidienne. Tellement d’informations que j’ai même oublié de demander à une collègue comment s’était déroulée son inspection, le point d’orgue d’une année d’enseignant. Si je devais être en contact avec l’ensemble de mes anciens élèves avec qui j’ai souvent de bonnes relations, la correction voudrait que je retienne un maximum d’informations et c’est totalement impossible.

Et c’est ici qu’on se rend compte que les réseaux sociaux biaisent totalement la relation humaine en faisant croire que vous avez des tas d’amis, juste parce que le réseau vous a soufflé la date d’anniversaire. Interagir dans la vie des gens pour de vrai c’est compliqué, penser, spontanément et pas par un rappel qu’il faut prendre des nouvelles, ça ne se fait pas tout seul dans un monde où l’on n’a jamais le temps.

Alors nécessairement si on fait le point sur l’abandon des réseaux :

Ma chaîne Youtube est anecdotique et je crois qu’on l’aura compris je ne ferais jamais Youtubeur, trop paresseux, trop vieux, trop tout ce que vous voudrez. Trop paresseux c’est une évidence, mon concept de maths à l’arrache me correspond bien, aller vite, aller à l’essentiel, c’est un outil pédagogique. Si je devais écrire tout ce que je fais en vidéo ce serait trop long, l’intérêt de montrer le geste avec les moyens mnémotechniques, la parole, on fait travailler davantage d’intelligences. Avec les années, il faut que ce soit facile même dans les jeux vidéos, que ça ne demande pas trop d’effort, écrire n’est jamais difficile, écrire sur ce qui m’intéresse, ça va vite. Pour les vidéos, c’est un outil pédagogique pertinent, je déleste des explications, quand un gamin me dit qu’il n’a pas compris et que je ne peux pas matériellement prendre le temps, je l’envoie me regarder, me mettre en boucle, me manipuler et ça marche plutôt pas mal pour qui veut s’en donner la peine.

Certains blogueurs sont devenus Instagrameurs, Youtubeurs, ont même lancé leur chaîne tiktok et c’est terrible de voir des gens qui doivent être pas loin des 40 ans tenter de se mesurer à des petits jeunes, dans un monde de jeunes, fait pour les jeunes. Le résultat est sans appel : à fuir son blog on fuit le cœur de métier, on fuit finalement son fonds de commerce. Être partout à la fois c’est typiquement notre société, et c’est pourtant justement ce qu’il ne faut pas faire, à mon sens. On se divise, on disperse les contenus, on doit se former aux nouveaux mediums au lieu d’être performants dans le cœur de métier. C’est un des reproches que je fais à l’informatisation à outrance dans la pédagogie, utiliser tous les outils du monde pour finir par oublier qu’avec une craie, un tableau, une posture de bonhomme, on est Socrate.

En étant davantage ici plutôt qu’ailleurs, j’enrichis en contenu, en présence, en animation du forum et c’est environ 300 lecteurs de plus par jour que j’ai gagnés, sans me forcer. Ne jamais se forcer. Bien sûr, il faut avoir conscience de la limite du système. Quand il y a quelques années certains élèves venaient lire mon blog, aujourd’hui ils en sont totalement incapables, c’est inabordable ne serait-ce par le niveau de français pourtant modeste. On mourra tous ensemble, les vieux qui êtes calés devant l’écran, et tant pis pour le renouvellement du lectorat, tant pis pour le jeunisme, ils n’ont qu’à s’élever pour comprendre.

Je ne peux que vous inciter à en finir avec les réseaux sociaux, ou en tout cas faire le bilan de ce que vous ça vous apporte. Une pause pour faire un essai, pour vérifier si c’est un véritable manque dans sa vie peut-être une alternative intéressante.

Fyde OS le ChromeOS chinois

J’en avais parlé dans mes essais sur le D255, la possibilité de transformer un ordinateur portable en ChromeOS avec Cloudready et les tests que je voulais réaliser avec son concurrent Chinois Fyde OS. Fyde OS apporte donc par rapport à Cloudready le support de Android et ce n’est pas rien, néanmoins même si en vieillissant on devient moins tatillon sur la sécurité en filant tout aux GAFAM, l’OS Chinois est quand même une grande étape à franchir.

Au niveau de l’installation quelques bricoles à dire par rapport à Cloudready. J’ai réalisé l’installation avec balenaetcher, au boot on vous propose cinq choix, image A, image B, image A vérifiée, image B vérifiée, et boot alternatif. C’est le boot alternatif qui a permis d’arriver à l’écran d’accueil en Chinois qui se modifie assez rapidement. Plus problématique mais contournable, le fait que le chip Wifi ne soit pas reconnu, j’ai dû faire l’installation en ethernet. Pas d’internet pas de possibilité d’installation de la machine. Il est impératif de créer un compte Fyde OS, l’opération nécessite un mail, un téléphone, et éventuellement un compte telegram. La première impression est décevante à savoir qu’on se retrouve strictement sur la même interface que Cloudready, l’installation est dissimulée. Si vous regardez le market en chinois sur la gauche, qu’il est à priori possible de franciser, il faut installer l’application qui permet d’installer l’OS sur l’ordinateur.

Je dois reconnaître que je me suis arrêté très vite :

La moralité c’est que je passe mon tour mais je crois peu dans ces alternatives au Chromebook qui deviennent des machines de plus en plus séduisantes en proposant le meilleur d’un peu tous les mondes. Le prix d’achat aux environs de 300 € n’est pas si excessif, néanmoins l’obsolescence programmée pour ces appareils, même si 7 ans environ c’est pas mal, ne me donne pas envie sachant que je n’achète que mon matériel d’occasion.

Info conso

Si vous suivez un peu le forum, on a un post sur les masques. Comme j’ai déjà dû l’écrire quelque part, si au départ j’étais le seul à la maison à prendre du plastique parce que le tissu ça ne passe pas, les gosses y sont passés. À un moment dans le courant du mois de septembre, il n’était par rare de voir à 20 ou 25 balles d’euros des masques par 50. Pendant pas mal de temps j’ai acheté sur le marché de Saint-Pierre au tarif maximum de 10 € les 50 masques. Étant d’un naturel prudent, on me connaît, et crevard, on me connaît aussi, j’ai parallèlement lancé des achats à 11 € les 150 masques sur Internet. Je pars en effet du principe qu’on peut monter les stocks parce que nous serons masqués pendant une bonne année facilement. La livraison devait se faire depuis la Belgique, finalement la livraison n’a pas eu lieu c’était hier. Je me rends compte qu’en ce moment je multiplie les achats sur Internet parce que je ne trouve pas nécessairement ce que je recherche en supermarché, parce que c’est vendu à des tarifs de dingue, parce que parfois je cherche des produits très spécifiques comme une pièce de tringle à rideau où j’aurais dû acheter le kit complet chez Bricodepot. Je me rends compte aussi que la quasi-totalité des achats est réalisée sur Amazon qui reste le plus intéressant à tous les niveaux : tarif, variété des produits, mais surtout un paramètre qui devient de plus en plus problématique, la livraison. Je pense que nous allons vers une restructuration importante de la poste, qui s’accompagne indéniablement d’une baisse de qualité de service, en tout cas chez moi, les colis qui arrivent jusqu’à chez moi, ça ne fonctionne plus, c’est un sur trois facilement pour lequel je dois intervenir.

Le char Leclerc, une plaisanterie du forum

La moralité c’est qu’après l’offre de Leclerc à 4.95 les 50 masques, on a vu un alignement dernièrement du marché, Electrodepot ou encore intermarché proposent des tarifs à 5 € les 50 à la louche. La moralité c’est que si j’ai perdu mes 11 € de commandes plus haut, ou que je reçois la moitié des masques, un seul lot sur les trois commandés, j’aurais mieux fait d’acheter en France à tarif un peu plus élevé.

Depuis le confinement, les livraisons, chez moi en tout cas, sont devenues très problématiques. Il vaut donc mieux rouler un peu plus pour faire le tour des supermarchés que de tenter d’acheter chez des vendeurs tiers et parfois même renommés (Corsair pour ne citer que lui), et batailler pour localiser sa commande ou même se faire rembourser.

Acer Aspire One D255. Une machine de 2011 en 2020. On fait comme on peut.

vendredi 16 octobre 2020 à 06:52

Le EEE PC est la machine qui m’a fait franchir le pas de l’achat d’un ordinateur portable. À l’époque 300 balles pour un ordinateur même aux caractéristiques plus que limitées, avec du 7 pouces, c’était une véritable révolution. Malheureusement, tout le monde s’est engouffré dans le marché pour produire des machines plus lamentables les unes que les autres, et c’est ainsi que cet Aspire One D255 que m’a donné une collègue n’a jamais pu être utilisé ou presque.

Voici les caractéristiques de la machine :

On sait qu’on part de loin même de très loin, et si toutes les caractéristiques sont déplorables déjà à l’époque pour une machine de 2011 ce qui va retenir le plus l’attention c’est le 1 Go de RAM. Le 1 Go de RAM c’est une logique à cette époque où la RAM était chère, et c’est forcément une hérésie même pour faire tourner Windows 7 starter. L’autre point c’est le processeur Atom, car à cette époque et même sur des machines plus modernes, on a mis en pagaille ces processeurs bon marché. Le problème c’est qu’une bonne majorité d’entre eux sont 32 bits, si bien qu’on comprend que c’est mort, étant donné que Linux tire de plus en plus un trait sur cette architecture. Ici tout va bien quand tout va mal, le petit processeur à 1.66 Ghz est en 64 bits. On rajoute à ça un disque dur en 5400 tours et nous comprenons que nous avons affaire à un veau. Le premier réflexe c’est d’optimiser le hardware à pas cher, avec une barrette de RAM qui traîne, malheureusement le PC n’ira pas au-delà de 2 Go de RAM, on comprend que Windows 10 c’est dead donc Windows c’est dead. En ce qui concerne le démontage, c’est une véritable purge, accéder à la RAM et au disque dur c’est faire un démontage du clavier, des vis sous le clavier, d’autres vis encore pour espérer retirer la trappe et avoir accès à l’arrière. N’ayant pas de SSD disponible et ne voulant pas investir pour une machine qui n’en vaut pas la peine et qui sera destinée à une collègue qui a besoin d’un appareil pour lire ses mails, l’upgrade se limite à la grosse merde, avec deux gigas de RAM.

Oh la belle rouge !

Windows est éliminé, il va nous rester deux alternatives, Cloudready et Linux. Cloudready est un fork de ChromeOS à destination on dira des entreprises. Pourquoi des entreprises ? Tout simplement parce que Cloudready ne prévoit pas d’intégrer les applications Android comme c’est le cas depuis quelques versions de ChromeOS. Il faudra regarder du côté de FydeOS que je me mets de côté, un fork Chinois, déjà ça casse un peu l’ambiance. Je pense que c’est une erreur stratégique ne pas suivre ce que fait Google, je pense que c’est une erreur stratégique par rapport à la productivité. Je pense notamment à Teams et le partage d’écran qui ne peut pas être réalisé depuis le navigateur, j’ai fait le test, ou encore la limitation aux produits online de Microsoft. Vous me ferez remarquer et à juste titre que j’ai pris un exemple complètement pourri et qu’à part me plaindre de ne pas réussir à faire tourner Safari, j’aurais pu difficilement trouver mieux ou pire.

Alors effectivement on pourrait considérer qu’il faut être idiot pour acheter un chromebook et faire tourner des applications de la concurrence quand Google propose une suite bureautique complète. Néanmoins ce n’est pas si idiot, lorsqu’on sait que désormais Microsoft contamine largement le monde d’Android avec ses applications. Le fait de refuser l’intégration du market Android, c’est se limiter uniquement à ce qui se fait sur le web et on peut se retrouver effectivement très limité si on n’est pas un utilisateur total ou presque de l’écosystème Google. Bien sûr, la possibilité d’installer des produits Linux pourrait faire la différence, mais on passe par de la ligne de commande, du bidouillage et de la vieille version de Debian.

Par le fait, mettre Cloudready à quelqu’un c’est aller directement face à des problématiques simples comme « je ne peux pas taper une lettre ». Et c’est pourtant dommage car le démarrage est relativement rapide, le lancement de Chromium aussi, la navigation pas si catastrophique, on coincera bien sûr sur Youtube où le lancement de la moindre vidéo met à plat la machine.

j’ai déterré une vieille image du blog, je reviens en effet assez régulièrement sur Cloudready

Donc Cloudready, trop de prise de risque, on passe aux distributions Linux. Avant d’évoquer les distributions et les très nombreux articles sur le sujet qui prêtent à sourire, Ventoy. Ventoy est un logiciel de réalisation de clé USB bootable et multi-distributions qui écrase complètement la concurrence pour son principe de bon sens. Lorsque vous fabriquez une clé bootable, le logiciel va réaliser une procédure sur l’image iso qu’on pourrait apparenter à une décompression sur la clé USB, et c’est particulièrement long. La force du concept Ventoy c’est que vous avez une partition dédiée au logiciel et une partition sur laquelle vous allez copier coller les iso directement sans vous poser des questions. Ce système est un gain de temps considérable et surtout encourage à mettre la dernière version de la distribution régulièrement. En effet, du fait de devoir faire des opérations plus ou moins longues pour récupérer la dernière iso, je finissais par avoir des clés USB multi-systèmes obsolètes au point de ne faire que des clés USB au besoin.

Il sort des versions de Ventoy assez souvent pour prendre en charge de nombreuses distributions atypiques, sous Windows on a une interface pour installer ou mettre à jour qui ressemble à ça :

Alors effectivement les articles qui vantent les mérites des distributions sont légion et une fois de plus je constate avec désespoir qu’il s’agit de publicité mensongère ou d’articles bateaux qui sont écrits par des bots. Il faudra essayer de se rappeler au moins ceci : l’utilisation d’un navigateur moderne condition nécessaire pour accéder à l’ensemble des sites internet sans problème met un PC ancien à genou. Aujourd’hui pour avoir un certain confort d’utilisation, il faut compter 8 Go de RAM. On comprend dès lors qu’avec 2 Go quoi qu’on fasse ou presque, c’est plus ou moins mort. Quand on voit comment Firefox sort les rames pour essayer de maintenir vivant son moteur de rendu, on imagine bien que les navigateurs alternatifs en ligne de commande ou dans le même style ne permettent pas une navigation normale.

J’ai lancé Slitaz qui est à mon sens une des distributions les plus abouties dans la légèreté, la faute à pas de chance, le chipset wifi n’est pas reconnu, c’est un des problèmes parmi d’autres qu’on rencontre chez Slitaz comme le manque de logiciels. J’ai voulu voir ce que devenait Puppy Linux distribution elle aussi réellement adaptée aux machines anciennes. La force de Puppy Linux c’est bien sûr sa légèreté, mais surtout l’expérience. Les gars font leur distrib depuis des années, et n’ont pas dévié de leur trajectoire, pour le meilleur et pour le pire. Le pire c’est l’interface dégueulasse et vieillotte.

Se connecter à un réseau wifi c’est compliqué, next. J’ai fait un essai sur Linux Lite qui a bonne presse et qui revient souvent dans les classements où l’on prend peu de risque. Linux Lite est une distribution basée sur Ubuntu et Xfce et le fait d’avoir dit qu’elle était basée sur Ubuntu dit ce qu’il faut savoir. Une fois de plus c’est très lent, Firefox met presque une minute pour se lancer malgré les ressources très basses déclarées dans les « tests ». J’ai rapidement zappé la distribution. Voir Ubuntu Mate, Xubuntu ou même Lubuntu où les développeurs ont arrêté de dire que c’était une distribution dédiée aux vieilles machines pour simplement dire qu’on était sur une distribution comme les autres à base de LXQt, c’est à se demander quels sont les essais réalisés par les « testeurs ». Mon choix a fini par se porter sur Q4OS.

Q4OS est typiquement la distribution à qui l’on ne donne pas sa chance sur le papier. La distribution est basée sur Debian ce qui est un excellent point par rapport à Ubuntu mais surtout sur Trinity qui est le fork de KDE 3.5, tout se joue à l’âge playskool. N’allez pas voir une nostalgie particulière, mais il se trouve que le rendu est accessible, assez léger pour être utilisable même si l’utilisation de Google Chrome reste forcément peu rapide, l’ensemble est honorable pour une machine de ce type. Le choix des logiciels est assez varié, l’installation est accessible aux débutants, même si je dois reconnaître que j’ai dû m’y prendre à deux fois pour le Wifi.

La moralité de ce billet c’est qu’il faut pour ma part faire preuve d’une prudence conséquente quand vous donnez une machine à quelqu’un ou même quand vous conseillez une machine.

Nous nous quittons bien sûr sur 2010, parce qu’on est en 2010. J’ai écrit ce billet de façon très laborieuse sur plusieurs jours ce qui n’est pas le genre de la maison, je dois reconnaître qu’avoir corrigé 150 copies cette semaine et beaucoup couru n’ont pas aidé, il est plus que temps d’arriver en vacances.

Monsieur robot

samedi 10 octobre 2020 à 14:54

Comme vous le savez j’ai changé de voiture, pour l’instant je n’ai pas vraiment à me plaindre du Némo, même pas de son nom ridicule, peut-être un peu la consommation mais je roule trop en ce moment. Je me suis fait une frayeur en allant à La Jonquera en Espagne. À un moment vous avez une côte assez violente sur un viaduc qui fait peur, j’ai dû tomber en quatrième parce que quatre-vingt-dix en cinquième, ça ne montait plus. Et là je me dis qu’on était que deux dans la voiture, avec les deux monstres à l’arrière, j’ose à peine imaginer une promenade dans l’arrière pays de l’Aude où ça monte et ça descend, ça monte surtout. La Jonquera pour ceux qui ne connaissent pas c’est le piège à touristes pour les gens qui passent à proximité de l’Espagne, c’est accessoirement le réservoir de la France qui picole et qui fume. Les taxes n’étant pas les mêmes qu’en France, quand j’achète du Sanex en pagaille, les gens achètent des litres d’alcool, et c’est vrai, des chariots entiers.

Un symbole pour attirer le pigeon Français

Ma femme voulait du parfum, moi je voulais du Sanex et du nougat, aller en Espagne c’est désormais un prétexte, la France est devenue plus intéressante ou presque. Je pense que le centre commercial finira par faire faillite. Alors effectivement un mercredi matin, ne voir personne c’est un peu normal, mais c’est quand même bien vide et l’explication est assez simple. Les prix sont exorbitants, il y a peu de choix et surtout aucune originalité dans les produits à part un peu au niveau de l’alimentation. La mondialisation dans la consommation a nivelé l’ensemble, rien ne permet de faire croire qu’on est en Espagne à part les gens et encore. Aller en Espagne de chez moi, c’est environ 20 € d’autoroute et 15 € de gazole, c’est amorti à l’achat du parfum. Les chaussures, les vêtements qui étaient plus intéressants il y a encore quelques années, ne le sont plus, mieux vaut acheter sur Internet que physiquement. D’ailleurs mieux vaut tout acheter sur Internet, l’Espagne a tout de même un avantage sur la France, les magasins sont pleins. Je trouve que désormais les rayons des magasins français se remplissent moins vite, qu’il y a certains produits qui mettent du temps à arriver, comme une incitation à acheter en ligne, comme une préparation à ce que sera demain : le drive sinon rien.

Pendant que je suis en train de renifler toutes les senteurs possibles et imaginables avec un grand garçon de 1m95 qui fait preuve d’une patience monumentale face à ma femme qui aura sniffé l’ensemble du magasin, la poste passe chez moi pour me déposer ma carte grise en accusé de réception. Je n’y suis pas mais ce n’est pas grave, la poste permet de positionner un nouveau passage gratuitement en allant sur le site internet qui va bien. C’est quelque chose que je fais de façon régulière. Nous sommes le mercredi après-midi, j’ai jusqu’à minuit pour modifier le passage, le site me dit qu’il est impossible de le faire pour cette lettre. Je prends mon téléphone et appelle le 3631 pour tomber dans l’enfer de la déshumanisation. À une époque pas si lointaine, le robot vocal était une façon de trier les appels, et on finissait toujours par pouvoir tomber sur quelqu’un. En m’y reprenant à plusieurs fois, je finis par tomber sur quelqu’un, ligne de basse qualité et accent étranger, je suis quelque part dans le monde, pas en France. Je peine à me faire comprendre, mais la dame finit par me dire que le système est buggé, elle me dit qu’elle transmet tout de suite l’ordre au facteur de repositionner la lettre samedi. Je serais bien allé à mon bureau de poste, mais il est ouvert deux heures par jour du lundi au vendredi, on m’a dit que j’avais encore la chance d’avoir un bureau de poste … Vendredi ma poche vibre et voici ce que je trouve :

Pour ceux qui doutaient que j’invite tout et que je n’habite pas à Saint-Pierre la Mer mais à Melun Plage.

Je suis plutôt furax, je prends mon téléphone et je repasse par le même service, toujours dans un pays gorgé de soleil. J’explique mon cas, la femme me dit d’appeler le 3400. Je me rends compte après qu’il s’agit du service de l’ANTS qui permet d’effectuer le renvoi dans le cas où la carte grise serait restée au bureau de poste pendant 15 jours. Pour la sixième ou septième fois, je prends mon téléphone, et cette fois-ci je fais « le facteur n’est pas passé », il ne passera jamais. C’est une voix robotisée qui me répond, un essai d’intelligence artificielle, niveau troisième, pas plus, et comme nous sommes un peu au début du service réclamation, je suis assez étonné. Malheureusement en France, quand tu veux avoir quelqu’un qui travaille en France, qui a un minimum de pouvoir, tu es obligé de passer par le service réclamation, et je me dis donc que cette « astuce » (sic) ne fonctionne plus. Le robot finit par me demander s’il a résolu mon problème, je dis non, et cette fois j’atterris bien en France avec une voix de dame âgée qui doit être spécialisée dans les problèmes et qui me répond comme à la dernière des merdes. Elle finit par reconnaître que le service de repositionnement fonctionne quand il veut, et que si la personne qui a pris en charge mon dossier avait réellement fait la démarche, elle m’aurait donné un numéro de suivi de dossier, ce qui n’a pas été le cas. Comme il est bien sûr trop tard, parce que comme pour Cendrillon, minuit est passé depuis longtemps, il faudra que j’aille à mon bureau de poste, pour retirer ma carte grise, désolé.

Au moment où j’écris ces lignes, samedi matin à 7h30, je garde le fol espoir que tout est encore possible et que la dame a repositionné mon recommandé, que mon facteur finira bien par me l’apporter … dans mes rêves. J’ai 45 ans, j’ai une très longue expérience de ce genre de situation et pour tout lecteur de ce blog on sait que c’est tout sauf un euphémisme, je n’imagine pas comment font les gens âgés. Il y a certainement désormais un métier à inventer, il doit certainement exister, le digne successeur de l’écrivain public, le type qui s’occupe de gérer les embrouilles du quotidien face à une déshumanisation de l’ensemble des services et l’échec du premier coup, où l’on se rend compte que rien ne fonctionne du premier coup.

Le phénomène de l’IA c’est curieusement dans la même semaine que j’ai vu un autre exemple similaire. Pour le Némo, toujours lui, j’ai acheté un clips pare-soleil sur Amazon. Le mien, côté conducteur était cassé, si bien qu’il était impossible de le régler. J’ai passé la commande chez un vendeur tiers en Italie puisqu’il s’agit d’une pièce identique à de nombreux modèles de Fiat.

5 € pour un bout de plastique, 7 € de frais de port, l’Italie c’est loin

Contexte COVID ou non, le colis a pris du retard, et j’ai donc voulu communiquer avec le vendeur pour lui demander de m’en renvoyer un, de le faire apparaître par magie dans ma boîte aux lettres ou d’appeler la méchante femme du service de la poste pour avoir le clips et ma carte grise. À une époque pas si lointaine dans Amazon, on faisait un simple clic et vous aviez le bouton contact, dans ma démarche j’ai été accompagné par un bot et c’est au bout de nombreux clics que j’ai pu faire parvenir le message au vendeur. Tout est bien qui finit bien puisque le vendeur a fini par m’en renvoyer deux, le troisième est arrivé quelques jours après, j’en ai donc deux de trop.

Amazon toujours où j’ai acheté un SSD en 2.5 pouces et j’ai reçu ça :

J’aurais dû les garder et devenir free fighter.

il s’agit de bandes de combat pour s’enrouler les mains comme dans les films de Jean-Claude Van Damme. Et forcément vous vous demandez comment les gens qui font les paquets peuvent réussir à se planter à un point pareil, entre un SSD Kingston 2.5 pouces et des bandes de combat de 2.5 mètres. Vous avez vu la subtilité bornienne, réussir à placer la réponse dans la question on voit le professionnel de l’éducation. Cela fait 18 ans que j’achète chez Amazon, et si j’ai eu des problèmes de livraison c’est la première fois que j’ai une erreur d’article. À une époque Amazon ce serait confondu en excuses, j’ai finalement eu droit à de simples enveloppes de retour et dû trouver un bureau de poste ouvert. Amazon conserve son intérêt évident et encore plus depuis qu’il entre en concurrence avec la poste grâce à son système de hub locker où vous pouvez récupérer vos colis à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Quand on voit que la poste en est à étendre ses activités pour surveiller les personnes âgées, on se dit qu’il serait peut-être temps de rendre les armes, d’arriver à une véritable dématérialisation de documents comme la carte grise et qu’à l’instar des chevaux qu’on achève la poste qui ne sait plus faire le cœur de métier.

Le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne fonctionne pas, qu’on perd un temps de dingue à cause de la déshumanisation des services, des plateformes délocalisées et j’en passe. Il me semble, mais je me trompe peut-être que c’est Patrick Drahi patron de SFR qui avait dit à une époque, que si vous voulez de la qualité de service, il faut raquer plus. Je pense avec du recul qu’il a certainement raison et si à une époque je n’étais pas prêt à l’accepter, l’âge aidant, je suis plus ouvert à la proposition. L’âge certainement mais aussi la dégradation, le fait d’être considéré comme de la merde, le fait finalement que le consommateur, le client n’est plus roi. Après la traversée en Espagne, il n’y a pas que la poste qui est passée mais aussi Bouygues avec ce gentil mail.

L’explication est pour ma part assez simple. C’est un message que beaucoup reçoivent en ce moment sur les forfaits à 5 €. Car bien évidemment on se doute que tout ceci n’est pas gratuit, 3 €. La guerre des forfaits à prix bas entre SFR et Bouygues est largement enterrée, et même à 8 € pour 40 Go de DATA le tarif reste attractif. Les derniers forfaits que nous avons pris pour les gosses c’est du 10 € chez la poste (comme quoi) pour 30 Go de DATA. Il apparaît d’ailleurs que les forfaits aujourd’hui c’est plus de 15 € pour profiter de plus de 80 Go de DATA pour répondre à une demande qui existe … ou pas. Pourquoi ma femme a reçu ce message et pas moi, je recevrai peut-être un jour, peut-être pas. Nous avons franchi la frontière espagnole, j’ai activé les données, ma femme non. De façon générale entre mes vidéos de maths que j’uploade avec ma 4G pour aller plus vite que l’ADSL de la maison ou mes partages de connexion que je fais au lycée pour compenser nos carences, sans crever le plafond des 20 Go, je dépasse les 10 allègrement. On pourrait supposer qu’un jour je vais crever le plafond et à ce moment-là Bouygues ne me ratera pas. Parallèlement à ça, mon épouse ne dépense pas d’internet, n’active pas l’itinérance en Espagne, on lui donne gracieusement 40 Go qu’on sait qu’elle ne dépensera jamais, elle fait à peine un giga par mois. C’est le principe des formules à volonté dans les restaurants, la grande majorité des gens raisonnables, à petit appétit payent pour les rares gros mangeurs. La ficelle est un peu grosse, honteuse avec cette présentation qui vous fait croire à un avantage, mais quelle alternative ? Comme indiqué plus haut, à 8 € les 40 Go, son forfait reste concurrentiel, on continuera de payer jusqu’à la nouvelle opportunité, jusqu’à ce qu’un opérateur cherche de nouveaux clients même s’il est à perte.

Si certaines choses font mal au derrière, certaines sont encore plus intolérables. Nous avons eu la surprise de découvrir sur nos payes du mois d’octobre, 1000 € de plus. Personne ne savait d’où ça venait, ni le chef, ni le syndicat et à priori il s’agissait d’une prime COVID. Prime COVID qu’on aurait pas volé et pour plusieurs raisons. Sans évoquer les 70 à 80 heures réalisées par semaines de travail, qui globalement nous regardent, il faut se rappeler que dans l’enseignement professionnel, le temps est annualisé. Je n’enseigne pas 18 heures par semaines mais 20, pour tenir compte des périodes où les élèves sont en stage. Je fais partie des enseignants les moins concernés et c’est pour cela que mon temps de travail est proche des 18 heures. Pour certains collègues enseignant en BAC PRO ou en CAP, avec des stages nombreux et longs, on n’est pas choqué d’atteindre les 22 ou 23 heures par semaine. Seulement, avec l’annulation des stages, nous n’avons pas fait les morts en disant ils sont en stage, et c’est ainsi que nous avons fait le travail, gratuitement. Dans une situation exceptionnelle, on ne se pose pas de question, soit on fonce dans la mêlée soit on prend des vacances comme l’ont fait certains de nos collègues, donnant une très belle image de la profession. Néanmoins même sans se poser de questions, il s’agit tout de même d’heures que nous avons fournies sans rémunération. La large récompense aurait donc pu faire penser à une prime COVID, un « enfin ! », on a reconnu le travail accompli, on sait qu’on a contribué au travail des enfants, à sauver le monde. Bon quand on voit dans quel état ils sont, on n’a pas sauvé grand-chose mais quand même. Cette reconnaissance, parce que du pognon c’est une reconnaissance a fait beaucoup de bien, jusqu’à ce qu’on nous annonce jeudi matin qu’il s’agissait d’une erreur qui sera corrigée sur les fiches de paye du mois de novembre …

Et c’est ici que tu comprends que tu es bien une grosse merde, une merde de prof qui ne mérite pas revalorisation salariale, une merde de consommateur qui doit subir des services qui ne fonctionnent pas, passer par des robots pour trouver quelqu’un d’humain, accepter les augmentations de forfait et que si tu es pas content tu fais comme avec la France, tu l’aimes ou tu la quittes.

J’ai envie de finir sur ce que disais Olivier Besancenot parce que j’aime bien placer un discours de gauche d’un gars qui travaille à la poste en plus au milieu de mes discours de droite :

« Si, en tant que travailleur salarié, chômeur, ou retraité, tu commences à penser qu’un autre travailleur, parce qu’il a un acquis social que tu n’as pas, ça devient un privilégié, alors n’oublie jamais qu’en retour, tu vas avoir le même discours qui va te concerner dans pas longtemps (…) et le jour où vous allez être attaqués par une mesure, ne venez pas pleurer si vous êtes tout seuls »

Un facteur qui livre des recommandés, lui

C’est principalement la fin qui est intéressante pour moi, ne pleurez pas si vous êtes tout seuls. Rarement je n’ai eu autant l’impression de solitude face à la machine. Voyez par exemple dans le cas de la prime de 1000 balles qu’on vient de voir passer, on aurait aimé avoir nos syndicats qui montent au créneau pour aller dire que non, ce n’est pas une erreur, le travail qui a été fourni est véritablement considérable et on méritait une prime COVID parce qu’on y était durant le confinement. Et d’enchaîner sur une journée de grève où même si tu perds du pognon, tu as quand même un véritable prétexte, pas un prétexte trouble de revalorisation obscur mais de reconnaissance du travail accompli.

Il n’y aura malheureusement rien que des bots sur qui pleurer, hurler ou geindre, peut-être pire que la solitude, monsieur robot. Nous nous quittons sur le titre mes pensées de Sinik où ce dernier répète dans le refrain « comment te dire que tout va bien quand tout va mal » qui était le titre prévu à l’origine pour ce billet.