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Le Blog de Cyrille BORNE

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Complément 116

mercredi 18 novembre 2020 à 18:09

Demain j’arrête pour de vrai, pour faire quand même d’autres choses.

Dans mon précédent article très joyeux sur l’état actuel des choses dans l’éducation, j’avais dit que j’arrêtais un tas de choses. J’ai envoyé ce matin à l’ensemble de l’équipe pédagogique que j’arrêtais le concours Koad9 avec les élèves de troisième. J’aime bien envoyer à tous les profs de mon bahut des messages avec en copie mes chefs. Je ne suis pas le premier à ouvrir le bal, mes collègues de sport l’avaient fait en début d’année pour mentionner l’état de délabrement physique avancé des enfants. On en discutait pas plus tard qu’hier, ils n’arrivent plus à courir 20 minutes.

Il faut essayer de comprendre la problématique qui anime la majorité des enseignants et je sais que parfois avec mon côté on va tous mourir, ça peut ne pas être clair.

Aujourd’hui la question pour ceux qui ne cherchent pas à démissionner, c’est de réussir à composer avec des programmes de plus en plus épais et des élèves de plus en plus faibles dans un contexte que je qualifierais de plus daubeux depuis le début de ma carrière. L’exemple du concours Koad9 est un bon exemple. Si je suis le référentiel, à la fin du programme de troisième, l’élève est capable de démonter et de remonter un satellite les yeux bandés, est capable de programmer un réseau social en COBOL et sait déjouer tous les pièges de l’internet tout en prenant conscience que coder lui procure une dose de dopamine importante et qu’il doit être vigilant à ne pas trop en faire. Bien évidemment, la lecture du référentiel, c’est interpréter les propos de la pythie, on se doute qu’à raison de une heure par semaine, on arrivera pas à faire de miracles.

Le projet Koad9 avait ceci d’intéressant pour moi : utilisation de Libreoffice, édition des images, poids des images, recherche d’images et j’en passe, un projet sur le long terme qui permet à l’élève de s’exprimer dans un cadre donné sur un thème globalement libre. J’ai cette année des sujets aussi variés que le cheval, les jeux vidéos, le football ou les motos … C’est une boutade, certaines années j’ai eu des délires sur les licornes, la batucada, ou même l’urbex. Comme les élèves ne savent pas utiliser un ordinateur, ne savent pas ce qu’est une une de journal ou faire une phrase sujet verbe complément qui veut dire quelque chose, ça commence à tourner au combat perdu d’avance. Arrêter le projet, c’est stopper de nombreuses heures de travail en classe qu’il faut remplacer par quelque chose : un travail répétitif.

Rêve de prof.

Dans le module vente que je réalise avec ma collègue, j’aurais pu sortir une photo du dictateur finalement, nous réalisons un travail sur l’étiquetage des produits, trois étiquettes au minimum. D’un point de vue théorique, les enfants apprennent ce qu’est une mention obligatoire sur une étiquette, à savoir la date de péremption, l’origine du produit, allergène ou pas et j’en passe. C’est assez intéressant car ils sont à minima consommateurs et font les courses avec maman, nous sommes de plus dans une époque où la consommation et la qualité reviennent souvent dans le débat public, on peut donc réussir à devenir un peu intéressant. Donc on leur fait d’abord réaliser l’étiquette sur papier puis vient la réalisation en elle-même :

Je réalise finalement d’un point de vue technique quelque chose de quasiment similaire à mon concours Koad9. La différence vient du texte à écrire, des idées à trouver mais à la base c’est plus ou moins pareil. Alors que la réalisation de la première étiquette est particulièrement laborieuse, la réalisation de la seconde est beaucoup plus rapide et surtout beaucoup plus riche.

Un exemple d’étiquette de la promotion de l’an dernier

J’ai un élève qui s’est lancé dans la réalisation de son étiquette, il a décidé de faire une étiquette intégralement noire. Il me dit qu’il est gêné parce que le logo du lycée est sur fond blanc et qu’il n’existe pas en fond noir. Je lui dis qu’il existe le site remove.bg, qui lui permet de passer le logo en transparence et de pouvoir l’intégrer à n’importe quelle couleur. Son voisin le voit faire, il s’y met aussi puis c’est toute la tablée.

Finalement. En s’affranchissant de l’obstacle de la création d’articles, qui reste principalement un exercice de français, les élèves avec un cadre plus rigide que sont les étiquettes ont progressé en reproduisant le même travail. Je vais donc l’an prochain certainement commencer mes cours par la réalisation des pages de garde informatisées. Cela peut sembler complètement con, à la limite de l’enfantin mais c’est aujourd’hui ce qui sera le plus accessible pour mes élèves. La répétition pour les différentes pages leur demandera de se renouveler pour ne pas tomber dans la lassitude.

Il faut désormais que je réfléchisse au travail à la maison qui pose de gros problèmes. Il ne s’agit pas ici d’arrêter de donner du travail à la maison même si on peut supposer que c’est en sursis mais certainement de le présenter autrement. En classe de troisième et pour 3 semaines, j’ai donné le coup d’avant 6 exercices de DNB. Il faut savoir qu’un DNB aujourd’hui c’est entre 6 et 8 exercices qui balaient l’intégralité du programme ou presque et c’est donc 2 heures de travail. Deux heures de travail pour deux semaines, nous sommes bien d’accord que ce n’est pas la mer à boire. Cela reste néanmoins trop pour mes élèves. Et c’est peut-être ici l’interrogation, se dire que c’est la présentation qui pose problème parce qu’affronter deux heures c’est trop. Je réfléchis ici totalement à voix haute car l’échéance on la connaît c’est à la fin du mois de juin avec une véritable chaleur à crever, l’obligation de composer deux heures.

L’art du nivellement vers le bas, j’aurais pu m’en passer. Néanmoins même si la suite converge largement vers le mur, et on finira quand même par se le prendre de plein fouet, on ne peut pas continuer à travailler comme il y a dix ans comme si de rien n’était. S’en prendre aux gamins ne sert pas à grand-chose, mon public est désormais en roue libre dans la majorité des cas avec des parents dont les raisonnements sont assez variés mais il y en a un que j’entends de façon de plus en plus régulière et qui est aussi le mien. Je ne vais pas tenir la main de mon gamin de 15 ans pour vérifier avec lui chaque soir s’il a fait son travail. Et ça, je suis le premier à le reconnaître, à un certain âge, on ne peut pas tout assumer pour son gosse. Ma fille dont les résultats actuels ne sont pas satisfaisants et qui découvre la liberté ou ce qu’elle croit être au lycée, perdra son smartphone pour les weekends avant certainement de revenir au téléphone à touche. Car effectivement si je pense qu’il est nécessaire de se prendre en charge, ne rien faire serait cautionner.

Se transformer ou mourir telle n’est pas forcément la question (on va tous mourir)

Le confinement continue même si je ne le sens pas vraiment passer, c’est pas non plus comme si je ne gardais pas la jeunesse pour que les parents puissent continuer à travailler au péril de ma vie. À l’instar de nombreux français je regarde peu l’actualité, en tout cas à la télé. Peut-être que ces mêmes personnes vont cesser les réseaux sociaux tout aussi anxiogènes même plus. Je ne regarde plus que l’actualité sur France 3 car c’est une autre actualité, capable de présenter les problèmes des uns et des autres mais aussi de montrer des coins de nature, des actions plus positives. Je vois donc les commerçants de mon coin qui demandent la réouverture, les restaurateurs qui crient famine, je comprends. Je peux d’autant plus le comprendre que si j’avais été ado et mes parents commerçants, déjà que c’était compliqué avec l’ouverture des supermarchés, comment tu vis, qu’est-ce que tu manges, comment tu fais ? Certains entrent d’ailleurs en rébellion pour survivre.

Néanmoins il y a quand même quelques interrogations. Comme je l’ai dit, alors que c’est franchement openbar, on peut dès lors s’interroger sur les lieux de contamination. Si dans le cadre d’un magasin du centre qui vend des chaussures, je peux effectivement m’interroger quant à une potentielle contamination, en ce qui concerne les restaurants et les bistrots je suis plus affirmatif. Je crois que malheureusement pour comprendre la crise sanitaire, il faut avoir un mort dans sa famille pour certains. Si demain on rouvre tout, que c’est une catastrophe sanitaire avec des patinoires qu’il faudra remplir de cadavres ou comme en Italie des gens qu’on fait patienter dans les voitures le temps que quelqu’un meurt à l’hôpital, alors on aura peut-être moins envie de faire des fêtes à 400 personnes, des mariages, ou même se retrouver dans le bistrot du coin.

En attendant l’économie essaie tant bien que mal de se transformer, déjà que le quotidien c’était le combat de David contre Goliath dans le réel, le terrain se déplace dans le virtuel. Comme je l’avais expliqué, si j’avais dû faire quelque chose, j’aurais fait la combinaison Woocommerce et WordPress. J’ai vu passer les articles suivants qui expliquent un peu la problématique et deux trois bricoles collent un peu la frousse.

Sortie de Primtux 6.0

Même si j’ai largement tourné la page Linux et que je suis parfaitement épanoui sous mon Windows, je ne boude pas mon plaisir de temps à autre de virtualiser quelque chose, notamment si ça peut faire monter un peu le pagerank. Primtux est une distribution avec laquelle je m’étais chauffé à ses débuts, j’avais rencontré pas mal de problèmes et je l’avais dit. Cep à l’époque, qui vogue sous d’autres cieux, en avait remis une couche pour expliquer que le packaging était catastrophique. Bref comme vous pouvez vous en douter, le développeur de l’époque était un peu énervé. Une forme d’incroyable talent de réussir à irriter les gens. De l’eau a coulé sous les ponts, et la distribution continue d’exister, de se développer, ce qui est positif. Il y a un autre point positif, l’un des développeurs du nom de mothsart, traîne dans mon forum, il est souvent réactif quand je dis que Firefox c’est de la merde, que Linux c’est de la merde, et qu’aujourd’hui à 8 Go de RAM tu fais rien.

La distribution s’inscrit dans la continuité d’Asri Education, je viens d’achever tout le monde car cela remonte à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. À l’époque, on avait une tendance à forte à penser qu’une distribution pour les enfants c’était une distribution pour laquelle on mettait un fond d’écran rigolo et GCompris pour avoir une distribution pour les enfants. Asri avait fait quelque chose de plus abouti sur deux plans : prendre une base de Puppy Linux ultra-légère pour que ça tourne sur de vieux bouzins, présenter des applications différentes selon l’âge de l’élève.

On est donc sur le même principe avec trois profils d’enfant différent et un profil administrateur qui permet d’ajouter des logiciels supplémentaires. L’ensemble est fait avec l’interface de DFlinux aka Handylinux ce qui me permet de saluer Bendia qui traîne aussi sur mon forum et Arpinux qui est sorti de sa cave pour prendre le pouvoir de debian-facile mais c’est une autre histoire. Une interface donc facile pour les gosses puisqu’elle s’apparente à une interface de tablette et de nombreuses applications pour tous les âges qui sont déjà installées ce qui évite quelques complications, je pense notamment à Scratch.

Si je devais installer des écoles, Dieu m’en préserve, c’est certainement ce que je ferai. Je conseillerai toutefois aux développeurs d’abandonner la base de développement Debian ou Ubuntu, l’architecture 32 bits, pour n’en garder qu’une de préférence, Debian 64 bits. Pourquoi ? Quand il faut 8 Go à minima avec Debian, il en faut 16 pour Ubuntu.

L’histoire ne dira pas que Cyrille BORNE à l’installation a trouvé un bug et qu’à priori il est déjà localisé.

Dans leur bulle

Dans mon dernier billet j’expliquais que l’un des problèmes principaux que nous aurions à affronter c’est le fait que nos jeunes ne sortent plus de leur bulle. J’entends par là qu’ils vont à l’école, fréquentent des gens, quittent l’école, retrouvent ces mêmes gens dans leurs réseaux sociaux. Et c’est ici que ça va devenir compliqué. Les gens qui sont plus intelligents ont compris que finalement il suffisait d’instiller dans leur bulle, le venin, pour qu’il se propage comme une traînée de poudre. Les yeux dans leur écran toute la journée, loin de la culture, du savoir qu’ils méprisent, ils croient n’importe quoi, et c’est ici le terreau de tous les extrêmes, du complotisme.

On ne réalisera jamais à quel point les réseaux sociaux sont devenus le cancer de notre humanité, le fléau de notre jeunesse. Notre rôle d’adulte aujourd’hui c’est réellement de leur sortir le nez de leur merde plutôt que de les laisser sombrer par facilité.

Demain j’arrête mais pour de vrai

dimanche 15 novembre 2020 à 20:58

Je fais une mauvaise année et je suis en train de ramer comme un fou pour essayer de corriger le tir. Je vais vous expliquer où j’ai flanché.

En ce début d’année scolaire, nous avons reçu des TBI, il y a des choses à faire comme la création des classes virtuelles, l’organisation des examens d’entrée en seconde, je me suis occupé de ce que je n’aurais pas dû faire. L’exemple des TBI est l’exemple type. Les ordinateurs des TBI n’étaient pas reliés à l’internet, j’ai patienté pendant plus d’un mois. Au bout d’un mois j’ai été lassé, j’ai fini par les connecter au réseau. Et vous me direz, quel est le problème ? Le problème, c’est que c’est désormais mon collègue d’informatique qui est responsable, et que nous avons un prestataire de service que nous payons un bras. Les relations avec mon collègue sont devenues tendues et j’y vois plusieurs raisons :

La moralité c’est que forcément ça commence à gaver mon collègue quand il se rend compte que 1) j’ai fait les choses, 2) on lui dit que je les ai faites, 3) on insiste bien pour dire que c’est moi qui l’ai fait 4) moi qui gueule parce que j’ai dû les faire.

Bien évidemment, et les hommes d’action se reconnaîtront, tu as besoin d’internet sur l’ordinateur du TBI, tu sais faire, tu le fais, parce que quatre semaines pour aller brancher un ordinateur au réseau Wifi avec son adresse MAC, faut pas abuser. Je n’avais pas à le faire, je n’aurais pas dû le faire.

Je vais vous remettre ça, parce que le connard en collant c’est moi :

Il faut vraiment que j’enterre mon besoin de reconnaissance pour me consacrer à mon besoin de temps pour faire autre chose. La moralité c’est que c’est désormais acté, je ne fais plus rien. Je ne fais plus rien non pas par preuve de mauvaise volonté, façon « regardez je ne fais plus rien le bateau va couler sans moi parce que je suis le sauveur », je ne fais plus rien parce que j’entrave le travail d’un de mes collègues, et que je ne voudrais pas arriver à la fâcherie. Si je voulais faire, je n’avais qu’à conserver la responsabilité informatique, je ne l’ai plus, je dois apprendre à me mettre même pas sur le banc de touche mais dans la tribune, en tant que spectateur. La difficulté ici c’est finalement une fois de plus les autres. Je suis faible, la tentation du travail et de sauver le monde est toujours très forte, les gens continuent de faire appel à moi, mais désormais c’est terminé, je suis fort, je retire l’intégralité de mes billes pour le bien de tous.

Ce positionnement, il faut que je fasse attention parce que j’ai tendance à le faire avec tout. Je ne voudrais pas que ce soit mal interprété, comme de la prétention mal placée mais c’est en fait le cas. Il se trouve que dans beaucoup de situations, j’ai environ douze coups d’avance. Je vois des choses, je réfléchis aux solutions, et j’ai beaucoup de mal avec les gens qui pendant que je suis en train de proposer la solution, en sont à essayer de comprendre le problème. L’adage qui dit que seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin, oublie de dire que parfois tu vas tellement lentement que finalement tu ne vas nulle part ou tu seras mort avant d’y arriver. C’est ici toute la problématique du travail d’équipe, réussir à trouver des gens qui travaillent à votre rythme, et quand ils n’y arrivent pas ronger son frein.

C’est aussi ici que je me rends compte que le travail en équipe est compliqué pour moi, il est de façon générale compliqué pour tout le monde, certainement à cause de ce fameux rythme, celui des uns, celui des autres, le sien.

Je ronge mon frein

Il faut donc que je tourne cette page de l’informaticien scolaire au service des autres, je n’ai plus envie, ça me pose plus de problèmes qu’autre chose, de plus, les années passant, je me trouve de moins en moins compétent dans le rôle.

Au niveau pédagogique c’est la catastrophe à plusieurs niveaux, et j’aimerais revenir un peu sur ce que j’ai écrit dans les différents billets du moment. De façon unanime et c’est certainement pour cela que ça bataille tellement pour ne pas fermer les établissements scolaires, nos jeunes font barrage à toute forme de travail, créant un climat de défiance que je n’ai jamais vu :

Le tout mariné d’une sauce parents absents qui est particulièrement problématique. Mon positionnement au début d’année a été de tout faire pour essayer de sauver tout le monde, syndrome du connard en collant mais pour des raisons différentes, moins implicites, c’est mon travail. En tout cas c’est comme ça que je conçois mon travail, que je l’ai conçu pendant les dix-sept dernières années, sauf que ça ne fonctionne plus comme ça. À une époque, la main tendue, l’indulgence, la bienveillance, ça fonctionnait à merveille. Ces enfants cassés par l’éducation nationale, en conflit avec le système, étaient ravis de trouver un système alternatif, plus de pratique, moins les fesses sur les bancs de l’école, un niveau facilité. Aujourd’hui le calcul est d’en faire le moins possible, et le confinement actuel me confirme qu’on continue de creuser pour toucher le fond.

un enseignant et ses élèves qui s’essaient au grand bleu.

Les élèves sont chez eux, à part aller faire les courses ou s’octroyer une heure dehors, j’ai envie de dire qu’ils n’ont que ça à faire, de travailler. Bien évidemment on n’a pas besoin d’être confinés pour se préoccuper de son travail, mais dans cette circonstance exceptionnelle on imagine que tout le monde va s’y coller autour de son gosse, se remettre dans le bain quand tout le monde annonce les dégâts de la première période : rien. Imaginez tout de même à quel point l’ambiance est catastrophique, les outils numériques peu efficaces, je ne connais pas un prof de mon entourage qui regrette la période de télétravail.

Les derniers DM que j’ai donnés, quand ils ont été rendus ont été catastrophiques, soit c’est bâclé, soit c’est pompé. J’ai donné dernièrement un DM en SNT pour remonter des premières notes catastrophiques sur l’internet. Je me suis « amusé » sur certains DM à donner la référence de l’article sur lequel ça a été pompé. J’expliquais jeudi dernier la partie sur le web, et la notion de nom de domaine. Dans cette période où le gouvernement explique comment chacun peut devenir entrepreneur virtuel, j’ai montré comment on pouvait essayer de déposer coca-cola.com, le cybersquatting, ces noms de domaine qui finissent par valoir une fortune et la spéculation qu’on peut faire parfois notamment pour les élections. Sur ma petite vingtaine d’élèves, quatre étaient en train de s’endormir, il était 15h.

Je n’aurais pas la prétention de dire que c’était passionnant, si en fait j’ai la prétention de le dire. Je suis un type dynamique, je n’ai pas la voix monocorde, je fais participer, ces cours de SNT sont basés sur l’échange. Ils s’endorment tout simplement parce que ça ne les intéresse absolument pas, ils n’en ont rien à foutre, comme ils sont convaincus que la révolution française s’est déroulée dans les années 80. DISCO MARIE-ANTOINETTE ! Et c’est d’ailleurs une interrogation supplémentaire, ont-ils en fait les capacités intellectuelles pour s’y intéresser ? Je commence à en douter de plus en plus.

Comme chaque année je fais mon concours Koad9 de ma fédération agricole qui consiste à réaliser la une fictive d’un journal de son choix. C’est un truc que j’aime bien, qui pousse l’élève à s’exprimer, à parler de ses passions. Chaque année c’est de plus en plus difficile de réussir à les faire s’exprimer, de réussir à les faire réfléchir, de réussir à les faire écrire. Voici dans les premières séances des productions qui ressemblent en gros à ceci.

Ce n’est pas une production d’élève, droit de réserve oblige, mais en gros à quoi ça ressemble. Du fait de l’incapacité d’écrire quelque chose par soi-même, les enfants pensent qu’il faut faire un copier-coller de Wikipedia. Le coup des quatre images c’est sérieux, ils ont l’impression qu’on va bourrer avec le plus d’images, comme un collage. Sur mes 70 élèves de troisième, 5 sont capables de le réaliser en autonomie, dont trois redoublantes avec qui on a passé pas mal de temps. Je me rends compte que certains élèves ne savent pas à quoi ressemble une première page de journal, un journal tout simplement, ils n’ont pas les codes. Il faudrait faire en pluridisciplinarité un temps sur la presse, mais ça laisserait supposer qu’on soit capable de mener de façon collective un projet avec mes collègues …

Je suis donc obligé de passer à côté de chaque élève pour lui expliquer les attentes, et souvent rédiger une première case par moi-même. Quel sens ? Aucun. Je peste contre les enfants qui font rédiger leur DM par quelqu’un d’autre, et pourtant je fais pareil.

Il s’agit ici de sortir de sa zone de confort, et pourtant ma zone de confort c’est l’inconfort. Se bouger le cul pour proposer des choses qui sont intéressantes, faire des exercices de rattrapage et donc me donner du travail en plus, appeler des parents qui pourtant ont toute la scolarité de leur enfant au bout du clic, pour rien. Remédiation actuelle et future.

Aujourd’hui :

Demain :

Un enseignant

« Arrêter d’innover parce que de toute façon ça ne sert à rien ». Il faut se remettre dans le contexte actuel et celui de l’an dernier, l’ouverture de Teams et du travail collaboratif. On ne va pas se mentir mais depuis mars de l’année dernière on navigue quand même franchement à vue. Je pense que depuis les annonces de Jean Castex jeudi dernier on commence à avoir une idée de l’avenir, un avenir dans lequel il faudrait vraiment un dérapage conséquent pour arriver à la fermeture de nos établissements. À titre personnel quand je vois qu’un confinement light réussit à inverser la tendance en deux semaines avec des gens qui font n’importe quoi, je me dis qu’on a vraiment de la marge avant d’arriver à la fermeture des bahuts.

Et c’est ici où je commence à éprouver quelques regrets d’avoir voulu trop anticiper. Nos classes virtuelles sont prêtes, nous avons une formation à laquelle je participe en tant que formateur (on ne m’a pas demandé mon avis), et depuis le début de l’année je force les élèves à utiliser Teams, y compris en répondant à des questions de maths en direct et avec du recul, je me dis que c’est pas la meilleure idée du siècle. L’an dernier, ce qui était assez insupportable c’était d’avoir une porte ouverte en permanence, à savoir qu’on recevait des messages de 7h30 à 3 heures du matin, une bonne heure pour faire ses maths. C’est reparti cette année de façon moins importante et je reçois quelques messages de temps à autre de gamins qui ont besoin d’un coup de main. Et c’est ici que je m’interroge, est-ce que c’est réellement mon rôle de répondre à des questions sur mon DM au bon milieu des vacances, tout ça pour rendre attractif un outil qu’on n’utilisera certainement pas.

Forcément, c’est trop tard. L’année a démarré, il est difficile de casser les habitudes, même si je réponds que je mange, que je dors, que je marche en bord de mer, ou que je tue des monstres sur la PS4. L’année prochaine, en septembre 2021, j’ai non seulement envie de penser qu’on aura été vacciné et que si on n’est pas transformé en mutants, nous reviendrons à une vie normale. Préparer dès lors des élèves à des procédures au cas où, c’est une réflexion de fond, à laquelle je connais la réponse au moment où j’écris ces lignes. Nous faisons des alertes incendies, nous faisons des alertes attentats, on se dit qu’on n’aura jamais le feu dans le lycée et pourtant il faut le faire pour être un jour prêt. La problématique des outils informatiques c’est que sans maîtrise régulière, on finit par oublier. La problématique aussi c’est que l’alerte incendie on est plusieurs quand le confinement on est chacun chez soi. Teams pose toutefois le problème de faire double emploi de façon régulière avec SCOLINFO actuellement qui disparaîtra l’an prochain au profit d’école directe. Si demain Microsoft proposait une véritable solution incluant la communication avec les parents et la gestion des bulletins scolaires, je serais le premier à signer.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, ce n’est pas une phrase stupide qu’on place pour briller dans les soirées de l’ambassadeur mais bien une réalité que je vis au quotidien, par ma faute. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, et je vous garantis que je vais m’atteler à changer mon mode de fonctionnement en attendant que quelque chose se passe. Vous noterez avec une certaine fatalité que c’est tout de même un aveu d’impossibilité de changer le monde et de renoncer à le changer. Oui que quelque chose se passe car à mon niveau aujourd’hui, j’ai conscience que je ne peux rien faire face à ce mouvement collectif et pourtant impalpable aux yeux du grand public, les enfants sont en train de faire un large rejet de l’école pour s’enfermer dans leur petite bulle et attendre eux aussi que quelque chose se passe.

Ashen ou la poutre Zelda Dark Souls Diablo.

dimanche 15 novembre 2020 à 17:57

Après un Mortal Shell que je n’ai pas encore fini parce que mon personnage choisi n’est pas bon, je suis toujours en recherche de ma dose de Souls, comme un gros tox. Bien évidemment les images de Demon Souls sur PS5 pourrait faire saliver mais pour avoir joué et fini ce dernier sur la PS3, je suis beaucoup moins jouasse, en tout cas pas jouasse au point d’acheter une PS5. Demon Souls était un brouillon de Dark Souls, ne serait ce que pour l’interaction entre les parties de la carte quand Demon Souls c’est rendez-vous dans le hub central pour un level design pas vraiment inspiré.

Ashen fait partie des jeux « comme » Dark Souls quand vous Googlisez un peu, tout simplement parce qu’il a un mode de fonctionnement un peu similaire, mais en fait ce n’est pas vraiment du Dark Souls, c’est autre chose. Commençons par l’histoire, ou en tout cas ce que j’en ai compris, à l’instar d’un Diablo on a tendance à zapper les longs discours pour aller directement à la marave. Vous ne vivrez donc pas le jeu pour son histoire mais pour son gameplay. La toile de fond, c’est un oiseau lumière qui est plus ou moins mort, la quête c’est de le faire ressusciter en faisant trois tonnes de quêtes FEDEX pour reprendre l’expression consacrée.

L’Ashen

À l’instar d’un Diablo mais en version plus sophistiquée, le hub c’est le village, un village que vous allez construire avec des tas de personnages qui vont venir y vivre. C’est très bien fait, on démarre avec quatre planches et un copain pour finir avec un village qui a la classe, on voit les ouvriers s’atteler à la construction des différentes maisons. Comme Diablo, ces personnages vont vous permettre d’améliorer vos armes, de payer des potions, de s’équiper de talismans, ou encore d’acheter davantage de fioles, façon fiole d’Estus.

Le choix graphique a été fait sur une forme de minimalisme, les personnages n’ont pas de visage, néanmoins minimalisme ne veut pas dire « pauvre », c’est tout bonnement magnifique, très bien animé. À un moment vous allez délivrer une espèce de petit dragon qui va vous permettre de vous déplacer de pierre runique en pierre runique, l’équivalent des feux de camp. Lorsque vous vous rapprochez d’une de ces pierres, le bestiau arrive façon hélicoptère, un grand courant d’air autour de vous. Les environnements sont particulièrement bien travaillés, la neige, des cités perdues, des temples. Le travail est colossal, et c’est certainement ici qu’on pense à Zelda sur le côté graphique. Vous croiserez aussi une déesse géante qui vous guide, ici encore c’est très bien travaillé.

Cette personnalité graphique propre au jeu se retrouve dans les monstres ou les décors même si pour ces derniers on ne pourra s’empêcher de penser aux Souls. Le dernier palais avec ses longues marches d’escaliers où l’on sait qu’un gros monstre nous attend ou encore un village suspendu qui fait penser au premier Dark Souls quand on a le poison en bas avant d’aller marave la femme araignée.

Alors vous me direz, où est le Souls là-dedans. Le système de combat et une certaine difficulté rehaussée font obligatoirement penser à Dark Souls à quelques nuances. Si les boss sont dans l’esprit Souls, scène impressionnante, pattern à apprendre avec une fenêtre d’ouverture plus ou moins courte, ils sont faciles, souvent faits du premier coup mais je suis un homme d’expérience. On notera aussi la présence permanente d’un compagnon et c’est certainement ici le premier point négatif, son IA en bois. Alors que vous essayez d’éviter un groupe de monstre, lui va foncer dans le temps, ou alors il vous regarde vous faire défoncer sans rien faire. On va donc retrouver des passages assez délicats avec des monstres qui ont des pattern qui peuvent surprendre, comme les fantômes qui se téléportent et qui vous clouent au sol ou les brutes qui vous chargent pour vous fracasser. La mort est sanctionnée par l’argent laissé au milieu, qu’il faudra récupérer ou perdre à jamais. Le minimalisme a été porté au jeu, ici exit la prise de tête ou le montage de build. Votre personnage va voir augmenter sa barre de vie et d’endurance au fur et à mesure qu’il résout des quêtes, il n’y a pas de statistiques à augmenter. Pas de magie, une arme légère, une arme lourde, des lances, et la possibilité d’augmenter quelques caractéristiques à l’aide de cinq talismans à choisir parmi un assez grand nombre. Les armes du jeu peuvent être améliorées, il s’agit toutefois d’un des plus gros points faibles du jeu, j’ai tout fait avec les armes de départ ou presque car à part un dessin différent on a du mal à comprendre la réelle différence entre les armes.

L’araignée n’est pas le monstre le plus impressionnant du jeu

On va donc se rapprocher pour le système de combat d’un bloodborne en plus brouillon parce que les parades au millimètre ou prendre l’ennemi par derrière, on va oublier, dans lequel on y va à grands coups d’ennemis pour se faire massacrer et c’est certainement l’un des gros problèmes du jeu. Il y a une différence entre équilibre et difficulté, de ce côté-là Ashen est particulièrement mal équilibré. L’exemple type c’est certainement le dernier palais, très long, très très long, environ trente minutes pour arriver au point de sauvegarde. Et le problème c’est que lorsque vous mourrez et que vous savez que vous avez perdu plus de vingt minutes, qu’il n’y a pas de raccourci, ça finit par devenir particulièrement répétitif. Sur l’un des deux donjons particulièrement pénibles, il y a un raccourci et c’est dommage de ne pas l’avoir généralisé.

Le second défaut pour ma part et c’est un défaut que je n’ai pas relevé dans les quelques articles que j’ai pu lire, c’est le manque d’exploitation de la gigantesque carte du jeu.

J’ai un peu l’impression que c’est gâché. Ashen ne réinvente pas le jeu vidéo c’est une évidence, et on se dit que tant qu’à se farcir des quêtes, on aurait été content de retrouver certaines zones du jeu pour les visiter davantage. Moralité, on traverse une zone pour ne plus y revenir, dommage, tant de travail quelque part pour rien.

Ashen est donc comme vous l’aurez compris tout sauf un jeu parfait, mais c’est un très bon jeu. J’évoquais dans le cas de Mortal Shell le fait qu’être un studio indépendant ne dédouanait pas d’offrir un jeu de qualité, c’est le cas ici. Bien sûr, on a des regrets parce qu’on voit ici ou là ce qui aurait pu être meilleur, mais le jeu est très bon, une bonne expérience avec un niveau de difficulté assez relevé qui pourra écœurer les joueurs les moins avertis. Je suis pour ma part au boss de fin qui me pose quelques difficultés mais rien d’insurmontable, mourir et recommencer !

Qui survivra à la transformation 2.0 ?

jeudi 12 novembre 2020 à 07:22

J’ai certainement dû le raconter ici car je raconte tout. Ma mère, mon père, ont été commerçants à Nîmes pendant longtemps, surtout ma mère. Elle a vendu des vêtements pendant des décennies. Elle est partie à la retraite il y a quelques années et il était plus que temps. Il apparaissait que sa clientèle ne se renouvelait plus, le magasin ne faisait plus gagner d’argent, malgré plus de quarante ans de présence au même endroit. Un dinosaure, une autre époque, on se le dit souvent, encore heureux qu’elle n’a pas vécu cette période, ni les gilets jaunes d’ailleurs. Je pense à elle forcément en ce moment, car on assiste à une transformation numérique poussée, au pas de courses. J’ai vu cet article et j’ai forcément pensé à maman : Confinement : le « click and collect » ne convainc pas certains commerçants.

Maman au fond, avec ses grandes défenses.

Je me souviens qu’à l’époque adolescent, c’est moi qui faisais les étiquettes avec l’Amiga 500 domestique et l’imprimante à aiguille. Quand j’ai quitté la maison ça a été un drame, elle a dû acheter une étiqueteuse, elle trouvait que c’était quand même franchement plus classe à l’époque. On avait vainement essayé de lui faire utiliser l’ordinateur, la souris, ou plutôt le mulot dans une version Chiraquienne, c’était perdu d’avance. Le passage dernièrement de son Windows Phone a un téléphone Android s’est fait sans trop de difficultés, preuve que les appareils de ce type auront apporté la vulgarisation que les ordinateurs n’ont jamais pu donner et ne donneront jamais. Elle a donc vaguement touché une souris il y a trente ans, sa relation avec l’informatique s’arrête ici.

Comme je l’ai expliqué dans le précédent billet, la riposte du petit commerce s’organise notamment au travers des mairies qui dans la période actuelle font office de vitrine mais pour combien de temps ? La mairie, l’état, n’a pas à se suppléer au business. À circonstances exceptionnelles, réaction forcément exceptionnelle. L’article de ZDNet sonne d’ailleurs particulièrement juste : Bruno Lemaire et les commerçants : la grosse blague de la transformation numérique à 500 euros. Une fois de plus, nous nageons dans la méconnaissance la plus complète, le gouvernement estime en effet que la digitalisation de son business c’est 1500 balles, ni plus ni moins. En fait c’est comme toujours, ça dépend, ça dépasse.

Si j’avais dû digitaliser ma mère, j’aime beaucoup cette expression, ça aurait coûté que dalle. J’aurais monté une boutique Woocommerce sans me casser la tête, j’aurais payé le nom de domaine, j’aurais demandé à Odysseus de me faire un dessin. On aurait appelé ça pudiquement, la daronne à Cyrille, celle qui a enfanté l’élu, 4.1 kilos à la naissance. Et puis c’est ici que les choses auraient commencé à largement se complexifier. Imaginons ma maman à 60 ans, en activité, la crise COVID. Alors qu’on a jamais touché un ordinateur de sa vie ou presque, gérer un site en ligne, rajouter les articles, vérifier les commandes, prendre les photos, les décharger et j’en passe. À l’usure, on aurait certainement réussi à faire quelque chose, mais cela ne serait pas suffisant.

Si je raisonne un peu, pour quelqu’un qui n’a pas de fils Geek et qui cherche à se digitaliser, car n’oubliez pas, le digital c’est important, ce sont les doigts :

Cela signifie que le commerçant qui est déjà pris à la gorge entre les taxes, son loyer, les différents impôts, les obligations régulières de mise aux normes, un réel déjà très complexe, va devoir passer au virtuel pour affronter de nouvelles difficultés. Ce que je décris plus haut c’est uniquement une mise en œuvre, le quotidien c’est la gestion des stocks en ligne, c’est la réservation et la prise de rendez-vous pour du click and collect, c’est donc une ouverture d’une seconde boutique. Et ce que l’on ne dit pas dans cette vente de poudre aux yeux, ce qu’on oublie c’est que la visibilité d’une boutique physique se fait par son emplacement, la visibilité d’une boutique virtuelle se fait par des algorithmes, par des influenceurs. Comment dès lors, imaginer une boutique indépendante de vêtements réussir à s’opposer aux géants de l’internet ? Comment imaginer que le commerçant qui vend souvent plus cher, va réussir à gagner la bataille du click and collect quand la circulation dans les centres-villes est un cauchemar, quand se garer est payant alors qu’Amazon est tellement plein de pognon que lorsqu’il ne te propose pas la livraison gratuite à domicile c’est à l’heure que tu veux dans son hub ?

Perdu d’avance, si tu veux faire comme les commerçants entre dans la danse

La COVID c’est quand même franchement la merde. Les gens qui pensaient vivre de l’artisanat, qui pensaient vivre de la bouffe, qui pensaient pouvoir s’en sortir sans appartenir à une major company, l’artisanat première entreprise de France qu’ils disaient, se retrouvent dans une situation où l’on revient à l’emballage plastique y compris pour les produits bios, où se lancer c’est finalement se casser la gueule, un virus qui aura eu pour effet de pas mal couper les ailes à l’esprit d’entreprise et d’autonomie.

Car ne nous leurrons pas, la transformation 2.0 est en marche et j’ai la conviction que bon nombre de commerçants qui ont un certain âge, sont comme ma maman, non seulement ils n’ont pas les capacités pour changer de métier car c’est passer du réel au virtuel, et les efforts qu’ils vont déployer pour assurer cette transformation ne sont qu’un chant du cygne pour essayer de sauver son entreprise. Catalyseur incroyable et paradoxe, les maires qui ont assassiné les centres-villes en laissant ouvrir des grandes surfaces gigantesques en extérieur, avec des plans de circulation improbables, des tarifs de stationnement prohibitifs, vont mettre les clous sur le cercueil des commerces du centre qu’ils tentent aujourd’hui de sauver en vain. Survivront certainement dans cette histoire les cafés et les restaurants, car dès qu’il fera beau, qu’on sera vacciné, les gens rempliront à nouveau les bistrots comme ils l’ont toujours fait. Plutôt que de pousser les gens vers un combat sans issue, le gouvernement ferait bien de s’interroger sur l’avenir des villes, sur la reconversion des commerces, des commerçants.

Oui la COVID c’est vraiment la merde, car elle casse aussi l’élan écologique sauf pour l’avion. Retour au plastique pour un usage unique, les gens qui ont dû passer deux semaines de pluie à quatre enfermés dans leur tiny house de 20 m² ils ont dû la regretter la maison de cent mètres carrés, tout comme les adeptes de Marie Kondo qui ont viré tous les jouets des petits en faisant une petite prière de remerciement avant, ils ont dû s’éclater à compter les paires de chaussettes, seule activité ludique de la maison. La COVID, pourfendeur de conviction, de la même manière les gens qui se sont coupés du monde ou qui se sont limités aux réseaux libres ont dû certainement trouver que joindre leur famille, avoir des nouvelles, ça devenait franchement plus complexe. Quand dans le confinement V1 j’avais l’impression que tout le monde s’échinait à mettre en place des plateformes libres, d’utiliser du logiciel libre, j’ai l’impression que tout le monde s’est bien calmé et accepte mieux les outils institutionnels ou propriétaires.

Des profs comme ça dans les écoles, c’est bon de rire parfois, émeute garantie

La transition que je décris plus haut, se transformer ou mourir, pour l’instant les profs y échappent. Je pèse mes mots. Durant le premier confinement, nous n’avons été qu’une poignée à jouer le jeu des visios. De nombreux collègues se sont cachés derrière tous les prétextes possibles comme le manque de matériel, de compétence, ou tout simplement ne pas être à l’aise face à la caméra. Si le commerçant n’a pas d’autre choix que de s’adapter, ou mourir, pourquoi le prof pourrait continuer à agir comme si le monde ne changeait pas autour de lui. Il y a bien sûr la fameuse liberté pédagogique qui fait que demain je pourrais potentiellement enseigner les mathématiques en langue des signes s’il apparaissait que je jugeais que c’était une méthode révolutionnaire et si bien sûr je traite l’intégralité du programme pour amener les enfants à l’examen ou au niveau de la classe supérieure. Forcément, dans une situation distancielle, la liberté pédagogique en prend nécessairement un coup, à moins d’avoir des pigeons voyageurs, difficile de faire autre chose que de la visio avec les outils respectant la RGPD.

Maintenant qu’on sait qu’on risque de retourner de façon plus ou moins régulière au confinement, même si le vaccin a l’air d’arriver plus rapidement que prévu, peut-on aujourd’hui se contenter d’attendre que ça passe et faire le canard alors qu’il faut présenter les enfants à l’examen et faire le minimum. Peut-on espérer que ça ne va pas se voir ? La boîte de Pandore de l’enseignant 2.0 a été ouverte et les chefs d’établissement, les dirigeants devraient saisir l’opportunité pour ne pas la refermer et la maintenir bien ouverte. Bien sûr, ils ont leur part très importante de responsabilité. Entre les classes inversées, la méthode Singapour, le je te tiens tu me tiens par la barbichette et toutes les nouvelles méthodes qui apparaissent chaque semaine, trop de méthodes tue la méthode. Il faudra toutefois de cette période, conserver la visio, mettre en place la classe inversée ou s’interroger sur la possibilité d’être filmé en classe ce qui simplifierait pas mal la vie des gens absents, numériser l’intégralité de ses cours et se mettre à la capsule vidéo. Le dernier point posant certainement problème, quel outil institutionnel mis en place pour stocker les vidéos, sachant que j’ai trouvé Youtube comme réponse et que ce n’est pas formidable à bien des niveaux.

Alors dans cette période trouble, j’essaie de voir un peu comment ça se passe ailleurs, d’un point de vue pédagogique, mais aussi d’un point de vue technologique, ce que fait le libre, j’ai bien voulu jeter un coup d’œil sur Framasoft mais ils ont l’air d’avoir d‘autres délires.

Je pars du principe que Google Actu ou les flux RSS que je suis ne sont quand même pas suffisants pour s’enrichir intellectuellement. J’ai commencé à essayer de faire un peu le tour mais sans forcément savoir comment m’y prendre, et au moment où j’écris ces lignes, je n’ai toujours pas trouvé. En gros, en toute humilité, je recherche des gens comme moi, des gens brillants qui font un peu réfléchir. C’est un peu trop, je m’en rends compte, mais je vais vous expliquer où je veux en venir. Au départ le blog, c’était pour les adolescents ou pour les pervers narcissiques qui avaient besoin de se raconter, ou de raconter quelque chose. Les blogs se sont démocratisés pour devenir quelque chose de plus sérieux, des blogs de politiciens, des blogs d’opinion, des blogs techniques d’informaticiens, un medium donc de communication, d’opinion, pour apporter une touche personnelle.

En 2020 au moment où j’écris ces lignes, l’envie d’écrire et de partage est morte, elle a été remplacée par des gens qui monétisent. Concrètement, le blog aujourd’hui est tenu par quelqu’un qui rentabilise son blog en vendant des formations, par des billets sponsorisés, et principalement en expliquant comment il faut bloguer. Toutes les agences de communication se doivent d’avoir un blog, toute entreprise se doit d’avoir un blog, si ma mère avait dû monter une boutique virtuelle elle aurait dû avoir un blog car c’est ce qui aurait permis de faire la différence entre elle et Amazon, montrer que derrière son business, il y a une vraie personne. C’est d’ailleurs vous noterez, l’idée de l’influence, il ne peut y avoir influence que lorsqu’il y a personnification que lorsqu’il y a partage d’expérience et bien évidemment quand il y a quand même un fond de crédibilité. Lorsque je vous dis que la visio c’est un pansement sur la misère éducative entre les gosses qui allument les appareils et qui s’en vont, entre les problèmes techniques et le reste, et que pour l’instant rien ne remplacera le face-à-face élève, je suis persuadé que même si vous pensez que je suis un gros con caractériel, vous avez envie de me croire. Dès lors quand je vois que les blogs sont devenus aujourd’hui majoritairement la propriété de personnes qui donnent des conseils en référencement, ça devient très compliqué pour moi, dinosaure de l’internet de chercher des gens qui parlent librement des thématiques qui les intéressent.

Dans librement, j’entends qu’il est 6h30 du matin au moment où j’écris cette phrase et que dans deux heures je suis face à des élèves de troisième qui vont faire un contrôle sur les fonctions linéaires, vous comprenez que je n’ai rien à vous vendre.

La transformation numérique a eu lieu, et je fais donc partie des dinosaures, un peu comme ma mère finalement. Imaginez tout de même, j’écris, je n’ai rien à vendre, même pas une petite formation ou un bouquin. Souvent je me dis que j’ai tort, je devrais pousser un truc, et puis finalement je me dis que j’ai la flemme, que je ne suis pas fait pour ça, comme ce commerçant qui connaît parfaitement son métier, qui connaît votre pointure au premier coup d’œil mais qui est incapable de passer dans une version numérique de sa boutique.

Nous vivons une période délicate mais j’ai envie tout de même de croire que la roue tourne. J’écrivais plus haut que les gens qui avaient fait du Kondo, des tiny house ou qui avaient arrêté les emballages devaient le sentir passer et pourtant dans le fond ce sont eux qui ont raison, il faut certainement vivre ceci comme une mise à l’épreuve, un ajustement. Si les commerçants doivent nécessairement réfléchir à une transition numérique, comme les enseignants, la relation que vous avez entre les gens qui en prend un sacré coup en ce moment, finira par revenir au milieu face à la déshumanisation que nous vivons actuellement. La force est dans l’humain, dans l’échange, dans le partage.

Il est temps pour moi de vous quitter je viens de franchir les 2350 mots, ma profession va attendre pieusement le discours de Jean Castex pour connaître l’avenir des lycées. Pour moi, enseignement agricole où nous accueillons collégiens et lycéens, on se doute que si c’est la fermeture de la partie lycée, le collège tiendra, ça risque de devenir particulièrement sportif et nous attendrons tout aussi pieusement la décision du ministre de l’agriculture Julien Denormandie, ses pâturages et ses prairies.

J’avais le choix de mettre une femme seule d’I AM mais finalement je mettrai Mamy de Joey Starr avec Nicoletta, ça fait plus rageux. Spéciale dédicace à ma Daronne.

Confinement V2

lundi 9 novembre 2020 à 16:28

Je pensais qu’il y avait masse de gens qui s’était confinée chez moi, finalement non. Le village est calme, on y voit les habitués même si je dois reconnaître que ça reste difficile pour moi de les reconnaître. Le passage de 1500 habitants à l’année à 30.000 ou 40.000 en été me pose quelques problèmes de reconnaissance. Si vous rajoutez à ça le fait que je ne reconnais pas les gens, ça n’aide pas.

J’ai vu qu’un salon de coiffure avait fermé, nous sommes passés en moins d’un an de quatre salons à deux. Vous me direz que je ne suis pas vraiment concerné par les cheveux, mais c’est assez révélateur de la situation actuelle, il s’agit certainement du salon le mieux placé, en plein centre du village. Alors effectivement comme je ne connais pas, il y a peut-être d’autres raisons, néanmoins ça se passe dans la crise COVID qui n’en a pas fini de faire des dégâts.

Je pars du principe qu’il faut essayer d’encourager les initiatives de ceux qui ont compris qu’on ne pouvait plus faire comme avant. Chez moi, quelques restaurants se sont lancés dans la vente à emporter. Il faut comprendre que dans le contexte de mon village, ouvrir un restaurant à la mi-novembre n’a pas d’intérêt, la saison c’est quand il faut chaud. D’ailleurs, avec des touristes qui ne seront pas partis très loin, vu la fréquentation cet été, je ne pense pas que mes restaurateurs soient les plus à plaindre. Au contraire, ils ont dû certainement profiter de la crise. Nous sommes donc allés nous servir chez un restaurant bistrot, ouvert à l’année. Et ce n’est pas anecdotique, puisque l’ouverture à l’année chez moi est exceptionnelle et fidélise les quelques vieux du village, un peu trop. C’est ainsi que même s’il n’y a plus de terrasse, les vieux ont pris l’habitude de se réunir, de continuer à cracher comme ils le font portant mal le masque ou ne le portant pas, à moins d’un mètre les uns des autres. Comme je l’écrivais dans le forum, avant on avait peur des bandes de jeunes, aujourd’hui on a peur des bandes de vieux. Le respect des gestes barrières a franchement du mal à passer

Dix euros le plat avec une micro tarte aux pommes ou un yaourt de supermarché.

Alors je vous vois venir et vous allez certainement dire que le père BORNE fait sa princesse, mais ça se discute. Pendant la saison, en terrasse, à 13.90 € j’ai entrée, plat et dessert en terrasse, avec un dessert fait maison et des quantités plus importantes. C’est pas que c’était mauvais mais 10 balles d’euros, je trouve que c’est cher payé. Dans le restaurant d’à côté la formule était presque la même, à la place du yaourt de supermarché, un café. Cerise sur le gâteau, il nous a demandé de ramener si on le pouvait les barquettes noires, il n’y a pas de petites économies.

Effectivement faire travailler le local, je suis plutôt partant, mais pas à n’importe quelle condition. Je reconnais que la situation est complexe, mais faut-il pour autant accepter n’importe quoi ?

Yaourt de supermarché, parlons-en des hypers. Samedi matin je suis allé faire mes courses au Carrefour de Sérignan. Pour ceux qui ne connaissent pas, à tort, la géographie de mon coin, Saint-Pierre est plus ou moins à la frontière de l’Hérault, à égale distance de Narbonne et de Béziers. Avec la masse de monde présente sur les routes, nous ne sommes pas allés dans la zone de Narbonne qui aurait été certainement bondée. Sérignan est à quelques kilomètres de Valras, deux minutes en voiture, Valras est une station balnéaire et donc vit un peu de la même manière que nous. Très fréquentée en été, peu de monde en hiver. On a donc globalement Carrefour pour nous. Je reste toujours étonné de voir un Carrefour plein, mais surtout un Carrefour plein de vieux. Comprenez que dans cette V2, Macron a fait plutôt mouche en coinçant à la maison les vieux sans les stigmatiser. Face à une France qui continue de bosser, en faisant abstraction des commerçants, le vieux est contraint de faire le confinement V1 et c’est un peu le seul. Quand on sait qu’en Occitanie on se couche à Nîmes pour se réveiller à Brest à l’hôpital, qu’on est vieux donc qu’on a plus de chance d’y rester, on n’imagine pas le troisième âge investir un samedi matin le supermarché. C’est pourtant le cas. Alors qu’on sait que nos jeunes sont jeunes et cons, ils savent tous dans l’ensemble porter un masque, on ne s’étonne plus de voir des vieux le masque sur le menton passer à la caisse dans l’indifférence générale.

La victoire des petits commerces sur les supermarchés, avec le casse-tête ridicule de retirer les assiettes en verre mais pas les assiettes en carton, est finalement une imposture. Les allées des rayons peuvent être visitées, elles ne sont pas condamnées, toute la marchandise est accessible et c’est bien normal, vous avez un système de click and collect à même le magasin. Vous voulez un frigo, il vous suffit de le demander à l’accueil.

Les affiches de la ville de Béziers …

La résistance s’organise comme elle peut, et certaines initiatives sont assez louables. Robert Menard est certainement l’un des maires les plus connus de France faute d’être populaire. Néanmoins force est de reconnaître que le type se bouge pour sa ville. Béziers est une ville qui a embelli, qui est devenue plus secure quand elle était une ville où il fait bon se faire agresser, et qui désormais propose un service de drive pour les commerçants du centre. Si on peut se réjouir quelque part d’avoir des gens qui se battent pour survivre, on voit clairement les orientations du commerce de demain, une déshumanisation ou une virtualisation puisqu’il faudra je pense passer par de la visio ou des chaînes Youtube pour se démarquer, pour être plus qu’Amazon ou cdiscount. Cela me fait penser à l’initiative du magasin Toulousain de jeux de société le passe temps, qui possède sa propre chaîne Youtube.

Finalement c’est un peu ce que j’avais écrit sur Tripadvisor, être restaurateur ne suffit plus, connaître son métier ne suffit plus, il faut aussi assurer sa présence dans les réseaux. S’il fallait donc réfléchir à une création de la boutique du futur, ce serait forcément loin des centres-villes où il est tellement compliqué de se garer, un entrepôt peut-être et une présence accrue sur les réseaux. Ce sont les influenceurs qui doivent se frotter les mains, car désormais il va falloir trouver et vite, des commerciaux sur internet.

Au niveau du travail, rien de neuf sous le soleil, je pense que si d’ici la fin de la semaine on n’annonce pas de catastrophe sanitaire, nous resterons alors dans le protocole actuel qui est déjà particulièrement contraignant avec au fur et à mesure un retour à 100% de présence. Dans mon entourage voici ce que je peux constater et qui a l’air d’être la règle :

Le fait que le collège soit intouchable au même titre que l’école, que le lycée pro va bosser, me conforte dans mon discours quant à l’absence d’autonomie des élèves et la catastrophe de confinement V1 dont on n’arrive pas à s’en sortir. Dire qu’on sort les rames pour amener les enfants à un minimum de travail est un euphémisme, c’est la glandouille généralisée, la mauvaise foi et la mauvaise volonté. Comme je l’ai dit, j’arrête de me battre et je travaille pour ceux qui veulent s’en sortir. Aujourd’hui, je pense avoir eut droit à une simulation de perte d’odorat …

Un peu de console, un peu de rangement, sortir s’aérer dès que c’est possible, ce confinement V2 pour ma part n’a pas de très grandes différences avec une vie normale, ou presque.