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Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

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Vieillir

dimanche 6 décembre 2020 à 11:38

Je sais pas trop comment démarrer ce billet qui va partir un peu dans tous les sens, alors on va commencer par ça.

Comme vous le savez j’ai changé de voiture, fini le Partner qui pisse par tous les trous, et tous les liquides possibles, à moi le Némo. J’ai franchi le cap des 5000 km sans encombre, finalement les quatre chevaux c’est comme tout, on s’y fait, et on finit par doubler quand même. À raison d’un minimum de sept heures de voiture par semaine, tu te doutes bien public que le CD Mp3 qu’il faut graver à la main, ça a fini par bien me gaver. J’ai donc même si je n’étais pas forcément chaud commandé la façade et un autoradio basique MP3 / bluetooth. Dans mon cahier des charges comme on peut s’imaginer un prix de radin, 25 balles, et la possibilité de décrocher le téléphone depuis l’autoradio. Le prix de radin c’est lié à une grande tradition de postes payés 20 € les quinze dernières années sans justification particulière de mettre plus. La possibilité de décrocher sur le poste le téléphone, c’est le fait que sur le précédent poste, on ne pouvait décrocher qu’à la télécommande, pas pratique, mais surtout quand la télécommande a fini par mourir de sa belle mort, ben tu décroches plus ou directement depuis le téléphone, accident garanti. À raison de 7 heures de route minimum effectivement, je rentabilise en passant des coups de téléphone qui ne me demandent que peu de concentration, en tout cas d’en garder suffisamment pour ne pas finir dans l’Aude.

Je me rends compte que je prends un coup de vieux, et pas qu’un peu, mais finalement je me dis que ce n’est pas si grave. Comme j’avais pu le voir dans les commentaires sur la façade sur Amazon, parce que forcément c’est une boutique tiers qui vend ce genre de chose, l’autoradio pourtant standard ne rentre pas. C’est ballot. J’ai dû limer un angle aux ciseaux, cinq minutes. Et c’est ici que lorsque tu penses que tu as franchi la difficulté, que tu te rends compte qu’il y en a d’autres, il y a toujours un truc qui ne fonctionne pas. Alors que tu as un adaptateur DIN vers ISO puisque semble-t-il en moins de dix ans les normes ont changé, que l’adaptateur est livré par les gars qui te vendent la façade, tu supposes que ça va passer crème, tu réalises que ça ne fonctionne pas. Tu commences à regarder sur les forums, tu vois un seul post avec une réponse plus ou moins en klingon où l’on t’explique un problème de 12V permanent résolu en allant chercher le fil dans l’allume cigare …….. À une époque tu vois public, je me serais lancé là-dedans.

ça donne franchement envie

À 45 ans, je vais chez le Norauto qui est sur mon chemin qui j’espère me donnera plus de satisfaction que celui de Narbonne. Je me dis que les gars ont des forfaits pour ça, qu’il ne reste plus qu’à brancher les fils et que le gars dont c’est le métier va certainement me prendre plus cher que le prix de l’autoradio et la façade mais j’aurais économisé de mon temps, de mon énergie pour quelque chose dont je me contrefous complètement, que je vais faire une fois ou deux, si le poste rend l’âme. J’ai un peu envie de dire que l’intérêt c’est dans la répétitivité, et qu’il faut certainement coupler deux fils comme j’ai pu le voir dans un autre forum écrit aussi en klingon. Vieillir c’est renoncer, et j’ai envie de dire que j’aurais dû me lancer sur cette piste il y a quelques années. Le dernier renoncement qui fut aussi le premier, c’est quand j’ai appelé les camions à caca plutôt que de faire sauter la terrasse pour trouver ma canalisation et j’ai franchement bien fait.

La moyenne d’âge du forum est assez élevée, il faut savoir que nous sommes nombreux à nous connaître depuis l’an 2000, 20 ans. Nous nous sommes rencontrés sur les forums de l’époque, les méthodes de piratage de DVD en vidéo. À l’époque ma bonne dame on utilisait des flaskmpeg, on faisait du SVCD, on savait qui était Jérome Rota (« l’inventeur » du DivX, je mets les guillemets pour être encore plus dans la sélection des gens qui pourront comprendre). Nous avons donc comme on dit dans le jargon, des heures de vol, et si le forum s’intitule « le forum des bons pères de famille » c’est parce que c’est une réalité. On en a un qui veut se lancer dans de l’associatif pour du dépannage informatique. Vous pouvez lire ma réponse d’aigri que je vais vous synthétiser ici. Si c’était à refaire, je ne referai pas. J’ai fait à l’époque parce que je le faisais souvent en lien avec le « free spirit », un gars bien sympathique qui parle de Linux, du logiciel libre, du partage, un pauvre débile qui s’est fait surtout avoir à jouer les réparateurs gratuits. Parce que vieillir, c’est non seulement renoncer mais aussi être aigri.

Les gens ne sont pas là pour apprendre, les gens sont là pour avoir un réparateur gratuit et éviter de lâcher un billet.

Cyrille BORNE, aigri

Et quand on a compris ça, on a tout compris au fonctionnement du monde. Une relation ne peut être que construite que sur la réciprocité. Comprenez que dépanner c’est pas forcément ce qui me gêne. C’est dépanner les crevards qui me gêne. J’ai une de mes voisines qui a 73 ans, et qui écrit des bouquins avec son MAC. C’est une dame que j’aime bien, intelligente, drôle, caractérielle. Peu de moyens, je la dépanne, et quelque part c’est assez instructif car ça m’a permis de mettre le nez dans le MAC, je vais d’ailleurs profiter pour faire un détour. Elle utilise le logiciel Antidote. Dernièrement elle a fait mettre un SSD dans son MAC à un tarif extraordinaire au point que je cite la boîte, Versus à Narbonne. Le gars pour 90 € lui a mis 480 Go de SSD, a fait un transfert du HDD vers le SSD et comme elle avait un souci avec son Word il lui a mis une version au-dessus, 2019. Et là c’est le drame. Dans Antidote sur Mac vous avez trois petites icônes, il suffit de faire un glisser déposer dessus. Ces petites icônes s’intègrent au logiciel par le biais de connectix.

Avec la mise à jour vers 2019, c’est fini. J’ai passé deux heures à résoudre et comprendre le problème. Comme elle s’en fout, elle n’a jamais fait la mise à jour de sa version d’Antidote. La moralité c’est que forcément la vieille version ne reconnaissait pas 2019, un décalage temporel, et ne pouvait donc y intégrer les connecteurs. On se dit que dans le monde de MAC tout est simple, et pourtant la mise à jour de Antidote a échoué avec un message comme je les aime « une erreur est apparue ». On s’en doute. J’ai dû créer un compte, son numéro de série a été détecté automatiquement puis réinstaller intégralement le logiciel. Cette petite parenthèse c’était juste pour dire que de MAC j’avais l’image qu’on a cultivée pour moi, celle d’un OS parfait, les problèmes sont exactement les mêmes que sur Windows ou Linux et ne justifient certainement pas l’investissement. Mon collègue pro MAC me faisait remarquer que Antidote ce n’était pas MAC, ce qui n’est pas sans nous rappeler, Linux si ça marche pas avec les imprimantes c’est la faute à Canon qui fait pas les drivers. Ma voisine, m’amène régulièrement des confitures, des gâteaux, des fruits et ce qui compte avant tout c’est le geste.

Alors forcément tu commences par devenir méfiant, tu finis par devenir aigri, tu finis bien sûr par ressasser les mêmes rengaines, parce que c’est ça aussi vieillir. La nostalgie du bon vieux temps quand c’était mieux avant. Je me fais penser de plus en plus au rappeur Sinik.

L’assassin

J’ai découvert Sinik il y a environ dix ans, à l’époque j’enseignais au lycée de Clermont l’Hérault. Je me rappelle qui me l’a fait découvrir, c’est Bilal. Bilal gamin de la Paillade qui arrivait souvent dans des états minables, 14 ans et il était dans les trafics. Il est normal que les textes de Sinik, les tours, la violence, l’argent facile, la drogue trouvent écho chez le garçon. Bilal, je me rappelle avoir téléphoné au rectorat pour demander comment on fait quand un élève a raté une journée d’épreuve parce qu’il était en garde à vue. À l’instar d’un Sinik, je conserve de cette période difficile mes plus beaux souvenirs d’enseignement et je pense que jamais je n’aurais de relations pareilles avec mes élèves et mes collègues. Je pense que nous étions respectés pour ça, parce qu’au fond du trou, au plus profond de la merde, nous n’étions pas en train de stigmatiser le jeune mais chercher les solutions pour faire avancer les choses.

J’écoute Sinik donc depuis dix ans et je prends forcément pour moi, petit bourgeois, les textes de façon décalée. Il y a chez Sinik une prétention que je trouve extraordinaire, un sens de la punchline sans égal dans toute la scène du RAP, et aujourd’hui à 40 ans pas mal de lucidité sur sa fin de carrière. Je vous invite à regarder cette entrevue avec le rappeur, qui est assez pertinente. Pauvre homme qui doit en avoir marre qu’on lui pose de façon systématique la question sur les potentielles nouvelles qu’il pourrait avoir de Diam’s qui à l’époque a lancé sa carrière.

Je trouve que le rappeur est honnête, lucide, il explique que lorsqu’il s’est pris un four avec ballon d’or qui n’a fait que 50.000 (!!!), il a vu toutes les portes se fermer, Skyrock, les télés, les anciennes relations disparaître.

Sinik revient avec un huitième album, et c’est un travail qui reste intéressant, même si je ne partage pas tout. Ce que je trouve pertinent c’est la volonté d’avoir fait évoluer son style sans se fâcher avec sa base. Il évoque notamment l’autotune qui reste un interdit auprès de son public. L’homme sait désormais faire de la trap, a changé ses musicalités mais pas de façon brutale pour que des vieux comme moi puissent encore écouter. Je trouve aussi amusant le gars qui explique que désormais son activité ne réside pas que dans la musique puisqu’il a mis de l’argent à côté, monté deux salons de tatouage, et qu’il est plutôt dans une musique plaisir où il fait ce qu’il veut, se passer par exemple des featurings qui l’emmerde. J’en connais un autre qui refuse deux billets sponsos par semaine, toute forme de partenariat et des billets invités.

Où je suis davantage partagé ce n’est pas tant dans le contenant que dans le contenu, car s’il y a effectivement une volonté d’afficher qu’il a pris de l’âge, qu’il est proche de la fin, il y a toutefois un regret, c’est de ne pas tout assumer. Sinik ne vit plus aux Ulis, c’est un bon père de famille et on suppose qu’il n’est plus dans les armes à feu, la drogue qui l’ont conduit en prison. Pourtant le gros de l’album tourne autour de ça.

Parfois de façon très pertinente avec « petit con » qui n’est pas sans laisser penser à « pose ton gun », « laisse pas traîner ton fils » ou encore « petit frère » avec la parole de l’homme d’expérience qui revient sur les erreurs à ne pas commettre. En fait, j’attendais d’un homme de 40 ans maintenant un regard plus critique sur le monde et je pense que la chanson la plus percutante, la plus adaptée, la plus cohérente pour le chanteur c’est « training day » où il est fait référence aux violences policières, et notamment la mort de George Floyd. C’est donc du bon Sinik mais comme il le pressent, il sera difficile de renouveler le public, les textes sont finalement trop complexes pour un jeune de notre époque, les références trop éloignées de nos jeunes qui justement n’ont plus la culture pour comprendre.

Je préfère toutefois la démarche de l’album dans son coin, à l’ombre sans se compromettre, sans vendre son âme. Je reste par exemple très perplexe quant au titre Je suis Marseille, où je vois une belle opération commerciale, avec un excellent travail, et j’insiste bien sur le travail, mélange old school, autotune, de quoi réconcilier tout le monde. Akhenaton et Shurik’n qui ont pris un très gros coup de vieux même si la voix ne bouge pas, s’offrent une visibilité qu’I AM a totalement perdu auprès des plus jeunes, Jul s’offre une légitimité avec les anciens. On notera que le titre s’oppose au Grand Paris 2 de Medine, qui de son côté réunit Koba LaD, Larry, Pirate, Rémy & Oxmo Puccino. Les rivalités Paris, Marseille, c’est toujours vendeur de choisir son camp, pourtant unique ici, celui de l’argent.

La difficulté de vieillir c’est de bien vieillir. J’ai conscience que souvent je donne l’image du gars le plus aigri de la blogosphère, pour ce qu’il en reste. Néanmoins, je peux vous garantir que je fais quelques efforts, pas trop non plus, et que j’essaie de tenir quelques engagements que j’ai pris avec moi-même.

Ne pas devenir une caricature du c’était mieux avant et de moi-même. Vous noterez que j’évoque de moins en moins l’informatique, le logiciel libre, le DIY, car j’aurais l’impression de faire comme Sinik et d’évoquer quelque chose que je ne vis plus. Je ne vais pas vous raconter COBOL, c’était il y a 20 ans, je préfère être le témoin de mon quotidien, vous raconter de ma lucarne l’école, et la société qui se casse la gueule.

Vieillir ce n’est pas une fatalité, vieillir ce n’est pas suivre les tendances pour suivre le mouvement, vieillir c’est savoir qu’on a été et qu’on ne sera plus. Je ne vais pas me lancer dans les vidéos tiktok et me tortiller, car ce n’est pas ma place. Je préfère consolider ma base de vieux que de courir après des jeunes.

Vieillir ce n’est pas non plus être hors jeu et plutôt que de vous évoquer la mort de VGE le président que nous regrettons tous, nous nous quittons sur ce morceau de RAP qui est quasiment intemporel, et qui aurait pu sortir en même temps que the next épisode il y a 10 ans. Les types ont pris un coup physiquement mais le flow quant à lui est bien présent. Eminem reste certainement le type le plus impressionnant dans le monde du RAP en 2020 et quand les autres auront disparu, on se rappellera tous avec nostalgie de lose yourself.

Bon dimanche, sous vos applaudissement. Tribute to Jack Martin’s.

Cultures, épisode 66

samedi 5 décembre 2020 à 07:00

À la base j’étais contre toute forme de reboot, remake et j’en passe. Le passage au live d’un dessin animé apparaît franchement sur le papier comme une aberration financière de plus, à savoir qu’on y voit un tour de passe-passe des producteurs pour gagner de l’argent sans effort. Je vais aujourd’hui un peu modérer mon propos. Certains films, comme la trilogie Pagnol, ou d’autres, ont des dialogues excellents, des histoires solides, mais le noir et blanc, le cadrage, et le reste ne répondent pas aux critères actuels. Si pour moi le reboot toutes les trois semaines de Spiderman c’est du grand n’importe quoi, pour des films anciens, ça se discute. Aladin par exemple, le Dessin Animé de Disney a plus de 25 ans et quand il bluffait tout le monde avec ses effets 3D à l’époque, le 4/3 aujourd’hui ça pique franchement les yeux même pour quelqu’un de 45 ans. Comprendre quelqu’un qui a joué à des jeux en 8 couleurs. Le film avec Will Smith offrait donc un dépoussiérage intéressant en ne proposant pas un dessin animé, moyen artificiel de faire de la nouveauté et une histoire proche mais pas totalement copiée collée pour encore créer de la nouveauté de façon artificielle.

Mulan est le film maudit, puisqu’il devait sortir durant la crise COVID. Disney a fini par le repousser puis comme on se rend compte que le cinéma c’était mieux avant, une décision de le diffuser dans le monde sur Disney + et pour certains pays à 30 balles d’euros. Forcément 30 balles d’euros quand tu payes un abonnement et que tu vas le regarder sur la télé du salon ou sur ton smartphone alors qu’à moins de 15 balles c’était au ciné pop-corn compris, on se rendait bien compte dès l’annonce que c’était perdu d’avance. Le film a donc été diffusé « gratuitement » pour tout possesseur d’abonnement Disney +. Comme si ce double raté, sortie pendant la COVID, 30 balles, n’était pas suffisant, le film a été fortement critiqué sur son positionnement par rapport à la Chine,

Les critiques sont assez catastrophiques pour la simple et bonne raison que si on pardonne à n’importe qui de refaire Spiderman tous les cinq ans, on se doit de comparer de façon obligatoire Mulan 2020 et Mulan. Alors forcément ça ne chante pas, il n’y a pas le dragon Mushu et le film fait peu dans l’humour. La sensation que j’ai personnellement si je fais abstraction de l’original, c’est d’avoir un film à la histoire de fantôme chinois où ça castagne de façon très sérieuse. Bien évidemment, la sauce Disney est bien présente avec la moralisation à outrance, le prétexte féministe, mais le film est réussi. Au niveau du pitch, c’est la guerre, on vient recruter dans chaque village un homme de chaque famille. Malheureusement dans la famille de Mulan, le seul homme c’est le père, un homme assez âgé. Mulan qui n’est pas du genre à vouloir se marier mais qui est la reine de la baston, se sauve et prend la place de son père. On comprend dès lors la complexité pour dissimuler le fait qu’elle soit une femme tout en marave des tas d’ennemis. Bien évidemment le happy end où elle finit par sauver le royaume, l’empereur, d’honorer sa famille, est une piste sérieuse pour toutes les petites filles, prendre un sabre plutôt qu’une Barbie.

Le reste du monde est une bande dessinée apocalyptique à la française, et force est de constater qu’on n’a rien à envier aux Américains pour le dégueulasse. L’histoire commence dans un village de montagne où la fin des vacances arrive pour une enseignante et ses deux fils. C’est bientôt la rentrée, la femme très disciplinée vit très mal le fait que son mari soit parti avec une femme bien plus jeune qu’elle. Et puis c’est la catastrophe, la montagne s’effondre, le groupe découvrira plus tard que ce n’est pas que la montagne. La narration est dure, le trait est assez grandiose, rien n’est épargné et reprend un peu tous les schémas qu’on est capable d’imaginer sur la fin du monde : la faim, les pillards, la maladie, une entraide inexistante. Bande dessinée difficile, classique et réussie, je pense qu’on a plus de 600 pages sur quatre tomes qui se lisent d’une traite.

On avait laissé le tueur sur une fin plutôt pas terrible, un petit quelque chose qui manquait franchement d’élégance. Il faut dire que d’une part, la série commençait un peu trop à s’étirer, d’autre part, il n’est jamais évident de faire arrêter ce type de personnage sans une fin avec panache, sans balle dans la tête. Le tueur reprend du service, il travaille désormais pour la France, on ne lui laisse pas trop le choix, et c’est sous la couverture d’un cadre de la DRH qu’il est infiltré, en attendant sa cible. Bien sûr, le fait de se retrouver en entreprise nous permet d’avoir droit à la philosophie de comptoir que nous sert Matz à chaque épisode, la pollution, la politique de base, l’entreprise, tout y passe. Si j’étais vachard, j’écrirais qu’on pourrait faire un tueur dans le monde de la bd où le héros philosopherait sur les auteurs qui ressortent leurs vieux succès pour jouer la carte de la sécurité et éviter de devoir se réinventer. L’histoire est prenante, mais c’est moins passionnant, c’est moins puissant, comme le dessin de Luc Jacamon qui a perdu de sa superbe quand celui-ci s’offrait des planches imprévues, des jeux de couleur, on est ici en toute sobriété. Le tueur dans cet univers improbable de la bande dessinée pourrait alors philosopher sur ces lecteurs qui achètent par nostalgie ou par habitude, certainement pour se rassurer et qui embarqueront dans cette nouvelle aventure même si c’est moins bon.

Borat est un personnage de Sacha Baron Cohen l’humoriste qui va au-delà du film, pour un mélange entre fiction et réalité. Concrètement certains passages sont totalement réels, les gens sont filmés sans savoir qu’ils participent à la comédie. Et il faut le reconnaître, non seulement c’est surréaliste, car les gens sont prêts à tout, et encore plus surréaliste qu’ils acceptent de passer à l’écran. Le personnage de Borat est donc un journaliste du Kazakhstan un pays où les gens sont des caricatures des racistes, consanguins, pédophiles et j’en passe, une dictature dépravée en quelque sorte. Borat est de retour aux États-unis où il doit peser dans la candidature américaine et accessoirement marier sa fille de quinze ans. Si la première partie du film est particulièrement carrée, drôle, le film tire en longueur dans la seconde moitié. Dans l’ensemble, c’est drôle, surréaliste, par exemple, Borat veut faire gonfler la poitrine de sa fille âgée donc de quinze ans, met 20000 dollars sur la table en liquide, la secrétaire va prendre le temps de tout recompter et refuser l’opération pour 72 dollars manquants. L’image de l’Amérique en sort une fois de plus ternie, reste à distinguer le vrai du faux.

Emmanuelle Devos est nez, c’est une experte dans son domaine. Dans les missions qu’on lui confie, faire disparaître l’odeur d’un sac qui sent un peu trop le cuir ou sentir une grotte. Elle fait son métier avec passion, tout est odeur pour elle. Femme seule, désagréable au possible, elle ne conduit pas et a besoin de façon systématique d’un chauffeur dans les nombreuses missions qu’elle réalise. Elle se retrouve avec Grégory Montel un type un peu sans le sou qui cherche à conserver la garde de sa fille. Filou mais franc, il refuse de se faire traiter comme un esclave et le courant finit par passer entre les deux individus. Les histoires de personnes que tout oppose, on les a toutes faites, il nous en manquait certainement une dans les odeurs. Le film est agréable, c’est une comédie convenable mais qui a été vu des centaines de fois. Les parfums ne sera certainement pas le meilleur film d’Emmanuelle Devos rare en ce moment au cinéma, et c’est d’autant plus regrettable de la retrouver dans une comédie passable.

Pas si loin de Borat, Jean-Pascal Zadi est un comédien raté qui se fait connaître par des vidéos Youtube très provocantes sur la cause noire. À la recherche du succès qu’il ne trouve pas au cinéma, il décide de se lancer dans une marche pour défendre la cause noire. Tout simplement noir raconte son parcours où il essaie de rallier tout le gratin du show-biz de couleur à sa cause pour participer à sa marche. Présenté comme un documentaire, on va suivre l’acteur dans une soirée chez Joey Starr qui dégénère, ou encore chez Ramzy accompagné de Jonathan Cohen qui proposent d’ajouter juifs et musulmans et l’on imagine encore que ça va dégénérer encore avec les insultes qui fusent entre les deux religions. La force du film c’est de tomber dans les clichés les plus absurdes, les plus racistes, de la façon la plus naturelle possible. On a une scène totalement délirante entre Fabrice Eboué et Lucien Jean-Baptiste qui en viennent à s’invectiver violemment à propos du film case départ et première étoile, sur les noirs d’Afrique et des îles, à se traiter de Bounty. C’est globalement bien joué, j’entends par là que Eboué et Jean-Baptiste s’offrent une scène d’anthologie quand Soprano est arrivé ici par accident, ça fait un guest de plus. L’ensemble est très drôle, très pertinent et vise particulièrement juste. Je vous invite en complément à lire cet article sur le personnage.

Goran est un père de famille qui élève seul sa fille aux lourds problèmes cardiaques avec sa propre mère. Immigré d’Europe de l’Est, il vit honnêtement dans la cité, il est chauffeur livreur. Les choses dégénèrent lorsqu’il perd son permis, il accepte de faire une livraison de drogue et se fait arrêter. Il devient alors Gost 111, indic pour un super flic qui lui met une pression pas croyable pour obtenir des renseignements sur les délits en cours. Goran plutôt que de se laisser écraser par le système va au contraire l’utiliser, entre banditisme, dénonciation et coup sur l’échiquier pour faire tomber les personnes qui le gênent. Lire Gost 111 c’est un peu comme regarder un film d’Olivier Marchal sur la police, la précision des termes, les scènes, tout donne l’impression d’être extrêmement documenté et c’est normal, la bande dessinée est signée par un commissaire de police anonyme. J’ai dévoré les plus de deux-cents pages d’une traite, c’est passionnant.

L’histoire de nailbiter commence par un coup de téléphone. Un agent spécial chargé des interrogatoires compte se suicider, il a cogné trop fort dans un interrogatoire, l’homme est mort. Alors qu’il a le pistolet sur la tempe, une de ses relations l’appelle pour lui dire de se rendre d’urgence dans le village de Buckaroo. Il s’agit d’un trou paumé, qui a donné naissance à seize des plus grands serial killer des États-unis dont le nailbiter, un homme qui ne supportait pas qu’on se ronge les ongles et qui tuait donc ces personnes. Quand notre agent arrive sur place, il se rend compte que le « naibiter » a été relâché, que son ami a disparu, il va commencer à mener l’enquête dans cette petite bourgade où forcément il y a quelques questions à se poser. Comics composé de six tomes, j’ai lu les cinq premiers, il faut dire que c’est prenant, c’est assez bien pensé, cette confrérie des serial killer, ces secrets qui pèsent sur cette ville, les mystères qui tombent et d’autres qui apparaissent. J’attends de me procurer le tome 6 avec impatience.

Chloé 16 ans, est amoureuse, elle sort avec Abdelaziz et c’est le drame pour sa mère. Maman est comme on peut s’en douter raciste, et va tout faire pour perturber la relation de sa fille. Ma fille, mon enfant réussit à pulvériser le record de clichés sur le racisme, et sur les clichés de la famille de façon générale, je crois d’ailleurs que l’idée c’est de pulvériser les records de clichés dans tous les domaines. On ne s’étonnera donc pas que le papa est forcément formidable, au courant de tout, pendant que maman est la méchante, empêtrée dans son racisme. On ne s’étonnera pas de voir que les parents d’Abdelaziz sont parfaits, et que finalement, la pauvre maman est bien seule, enfermée dans ses idées stupides parce que le racisme c’est mal. Comme la collection grand angle est quand même souvent au-dessus d’un téléfilm de TF1, un événement dramatique va se produire au milieu de la bande dessinée pour pouvoir rajouter une dose de clichés supplémentaires. Dispensable sauf si vous voulez faire un cours à des CM2 pour dire que le racisme c’est mal.

Au début des années 10, 1910, une jeune fille de 14 ans est retrouvée morte dans son entreprise, à cette époque on ne se pose pas de question sur le travail des enfants. Très rapidement les soupçons se portent sur deux hommes, un noir et un juif. L’emballement médiatique est tel autour de l’affaire que sous la pression des journalistes, erreurs d’enquête, faux témoignage, expertises non réalisées et j’en passe. Léo Franck (ils ont tué), comptable, chef d’entreprise et juif est désigné comme coupable. Récit particulièrement intéressant d’un fait historique, une affaire Dreyfus à l’américaine qui montre qu’on n’a pas attendu le XXI° siècle pour avoir une presse à sensation et des coupables idéaux.

Complément 117

dimanche 29 novembre 2020 à 18:52

En ce moment je reviens de façon récurrente sur l’état catastrophique de nos jeunes, et je vais encore en remettre une couche. Le nouvel obs titre : Comment la réforme du lycée a eu la peau des maths. On peut lire dans l’article :

les élèves de terminale (générale) ne sont plus que 58 % à étudier les maths en terminale. Là où ils étaient 92 % l’année dernière.

L’article

Cette diminution est logique, les mathématiques c’est compliqué, et c’était prévisible, encore plus avec la réforme qui a très largement complexifié le niveau de mathématiques en première. Je vous épargnerai mes commentaires sur le rédhibitoire Python dès la seconde. Attention, je ne crache pas sur Python, mais c’est juste histoire de remettre les choses dans leur contexte. Quand nos élèves aujourd’hui ne connaissent pas leurs tables, ne savent pas placer des points dans un repère et donnent l’impression de n’être jamais allés en troisième, l’ajout d’un langage de programmation qui mêle syntaxe, logique, anglais et mathématiques, c’est une difficulté de plus, un découragement de plus.

Bien évidemment, ça va se payer à plusieurs niveaux. La désertification des filières mathématiques fait qu’on aura une perte de scientifiques encore plus importante en France, et il faut donc comprendre que c’est autant d’informaticiens, de statisticiens, de chercheurs qu’on n’aura pas. On pourrait prendre le problème à l’envers en se disant qu’après tout, forcer un élève de littéraire à faire des maths ce n’est pas une riche idée, c’est possible. Comme on peut considérer que ce n’est pas une riche idée de maintenir des mathématiques dans des filières professionnelles où il faudrait accentuer peut-être encore plus les pratiques professionnelles. Que de toute façon ces gens ne seront pas amenés à faire de mathématiques dans leur vie donc c’est inutile. Je pense qu’on oublie qu’il est nécessaire de maintenir un certain niveau culturel, même si en mathématiques ça se discute, je pense notamment aux scientifiques à qui il sera bon de rappeler les expérimentations sur l’homme, la bombe atomique et ce genre de joyeusetés. On peut donc effectivement prendre l’aspect positif de la chose et considérer que seuls ceux qui font des mathématiques étaient de toute façon prédestinés à en faire, et continuer de s’étonner de voir autant de médecins d’origine étrangère par exemple en France. Médecine, biologie, sciences, voyez l’association d’idée et on est sur un système qui est avant la réforme.

Il est trop tôt pour sabrer la réforme du BAC même si c’est bien engagé, il suffit de voir le CAPES de maths, néanmoins je pense que cela correspond aux problématiques que nous décrivons pour nos élèves. Les sciences c’est compliqué, alors on va voir ailleurs. Reste désormais à s’interroger quant au positionnement des filières scientifiques post BAC si elles sont désertées, du ministère et des critères de recrutement de Parcoursup. Je vous aurais bien parlé des conclusions de l’article, malheureusement :

Le paywall j’y reviens encore, je suis de plus en plus bloqué mais toujours pas tenté par payer. En fait je serais tenté de payer à l’article éventuellement plutôt que de m’engager. Je parcourais par exemple Nextinpact que je ne suis plus, un abonnement n’aurait pas de sens pour moi, car aucun des articles que j’ai pu balayer ne m’a donné envie. Les abonnements sont trop chers, payer à l’article je pense que je suis prêt. À terme, il n’est pas impossible que je m’abonne à un site qui me permettrait d’accéder à tout ce que je veux comme article, un deezer ou un spotify de la presse. J’aimerais toutefois vous faire remarquer la chose suivante. Si je fais le bilan des dernières années sur mes pratiques web :

La moralité c’est que l’addition en consommation culturelle, numérique, commence à devenir chaque mois un peu plus lourde, avec une multiplication des offres. Netflix pour regarder toute la merde du monde, mais Disney+ pour ne pas rater le Mandalorien. Et c’est ici que se joue un peu plus encore la fin du monde car nous allons tous mourir. La presse, qui même si ça peut surprendre reste quand même le meilleur moyen de s’informer, passe de plus en plus au modèle payant. Logique, faut faire rentrer l’argent, on a bien compris que le modèle publicitaire c’était la croix et la bannière notamment avec des adblockers. Par le fait, qui restera-t-il pour nous fournir notre information gratuite.

La télévision bien évidemment, les journaux gratuits. Et c’est ici toute la subtilité de la chose. Pendant qu’on voit la disparition des blogueurs, des gens qui partagent l’info de façon gratuite et qui l’ont fait pendant des années, c’est le retour à la case départ en diversité de l’information, comme dans mon enfance. Tu regardais le journal télé ou tu payais le journal. Si tu voulais bouquiner gratuit, tu avais la bibliothèque pour avoir de vieux livres dégueulasses.

Mon propos est à moitié juste, ou disons qu’il est incomplet car j’oublie ce qui est devenu le canal principal d’information : les réseaux sociaux. Et c’est là que ça commence à poser quand même de sérieux problèmes. Avec des gens de plus en plus rageux, de plus en plus cons, une presse payante, des gens qui ont compris l’intérêt qu’ils avaient à manipuler les autres et la facilité pour le faire, les élections qui ont vu arriver Trump au pouvoir ne sont qu’un galop d’essai. Et j’ai envie de rajouter que lorsque aujourd’hui la presse c’est avant tout le sensationnalisme, jouer avec la peur des gens, balancer une information puis son contraire, je pense que ce n’est franchement pas gagné pour élever les esprits.

Pire peut-être, c’est le besoin de s’informer qui n’y est pas, le besoin de se cultiver, le besoin de comprendre le monde car en fait les jeunes ont une forme de courage, c’est de s’en foutre complètement et de le dire. On évoquait plus haut la disparition des programmes car le jeune ose finalement ne pas se coller un module de maths car il n’en a pas envie, le jeune aujourd’hui s’affranchit des dates, des événements, parce que finalement ça ne lui sert à rien. Et c’est ici que je reste partagé, même si je sais que le rejet massif dont il fait preuve le mènera à l’obscurantisme, au complotisme et à la fin de l’humanité. La réaction de rejet dont font preuve nos jeunes n’est-elle pas liée à une volonté de gavage dont on fait preuve dans l’éducation sans expliquer le sens des choses.

Ma fille qui est en seconde pro me faisait comprendre que l’économie c’est de la merde, avec le bon caractère qui la caractérise. Je vois dans sa dernière copie un schéma dans lequel elle a noté qu’on versait un impôt aux banques. Soit c’est un véritable moment de lucidité quand on voit le monde dans lequel on vit, soit c’est une incompréhension complète de notre société et de son fonctionnement. Spoiler : réponse deux. J’ai repris des choses élémentaires depuis le début, le crédit de la maison, les taux, pourquoi c’est intéressant de changer de banque, c’est quoi une taxe et j’en passe. J’ai expliqué qu’avec le crédit qu’elle prenait à la banque, elle devait prendre une assurance, et que dans les critères de refus ou d’analyse de dossier, fumer pouvait en faire partie ce qu’il aurait été bon d’expliquer à une classe de seconde. Peut-être que les enfants ne sont pas les seuls fautifs, peut-être que nous n’enseignons pas les bons contenus, il faudrait certainement tout repenser.

Je me suis un peu éloigné, mais l’idée c’était tout de même de faire remarquer que l’accès à la culture, et je n’entends pas Netflix sera un choix à faire. Je précise bien un choix. Regarder des conneries sur Netflix ou faire une démarche d’abonnement à de la presse en ligne, c’est bien une histoire de choix.

Il y a quelques semaines j’avais présenté le logiciel scrcpy qui permet de connecter un téléphone par un câble USB et de le balancer à l’écran du PC. Le désavantage profond du logiciel c’est bien sûr le fait d’avoir besoin d’un câble mais aussi de devoir passer le téléphone en débogage. Toujours sur le forum et dans le même post ScreenStream une application qui se trouve dans F-Droid. L’application vous donne une adresse IP, vous connectez la machine et c’est parti.

Le logiciel n’est pas parfait pour deux raisons. Un peu de lag, il y a une latence de quelques secondes, il faut être dans le même réseau ce qui laisse supposer un partage de connexion du téléphone. Pour le reste, le fait de n’avoir à rien installer c’est assez puissant et je le préfère largement à srcpy.

Nous nous quittons en photos aujourd’hui, c’était ça ou un titre de Aya Nakamura. J’évoquais dans mon dernier billet qu’on se prenait une joyeuse saucée, nous n’avons pas eu dans l’Aude d’épisode méditerranéen comme nous en connaissons chaque année. La plage était nickel mercredi dernier, voyez son état le dimanche. Comme je l’ai déjà écrit, Saint Pierre est à l’embouchure de l’Aude, on draine de façon systématique toutes les merdes depuis Carcassonne. À priori si j’ai tout compris et d’après les tracteurs que j’ai pu voir passer, il semblerait que la nouvelle municipalité a pris une société pour valoriser le bois flotté qui est récupéré. De quoi en faire des fortunes.

Tout est pardonné

vendredi 27 novembre 2020 à 19:05

Pour moi les semaines se suivent et se ressemblent plus ou moins. Un masque dans la gueule, des élèves qui ne veulent rien faire, un métro, boulot, dodo, presque routinier. Et pourtant, pendant ce temps-là, la France est confinée, presque. J’ai quelque part de la chance, je suis passé entre les virus, je suis libre d’aller travailler chaque matin, mon emploi n’est pas encore menacé.

Bien sûr je fais comme tout le monde, enfin comme les gens honnêtes, je limite mes déplacements à ce qui est autorisé, je profite quand ce n’est pas le déluge, c’est le cas au moment où j’écris ces lignes avec un épisode méditerranéen à venir pour faire mon heure de marche en bord de mer. On m’a même dit que j’avais bronzé. Le mercredi, je joue la carte de la solidarité avec les restaurateurs du coin.

J’ai payé 10 balles d’euros la part de lasagnes de poisson. Je n’ai pas mangé un morceau, l’image a été prise au moment où j’ai acheté. J’ai payé 10 balles pour ça. Alors c’était très bon, pas très nourrissant, je peux concevoir que le poisson frais ce n’est pas gratuit, mais 10 balles pour avoir faim, est-ce le prix réel de la solidarité ? Spoil : non. Vous allez encore me traiter de crevure, de type infâme, mais c’est finalement un peu comme à l’époque, quand je disais que tel ou tel logiciel libre ou Linux même c’est de la merde. Suivez l’analogie.

Parce que c’est développé sur du temps libre, si c’est pourri c’est pas grave, on n’a pas le droit d’être critique. Parce que c’est un contexte sanitaire catastrophique, que nos restaurateurs ont besoin de nous, alors ces derniers ont le droit de pratiquer des tarifs de barbare et faire crever la dalle au client. Eh bien malheureusement, ça ne marche pas comme ça, et de la même manière que le bureau Linux n’a jamais décollé parce que s’il avait été si formidable il aurait cartonné, les restaurants ou les commerces qui pratiquent le click and collect mais qui le pratiquent mal, n’arriveront pas à franchir le cap de la transition 2.0 de leur métier, quelle que soit la bonne volonté qu’ils y mettent. Nous vivons dans une société qui est finalement très simple, et j’ai envie de citer la chanson nouveau millénaire.

On veut la paix, l’amour, l’amitié, l’égalité, la santé,
Ouais ma santé, ma thune
Ma gueule et les autres on verra
Fais pas le faux c’est c’que tu t’dis au fond d’toi

Faf Larage

On veut bien faire mais pas trop, les exemples ne manquent pas. L’hypocrisie qui tourne autour du black friday me fait rire jaune notamment sur Internet. Les sites insistent bien pour expliquer qu’il ne s’agit pas du black friday parce que ce n’est pas encore le black friday mais de la promotion qu’ils sont allés chercher à la sueur de leur front comme Jacques Vabres était capable de chercher le meilleur des cafés.

El Gringo.

Je comprends. Personnellement je comprends tout le monde. Je comprends les sites qui font des articles sponso ou avec de la pub sans se poser la question que c’est pas bien pour le petit commerçant. La presse en ligne gratuite, qui vit de la pub connaît bien les effets de la transition 2.0 quand ton crevard de public met des bloqueurs de pub. Je comprends le public aussi dont je fais partie, la pub est tellement invasive, elle l’a été, souvenez-vous du sapin de Noel, elle ne l’est peut-être plus, on ne le saura jamais puisqu’on utilise des bloqueurs de pubs. Alors comme il faut quand même faire du politiquement correct, tu dis bien qu’il ne s’agit pas du black friday, parce que le black friday ça fait pas bien. Et pourtant si on avait quelques secondes d’honnêteté, on dirait que deux tiers des Français vont profiter de promotions inutiles et que demain à l’ouverture des magasins, ce n’est pas la limite des 20 km qu’ils vont utiliser pour se promener dans les bois pendant que le loup n’y est pas, mais foncer droit chez GIFI pour se payer des chaussettes chauffantes et d’autres conneries inutiles. Je comprends le consommateur, acheter c’est exister, on lui a fait suffisamment comprendre depuis des années. Et puis attention, c’est bientôt Noël, tant pis de savoir si on va crever papi et mamie, si c’est pas le COVID, ça sera d’abondance de nourriture. C’est important de se gaver, je comprends, on ne sait pas de quoi demain est fait, c’est peut-être le dernier repas, comme celui du condamné. Et puis Noël c’est important, les enfants c’est Noël. Des jouets par milliers qui seront utilisés pendant trois minutes pour finalement prendre la poussière dans des chambres déjà pleines à craquer.

Je comprends les stations de ski qui réclament l’ouverture, parce que les investissements, l’argent qui doit rentrer, 25% de l’année dans les fêtes de Noël. Je comprends bien sûr les gens du spectacle qui veulent le maintien de grands festivals comme je comprends le milieu sportif qui a hâte de remplir les stades, certainement parce que nos jeunes sont en train de se transformer en gros légumes, parce que c’est trop dur de faire un match sans le soutien du public, soutien financier surtout parce que la billetterie ça gagne quand même. Je comprends mes élèves qui se cachent derrière un avenir sombre, pour ne rien foutre. Je comprends les gens qui font des fêtes à 400 parce que la solitude ce n’est plus supportable. Je comprends tout le monde et je comprends aussi qu’on n’applaudisse plus le personnel soignant parce qu’on a peut-être conscience de l’incompatibilité de certaines activités, faire des fêtes à 400, faire des petits repas entre amis, ne pas porter correctement le masque et applaudir les gens qui essaient de sauver des vies. Ce serait indécent.

Un peu moralisateur Cyrille ? Oui, certainement mais lucide. Quand Macron disait que c’était la guerre durant le premier confinement, il avait trouvé le mot juste mais pas dans le bon sens. Si à l’époque on avait pu voir une forme d’union nationale, les bas salaires, le personnel médical, en première ligne, avec une prise de conscience de la nation du sacrifice, du fait qu’un virus puisse faire basculer l’économie d’un pays, d’une volonté de changement profond de notre façon de vivre, aujourd’hui c’est une autre guerre, la guerre du pognon. Si vous m’avez trouvé ironique plus haut ce n’était pas forcément le cas pour tous les points. Quand aujourd’hui les stations de ski vont faire des pieds et des mains pour ouvrir, enfin des après-skis et des moufles, la volonté de réunir des milliers de personnes de tous les coins de France, parquées dans des chalets minuscules à douze avec des espaces de restauration étriqués, ces gens se battent pour leur survie financière au détriment de l’intérêt collectif et du bon sens. Si le gouvernement a lâché pour les fêtes, c’est un calcul pour éviter la révolution, la réalité, c’est que le manque de conscience des gens, fait que nous préparons le terreau d’une troisième vague ou du redémarrage de la seconde. En effet si on peut être optimiste sur la baisse du nombre de contamination, Noël c’est dans environ quatre semaines, avec la règle des 1km à 20km on se doute que si contrôle il pouvait y avoir, c’est désormais mort.

Finalement si on avait réellement fait le nécessaire d’un point de vue purement rationnel, on aurait remis un confinement comme le premier avec tout le monde à la maison le temps que ça baisse. Nous serions certainement allés vers une révolution. Il est « intéressant » de constater que l’argument sanitaire en lien avec le COVID n’est plus suffisant, on ne peut plus faire l’impasse sur l’aspect financier, ça je pense qu’on le savait, mais maintenant sur l’aspect psychologique et c’est sur cet aspect que j’aimerais revenir.

Bon je vais vous expliquer. Comme en fait je veux revenir sur le début de mon billet, c’est le « come back » de mon début de billet, il s’agit ici d’un prétexte honteux pour placer cette performance. Je pense que pour que le Saian Supa Crew se produise en deux moitiés, et qu’on a vu aucun concert avec les six membres c’est qu’il a dû réellement se passer un truc de dramatique entre les hommes. Parce que sérieusement, quand tu vois les gars comment ils sont à l’aise, c’est vraiment honteux pour la génération des rappeurs actuels.

Comme je l’écrivais, je ne me rends pas tant compte que ça du confinement dans mon quotidien, ou disons qu’il serait facile de détourner la tête. À avoir le nez dans le guidon, on finirait presque par oublier le contexte, presque. Nous avons reçu un courrier de la DGER pour nous annoncer qu’on allait certainement vers du contrôle continu. Pas de stigmatisation, au contraire, on nous pardonne, on sait qu’on fait ce qu’on peut mais que là c’est quand même franchement compliqué. On nous fait remarquer qu’il faut prendre conscience qu’on ne peut pas faire de miracles, que les jeunes sont au fond du seau et que nous de notre côté il ne faut pas qu’on se crève à la tâche. La hiérarchie qui invite à lever le pied, c’est quand même suffisamment rare pour être remarqué.

Les jeunes au fond du trou, c’est facile de s’en rendre compte. La dernière fois sur 24 élèves de troisième, 20 n’avaient pas fait le travail, un exercice un peu long mais trois jours pour le réaliser. Tous les collègues se plaignent du manque de travail, et pour certains c’est l’écœurement du métier. Il faut comprendre que la désorientation est très forte. Ils ne réalisent pas que la situation nous touche tous, que nous vivons un truc qui nous dépasse. Si nous sommes dépassés, ce n’est pas le cas de tout le monde, les gens plus intelligents et plus visionnaires sont en train de s’engraisser, de placer leurs pions pour un monde de demain qui sera horrible. Car si bien sûr on a de fortes interrogations sur le monde de demain même si le vaccin arrive à grands pas, il y a quand même quelques certitudes : accélération de la dématérialisation, on vient de réaliser qu’on pouvait se passer de concerts, de salles de cinéma, on peut finalement se passer de beaucoup de choses et même compenser, pour preuve la multiplication des tapages nocturnes, on fait la fête à la maison.

Tout le monde est donc à cran dans ce monde qui change, qu’on a du mal à comprendre, on ne se rend pas compte que nous sommes aussi impactés, que nécessairement nous broyons du noir, que nous sommes touchés dans corps et dans nos cœurs, que nous ne sommes pas imperturbables. J’ai mis un certain temps à réaliser que j’étais moi-même touché, je ne le suis plus car j’ai mis des « gestes barrières » et je place aussi mes pions pour profiter des opportunités de la crise COVID.

J’avais déjà expliqué que je maintenais les vidéos de ma chaîne Youtube, il faut que j’en fasse d’autres. Une maman d’élève m’a demandé si je n’avais pas une vidéo pour faire réviser son fils sur les fonctions affines et linéaires, j’ai trouvé ça positif et sur plusieurs aspects. D’une part ça dépanne, d’autre part ça montre une forme de transparence. J’entends par là qu’on voit une façon d’enseigner, ça permet de jauger ce que je fais. C’est comme regarder la Joconde, ça donne une idée de l’artiste. Je viens de placer ma phrase la plus prétentieuse de l’année, ça va être difficile de faire mieux.

J’utilise la visio dans les deux sens. Avec les élèves qui le demandent, je pose un ordinateur en classe de façon à ce qu’ils puissent suivre les cours. Le cas se produit de temps à autres dans l’attente d’un test COVID. Avec les élèves qui le demandent, j’insiste bien sur le fait et j’y reviendrais plus loin. Dans les deux sens, car j’ai réalisé mes deux derniers conseils de classe en visio. J’avais du temps avant le conseil, je suis rentré chez moi, mon collègue Benjamin a joué avec la caméra. L’expérience est particulièrement positive pour moi, et j’ai demandé au chef d’établissement de le faire rentrer dans les possibilités offertes de télé-travail. Le souci et je le vois venir c’est qu’entre le présentéisme stupide, le manque d’habileté dans les nouvelles technologies, je serais le seul à le faire et ça sera mal vu. Spoiler : je m’en fous.

Je renonce désormais à la contrainte, ce que j’ai fait pendant des années. Il n’y a pas si longtemps, un élève ne faisait pas son travail, je le collais, je me battais, je mettais tous les moyens en place pour réussir à le sortir de son marasme. J’ai abandonné. Ma réaction pour les 20 élèves qui n’ont pas fait le travail, -5 points sur le contrôle à venir. Je ne colle pas, ça ne sert à rien, même si ça peut être considéré comme pénible pour un élève, et ça l’est, de venir pendant trois heures. Ça ne change pourtant rien. Les gosses sont capables désormais de déconnecter pendant trois heures, de plus le travail qu’on peut donner, ils ne sont pas capables de le faire pour certains, l’intérêt est donc proche de zéro.

Il faut désormais que nos élèves se prennent l’échec dans la gueule et c’est le tort de l’éducation nationale. Attention propos qui peut choquer, mais c’est pourtant le véritable positionnement que je tiens. Avec les années on a fait sortir le concept d’échec, sanction, récompense de l’école. Concrètement, avec 90% de réussite aux examens, un élève peut faire n’importe quoi, même arriver avec une trompette le jour du grand oral, il aura son examen. L’échec a été déplacé de façon plus sournoise sur parcoursup, à savoir qu’un gamin qui aura eu son BAC de façon médiocre ne pourra pas aller dans la filière qu’il veut. C’est pervers, car c’est une sanction non annoncée, non comprise. J’ai mon BAC donc je peux prétendre à faire ce que je veux, et pourtant je ne décide pas, d’autres le feront pour moi, d’après mes résultats scolaires, mon établissement d’origine.

Au niveau de mes troisièmes, quelles que soient les stratégies que je peux mettre en place, il apparaîtra que je finirais par travailler plus que mes élèves. Ainsi, même s’ils ne le réalisent, je m’attaque à leurs notes, car lorsque viendra le moment de l’orientation, quand ils auront la prétention de vouloir partir en BAC PRO mais qu’ils n’auront pas de place et qu’on leur proposera un CAP, ils comprendront peut-être mais trop tard que notre discours de vieux cons mais simple, notes égales bonne orientation avait du sens. Bien évidemment personne n’est pris en piège et désormais à chaque travail non fait c’est un message envoyé aux parents, copie les gens qui vont bien. J’aurais dû le faire plus tôt car à force de donner des secondes chances, on fait perdre le goût du risque, de l’engagement, de l’enjeu. La bienveillance n’existe plus, elle est devenue laxisme. La véritable bienveillance pour ce n’est plus de donner une seconde chance, mais de faire un contrôle réglo, accessible pour tous mes élèves qui ont fait le job.

C’est ce que j’appelle des gestes barrières, l’énergie que je mets là-dedans, à savoir envoyer des mails de façon récurrente et faire un peu de comptabilité c’est finalement beaucoup plus simple que de prendre du temps pour faire un travail de rattrapage que je dois corriger, une colle que je dois préparer ou je ne sais pas quoi. L’intérêt de la méthode c’est qu’elle a finalement un côté automatique, robotisé, rigoureux. Bien sûr je réponds aux parents qui m’interpellent, sauf qu’ils ne m’interpellent pas. Je pardonne aussi aux parents car c’est dur d’être parent aujourd’hui, et si son gosse n’a pas compris qu’il travaillait pour son avenir on ne peut pas le faire à sa place. À 15 ans, on sait qu’on veut des Nike à 230 balles, un Samsung à 800, des relations sexuelles, on est donc suffisamment grand pour comprendre que l’argent ne vient pas du ciel, que si on veut maintenir un rythme de vie il faut bosser et que la plupart du temps la paye est proportionnelle au niveau d’étude qui a lui même un lien étroit avec le travail qu’on veut faire.

Je crois que dans cette période, il est important avant tout de se pardonner à soi-même. On fait tous des erreurs, j’en ai cumulées pas mal depuis le début de l’année, et c’est certainement parce que je ne me rendais pas compte que j’étais en panique face à une situation qui m’échappe, qui m’échappait, qui m’échappe quand même toujours mais que je gère différemment. La situation m’échappe comme elle nous échappe à tous, car sinon on aurait des élèves qui seraient au taquet. Malheureusement à notre niveau, pour l’instant, nous ne pouvons que nous contenter d’un pansement sur une jambe de bois, sachant qu’ici l’image c’est plutôt un pansement sur une poutre, rongée qui va pas tarder à s’écrouler sur nos têtes. Certains sont en train de prendre conscience de la bombe à retardement qui se prépare, de ces jeunes de 15 ans qui dans 10 ans auront 25 ans et qui auront la responsabilité de la nation ou une partie. L’école n’allait pas très fort, la crise COVID catalyseur de tout accélère encore un peu plus sa dégradation.

La première remédiation qui me vient à l’esprit est une refonte totale des programmes pour revenir à l’essentiel, de l’argent, beaucoup d’argent pour des structures adaptées, des salaires attractifs, du personnel, des classes de niveau et en finir avec l’inclusion, des plumes et du goudron pour ceux qui pensent que chaque mois la nouvelle méthode suédoise est à appliquer pour réussir. Du temps, il en faudra pour réussir à remettre nos gosses sur les rails, de la sueur et des larmes, retrouver un goût de l’effort perdu. On est pas rendu.

Nous nous quittons sur la chanson Duvet, du groupe Boa, le titre du générique de serial experiment lain, qui rentre dans le top des dessins animés où tu comprends que dalle mais que tu regardes quand même. Il s’agit d’un live de Boa enregistré en 2018 pour les 20 ans de l’anime. 35000 vues à peine pour une magnifique performance, on a envie de pester mais finalement on se dit que sans Youtube, on n’aurait pas eu accès au morceau, alors finalement je préfère mieux me réjouir et remercier Youtube de pouvoir m’offrir ce kif extraordinaire. Bon week-end à tous.

Le logiciel libre n’échappe malheureusement pas aux effets de mode

samedi 21 novembre 2020 à 18:41

C’est un projet que j’ai vu passer par deux fois, Ubuntu Web Remix, jusqu’à maintenant pas d’iso, un simple compte twitter et pas de site officiel. Il s’agit en fait de créer une alternative à ChromeOs avec Linux et je trouve que c’est complètement idiot. Je respecte bien évidemment la liberté du « développeur » de créer un énième fork et de perdre son temps comme il a envie de le faire.

Avant d’aller plus loin il faut essayer de comprendre ce qu’est un Chromebook, à l’origine et ce que c’est devenu. Google offre un écosystème de base qui permet à l’utilisateur de faire du texte, consulter ses mails, faire du tableur, en gros, il permet à quelqu’un qui utilise tous les services Google de faire son job, uniquement à travers le navigateur. Le système a ceci d’intéressant qu’il a été mis au départ avec des ordinateurs pas chers, ce qui lui a permis de cartonner aux USA chez les étudiants. Bien évidemment, de ChromeOS, système basé uniquement sur Google Chrome qui est en fait un vieux Linux maquillé à Android, on s’est dit que la barrière était mince et Google malin comme il est l’a largement sautée. Les Chromebooks sont donc des appareils qui aujourd’hui permettent d’utiliser le meilleur des mondes, l’ensemble des applications web, les applications Android, les logiciels Linux arrivent en force pour combler certaines lacunes, et on pourra certainement bientôt lancer des applications Windows au travers de machines virtuelles.

C’est tellement séduisant, notamment la possibilité d’utiliser Android, que je serais potentiellement intéressé par cette machine, uniquement pour en posséder un. Je veux un Chromebook. Partant donc du postulat qu’à la base c’est un appareil qui ne sert qu’à se connecter au web, je suis désolé mais tu te connectes à quoi quand il s’agit du logiciel libre ? Tu te connectes à ton Nextcloud que tu as configuré par toi-même. Et sur le principe d’avoir un système d’exploitation léger et épuré, tu ne prends certainement pas une Ubuntu dans laquelle tu mets anbox pour utiliser des logiciels Android. La moralité c’est que la base même du projet est mal pensée, je vous évite encore plus mes commentaires sur l’utilisation de Firefox, tout simplement parce qu’utiliser une base de logiciels libres, lourde, pour se connecter à des services propriétaires c’est avoir raté un épisode de ce qu’est le logiciel libre.

Pour moi, pour donner du sens, il faudrait avoir Canonical qui vende des ordinateurs Linux et que derrière ils déploient des services colossaux à base de Nextcloud pour imaginer avoir une alternative libre. Ici on se contente de balancer une voiture sans l’essence. Bien évidemment le petit plus c’est l’inclusion de anbox mais on reste dans le domaine du propriétaire. Autant acheter un vrai Chromebook et s’en donner à cœur joie. C’est de toute façon l’erreur que fait le libre de façon chronique, essayer de ratisser large quand il faudrait se contenter de faire ce qu’on sait faire bien, et mieux.

Il est d’ailleurs à noter que le libre grand public qui continue de bien se manger la gueule, va certainement avoir une bonne raison de se remettre à exister. C’est un propos que je dis assez régulièrement, à savoir que l’ère du gratuit c’est fini. Deux actualités me paraissent abonder dans ce sens :

Alors que Google a construit l’ensemble de ses services sur le gratuit, maintenant que le poisson est bien ferré, il peut se permettre de passer au payant.

Le payant est partout, le gratuit est nulle part.

Cyrille BORNE

Ils sont quand même forts dans le proprio, forts sur tous les tableaux. Non seulement ils pillent et continueront de le faire les données des utilisateurs, utilisent désormais leurs contenus pour diffuser une publicité qui effectivement ne leur aurait pas fait gagner un rond mais désormais vendent le service. À y réfléchir, c’est certainement Apple le « moins pire » ici, on paye le prix fort mais les données restent à l’abri, en théorie. Du côté de Microsoft on sait que ce n’est pas mieux, Windows reste un logiciel payant qui se sert grassement dans les données personnelles des utilisateurs, on imagine que Microsoft Edge ou Office365 doit se servir en passant.

Alors au lieu d’essayer d’imiter le propriétaire avec du pseudo-libre, il faudrait peut-être continuer à produire du libre de qualité pour faire réellement du libre. Les forums et moi c’est une longue histoire, je crois que nous avons utilisé dans les vingt dernières années : phpbb, invision power board, v-bulletin, punbb puis fluxbb, mybb, nous avons fait un passage transitoire sur l’excellent humhub qui permet de créer son réseau social pour finir aujourd’hui sur Vanilla Forum.

Un forum en 2020

Le choix de Vanilla après comme vous pouvez vous en douter une très longue expérience est une logique à l’époque où je fais le choix du moteur de forum en juillet 2017. Vanilla est responsive par défaut, sa présentation par discussion est moderne et n’est pas sans faire penser à discourse qui est aujourd’hui considérée comme la référence. Sauf qu’à l’instar de tout le libre, le tandem php / mysql qui est un peu la seule chose ou presque que vous pouvez installer sur un mutualisé n’a plus le vent en poupe, il faut changer, complexifier les installations. En même temps, ça fait bien les affaires, un truc impossible à installer c’est un truc que tu peux vendre sur un business plan.

En juillet 2017, Vanilla est particulièrement actif, les nouvelles versions s’enchaînent. Aucune nouvelle version n’est sortie depuis octobre 2019. Le mois dernier le forum officiel est resté dans les choux pendant 24 heures sur une erreur de thème, on lit ici le mot « burnout », là le mot « fork », on s’interroge dans le forum sur la prochaine version, quand elle verra le jour, si elle voit le jour. On se demande aussi si le code est devenu privé, en bref, les utilisateurs s’interrogent. On sait que dans mes soucis il m’arrive de vouloir terriblement anticiper au point de tuer la peau de l’ours, nounours, l’ours, le chasseur, les trois ours, petit ours brun et toute l’espèce qui va avec. J’ai annoncé cent fois la mort de Dotclear, où l’on pousse de temps en temps une nouvelle version et où l’on ne s’est pas rendu compte que les blogs RTL et du PCF n’existent plus depuis un moment.

Je me suis lancé dans une petite virée au sein des moteurs de forum existants et c’est pour ainsi dire la catastrophe pour deux points particuliers :

Concrètement si je trouve bien des outils qui permettent de passer de Vanilla vers autre chose, les outils se sont tous arrêtés à la version 2 de Vanilla, nous sommes à la version 3.3 depuis 2019. Quel que soit le forum que j’ai regardé, aucun n’est à jour, c’est-à-dire qu’on a concrètement sacrifié l’interopérabilité des logiciels. Alors bien évidemment quand tu fais ce genre de commentaire, tu as toujours un connard pour dire que tu n’as qu’à le coder toi-même et que quand bien même personne ne l’a codé, que tu sais pas le coder, tu devrais te réjouir parce qu’on peut le faire. La liberté vue sous cet angle, liberté que j’ai vue dans le libre francophone pendant des années, c’est certainement une des bonnes raisons qui m’a fait quitter les lieux.

Je suis donc amené à me résigner pour l’instant à quelques points :

Pourquoi un forum en 2020 me direz-vous ? C’est une évidence. Le forum est le seul espace d’échange qui vous permet de présenter l’information de façon claire, et de la retrouver. Vous ne pourrez pas solutionner un problème technique à partir d’une structure de réseau social. Et c’est certainement ici que « j’en veux » au libre. À force de céder à toutes les modes, celle des langages de programmation, celle du copier coller, on en a oublié le but.

On se plaint d’un internet violent, d’un internet poubelle, et pourtant dès qu’il s’agit de copier la première connerie qui passe, on s’y jette à corps perdu pour preuve le ChromeOS avec Firefox. Au lieu de continuer à développer des outils qui sont facilement installables même si les technologies php / mysql sont jugées comme vieillottes et lourdes, on oublie avant l’un des buts du libre : le partage de connaissance.

Si demain l’intégralité des moteurs de forum venaient à disparaître, je pourrais très bien envisager de créer mon subreddit mais je serais totalement perdant. Reddit à l’instar d’un Google peut changer les règles du jeu quand bon lui semble.

Au lieu de ringardiser les outils et les technologies, on ferait bien de s’interroger sur le fait que le progrès ce n’est pas forcément un mieux. L’arrivée des réseaux sociaux a fait abandonner ou disperser les créateurs, a cassé les communautés de partage. Est-ce réellement un progrès ?

Nous nous quittons sur un concert de Danakil à la maison, une heure d’une expérience généreuse et originale