PROJET AUTOBLOG


Le Blog de Cyrille BORNE

Site original : Le Blog de Cyrille BORNE

⇐ retour index

Complément 117

dimanche 29 novembre 2020 à 18:52

En ce moment je reviens de façon récurrente sur l’état catastrophique de nos jeunes, et je vais encore en remettre une couche. Le nouvel obs titre : Comment la réforme du lycée a eu la peau des maths. On peut lire dans l’article :

les élèves de terminale (générale) ne sont plus que 58 % à étudier les maths en terminale. Là où ils étaient 92 % l’année dernière.

L’article

Cette diminution est logique, les mathématiques c’est compliqué, et c’était prévisible, encore plus avec la réforme qui a très largement complexifié le niveau de mathématiques en première. Je vous épargnerai mes commentaires sur le rédhibitoire Python dès la seconde. Attention, je ne crache pas sur Python, mais c’est juste histoire de remettre les choses dans leur contexte. Quand nos élèves aujourd’hui ne connaissent pas leurs tables, ne savent pas placer des points dans un repère et donnent l’impression de n’être jamais allés en troisième, l’ajout d’un langage de programmation qui mêle syntaxe, logique, anglais et mathématiques, c’est une difficulté de plus, un découragement de plus.

Bien évidemment, ça va se payer à plusieurs niveaux. La désertification des filières mathématiques fait qu’on aura une perte de scientifiques encore plus importante en France, et il faut donc comprendre que c’est autant d’informaticiens, de statisticiens, de chercheurs qu’on n’aura pas. On pourrait prendre le problème à l’envers en se disant qu’après tout, forcer un élève de littéraire à faire des maths ce n’est pas une riche idée, c’est possible. Comme on peut considérer que ce n’est pas une riche idée de maintenir des mathématiques dans des filières professionnelles où il faudrait accentuer peut-être encore plus les pratiques professionnelles. Que de toute façon ces gens ne seront pas amenés à faire de mathématiques dans leur vie donc c’est inutile. Je pense qu’on oublie qu’il est nécessaire de maintenir un certain niveau culturel, même si en mathématiques ça se discute, je pense notamment aux scientifiques à qui il sera bon de rappeler les expérimentations sur l’homme, la bombe atomique et ce genre de joyeusetés. On peut donc effectivement prendre l’aspect positif de la chose et considérer que seuls ceux qui font des mathématiques étaient de toute façon prédestinés à en faire, et continuer de s’étonner de voir autant de médecins d’origine étrangère par exemple en France. Médecine, biologie, sciences, voyez l’association d’idée et on est sur un système qui est avant la réforme.

Il est trop tôt pour sabrer la réforme du BAC même si c’est bien engagé, il suffit de voir le CAPES de maths, néanmoins je pense que cela correspond aux problématiques que nous décrivons pour nos élèves. Les sciences c’est compliqué, alors on va voir ailleurs. Reste désormais à s’interroger quant au positionnement des filières scientifiques post BAC si elles sont désertées, du ministère et des critères de recrutement de Parcoursup. Je vous aurais bien parlé des conclusions de l’article, malheureusement :

Le paywall j’y reviens encore, je suis de plus en plus bloqué mais toujours pas tenté par payer. En fait je serais tenté de payer à l’article éventuellement plutôt que de m’engager. Je parcourais par exemple Nextinpact que je ne suis plus, un abonnement n’aurait pas de sens pour moi, car aucun des articles que j’ai pu balayer ne m’a donné envie. Les abonnements sont trop chers, payer à l’article je pense que je suis prêt. À terme, il n’est pas impossible que je m’abonne à un site qui me permettrait d’accéder à tout ce que je veux comme article, un deezer ou un spotify de la presse. J’aimerais toutefois vous faire remarquer la chose suivante. Si je fais le bilan des dernières années sur mes pratiques web :

La moralité c’est que l’addition en consommation culturelle, numérique, commence à devenir chaque mois un peu plus lourde, avec une multiplication des offres. Netflix pour regarder toute la merde du monde, mais Disney+ pour ne pas rater le Mandalorien. Et c’est ici que se joue un peu plus encore la fin du monde car nous allons tous mourir. La presse, qui même si ça peut surprendre reste quand même le meilleur moyen de s’informer, passe de plus en plus au modèle payant. Logique, faut faire rentrer l’argent, on a bien compris que le modèle publicitaire c’était la croix et la bannière notamment avec des adblockers. Par le fait, qui restera-t-il pour nous fournir notre information gratuite.

La télévision bien évidemment, les journaux gratuits. Et c’est ici toute la subtilité de la chose. Pendant qu’on voit la disparition des blogueurs, des gens qui partagent l’info de façon gratuite et qui l’ont fait pendant des années, c’est le retour à la case départ en diversité de l’information, comme dans mon enfance. Tu regardais le journal télé ou tu payais le journal. Si tu voulais bouquiner gratuit, tu avais la bibliothèque pour avoir de vieux livres dégueulasses.

Mon propos est à moitié juste, ou disons qu’il est incomplet car j’oublie ce qui est devenu le canal principal d’information : les réseaux sociaux. Et c’est là que ça commence à poser quand même de sérieux problèmes. Avec des gens de plus en plus rageux, de plus en plus cons, une presse payante, des gens qui ont compris l’intérêt qu’ils avaient à manipuler les autres et la facilité pour le faire, les élections qui ont vu arriver Trump au pouvoir ne sont qu’un galop d’essai. Et j’ai envie de rajouter que lorsque aujourd’hui la presse c’est avant tout le sensationnalisme, jouer avec la peur des gens, balancer une information puis son contraire, je pense que ce n’est franchement pas gagné pour élever les esprits.

Pire peut-être, c’est le besoin de s’informer qui n’y est pas, le besoin de se cultiver, le besoin de comprendre le monde car en fait les jeunes ont une forme de courage, c’est de s’en foutre complètement et de le dire. On évoquait plus haut la disparition des programmes car le jeune ose finalement ne pas se coller un module de maths car il n’en a pas envie, le jeune aujourd’hui s’affranchit des dates, des événements, parce que finalement ça ne lui sert à rien. Et c’est ici que je reste partagé, même si je sais que le rejet massif dont il fait preuve le mènera à l’obscurantisme, au complotisme et à la fin de l’humanité. La réaction de rejet dont font preuve nos jeunes n’est-elle pas liée à une volonté de gavage dont on fait preuve dans l’éducation sans expliquer le sens des choses.

Ma fille qui est en seconde pro me faisait comprendre que l’économie c’est de la merde, avec le bon caractère qui la caractérise. Je vois dans sa dernière copie un schéma dans lequel elle a noté qu’on versait un impôt aux banques. Soit c’est un véritable moment de lucidité quand on voit le monde dans lequel on vit, soit c’est une incompréhension complète de notre société et de son fonctionnement. Spoiler : réponse deux. J’ai repris des choses élémentaires depuis le début, le crédit de la maison, les taux, pourquoi c’est intéressant de changer de banque, c’est quoi une taxe et j’en passe. J’ai expliqué qu’avec le crédit qu’elle prenait à la banque, elle devait prendre une assurance, et que dans les critères de refus ou d’analyse de dossier, fumer pouvait en faire partie ce qu’il aurait été bon d’expliquer à une classe de seconde. Peut-être que les enfants ne sont pas les seuls fautifs, peut-être que nous n’enseignons pas les bons contenus, il faudrait certainement tout repenser.

Je me suis un peu éloigné, mais l’idée c’était tout de même de faire remarquer que l’accès à la culture, et je n’entends pas Netflix sera un choix à faire. Je précise bien un choix. Regarder des conneries sur Netflix ou faire une démarche d’abonnement à de la presse en ligne, c’est bien une histoire de choix.

Il y a quelques semaines j’avais présenté le logiciel scrcpy qui permet de connecter un téléphone par un câble USB et de le balancer à l’écran du PC. Le désavantage profond du logiciel c’est bien sûr le fait d’avoir besoin d’un câble mais aussi de devoir passer le téléphone en débogage. Toujours sur le forum et dans le même post ScreenStream une application qui se trouve dans F-Droid. L’application vous donne une adresse IP, vous connectez la machine et c’est parti.

Le logiciel n’est pas parfait pour deux raisons. Un peu de lag, il y a une latence de quelques secondes, il faut être dans le même réseau ce qui laisse supposer un partage de connexion du téléphone. Pour le reste, le fait de n’avoir à rien installer c’est assez puissant et je le préfère largement à srcpy.

Nous nous quittons en photos aujourd’hui, c’était ça ou un titre de Aya Nakamura. J’évoquais dans mon dernier billet qu’on se prenait une joyeuse saucée, nous n’avons pas eu dans l’Aude d’épisode méditerranéen comme nous en connaissons chaque année. La plage était nickel mercredi dernier, voyez son état le dimanche. Comme je l’ai déjà écrit, Saint Pierre est à l’embouchure de l’Aude, on draine de façon systématique toutes les merdes depuis Carcassonne. À priori si j’ai tout compris et d’après les tracteurs que j’ai pu voir passer, il semblerait que la nouvelle municipalité a pris une société pour valoriser le bois flotté qui est récupéré. De quoi en faire des fortunes.

Tout est pardonné

vendredi 27 novembre 2020 à 19:05

Pour moi les semaines se suivent et se ressemblent plus ou moins. Un masque dans la gueule, des élèves qui ne veulent rien faire, un métro, boulot, dodo, presque routinier. Et pourtant, pendant ce temps-là, la France est confinée, presque. J’ai quelque part de la chance, je suis passé entre les virus, je suis libre d’aller travailler chaque matin, mon emploi n’est pas encore menacé.

Bien sûr je fais comme tout le monde, enfin comme les gens honnêtes, je limite mes déplacements à ce qui est autorisé, je profite quand ce n’est pas le déluge, c’est le cas au moment où j’écris ces lignes avec un épisode méditerranéen à venir pour faire mon heure de marche en bord de mer. On m’a même dit que j’avais bronzé. Le mercredi, je joue la carte de la solidarité avec les restaurateurs du coin.

J’ai payé 10 balles d’euros la part de lasagnes de poisson. Je n’ai pas mangé un morceau, l’image a été prise au moment où j’ai acheté. J’ai payé 10 balles pour ça. Alors c’était très bon, pas très nourrissant, je peux concevoir que le poisson frais ce n’est pas gratuit, mais 10 balles pour avoir faim, est-ce le prix réel de la solidarité ? Spoil : non. Vous allez encore me traiter de crevure, de type infâme, mais c’est finalement un peu comme à l’époque, quand je disais que tel ou tel logiciel libre ou Linux même c’est de la merde. Suivez l’analogie.

Parce que c’est développé sur du temps libre, si c’est pourri c’est pas grave, on n’a pas le droit d’être critique. Parce que c’est un contexte sanitaire catastrophique, que nos restaurateurs ont besoin de nous, alors ces derniers ont le droit de pratiquer des tarifs de barbare et faire crever la dalle au client. Eh bien malheureusement, ça ne marche pas comme ça, et de la même manière que le bureau Linux n’a jamais décollé parce que s’il avait été si formidable il aurait cartonné, les restaurants ou les commerces qui pratiquent le click and collect mais qui le pratiquent mal, n’arriveront pas à franchir le cap de la transition 2.0 de leur métier, quelle que soit la bonne volonté qu’ils y mettent. Nous vivons dans une société qui est finalement très simple, et j’ai envie de citer la chanson nouveau millénaire.

On veut la paix, l’amour, l’amitié, l’égalité, la santé,
Ouais ma santé, ma thune
Ma gueule et les autres on verra
Fais pas le faux c’est c’que tu t’dis au fond d’toi

Faf Larage

On veut bien faire mais pas trop, les exemples ne manquent pas. L’hypocrisie qui tourne autour du black friday me fait rire jaune notamment sur Internet. Les sites insistent bien pour expliquer qu’il ne s’agit pas du black friday parce que ce n’est pas encore le black friday mais de la promotion qu’ils sont allés chercher à la sueur de leur front comme Jacques Vabres était capable de chercher le meilleur des cafés.

El Gringo.

Je comprends. Personnellement je comprends tout le monde. Je comprends les sites qui font des articles sponso ou avec de la pub sans se poser la question que c’est pas bien pour le petit commerçant. La presse en ligne gratuite, qui vit de la pub connaît bien les effets de la transition 2.0 quand ton crevard de public met des bloqueurs de pub. Je comprends le public aussi dont je fais partie, la pub est tellement invasive, elle l’a été, souvenez-vous du sapin de Noel, elle ne l’est peut-être plus, on ne le saura jamais puisqu’on utilise des bloqueurs de pubs. Alors comme il faut quand même faire du politiquement correct, tu dis bien qu’il ne s’agit pas du black friday, parce que le black friday ça fait pas bien. Et pourtant si on avait quelques secondes d’honnêteté, on dirait que deux tiers des Français vont profiter de promotions inutiles et que demain à l’ouverture des magasins, ce n’est pas la limite des 20 km qu’ils vont utiliser pour se promener dans les bois pendant que le loup n’y est pas, mais foncer droit chez GIFI pour se payer des chaussettes chauffantes et d’autres conneries inutiles. Je comprends le consommateur, acheter c’est exister, on lui a fait suffisamment comprendre depuis des années. Et puis attention, c’est bientôt Noël, tant pis de savoir si on va crever papi et mamie, si c’est pas le COVID, ça sera d’abondance de nourriture. C’est important de se gaver, je comprends, on ne sait pas de quoi demain est fait, c’est peut-être le dernier repas, comme celui du condamné. Et puis Noël c’est important, les enfants c’est Noël. Des jouets par milliers qui seront utilisés pendant trois minutes pour finalement prendre la poussière dans des chambres déjà pleines à craquer.

Je comprends les stations de ski qui réclament l’ouverture, parce que les investissements, l’argent qui doit rentrer, 25% de l’année dans les fêtes de Noël. Je comprends bien sûr les gens du spectacle qui veulent le maintien de grands festivals comme je comprends le milieu sportif qui a hâte de remplir les stades, certainement parce que nos jeunes sont en train de se transformer en gros légumes, parce que c’est trop dur de faire un match sans le soutien du public, soutien financier surtout parce que la billetterie ça gagne quand même. Je comprends mes élèves qui se cachent derrière un avenir sombre, pour ne rien foutre. Je comprends les gens qui font des fêtes à 400 parce que la solitude ce n’est plus supportable. Je comprends tout le monde et je comprends aussi qu’on n’applaudisse plus le personnel soignant parce qu’on a peut-être conscience de l’incompatibilité de certaines activités, faire des fêtes à 400, faire des petits repas entre amis, ne pas porter correctement le masque et applaudir les gens qui essaient de sauver des vies. Ce serait indécent.

Un peu moralisateur Cyrille ? Oui, certainement mais lucide. Quand Macron disait que c’était la guerre durant le premier confinement, il avait trouvé le mot juste mais pas dans le bon sens. Si à l’époque on avait pu voir une forme d’union nationale, les bas salaires, le personnel médical, en première ligne, avec une prise de conscience de la nation du sacrifice, du fait qu’un virus puisse faire basculer l’économie d’un pays, d’une volonté de changement profond de notre façon de vivre, aujourd’hui c’est une autre guerre, la guerre du pognon. Si vous m’avez trouvé ironique plus haut ce n’était pas forcément le cas pour tous les points. Quand aujourd’hui les stations de ski vont faire des pieds et des mains pour ouvrir, enfin des après-skis et des moufles, la volonté de réunir des milliers de personnes de tous les coins de France, parquées dans des chalets minuscules à douze avec des espaces de restauration étriqués, ces gens se battent pour leur survie financière au détriment de l’intérêt collectif et du bon sens. Si le gouvernement a lâché pour les fêtes, c’est un calcul pour éviter la révolution, la réalité, c’est que le manque de conscience des gens, fait que nous préparons le terreau d’une troisième vague ou du redémarrage de la seconde. En effet si on peut être optimiste sur la baisse du nombre de contamination, Noël c’est dans environ quatre semaines, avec la règle des 1km à 20km on se doute que si contrôle il pouvait y avoir, c’est désormais mort.

Finalement si on avait réellement fait le nécessaire d’un point de vue purement rationnel, on aurait remis un confinement comme le premier avec tout le monde à la maison le temps que ça baisse. Nous serions certainement allés vers une révolution. Il est « intéressant » de constater que l’argument sanitaire en lien avec le COVID n’est plus suffisant, on ne peut plus faire l’impasse sur l’aspect financier, ça je pense qu’on le savait, mais maintenant sur l’aspect psychologique et c’est sur cet aspect que j’aimerais revenir.

Bon je vais vous expliquer. Comme en fait je veux revenir sur le début de mon billet, c’est le « come back » de mon début de billet, il s’agit ici d’un prétexte honteux pour placer cette performance. Je pense que pour que le Saian Supa Crew se produise en deux moitiés, et qu’on a vu aucun concert avec les six membres c’est qu’il a dû réellement se passer un truc de dramatique entre les hommes. Parce que sérieusement, quand tu vois les gars comment ils sont à l’aise, c’est vraiment honteux pour la génération des rappeurs actuels.

Comme je l’écrivais, je ne me rends pas tant compte que ça du confinement dans mon quotidien, ou disons qu’il serait facile de détourner la tête. À avoir le nez dans le guidon, on finirait presque par oublier le contexte, presque. Nous avons reçu un courrier de la DGER pour nous annoncer qu’on allait certainement vers du contrôle continu. Pas de stigmatisation, au contraire, on nous pardonne, on sait qu’on fait ce qu’on peut mais que là c’est quand même franchement compliqué. On nous fait remarquer qu’il faut prendre conscience qu’on ne peut pas faire de miracles, que les jeunes sont au fond du seau et que nous de notre côté il ne faut pas qu’on se crève à la tâche. La hiérarchie qui invite à lever le pied, c’est quand même suffisamment rare pour être remarqué.

Les jeunes au fond du trou, c’est facile de s’en rendre compte. La dernière fois sur 24 élèves de troisième, 20 n’avaient pas fait le travail, un exercice un peu long mais trois jours pour le réaliser. Tous les collègues se plaignent du manque de travail, et pour certains c’est l’écœurement du métier. Il faut comprendre que la désorientation est très forte. Ils ne réalisent pas que la situation nous touche tous, que nous vivons un truc qui nous dépasse. Si nous sommes dépassés, ce n’est pas le cas de tout le monde, les gens plus intelligents et plus visionnaires sont en train de s’engraisser, de placer leurs pions pour un monde de demain qui sera horrible. Car si bien sûr on a de fortes interrogations sur le monde de demain même si le vaccin arrive à grands pas, il y a quand même quelques certitudes : accélération de la dématérialisation, on vient de réaliser qu’on pouvait se passer de concerts, de salles de cinéma, on peut finalement se passer de beaucoup de choses et même compenser, pour preuve la multiplication des tapages nocturnes, on fait la fête à la maison.

Tout le monde est donc à cran dans ce monde qui change, qu’on a du mal à comprendre, on ne se rend pas compte que nous sommes aussi impactés, que nécessairement nous broyons du noir, que nous sommes touchés dans corps et dans nos cœurs, que nous ne sommes pas imperturbables. J’ai mis un certain temps à réaliser que j’étais moi-même touché, je ne le suis plus car j’ai mis des « gestes barrières » et je place aussi mes pions pour profiter des opportunités de la crise COVID.

J’avais déjà expliqué que je maintenais les vidéos de ma chaîne Youtube, il faut que j’en fasse d’autres. Une maman d’élève m’a demandé si je n’avais pas une vidéo pour faire réviser son fils sur les fonctions affines et linéaires, j’ai trouvé ça positif et sur plusieurs aspects. D’une part ça dépanne, d’autre part ça montre une forme de transparence. J’entends par là qu’on voit une façon d’enseigner, ça permet de jauger ce que je fais. C’est comme regarder la Joconde, ça donne une idée de l’artiste. Je viens de placer ma phrase la plus prétentieuse de l’année, ça va être difficile de faire mieux.

J’utilise la visio dans les deux sens. Avec les élèves qui le demandent, je pose un ordinateur en classe de façon à ce qu’ils puissent suivre les cours. Le cas se produit de temps à autres dans l’attente d’un test COVID. Avec les élèves qui le demandent, j’insiste bien sur le fait et j’y reviendrais plus loin. Dans les deux sens, car j’ai réalisé mes deux derniers conseils de classe en visio. J’avais du temps avant le conseil, je suis rentré chez moi, mon collègue Benjamin a joué avec la caméra. L’expérience est particulièrement positive pour moi, et j’ai demandé au chef d’établissement de le faire rentrer dans les possibilités offertes de télé-travail. Le souci et je le vois venir c’est qu’entre le présentéisme stupide, le manque d’habileté dans les nouvelles technologies, je serais le seul à le faire et ça sera mal vu. Spoiler : je m’en fous.

Je renonce désormais à la contrainte, ce que j’ai fait pendant des années. Il n’y a pas si longtemps, un élève ne faisait pas son travail, je le collais, je me battais, je mettais tous les moyens en place pour réussir à le sortir de son marasme. J’ai abandonné. Ma réaction pour les 20 élèves qui n’ont pas fait le travail, -5 points sur le contrôle à venir. Je ne colle pas, ça ne sert à rien, même si ça peut être considéré comme pénible pour un élève, et ça l’est, de venir pendant trois heures. Ça ne change pourtant rien. Les gosses sont capables désormais de déconnecter pendant trois heures, de plus le travail qu’on peut donner, ils ne sont pas capables de le faire pour certains, l’intérêt est donc proche de zéro.

Il faut désormais que nos élèves se prennent l’échec dans la gueule et c’est le tort de l’éducation nationale. Attention propos qui peut choquer, mais c’est pourtant le véritable positionnement que je tiens. Avec les années on a fait sortir le concept d’échec, sanction, récompense de l’école. Concrètement, avec 90% de réussite aux examens, un élève peut faire n’importe quoi, même arriver avec une trompette le jour du grand oral, il aura son examen. L’échec a été déplacé de façon plus sournoise sur parcoursup, à savoir qu’un gamin qui aura eu son BAC de façon médiocre ne pourra pas aller dans la filière qu’il veut. C’est pervers, car c’est une sanction non annoncée, non comprise. J’ai mon BAC donc je peux prétendre à faire ce que je veux, et pourtant je ne décide pas, d’autres le feront pour moi, d’après mes résultats scolaires, mon établissement d’origine.

Au niveau de mes troisièmes, quelles que soient les stratégies que je peux mettre en place, il apparaîtra que je finirais par travailler plus que mes élèves. Ainsi, même s’ils ne le réalisent, je m’attaque à leurs notes, car lorsque viendra le moment de l’orientation, quand ils auront la prétention de vouloir partir en BAC PRO mais qu’ils n’auront pas de place et qu’on leur proposera un CAP, ils comprendront peut-être mais trop tard que notre discours de vieux cons mais simple, notes égales bonne orientation avait du sens. Bien évidemment personne n’est pris en piège et désormais à chaque travail non fait c’est un message envoyé aux parents, copie les gens qui vont bien. J’aurais dû le faire plus tôt car à force de donner des secondes chances, on fait perdre le goût du risque, de l’engagement, de l’enjeu. La bienveillance n’existe plus, elle est devenue laxisme. La véritable bienveillance pour ce n’est plus de donner une seconde chance, mais de faire un contrôle réglo, accessible pour tous mes élèves qui ont fait le job.

C’est ce que j’appelle des gestes barrières, l’énergie que je mets là-dedans, à savoir envoyer des mails de façon récurrente et faire un peu de comptabilité c’est finalement beaucoup plus simple que de prendre du temps pour faire un travail de rattrapage que je dois corriger, une colle que je dois préparer ou je ne sais pas quoi. L’intérêt de la méthode c’est qu’elle a finalement un côté automatique, robotisé, rigoureux. Bien sûr je réponds aux parents qui m’interpellent, sauf qu’ils ne m’interpellent pas. Je pardonne aussi aux parents car c’est dur d’être parent aujourd’hui, et si son gosse n’a pas compris qu’il travaillait pour son avenir on ne peut pas le faire à sa place. À 15 ans, on sait qu’on veut des Nike à 230 balles, un Samsung à 800, des relations sexuelles, on est donc suffisamment grand pour comprendre que l’argent ne vient pas du ciel, que si on veut maintenir un rythme de vie il faut bosser et que la plupart du temps la paye est proportionnelle au niveau d’étude qui a lui même un lien étroit avec le travail qu’on veut faire.

Je crois que dans cette période, il est important avant tout de se pardonner à soi-même. On fait tous des erreurs, j’en ai cumulées pas mal depuis le début de l’année, et c’est certainement parce que je ne me rendais pas compte que j’étais en panique face à une situation qui m’échappe, qui m’échappait, qui m’échappe quand même toujours mais que je gère différemment. La situation m’échappe comme elle nous échappe à tous, car sinon on aurait des élèves qui seraient au taquet. Malheureusement à notre niveau, pour l’instant, nous ne pouvons que nous contenter d’un pansement sur une jambe de bois, sachant qu’ici l’image c’est plutôt un pansement sur une poutre, rongée qui va pas tarder à s’écrouler sur nos têtes. Certains sont en train de prendre conscience de la bombe à retardement qui se prépare, de ces jeunes de 15 ans qui dans 10 ans auront 25 ans et qui auront la responsabilité de la nation ou une partie. L’école n’allait pas très fort, la crise COVID catalyseur de tout accélère encore un peu plus sa dégradation.

La première remédiation qui me vient à l’esprit est une refonte totale des programmes pour revenir à l’essentiel, de l’argent, beaucoup d’argent pour des structures adaptées, des salaires attractifs, du personnel, des classes de niveau et en finir avec l’inclusion, des plumes et du goudron pour ceux qui pensent que chaque mois la nouvelle méthode suédoise est à appliquer pour réussir. Du temps, il en faudra pour réussir à remettre nos gosses sur les rails, de la sueur et des larmes, retrouver un goût de l’effort perdu. On est pas rendu.

Nous nous quittons sur la chanson Duvet, du groupe Boa, le titre du générique de serial experiment lain, qui rentre dans le top des dessins animés où tu comprends que dalle mais que tu regardes quand même. Il s’agit d’un live de Boa enregistré en 2018 pour les 20 ans de l’anime. 35000 vues à peine pour une magnifique performance, on a envie de pester mais finalement on se dit que sans Youtube, on n’aurait pas eu accès au morceau, alors finalement je préfère mieux me réjouir et remercier Youtube de pouvoir m’offrir ce kif extraordinaire. Bon week-end à tous.

Le logiciel libre n’échappe malheureusement pas aux effets de mode

samedi 21 novembre 2020 à 18:41

C’est un projet que j’ai vu passer par deux fois, Ubuntu Web Remix, jusqu’à maintenant pas d’iso, un simple compte twitter et pas de site officiel. Il s’agit en fait de créer une alternative à ChromeOs avec Linux et je trouve que c’est complètement idiot. Je respecte bien évidemment la liberté du « développeur » de créer un énième fork et de perdre son temps comme il a envie de le faire.

Avant d’aller plus loin il faut essayer de comprendre ce qu’est un Chromebook, à l’origine et ce que c’est devenu. Google offre un écosystème de base qui permet à l’utilisateur de faire du texte, consulter ses mails, faire du tableur, en gros, il permet à quelqu’un qui utilise tous les services Google de faire son job, uniquement à travers le navigateur. Le système a ceci d’intéressant qu’il a été mis au départ avec des ordinateurs pas chers, ce qui lui a permis de cartonner aux USA chez les étudiants. Bien évidemment, de ChromeOS, système basé uniquement sur Google Chrome qui est en fait un vieux Linux maquillé à Android, on s’est dit que la barrière était mince et Google malin comme il est l’a largement sautée. Les Chromebooks sont donc des appareils qui aujourd’hui permettent d’utiliser le meilleur des mondes, l’ensemble des applications web, les applications Android, les logiciels Linux arrivent en force pour combler certaines lacunes, et on pourra certainement bientôt lancer des applications Windows au travers de machines virtuelles.

C’est tellement séduisant, notamment la possibilité d’utiliser Android, que je serais potentiellement intéressé par cette machine, uniquement pour en posséder un. Je veux un Chromebook. Partant donc du postulat qu’à la base c’est un appareil qui ne sert qu’à se connecter au web, je suis désolé mais tu te connectes à quoi quand il s’agit du logiciel libre ? Tu te connectes à ton Nextcloud que tu as configuré par toi-même. Et sur le principe d’avoir un système d’exploitation léger et épuré, tu ne prends certainement pas une Ubuntu dans laquelle tu mets anbox pour utiliser des logiciels Android. La moralité c’est que la base même du projet est mal pensée, je vous évite encore plus mes commentaires sur l’utilisation de Firefox, tout simplement parce qu’utiliser une base de logiciels libres, lourde, pour se connecter à des services propriétaires c’est avoir raté un épisode de ce qu’est le logiciel libre.

Pour moi, pour donner du sens, il faudrait avoir Canonical qui vende des ordinateurs Linux et que derrière ils déploient des services colossaux à base de Nextcloud pour imaginer avoir une alternative libre. Ici on se contente de balancer une voiture sans l’essence. Bien évidemment le petit plus c’est l’inclusion de anbox mais on reste dans le domaine du propriétaire. Autant acheter un vrai Chromebook et s’en donner à cœur joie. C’est de toute façon l’erreur que fait le libre de façon chronique, essayer de ratisser large quand il faudrait se contenter de faire ce qu’on sait faire bien, et mieux.

Il est d’ailleurs à noter que le libre grand public qui continue de bien se manger la gueule, va certainement avoir une bonne raison de se remettre à exister. C’est un propos que je dis assez régulièrement, à savoir que l’ère du gratuit c’est fini. Deux actualités me paraissent abonder dans ce sens :

Alors que Google a construit l’ensemble de ses services sur le gratuit, maintenant que le poisson est bien ferré, il peut se permettre de passer au payant.

Le payant est partout, le gratuit est nulle part.

Cyrille BORNE

Ils sont quand même forts dans le proprio, forts sur tous les tableaux. Non seulement ils pillent et continueront de le faire les données des utilisateurs, utilisent désormais leurs contenus pour diffuser une publicité qui effectivement ne leur aurait pas fait gagner un rond mais désormais vendent le service. À y réfléchir, c’est certainement Apple le « moins pire » ici, on paye le prix fort mais les données restent à l’abri, en théorie. Du côté de Microsoft on sait que ce n’est pas mieux, Windows reste un logiciel payant qui se sert grassement dans les données personnelles des utilisateurs, on imagine que Microsoft Edge ou Office365 doit se servir en passant.

Alors au lieu d’essayer d’imiter le propriétaire avec du pseudo-libre, il faudrait peut-être continuer à produire du libre de qualité pour faire réellement du libre. Les forums et moi c’est une longue histoire, je crois que nous avons utilisé dans les vingt dernières années : phpbb, invision power board, v-bulletin, punbb puis fluxbb, mybb, nous avons fait un passage transitoire sur l’excellent humhub qui permet de créer son réseau social pour finir aujourd’hui sur Vanilla Forum.

Un forum en 2020

Le choix de Vanilla après comme vous pouvez vous en douter une très longue expérience est une logique à l’époque où je fais le choix du moteur de forum en juillet 2017. Vanilla est responsive par défaut, sa présentation par discussion est moderne et n’est pas sans faire penser à discourse qui est aujourd’hui considérée comme la référence. Sauf qu’à l’instar de tout le libre, le tandem php / mysql qui est un peu la seule chose ou presque que vous pouvez installer sur un mutualisé n’a plus le vent en poupe, il faut changer, complexifier les installations. En même temps, ça fait bien les affaires, un truc impossible à installer c’est un truc que tu peux vendre sur un business plan.

En juillet 2017, Vanilla est particulièrement actif, les nouvelles versions s’enchaînent. Aucune nouvelle version n’est sortie depuis octobre 2019. Le mois dernier le forum officiel est resté dans les choux pendant 24 heures sur une erreur de thème, on lit ici le mot « burnout », là le mot « fork », on s’interroge dans le forum sur la prochaine version, quand elle verra le jour, si elle voit le jour. On se demande aussi si le code est devenu privé, en bref, les utilisateurs s’interrogent. On sait que dans mes soucis il m’arrive de vouloir terriblement anticiper au point de tuer la peau de l’ours, nounours, l’ours, le chasseur, les trois ours, petit ours brun et toute l’espèce qui va avec. J’ai annoncé cent fois la mort de Dotclear, où l’on pousse de temps en temps une nouvelle version et où l’on ne s’est pas rendu compte que les blogs RTL et du PCF n’existent plus depuis un moment.

Je me suis lancé dans une petite virée au sein des moteurs de forum existants et c’est pour ainsi dire la catastrophe pour deux points particuliers :

Concrètement si je trouve bien des outils qui permettent de passer de Vanilla vers autre chose, les outils se sont tous arrêtés à la version 2 de Vanilla, nous sommes à la version 3.3 depuis 2019. Quel que soit le forum que j’ai regardé, aucun n’est à jour, c’est-à-dire qu’on a concrètement sacrifié l’interopérabilité des logiciels. Alors bien évidemment quand tu fais ce genre de commentaire, tu as toujours un connard pour dire que tu n’as qu’à le coder toi-même et que quand bien même personne ne l’a codé, que tu sais pas le coder, tu devrais te réjouir parce qu’on peut le faire. La liberté vue sous cet angle, liberté que j’ai vue dans le libre francophone pendant des années, c’est certainement une des bonnes raisons qui m’a fait quitter les lieux.

Je suis donc amené à me résigner pour l’instant à quelques points :

Pourquoi un forum en 2020 me direz-vous ? C’est une évidence. Le forum est le seul espace d’échange qui vous permet de présenter l’information de façon claire, et de la retrouver. Vous ne pourrez pas solutionner un problème technique à partir d’une structure de réseau social. Et c’est certainement ici que « j’en veux » au libre. À force de céder à toutes les modes, celle des langages de programmation, celle du copier coller, on en a oublié le but.

On se plaint d’un internet violent, d’un internet poubelle, et pourtant dès qu’il s’agit de copier la première connerie qui passe, on s’y jette à corps perdu pour preuve le ChromeOS avec Firefox. Au lieu de continuer à développer des outils qui sont facilement installables même si les technologies php / mysql sont jugées comme vieillottes et lourdes, on oublie avant l’un des buts du libre : le partage de connaissance.

Si demain l’intégralité des moteurs de forum venaient à disparaître, je pourrais très bien envisager de créer mon subreddit mais je serais totalement perdant. Reddit à l’instar d’un Google peut changer les règles du jeu quand bon lui semble.

Au lieu de ringardiser les outils et les technologies, on ferait bien de s’interroger sur le fait que le progrès ce n’est pas forcément un mieux. L’arrivée des réseaux sociaux a fait abandonner ou disperser les créateurs, a cassé les communautés de partage. Est-ce réellement un progrès ?

Nous nous quittons sur un concert de Danakil à la maison, une heure d’une expérience généreuse et originale

Complément 116

mercredi 18 novembre 2020 à 18:09

Demain j’arrête pour de vrai, pour faire quand même d’autres choses.

Dans mon précédent article très joyeux sur l’état actuel des choses dans l’éducation, j’avais dit que j’arrêtais un tas de choses. J’ai envoyé ce matin à l’ensemble de l’équipe pédagogique que j’arrêtais le concours Koad9 avec les élèves de troisième. J’aime bien envoyer à tous les profs de mon bahut des messages avec en copie mes chefs. Je ne suis pas le premier à ouvrir le bal, mes collègues de sport l’avaient fait en début d’année pour mentionner l’état de délabrement physique avancé des enfants. On en discutait pas plus tard qu’hier, ils n’arrivent plus à courir 20 minutes.

Il faut essayer de comprendre la problématique qui anime la majorité des enseignants et je sais que parfois avec mon côté on va tous mourir, ça peut ne pas être clair.

Aujourd’hui la question pour ceux qui ne cherchent pas à démissionner, c’est de réussir à composer avec des programmes de plus en plus épais et des élèves de plus en plus faibles dans un contexte que je qualifierais de plus daubeux depuis le début de ma carrière. L’exemple du concours Koad9 est un bon exemple. Si je suis le référentiel, à la fin du programme de troisième, l’élève est capable de démonter et de remonter un satellite les yeux bandés, est capable de programmer un réseau social en COBOL et sait déjouer tous les pièges de l’internet tout en prenant conscience que coder lui procure une dose de dopamine importante et qu’il doit être vigilant à ne pas trop en faire. Bien évidemment, la lecture du référentiel, c’est interpréter les propos de la pythie, on se doute qu’à raison de une heure par semaine, on arrivera pas à faire de miracles.

Le projet Koad9 avait ceci d’intéressant pour moi : utilisation de Libreoffice, édition des images, poids des images, recherche d’images et j’en passe, un projet sur le long terme qui permet à l’élève de s’exprimer dans un cadre donné sur un thème globalement libre. J’ai cette année des sujets aussi variés que le cheval, les jeux vidéos, le football ou les motos … C’est une boutade, certaines années j’ai eu des délires sur les licornes, la batucada, ou même l’urbex. Comme les élèves ne savent pas utiliser un ordinateur, ne savent pas ce qu’est une une de journal ou faire une phrase sujet verbe complément qui veut dire quelque chose, ça commence à tourner au combat perdu d’avance. Arrêter le projet, c’est stopper de nombreuses heures de travail en classe qu’il faut remplacer par quelque chose : un travail répétitif.

Rêve de prof.

Dans le module vente que je réalise avec ma collègue, j’aurais pu sortir une photo du dictateur finalement, nous réalisons un travail sur l’étiquetage des produits, trois étiquettes au minimum. D’un point de vue théorique, les enfants apprennent ce qu’est une mention obligatoire sur une étiquette, à savoir la date de péremption, l’origine du produit, allergène ou pas et j’en passe. C’est assez intéressant car ils sont à minima consommateurs et font les courses avec maman, nous sommes de plus dans une époque où la consommation et la qualité reviennent souvent dans le débat public, on peut donc réussir à devenir un peu intéressant. Donc on leur fait d’abord réaliser l’étiquette sur papier puis vient la réalisation en elle-même :

Je réalise finalement d’un point de vue technique quelque chose de quasiment similaire à mon concours Koad9. La différence vient du texte à écrire, des idées à trouver mais à la base c’est plus ou moins pareil. Alors que la réalisation de la première étiquette est particulièrement laborieuse, la réalisation de la seconde est beaucoup plus rapide et surtout beaucoup plus riche.

Un exemple d’étiquette de la promotion de l’an dernier

J’ai un élève qui s’est lancé dans la réalisation de son étiquette, il a décidé de faire une étiquette intégralement noire. Il me dit qu’il est gêné parce que le logo du lycée est sur fond blanc et qu’il n’existe pas en fond noir. Je lui dis qu’il existe le site remove.bg, qui lui permet de passer le logo en transparence et de pouvoir l’intégrer à n’importe quelle couleur. Son voisin le voit faire, il s’y met aussi puis c’est toute la tablée.

Finalement. En s’affranchissant de l’obstacle de la création d’articles, qui reste principalement un exercice de français, les élèves avec un cadre plus rigide que sont les étiquettes ont progressé en reproduisant le même travail. Je vais donc l’an prochain certainement commencer mes cours par la réalisation des pages de garde informatisées. Cela peut sembler complètement con, à la limite de l’enfantin mais c’est aujourd’hui ce qui sera le plus accessible pour mes élèves. La répétition pour les différentes pages leur demandera de se renouveler pour ne pas tomber dans la lassitude.

Il faut désormais que je réfléchisse au travail à la maison qui pose de gros problèmes. Il ne s’agit pas ici d’arrêter de donner du travail à la maison même si on peut supposer que c’est en sursis mais certainement de le présenter autrement. En classe de troisième et pour 3 semaines, j’ai donné le coup d’avant 6 exercices de DNB. Il faut savoir qu’un DNB aujourd’hui c’est entre 6 et 8 exercices qui balaient l’intégralité du programme ou presque et c’est donc 2 heures de travail. Deux heures de travail pour deux semaines, nous sommes bien d’accord que ce n’est pas la mer à boire. Cela reste néanmoins trop pour mes élèves. Et c’est peut-être ici l’interrogation, se dire que c’est la présentation qui pose problème parce qu’affronter deux heures c’est trop. Je réfléchis ici totalement à voix haute car l’échéance on la connaît c’est à la fin du mois de juin avec une véritable chaleur à crever, l’obligation de composer deux heures.

L’art du nivellement vers le bas, j’aurais pu m’en passer. Néanmoins même si la suite converge largement vers le mur, et on finira quand même par se le prendre de plein fouet, on ne peut pas continuer à travailler comme il y a dix ans comme si de rien n’était. S’en prendre aux gamins ne sert pas à grand-chose, mon public est désormais en roue libre dans la majorité des cas avec des parents dont les raisonnements sont assez variés mais il y en a un que j’entends de façon de plus en plus régulière et qui est aussi le mien. Je ne vais pas tenir la main de mon gamin de 15 ans pour vérifier avec lui chaque soir s’il a fait son travail. Et ça, je suis le premier à le reconnaître, à un certain âge, on ne peut pas tout assumer pour son gosse. Ma fille dont les résultats actuels ne sont pas satisfaisants et qui découvre la liberté ou ce qu’elle croit être au lycée, perdra son smartphone pour les weekends avant certainement de revenir au téléphone à touche. Car effectivement si je pense qu’il est nécessaire de se prendre en charge, ne rien faire serait cautionner.

Se transformer ou mourir telle n’est pas forcément la question (on va tous mourir)

Le confinement continue même si je ne le sens pas vraiment passer, c’est pas non plus comme si je ne gardais pas la jeunesse pour que les parents puissent continuer à travailler au péril de ma vie. À l’instar de nombreux français je regarde peu l’actualité, en tout cas à la télé. Peut-être que ces mêmes personnes vont cesser les réseaux sociaux tout aussi anxiogènes même plus. Je ne regarde plus que l’actualité sur France 3 car c’est une autre actualité, capable de présenter les problèmes des uns et des autres mais aussi de montrer des coins de nature, des actions plus positives. Je vois donc les commerçants de mon coin qui demandent la réouverture, les restaurateurs qui crient famine, je comprends. Je peux d’autant plus le comprendre que si j’avais été ado et mes parents commerçants, déjà que c’était compliqué avec l’ouverture des supermarchés, comment tu vis, qu’est-ce que tu manges, comment tu fais ? Certains entrent d’ailleurs en rébellion pour survivre.

Néanmoins il y a quand même quelques interrogations. Comme je l’ai dit, alors que c’est franchement openbar, on peut dès lors s’interroger sur les lieux de contamination. Si dans le cadre d’un magasin du centre qui vend des chaussures, je peux effectivement m’interroger quant à une potentielle contamination, en ce qui concerne les restaurants et les bistrots je suis plus affirmatif. Je crois que malheureusement pour comprendre la crise sanitaire, il faut avoir un mort dans sa famille pour certains. Si demain on rouvre tout, que c’est une catastrophe sanitaire avec des patinoires qu’il faudra remplir de cadavres ou comme en Italie des gens qu’on fait patienter dans les voitures le temps que quelqu’un meurt à l’hôpital, alors on aura peut-être moins envie de faire des fêtes à 400 personnes, des mariages, ou même se retrouver dans le bistrot du coin.

En attendant l’économie essaie tant bien que mal de se transformer, déjà que le quotidien c’était le combat de David contre Goliath dans le réel, le terrain se déplace dans le virtuel. Comme je l’avais expliqué, si j’avais dû faire quelque chose, j’aurais fait la combinaison Woocommerce et WordPress. J’ai vu passer les articles suivants qui expliquent un peu la problématique et deux trois bricoles collent un peu la frousse.

Sortie de Primtux 6.0

Même si j’ai largement tourné la page Linux et que je suis parfaitement épanoui sous mon Windows, je ne boude pas mon plaisir de temps à autre de virtualiser quelque chose, notamment si ça peut faire monter un peu le pagerank. Primtux est une distribution avec laquelle je m’étais chauffé à ses débuts, j’avais rencontré pas mal de problèmes et je l’avais dit. Cep à l’époque, qui vogue sous d’autres cieux, en avait remis une couche pour expliquer que le packaging était catastrophique. Bref comme vous pouvez vous en douter, le développeur de l’époque était un peu énervé. Une forme d’incroyable talent de réussir à irriter les gens. De l’eau a coulé sous les ponts, et la distribution continue d’exister, de se développer, ce qui est positif. Il y a un autre point positif, l’un des développeurs du nom de mothsart, traîne dans mon forum, il est souvent réactif quand je dis que Firefox c’est de la merde, que Linux c’est de la merde, et qu’aujourd’hui à 8 Go de RAM tu fais rien.

La distribution s’inscrit dans la continuité d’Asri Education, je viens d’achever tout le monde car cela remonte à une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. À l’époque, on avait une tendance à forte à penser qu’une distribution pour les enfants c’était une distribution pour laquelle on mettait un fond d’écran rigolo et GCompris pour avoir une distribution pour les enfants. Asri avait fait quelque chose de plus abouti sur deux plans : prendre une base de Puppy Linux ultra-légère pour que ça tourne sur de vieux bouzins, présenter des applications différentes selon l’âge de l’élève.

On est donc sur le même principe avec trois profils d’enfant différent et un profil administrateur qui permet d’ajouter des logiciels supplémentaires. L’ensemble est fait avec l’interface de DFlinux aka Handylinux ce qui me permet de saluer Bendia qui traîne aussi sur mon forum et Arpinux qui est sorti de sa cave pour prendre le pouvoir de debian-facile mais c’est une autre histoire. Une interface donc facile pour les gosses puisqu’elle s’apparente à une interface de tablette et de nombreuses applications pour tous les âges qui sont déjà installées ce qui évite quelques complications, je pense notamment à Scratch.

Si je devais installer des écoles, Dieu m’en préserve, c’est certainement ce que je ferai. Je conseillerai toutefois aux développeurs d’abandonner la base de développement Debian ou Ubuntu, l’architecture 32 bits, pour n’en garder qu’une de préférence, Debian 64 bits. Pourquoi ? Quand il faut 8 Go à minima avec Debian, il en faut 16 pour Ubuntu.

L’histoire ne dira pas que Cyrille BORNE à l’installation a trouvé un bug et qu’à priori il est déjà localisé.

Dans leur bulle

Dans mon dernier billet j’expliquais que l’un des problèmes principaux que nous aurions à affronter c’est le fait que nos jeunes ne sortent plus de leur bulle. J’entends par là qu’ils vont à l’école, fréquentent des gens, quittent l’école, retrouvent ces mêmes gens dans leurs réseaux sociaux. Et c’est ici que ça va devenir compliqué. Les gens qui sont plus intelligents ont compris que finalement il suffisait d’instiller dans leur bulle, le venin, pour qu’il se propage comme une traînée de poudre. Les yeux dans leur écran toute la journée, loin de la culture, du savoir qu’ils méprisent, ils croient n’importe quoi, et c’est ici le terreau de tous les extrêmes, du complotisme.

On ne réalisera jamais à quel point les réseaux sociaux sont devenus le cancer de notre humanité, le fléau de notre jeunesse. Notre rôle d’adulte aujourd’hui c’est réellement de leur sortir le nez de leur merde plutôt que de les laisser sombrer par facilité.

Demain j’arrête mais pour de vrai

dimanche 15 novembre 2020 à 20:58

Je fais une mauvaise année et je suis en train de ramer comme un fou pour essayer de corriger le tir. Je vais vous expliquer où j’ai flanché.

En ce début d’année scolaire, nous avons reçu des TBI, il y a des choses à faire comme la création des classes virtuelles, l’organisation des examens d’entrée en seconde, je me suis occupé de ce que je n’aurais pas dû faire. L’exemple des TBI est l’exemple type. Les ordinateurs des TBI n’étaient pas reliés à l’internet, j’ai patienté pendant plus d’un mois. Au bout d’un mois j’ai été lassé, j’ai fini par les connecter au réseau. Et vous me direz, quel est le problème ? Le problème, c’est que c’est désormais mon collègue d’informatique qui est responsable, et que nous avons un prestataire de service que nous payons un bras. Les relations avec mon collègue sont devenues tendues et j’y vois plusieurs raisons :

La moralité c’est que forcément ça commence à gaver mon collègue quand il se rend compte que 1) j’ai fait les choses, 2) on lui dit que je les ai faites, 3) on insiste bien pour dire que c’est moi qui l’ai fait 4) moi qui gueule parce que j’ai dû les faire.

Bien évidemment, et les hommes d’action se reconnaîtront, tu as besoin d’internet sur l’ordinateur du TBI, tu sais faire, tu le fais, parce que quatre semaines pour aller brancher un ordinateur au réseau Wifi avec son adresse MAC, faut pas abuser. Je n’avais pas à le faire, je n’aurais pas dû le faire.

Je vais vous remettre ça, parce que le connard en collant c’est moi :

Il faut vraiment que j’enterre mon besoin de reconnaissance pour me consacrer à mon besoin de temps pour faire autre chose. La moralité c’est que c’est désormais acté, je ne fais plus rien. Je ne fais plus rien non pas par preuve de mauvaise volonté, façon « regardez je ne fais plus rien le bateau va couler sans moi parce que je suis le sauveur », je ne fais plus rien parce que j’entrave le travail d’un de mes collègues, et que je ne voudrais pas arriver à la fâcherie. Si je voulais faire, je n’avais qu’à conserver la responsabilité informatique, je ne l’ai plus, je dois apprendre à me mettre même pas sur le banc de touche mais dans la tribune, en tant que spectateur. La difficulté ici c’est finalement une fois de plus les autres. Je suis faible, la tentation du travail et de sauver le monde est toujours très forte, les gens continuent de faire appel à moi, mais désormais c’est terminé, je suis fort, je retire l’intégralité de mes billes pour le bien de tous.

Ce positionnement, il faut que je fasse attention parce que j’ai tendance à le faire avec tout. Je ne voudrais pas que ce soit mal interprété, comme de la prétention mal placée mais c’est en fait le cas. Il se trouve que dans beaucoup de situations, j’ai environ douze coups d’avance. Je vois des choses, je réfléchis aux solutions, et j’ai beaucoup de mal avec les gens qui pendant que je suis en train de proposer la solution, en sont à essayer de comprendre le problème. L’adage qui dit que seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin, oublie de dire que parfois tu vas tellement lentement que finalement tu ne vas nulle part ou tu seras mort avant d’y arriver. C’est ici toute la problématique du travail d’équipe, réussir à trouver des gens qui travaillent à votre rythme, et quand ils n’y arrivent pas ronger son frein.

C’est aussi ici que je me rends compte que le travail en équipe est compliqué pour moi, il est de façon générale compliqué pour tout le monde, certainement à cause de ce fameux rythme, celui des uns, celui des autres, le sien.

Je ronge mon frein

Il faut donc que je tourne cette page de l’informaticien scolaire au service des autres, je n’ai plus envie, ça me pose plus de problèmes qu’autre chose, de plus, les années passant, je me trouve de moins en moins compétent dans le rôle.

Au niveau pédagogique c’est la catastrophe à plusieurs niveaux, et j’aimerais revenir un peu sur ce que j’ai écrit dans les différents billets du moment. De façon unanime et c’est certainement pour cela que ça bataille tellement pour ne pas fermer les établissements scolaires, nos jeunes font barrage à toute forme de travail, créant un climat de défiance que je n’ai jamais vu :

Le tout mariné d’une sauce parents absents qui est particulièrement problématique. Mon positionnement au début d’année a été de tout faire pour essayer de sauver tout le monde, syndrome du connard en collant mais pour des raisons différentes, moins implicites, c’est mon travail. En tout cas c’est comme ça que je conçois mon travail, que je l’ai conçu pendant les dix-sept dernières années, sauf que ça ne fonctionne plus comme ça. À une époque, la main tendue, l’indulgence, la bienveillance, ça fonctionnait à merveille. Ces enfants cassés par l’éducation nationale, en conflit avec le système, étaient ravis de trouver un système alternatif, plus de pratique, moins les fesses sur les bancs de l’école, un niveau facilité. Aujourd’hui le calcul est d’en faire le moins possible, et le confinement actuel me confirme qu’on continue de creuser pour toucher le fond.

un enseignant et ses élèves qui s’essaient au grand bleu.

Les élèves sont chez eux, à part aller faire les courses ou s’octroyer une heure dehors, j’ai envie de dire qu’ils n’ont que ça à faire, de travailler. Bien évidemment on n’a pas besoin d’être confinés pour se préoccuper de son travail, mais dans cette circonstance exceptionnelle on imagine que tout le monde va s’y coller autour de son gosse, se remettre dans le bain quand tout le monde annonce les dégâts de la première période : rien. Imaginez tout de même à quel point l’ambiance est catastrophique, les outils numériques peu efficaces, je ne connais pas un prof de mon entourage qui regrette la période de télétravail.

Les derniers DM que j’ai donnés, quand ils ont été rendus ont été catastrophiques, soit c’est bâclé, soit c’est pompé. J’ai donné dernièrement un DM en SNT pour remonter des premières notes catastrophiques sur l’internet. Je me suis « amusé » sur certains DM à donner la référence de l’article sur lequel ça a été pompé. J’expliquais jeudi dernier la partie sur le web, et la notion de nom de domaine. Dans cette période où le gouvernement explique comment chacun peut devenir entrepreneur virtuel, j’ai montré comment on pouvait essayer de déposer coca-cola.com, le cybersquatting, ces noms de domaine qui finissent par valoir une fortune et la spéculation qu’on peut faire parfois notamment pour les élections. Sur ma petite vingtaine d’élèves, quatre étaient en train de s’endormir, il était 15h.

Je n’aurais pas la prétention de dire que c’était passionnant, si en fait j’ai la prétention de le dire. Je suis un type dynamique, je n’ai pas la voix monocorde, je fais participer, ces cours de SNT sont basés sur l’échange. Ils s’endorment tout simplement parce que ça ne les intéresse absolument pas, ils n’en ont rien à foutre, comme ils sont convaincus que la révolution française s’est déroulée dans les années 80. DISCO MARIE-ANTOINETTE ! Et c’est d’ailleurs une interrogation supplémentaire, ont-ils en fait les capacités intellectuelles pour s’y intéresser ? Je commence à en douter de plus en plus.

Comme chaque année je fais mon concours Koad9 de ma fédération agricole qui consiste à réaliser la une fictive d’un journal de son choix. C’est un truc que j’aime bien, qui pousse l’élève à s’exprimer, à parler de ses passions. Chaque année c’est de plus en plus difficile de réussir à les faire s’exprimer, de réussir à les faire réfléchir, de réussir à les faire écrire. Voici dans les premières séances des productions qui ressemblent en gros à ceci.

Ce n’est pas une production d’élève, droit de réserve oblige, mais en gros à quoi ça ressemble. Du fait de l’incapacité d’écrire quelque chose par soi-même, les enfants pensent qu’il faut faire un copier-coller de Wikipedia. Le coup des quatre images c’est sérieux, ils ont l’impression qu’on va bourrer avec le plus d’images, comme un collage. Sur mes 70 élèves de troisième, 5 sont capables de le réaliser en autonomie, dont trois redoublantes avec qui on a passé pas mal de temps. Je me rends compte que certains élèves ne savent pas à quoi ressemble une première page de journal, un journal tout simplement, ils n’ont pas les codes. Il faudrait faire en pluridisciplinarité un temps sur la presse, mais ça laisserait supposer qu’on soit capable de mener de façon collective un projet avec mes collègues …

Je suis donc obligé de passer à côté de chaque élève pour lui expliquer les attentes, et souvent rédiger une première case par moi-même. Quel sens ? Aucun. Je peste contre les enfants qui font rédiger leur DM par quelqu’un d’autre, et pourtant je fais pareil.

Il s’agit ici de sortir de sa zone de confort, et pourtant ma zone de confort c’est l’inconfort. Se bouger le cul pour proposer des choses qui sont intéressantes, faire des exercices de rattrapage et donc me donner du travail en plus, appeler des parents qui pourtant ont toute la scolarité de leur enfant au bout du clic, pour rien. Remédiation actuelle et future.

Aujourd’hui :

Demain :

Un enseignant

« Arrêter d’innover parce que de toute façon ça ne sert à rien ». Il faut se remettre dans le contexte actuel et celui de l’an dernier, l’ouverture de Teams et du travail collaboratif. On ne va pas se mentir mais depuis mars de l’année dernière on navigue quand même franchement à vue. Je pense que depuis les annonces de Jean Castex jeudi dernier on commence à avoir une idée de l’avenir, un avenir dans lequel il faudrait vraiment un dérapage conséquent pour arriver à la fermeture de nos établissements. À titre personnel quand je vois qu’un confinement light réussit à inverser la tendance en deux semaines avec des gens qui font n’importe quoi, je me dis qu’on a vraiment de la marge avant d’arriver à la fermeture des bahuts.

Et c’est ici où je commence à éprouver quelques regrets d’avoir voulu trop anticiper. Nos classes virtuelles sont prêtes, nous avons une formation à laquelle je participe en tant que formateur (on ne m’a pas demandé mon avis), et depuis le début de l’année je force les élèves à utiliser Teams, y compris en répondant à des questions de maths en direct et avec du recul, je me dis que c’est pas la meilleure idée du siècle. L’an dernier, ce qui était assez insupportable c’était d’avoir une porte ouverte en permanence, à savoir qu’on recevait des messages de 7h30 à 3 heures du matin, une bonne heure pour faire ses maths. C’est reparti cette année de façon moins importante et je reçois quelques messages de temps à autre de gamins qui ont besoin d’un coup de main. Et c’est ici que je m’interroge, est-ce que c’est réellement mon rôle de répondre à des questions sur mon DM au bon milieu des vacances, tout ça pour rendre attractif un outil qu’on n’utilisera certainement pas.

Forcément, c’est trop tard. L’année a démarré, il est difficile de casser les habitudes, même si je réponds que je mange, que je dors, que je marche en bord de mer, ou que je tue des monstres sur la PS4. L’année prochaine, en septembre 2021, j’ai non seulement envie de penser qu’on aura été vacciné et que si on n’est pas transformé en mutants, nous reviendrons à une vie normale. Préparer dès lors des élèves à des procédures au cas où, c’est une réflexion de fond, à laquelle je connais la réponse au moment où j’écris ces lignes. Nous faisons des alertes incendies, nous faisons des alertes attentats, on se dit qu’on n’aura jamais le feu dans le lycée et pourtant il faut le faire pour être un jour prêt. La problématique des outils informatiques c’est que sans maîtrise régulière, on finit par oublier. La problématique aussi c’est que l’alerte incendie on est plusieurs quand le confinement on est chacun chez soi. Teams pose toutefois le problème de faire double emploi de façon régulière avec SCOLINFO actuellement qui disparaîtra l’an prochain au profit d’école directe. Si demain Microsoft proposait une véritable solution incluant la communication avec les parents et la gestion des bulletins scolaires, je serais le premier à signer.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, ce n’est pas une phrase stupide qu’on place pour briller dans les soirées de l’ambassadeur mais bien une réalité que je vis au quotidien, par ma faute. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, et je vous garantis que je vais m’atteler à changer mon mode de fonctionnement en attendant que quelque chose se passe. Vous noterez avec une certaine fatalité que c’est tout de même un aveu d’impossibilité de changer le monde et de renoncer à le changer. Oui que quelque chose se passe car à mon niveau aujourd’hui, j’ai conscience que je ne peux rien faire face à ce mouvement collectif et pourtant impalpable aux yeux du grand public, les enfants sont en train de faire un large rejet de l’école pour s’enfermer dans leur petite bulle et attendre eux aussi que quelque chose se passe.